Zouhair Yata, auteur/autrice sur La Nouvelle Tribune https://lnt.ma/author/zouhair-yata/ Actualité économie - tout savoir sur les dernières infos économiques avec Lnt.ma : bourse, finance, entreprises,... Information économique marocaine et internationale en direct. Wed, 18 Mar 2026 13:18:02 +0000 fr-FR hourly 1 Enquête jeunes : les jeunes pire que les vieux ? https://lnt.ma/enquete-jeunes-les-jeunes-pire-que-les-vieux/ Wed, 18 Mar 2026 13:12:20 +0000 https://lnt.ma/?p=543545 Une enquête publiée conjointement par notre confrère L’Économiste et Sunergia Groupe menée auprès d’un échantillon de jeunes marocains, vient d’alimenter le débat public (ou le buzz ?) avec des chiffres aussi frappants que déconcertants. 77% des jeunes Marocains de 15 à 30 ans seraient contre l’égalité de l’héritage. 51% seraient favorables à la criminalisation des relations […]

The post Enquête jeunes : les jeunes pire que les vieux ? appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Une enquête publiée conjointement par notre confrère L’Économiste et Sunergia Groupe menée auprès d’un échantillon de jeunes marocains, vient d’alimenter le débat public (ou le buzz ?) avec des chiffres aussi frappants que déconcertants. 77% des jeunes Marocains de 15 à 30 ans seraient contre l’égalité de l’héritage. 51% seraient favorables à la criminalisation des relations sexuelles hors mariage. 70% sont contre l’hébergement d’un couple sans acte à l’hôtel. Et 37% des sondés seraient pour la polygamie. Rien que ça.

Des résultats qui méritent, avant tout commentaire, un petit examen méthodologique préalable.

L’échantillon retenu de 1056 personnes interrogées en face à face entre le 16 et le 30 juin 2025, est présenté comme représentatif de la population marocaine âgée de 15 à 30 ans. La marge d’erreur annoncée est de ±3%. Soit.

Mais ce que l’étude ne dévoile pas du tout, c’est la ventilation des répondants par sexe, niveau d’éducation, et milieu socio-économique, rapportée à chaque question. En somme toutes les réponses sont à prendre comme des vérités absolues, hommes et femmes confondus. Or c’est précisément là que résident habituellement les clés de lecture de ce genre d’études. « Normalement », les filles et les garçons peuvent avoir des avis divergents, les citadins des grandes et ceux des petites villes aussi, comme ceux également de la campagne. Ou encore les jeunes ayant accès aux études universitaires ou à un emploi vs ceux qui n’en bénéficient pas.

Puisqu’aucune de ces nuances n’est indiqué dans cette étude, de nombreuses observations et commentaires, sans jugement pour autant, sautent aux yeux.

Il est difficile, par exemple, d’admettre sans vérification que 77% des femmes interrogées seraient contre leur propre égalité successorale. De même, l’affirmation selon laquelle 76% des répondants approuveraient le port du hijab soulève immédiatement la question de la réalité observable dans les rues, les universités ou les centres commerciaux du pays. Si les femmes sont aussi majoritaires, pourquoi ne sont-elles pas 2 sur 3 à être voilées parmi cette jeunesse ?

Les 51% de jeunes favorables à la pénalisation des relations sexuelles hors mariage paraissent ainsi difficilement réconciliables avec les comportements observables de cette même jeunesse. Quand on y ajoute 37% de partisans de la polygamie, on se demande encore une fois de quels jeunes il s’agit. Dans un pays où cette pratique bien qu’interdite subsiste, certes marginalement dans des contextes sociaux-économiques très particuliers, autant de jeunes aspiraient à généraliser cette approche du mariage ? Les jeunes ne se plaignent plus du manque d’éducation et de santé comme l’ont martelé les membres de la GenZ il y a quelques mois dans les rues, ou du manque de débouchés, d’emplois et de perspectives, mais souhaiteraient assumer des mœurs que même leurs parents ne pratiquent plus ?

Ces chiffres pourraient correspondre à un échantillon représentatif de tous les Marocains, hommes en majorité, représentants une vision assez conservatrice de la société, c’est certainement même une réalité. Mais, s’il s’avère que nos jeunes, tatoués, fans de Kpop et de Toto, anglophones, que l’on voit sur Welovebuzz et Tiktok ou même au Festival LBoulevard, ont des positions aussi marquées, le constat est on ne peut plus étonnant.

Alors bien sûr, on nous dira qu’il faut arrêter d’imposer une vision occidentale progressiste wokiste et décadente à notre beau pays au référentiel islamique et musulman mais ce n’est absolument pas le débat en l’occurrence. La question est de savoir si le comportement et les marqueurs de la jeunesse marocaine telle qu’on la côtoie au quotidien correspondent aux résultats de cette enquête présentée comme représentative d’une tranche d’âge aussi large et d’un volume de citoyens aussi importants.

De même, sur la question de la femme et de la famille, alors que Sa Majesté le Roi a mis sur les rails une nouvelle révision attendue du Code de la Famille, s’agit-il de féminisme outrancier et de réduction du rôle de protectrice du foyer ou de protéger a minima par le droit celles qui, désormais par la force des choses, travaillent, contribuent au foyer qu’elles prennent en charge quasi-exclusivement, et continuent pourtant à se heurter à un patriarcat d’ordre pratique sous couvert de légitimité théologique ?

Tout cela nous porte à penser qu’une seconde grille de lecture de ces données est possible, celle qui veut qu’il y ait un écart entre le déclaratif et le vécu, à supposer que l’échantillon interrogé est représentatif de cette fameuse jeunesse marocaine. Le Maroc n’échappe pas à ce que les sociologues appellent le biais de désirabilité sociale,  ce phénomène par lequel un répondant adapte ses réponses à ce qu’il perçoit comme socialement attendu, plutôt qu’à ce qu’il pratique réellement. Typiquement marocain.

La hchouma, cette forme de honte sociale structurante dans les interactions marocaines, semble jouer ici un rôle de premier plan. On répond souvent pour la galerie, pour ses futurs enfants, pour les convenances, pas nécessairement pour soi. On pourrait presque penser que les jeunes interrogés l’ont été en présence de leur père ou de leur mère, ce qui expliquerait davantage cet excès de zèle que même leurs ainés n’assument plus réellement. En somme, « faites ce que je dis mais ne faites pas ce que je fais ».

Last but not least, on s’interrogera sur la dernière question posée à cette jeunesse dans cette étude pourtant très orientée sur les mœurs : « Diriez-vous que vous êtes dérangés par le changement d’heure sur vos études ou votre travail ? ». Que fait cette question aux côtés de l’avortement et de la polygamie ? Aucune réponse satisfaisante ne vient à l’esprit, à moins que ce décalage horaire explique à lui seul pourquoi ces jeunes ont répondu comme des vieux.

Zouhair Yata

The post Enquête jeunes : les jeunes pire que les vieux ? appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Guerre au Moyen-Orient : Au nom de Dieu https://lnt.ma/guerre-au-moyen-orient-au-nom-de-dieu/ Wed, 11 Mar 2026 11:11:01 +0000 https://lnt.ma/?p=543105 Le Moyen-Orient brûle, encore. Sous les mêmes latitudes, des mêmes villes millénaires, les mêmes appels à la mort lancés vers le ciel. Pourtant, dans un monde soit disant sécularisé, les acteurs de la guerre et les médias qui la relate insistent sur son caractère politique, territorial ou économique. Il est en réalité tant de mettre les […]

The post Guerre au Moyen-Orient : Au nom de Dieu appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Le Moyen-Orient brûle, encore. Sous les mêmes latitudes, des mêmes villes millénaires, les mêmes appels à la mort lancés vers le ciel. Pourtant, dans un monde soit disant sécularisé, les acteurs de la guerre et les médias qui la relate insistent sur son caractère politique, territorial ou économique. Il est en réalité tant de mettre les bons mots sur la situation actuelle, ce conflit est une guerre de religions.

Comme il y a neuf siècles avec la première croisade en 1095, une phrase résume l’engagement des belligérants, « Deus lo volt », Dieu le veut. Ainsi, depuis des décennies, avec une intensité redoublée depuis le 7 octobre 2023 et l’épisode de l’attaque du Hamas contre une Israël ô combien aveugle et sourde pour l’occasion, ressemble comme deux gouttes d’eau à ce que l’historiographie nous raconte des croisades passées. La foi justifie la violence, l’ennemi est le Mal incarné et chaque mort est présentée comme un martyre dans le camp concerné.

Les Templiers d’aujourd’hui sont peut-être des Rangers ou des soldats de Tsahal, face à des Gardiens de la Révolution, mais les mécanismes idéologiques sont identiques et non pas évolué d’un brin.

Du côté de la République islamique d’Iran, elle porte dans sa structure même une construction messianique. Le chiisme duodécimain, branche de l’islam majoritaire en Iran, est fondé sur la croyance en douze imams, dont le dernier, le douzième, a mystérieusement disparu en 874 de notre ère. Son retour, celui du Mahdi, est attendu pour rétablir la justice sur terre. En attendant ce retour, Khameini et consorts, les Ayatollahs, exercent le pouvoir politique au nom de l’imam absent. La Constitution iranienne l’inscrit noir sur blanc à son article 5 : « Durant l’occultation du Maître du temps, que Dieu hâte sa réapparition, le pouvoir revient au juste et au pieux faqih ». Dès lors, la guerre devient un acte théologique quand la mort au combat au nom de cette cause, est un raccourci vers le paradis.

En Israël, alors que les dirigeants matraquent et traquent le spectre de l’antisionisme, cela fait bien longtemps que les fondements du sionisme ne sont plus les bases de la politique de l’État hébreu. Faut-il le rappeler, à l’origine, le sionisme était un mouvement laïc et nationaliste. Theodor Herzl était un journaliste viennois, pas un prophète et David Ben Gourion, le père de la nation, un socialiste.

Aujourd’hui, c’est le nationalisme religieux d’essence messianique, le « Gush Emounim », le « Bloc de la Foi » qui guide l’action politique. Les rabbins l’ont emporté sur les laïcs et le Messie est attendu selon des conditions qui ne peuvent que glacer le sang. Car, selon certains courants du messianisme juif orthodoxe, la venue du Messie ne serait pas simplement conditionnée au retour du peuple juif sur sa terre. Elle serait aussi précédée d’une période de haine et de persécution maximale des autres nations contre Israël, appelée les « douleurs d’enfantement du Messie », les « chevlei Mashiah ». Dans cette lecture, la haine de l’ennemi n’est pas une catastrophe à éviter, c’est une douloureuse nécessité, qui confirme le présage à venir. Ainsi, quand certains voient un génocide, d’autres interprètent cela comme une confirmation prophétique. Netanyahu et sa coalition gouvernementale sont mus par ces convictions profondes et la Palestine, de Gaza à la Cis-Jordanie, le Sud Liban en sont la preuve.

Enfin, ce qu’on néglige certainement le plus, c’est le troisième acteur de ce triangle religieux mortifère, le sionisme chrétien américain. Aux États-Unis, le soutien stratégique historique à l’État hébreu s’est vu accentuer par le poids croissant du courant évangélique qui compte des millions d’adeptes et pour lequel, une fois de plus, le retour du Christ n’est possible que si les prophéties bibliques s’accomplissent. Or celles-ci selon les évangélistes sont claires, Jésus ne peut revenir qu’après la restauration du Temple de Jérusalem, l’actuelle esplanades des Mosquées, et quand Israël contrôlera l’intégralité de la Terre Sainte. De quoi justifier clairement la dizaine de déplacements de Netanyahu aux États-Unis depuis le début du mandat de Trump ou les déclarations récentes de Rubio qui explique que la Maison-Blanche « was dragged into this war ».

Pour tout ce beau monde, de Téhéran à Tel Aviv en passant par Washington, les cavaliers de l’Apocalypse arrivent et ce sont les populations civiles qui voient les chevaux de face.

Zouhair Yata

The post Guerre au Moyen-Orient : Au nom de Dieu appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Entretien avec Manal Rommani : « Dans ce nouveau monde, le Maroc peut exporter de l’intelligence, pas seulement du travail » https://lnt.ma/entretien-avec-manal-rommani-dans-ce-nouveau-monde-le-maroc-peut-exporter-de-lintelligence-pas-seulement-du-travail/ Fri, 06 Mar 2026 13:06:23 +0000 https://lnt.ma/?p=542922 Entretien réalisé par Zouhair Yata Directrice des technologies d’intelligence artificielle et de transformation digitale chez ADP, Manal Rommani évolue depuis plusieurs années au cœur des grandes mutations technologiques qui redessinent les organisations et les chaînes de valeur. Entre automatisation, intelligence artificielle générative et recomposition du travail, elle observe de l’intérieur la transformation profonde des modèles […]

The post Entretien avec Manal Rommani : « Dans ce nouveau monde, le Maroc peut exporter de l’intelligence, pas seulement du travail » appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Entretien réalisé par Zouhair Yata

Directrice des technologies d’intelligence artificielle et de transformation digitale chez ADP, Manal Rommani évolue depuis plusieurs années au cœur des grandes mutations technologiques qui redessinent les organisations et les chaînes de valeur.

Entre automatisation, intelligence artificielle générative et recomposition du travail, elle observe de l’intérieur la transformation profonde des modèles économiques à l’œuvre.

Dans cet entretien, elle analyse les effets structurants de l’IA sur les entreprises, les compétences et la productivité, tout en esquissant les opportunités qui s’ouvrent pour des pays comme le Maroc dans cette nouvelle phase de l’économie numérique.

La Nouvelle Tribune : Pouvez-vous nous présenter votre parcours ainsi que votre analyse des mutations technologiques en cours à la lumière de votre expertise ?

Manal Rommani : Mon parcours se situe à l’intersection de la technologie, de la stratégie et de la transformation des organisations.

J’ai commencé ma carrière dans le conseil, où j’ai accompagné de grands groupes dans leurs programmes d’automatisation et de transformation digitale.

Très tôt, j’ai été exposée à des sujets comme la RPA et l’automatisation intelligente, qui étaient encore émergents à l’époque.

Aujourd’hui, je suis Directrice des technologies d’intelligence artificielle et de transformation digitale chez ADP, où je travaille sur des programmes globaux autour de l’IA, de l’automatisation et de la data.

Mon rôle consiste à réfléchir à la manière dont ces technologies peuvent être intégrées au cœur des organisations pour transformer leurs opérations, leurs produits et leurs modèles de création de valeur.

Cette position me donne une perspective assez privilégiée pour observer les mutations technologiques qui sont en train de redessiner notre économie et notre rapport au travail.

Je ne serai pas la première à le dire, mais le monde est en train de changer à une vitesse assez bluffante.

Si je reviens une dizaine d’années en arrière, j’ai commencé ma carrière en travaillant sur la RPA, l’automatisation, la smart automation.

À cette époque, c’étaient des sujets d’intérêt dans certaines entreprises ou certains secteurs, mais ils restaient encore relativement ciblés.

Aujourd’hui, quand on observe le marché, les entreprises, les gouvernements, les stratégies nationales : la transformation digitale est devenue un enjeu central.

Et cette dynamique s’est encore accélérée avec l’arrivée de l’intelligence artificielle générative, des LLMs et des agents d’IA.

On ne parle plus simplement d’une évolution technologique.

On parle d’une redéfinition profonde de la manière dont la valeur est créée dans les organisations.

L’intelligence artificielle bouleverse déjà énormément d’aspects de notre économie : la manière dont les entreprises opèrent, la façon dont elles servent leurs clients, la manière dont nous travaillons et même notre rapport au travail.

Dans certains secteurs, elle va jusqu’à remettre en question l’essence même de certains modèles économiques.

Et je pense que les organisations qui rateront ce virage risquent d’en payer le prix très cher dans les années à venir.

Sur quels sujets ou projets travaillez-vous aujourd’hui, et en quoi sontils révélateurs des recompositions actuelles des chaînes de valeur technologiques ?

Pour simplifier, mon travail consiste à transformer, grâce à l’intelligence artificielle et aux technologies digitales, la manière dont les organisations fonctionnent : la façon dont elles travaillent, gèrent leurs opérations et servent leurs clients.

L’objectif est bien sûr de créer de la valeur et de générer des gains d’efficacité, mais surtout de préparer les organisations au monde de demain.

Ce qui est intéressant aujourd’hui, c’est que ces transformations ne sont plus des initiatives d’innovation isolées.

Dans mon cas, elles sont directement intégrées au cœur de la stratégie de l’entreprise.

Aujourd’hui, mon organisation se situe au centre de la stratégie d’ADP.

Ce n’est pas une petite structure d’innovation ou un laboratoire technologique à la périphérie.

Et cela montre quelque chose d’important : l’intelligence artificielle et la transformation digitale ne sont plus des sujets expérimentaux.

Elles sont devenues des leviers stratégiques essentiels pour l’avenir des organisations.

Mais ce qui est intéressant, c’est que ces projets ne sont pas simplement des projets technologiques.

Ils révèlent une transformation beaucoup plus profonde des chaînes de valeur.

L’IA et l’automatisation déplacent progressivement la création de valeur : on passe d’une logique où la valeur reposait principalement sur l’exécution humaine à une logique où elle repose de plus en plus sur la capacité à concevoir, orchestrer et gouverner des systèmes d’intelligence numérique.

Autrement dit, les entreprises ne se contentent plus de digitaliser leurs activités : elles redéfinissent la manière dont elles opèrent, prennent des décisions et interagissent avec leurs clients.

Et cela reconfigure progressivement toute la chaîne de valeur technologique, depuis la production jusqu’à la relation client.

Sommes-nous selon vous face à une révolution technologique ou à une reconfiguration complète des modèles économiques et productifs ?

Je parlerais davantage d’une reconfiguration profonde que d’une rupture brutale.

Les révolutions technologiques passées remplaçaient des outils.

Celle-ci transforme la manière dont les décisions sont prises, dont l’information circule et dont les chaînes de valeur sont organisées.

Nous redessinons la façon dont le travail est structuré, plus que nous ne le digitalisons simplement.

Ce n’est pas seulement la technologie qui change, c’est l’architecture même du travail.

L’intelligence artificielle est souvent décrite comme un accélérateur. Accélérateur de quoi exactement selon votre expérience terrain ?

L’IA est un accélérateur de productivité, d’accès au savoir et de vitesse de décision.

Elle réduit drastiquement le temps entre une idée et son exécution.

Mais elle est aussi un accélérateur d’écarts : entre les organisations qui s’adaptent vite et celles qui tardent à le faire.

Je dirai que l’IA récompense l’agilité et la capacité d’apprentissage continu.

Elle n’avantage pas les plus grands, mais elle avantage les plus adaptables.

Quels métiers ou fonctions sont déjà en train de disparaître sans que les organisations ne l’assument pleinement ?

Je dirai que les métiers disparaissent rarement du jour au lendemain ; ils évoluent.

Les tâches répétitives, y compris cognitives, sont les plus exposées.

En revanche, on voit émerger des rôles hybrides mêlant expertise métier, compréhension technologique et esprit critique.

Le véritable risque n’est pas la disparition des emplois, mais l’obsolescence des compétences.

Le défi donc n’est pas de protéger les métiers, mais de faire évoluer les compétences.

Comment le Maroc peut-il s’inscrire durablement dans cette nouvelle phase industrielle ?

Le Maroc a historiquement été positionné sur le nearshore et l’offshore de talents.

Je pense qu’avec l’IA, une nouvelle opportunité émerge pour le Maroc : passer d’une exportation de main-d’œuvre à une exportation d’intelligence numérique.

Le Maroc peut devenir un hub de “digital workers” : des agents IA sectoriels, multilingues et spécialisés, au service de marchés internationaux.

Sa position géographique, sa jeunesse et sa culture linguistique sont des atouts stratégiques.

Dans ce nouveau monde le Maroc peut exporter de l’intelligence, pas seulement du travail.

En termes d’inclusivité, que dit selon vous la place croissante des femmes dans les écosystèmes technologiques et d’innovation des transformations profondes du rapport à la technologie et de son rôle dans la société ?

Pour moi la question de la place des femmes n’est pas seulement sociale, elle est structurelle.

Les systèmes d’IA reflètent ceux qui les conçoivent.

Plus les équipes sont diverses, plus les systèmes sont pertinents et équilibrés.

L’inclusion améliore la qualité des solutions technologiques.

Je dis toujours qu’encourager les femmes dans la tech, c’est améliorer la technologie elle-même.

Car l’inclusion n’est pas juste un sujet d’image mais plus un sujet de qualité des systèmes technologiques

The post Entretien avec Manal Rommani : « Dans ce nouveau monde, le Maroc peut exporter de l’intelligence, pas seulement du travail » appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Entretien avec Majdouline El Idrissi : « La question n’est plus de savoir si les femmes peuvent diriger. Les preuves s’accumulent. » https://lnt.ma/entretien-avec-majdouline-el-idrissi-la-question-nest-plus-de-savoir-si-les-femmes-peuvent-diriger-les-preuves-saccumulent/ Fri, 06 Mar 2026 13:03:48 +0000 https://lnt.ma/?p=542923 Propos recueillis par Zouhair Yata De l’expérience fondatrice d’Uber au Maroc à l’expansion de Glovo sur plusieurs marchés africains, jusqu’à la création de la fintech Flouci, Majdouline El Idrissi a construit un parcours au cœur des transformations technologiques du continent. Dans cet entretien, elle revient sur les leçons tirées du déploiement des plateformes numériques en […]

The post Entretien avec Majdouline El Idrissi : « La question n’est plus de savoir si les femmes peuvent diriger. Les preuves s’accumulent. » appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Propos recueillis par Zouhair Yata

De l’expérience fondatrice d’Uber au Maroc à l’expansion de Glovo sur plusieurs marchés africains, jusqu’à la création de la fintech Flouci, Majdouline El Idrissi a construit un parcours au cœur des transformations technologiques du continent. Dans cet entretien, elle revient sur les leçons tirées du déploiement des plateformes numériques en Afrique, sur les infrastructures encore manquantes pour permettre à l’innovation de passer véritablement à l’échelle, et sur le rôle que le Maroc peut jouer dans cette nouvelle phase de la révolution technologique. Un regard à la fois opérationnel et stratégique sur les mutations en cours, nourri par une expérience de terrain sur plusieurs marchés africains.

La Nouvelle Tribune : Votre parcours vous a menée d’Uber à Glovo, puis aujourd’hui à la fintech Flouci. Avec le recul, comment ces expériences vous ont-elles permis de comprendre la manière dont la technologie s’intègre – ou non – dans les réalités locales ?

Majdouline El Idrissi : Avec le recul, je me rends compte que tout mon parcours tourne autour d’une même question, même si je ne l’ai pas toujours formulée aussi clairement : comment construit-on de la technologie qui s’intègre réellement dans la vie des gens, au lieu d’arriver de l’extérieur et de finir par disparaître ?

J’ai commencé à me poser cette question très tôt dans ma carrière, quand j’ai rejoint Uber au Maroc. Pour moi, en tant que femme marocaine, le service répondait à quelque chose de très concret : avoir un moyen de transport sûr et fiable à n’importe quelle heure, ça changeait le quotidien. Et je voyais que ça le changeait aussi pour des milliers d’autres personnes.

En trois ans d’activité à Casablanca et Rabat, Uber avait réuni 19 000 utilisateurs réguliers et près de 300 chauffeurs actifs. La demande était là, le besoin était réel. Mais l’entreprise n’avait pas fait le travail nécessaire pour ancrer son modèle dans les réalités du pays. En février 2018, Uber a suspendu ses opérations au Maroc. Ce que j’ai retenu de cette expérience, c’est que le produit ne suffit pas. Un service peut être excellent et échouer s’il ne s’inscrit pas dans le tissu local.

Quand je suis arrivée chez Glovo la même année, j’ai porté cette leçon avec moi. J’ai rejoint Glovo quand nous n’étions que 300 dans toute l’entreprise. Quand j’ai quitté huit ans plus tard, nous étions plus de 3 000. Entre ces deux chiffres, il y a une histoire que j’ai vécue de l’intérieur, marché par marché.

J’ai lancé et développé le Maroc jusqu’à en faire l’un des cinq premiers marchés mondiaux de Glovo, avec une présence dans plus de trente villes. Ce qui me rend particulièrement fière, c’est que nous ne nous sommes pas contentés des grandes métropoles : nous sommes allés à Kénitra, à Béni Mellal, dans des villes où personne ne pariait sur la livraison à la demande.

Aujourd’hui, j’ai fait le choix de quitter cette trajectoire pour repartir de zéro. Je suis co‑fondatrice et COO de Flouci, une fintech qui construit l’infrastructure financière dont l’Afrique francophone a besoin : identification, paiements et crédit accessibles depuis un smartphone.

Votre passage de Glovo à Flouci révèle aussi une autre réalité : celle des infrastructures encore manquantes pour que la révolution technologique prenne pleinement son essor en Afrique. Quel diagnostic faites‑vous aujourd’hui ?

Mon passage de Glovo à Flouci est en lui-même un révélateur de là où en est réellement cette révolution tech sur le continent.

Chez Glovo, nous avions démontré que l’on pouvait bâtir des services technologiques performants en Afrique, à grande échelle, avec des équipes locales et des modèles adaptés. Mais au fil de mes huit années à travailler sur la croissance et les affaires globales pour plusieurs marchés africains, je me suis heurtée à chaque fois au même mur : l’infrastructure financière.

Comment développer un service de livraison quand la plupart des gens n’ont tout simplement pas de compte en banque ? Comment intégrer des commerçants quand le paiement par téléphone reste l’exception dans leur quotidien ?

C’est précisément ce à quoi Flouci s’attaque. L’idée n’est pas de copier ce qui existe en Europe ou aux États‑Unis. C’est de créer des solutions natives, pensées pour ces marchés dès le départ. Nos pays peuvent sauter directement certaines étapes.

La question n’est plus de savoir si la technologie peut fonctionner en Afrique. Ça, c’est prouvé. La question est désormais de savoir quelle infrastructure manque encore pour que tout le reste puisse se déployer.

Quelles sont, selon vous, les mutations technologiques les plus structurantes qui redessinent aujourd’hui l’écosystème africain de l’innovation ?

Trois mutations me semblent véritablement structurelles.

La première est la construction de l’infrastructure financière en Afrique francophone. La fintech représente aujourd’hui près de 45 % des financements levés par les startups africaines, mais l’Afrique francophone reste très en retard par rapport à l’Afrique anglophone.

La deuxième mutation concerne l’interopérabilité des systèmes de paiement. Le lancement du système PI‑SPI par la BCEAO permet désormais aux banques, fintechs, opérateurs de mobile money et institutions de microfinance de communiquer entre eux en temps réel.

La troisième mutation est ce que j’appelle le « leapfrog réglementaire ». Les pays africains qui avancent le plus vite inventent des cadres adaptés à leurs réalités plutôt que de copier les modèles européens ou américains.

Après avoir opéré dans plusieurs marchés africains, quels sont selon vous les facteurs qui permettent réellement à une transition technologique de réussir ?

Après avoir travaillé dans plusieurs marchés africains, je vois trois facteurs qui reviennent systématiquement.

Le premier est la qualité du dialogue entre les autorités et les acteurs de l’innovation. Les pays qui avancent sont ceux où il existe un échange réel entre régulateurs et entreprises.

Le deuxième est la capacité à dépasser les grandes villes. La transition technologique réussit lorsqu’elle atteint les populations là où elles vivent réellement.

Le troisième facteur est le capital humain. Les pays qui investissent dans leurs ingénieurs, leurs chefs de produit et leurs opérationnels construisent des écosystèmes qui leur appartiennent réellement.

On attribue souvent les résistances aux nouvelles technologies aux outils eux‑mêmes. Dans votre expérience, d’où vient réellement cette résistance au changement ?

D’expérience, la résistance ne vient presque jamais de la technologie. Elle vient des organisations, des habitudes et des modèles économiques en place.

La technologie peut être prête en quelques semaines. Ce qui prend du temps, ce sont les transformations organisationnelles : faire évoluer les cadres réglementaires, former les équipes, instaurer la confiance avec les commerçants ou les utilisateurs.

La véritable transformation n’est pas un projet informatique. C’est un changement de modèle opérationnel.

Le Maroc affiche aujourd’hui des ambitions fortes en matière de transformation numérique. Comment évaluez‑vous le chemin parcouru et quelles trajectoires vous semblent prioritaires pour la suite ?

Le chemin parcouru par le Maroc ces dernières années est remarquable. La stratégie Digital 2030, le programme Startup Venture Building doté de 700 millions de dirhams ou encore la progression du Royaume dans le Government AI Readiness Index témoignent d’une vision ambitieuse.

À partir de cette base, je vois plusieurs directions possibles. L’une concerne l’inclusion financière, avec la possibilité de permettre aux fintechs d’expérimenter davantage dans un cadre réglementaire sécurisé.

Une autre concerne le rôle de pont entre le Maroc et l’Afrique subsaharienne. Le Royaume peut devenir un hub naturel pour l’innovation à l’échelle du continent.

Enfin, il y a la formation. Le plan Digital 2030 prévoit la formation de 45 000 talents numériques par an, mais il faudra surtout former des profils capables de comprendre à la fois la technologie, la réglementation et le marché.

Enfin, à l’occasion du 8 mars, comment analysez‑vous l’évolution de la place des femmes dans les rôles stratégiques au sein des organisations technologiques et économiques ?

La montée en puissance des femmes dans des rôles stratégiques est réelle, mais elle reste fragile.

Ce qui change en profondeur, ce n’est pas seulement le nombre de femmes à des postes de direction. C’est la nature des responsabilités qu’on leur confie. De plus en plus de femmes pilotent aujourd’hui des opérations, gèrent des P&L ou dirigent des stratégies de croissance.

Dans la tech, les résultats sont mesurables et visibles. Quand les performances sont là, la compétence devient difficile à ignorer, peu importe qui la porte.

La question n’est plus de savoir si les femmes peuvent diriger. Les preuves s’accumulent. La vraie question est de savoir si nos organisations évoluent assez vite pour leur donner pleinement les moyens de le faire.

 

The post Entretien avec Majdouline El Idrissi : « La question n’est plus de savoir si les femmes peuvent diriger. Les preuves s’accumulent. » appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Entretien avec Fatima Bouayad et Dounia Boutaleb, fondatrices de Woma Health : « La technologie ne crée pas un modèle de vie, elle redonne aux femmes le pouvoir de choisir » https://lnt.ma/entretien-avec-fatima-bouayad-et-dounia-boutaleb-fondatrices-de-woma-health-la-technologie-ne-cree-pas-un-modele-de-vie-elle-redonne-aux-femmes-le-pouvoir-de-choisir/ Fri, 06 Mar 2026 12:51:33 +0000 https://lnt.ma/?p=542912 Entretien réalisé par Zouhair Yata Ancienne consultante en stratégie passée par McKinsey & Company puis membre du Comex du PMU, et elle-même ancienne patiente de FIV, Fatima Bouayad a fondé Woma Health avec Dounia Boutaleb, spécialiste de la transformation de secteurs complexes et de l’accès aux droits en santé. Ensemble, elles ont choisi d’attaquer un […]

The post Entretien avec Fatima Bouayad et Dounia Boutaleb, fondatrices de Woma Health : « La technologie ne crée pas un modèle de vie, elle redonne aux femmes le pouvoir de choisir » appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Entretien réalisé par Zouhair Yata

Ancienne consultante en stratégie passée par McKinsey & Company puis membre du Comex du PMU, et elle-même ancienne patiente de FIV, Fatima Bouayad a fondé Woma Health avec Dounia Boutaleb, spécialiste de la transformation de secteurs complexes et de l’accès aux droits en santé.

Ensemble, elles ont choisi d’attaquer un angle mort persistant des systèmes de soins européens : l’accès fluide, transparent et humain aux parcours de fertilité, notamment la congélation d’ovocytes pourtant autorisée et prise en charge en France.

Dans cet entretien, elles défendent une conviction claire : la technologie n’est pas un simple outil d’optimisation, mais un levier de souveraineté pour les femmes, capable de corriger des retards historiques, de rendre visibles des biais systémiques et de redéfinir la place des femmes dans les décisions qui concernent leur propre santé.

La Nouvelle Tribune : Pouvez-vous revenir sur votre parcours professionnel et sur la genèse de Woma Health ?

Fatima Bouayad : Je ne viens pas d’un milieu entrepreneurial. J’ai grandi dans une famille plutôt averse au risque, mais où la valeur du travail était centrale.

J’ai commencé ma carrière dans le conseil en stratégie, où j’ai passé sept ans sur des projets complexes, notamment en santé publique en Afrique francophone.

Mon tout premier projet chez McKinsey portait sur la stratégie de planification familiale au Sénégal, l’accès à la contraception.

Douze ans plus tard, je travaille sur un sujet qui semble presque opposé, la fertilité, mais qui a exactement le même sens : redonner aux femmes le pouvoir de choisir.

J’ai ensuite rejoint le Comex du PMU, où j’avais la charge du P&L online. C’est vraiment cette expérience qui m’a donné la confiance nécessaire pour entreprendre.

La genèse de WoMA est à la fois professionnelle et personnelle.

Je suis une ancienne patiente de FIV. J’ai découvert un système opaque, lent et déshumanisé.

WoMA est née de cette conviction : utiliser la technologie pour rendre les parcours de fertilité plus fluides, plus rapides et (paradoxalement) plus humains.

Dounia Boutaleb : Si je devais résumer mon parcours en une phrase, je dirais que j’ai toujours cherché à transformer des secteurs d’activité pour les rendre plus efficaces et plus orientés vers ceux qui en ont besoin.

Ce fil rouge, je l’ai retrouvé dans des contextes très différents, mais c’est en observant les parcours de vie des femmes autour de moi que j’ai mesuré un paradoxe criant : les moments les plus déterminants de leur vie, construire une famille, arbitrer entre projet professionnel et projet intime, sont aussi les moins structurés, les moins accompagnés.

En France, la loi est pourtant claire : la congélation d’ovocytes est autorisée et intégralement prise en charge par la Sécurité sociale pour toutes les femmes entre 29 et 37 ans.

Un droit réel, acquis.

Mais dans les faits ?

Des délais pouvant aller jusqu’à 3 ans dans les centres publics, une information fragmentée, des démarches opaques.

WoMA s’attaque aujourd’hui à ce problème précis, l’accès au parcours de congélation, avec la vocation de résoudre, à grande échelle, les problèmes d’accès et d’accompagnement des parcours de fertilité en Europe.

En quoi ce projet illustre-t-il, selon vous, la manière dont la technologie accompagne des évolutions sociétales plus larges ?

Fatima : Je considère la congélation d’ovocytes comme une avancée comparable à l’arrivée de la pilule contraceptive dans les années 60.

Ce sont des innovations scientifiques qui ne changent pas seulement la médecine, elles redessinent la place des femmes dans la société.

La congélation d’ovocytes permet aujourd’hui de dissocier, partiellement, le temps biologique du temps social.

Elle élargit le champ des possibles : construire une carrière, entreprendre, rencontrer la bonne personne, ou devenir mère plus tard, sans que l’horloge biologique ne soit une contrainte immédiate.

La technologie n’impose pas un modèle de vie.

Elle donne du choix.

Et c’est ce que nous avons gagné par rapport à nos mères et nos grands-mères : le droit de choisir.

Dounia : WoMA est une réponse à un moment charnière : celui où les femmes, de plus en plus nombreuses à occuper des espaces de décision, revendiquent aussi une autorité pleine sur leur vie reproductive, et se heurtent à des systèmes qui n’ont pas évolué à la même vitesse qu’elles.

Pendant des décennies, la santé des femmes a été rarement pensée à partir de l’expérience vécue.

Ce que nous vivons aujourd’hui est un changement de paradigme : les femmes ne veulent plus subir leurs parcours de santé, elles veulent les piloter.

Elles attendent des outils à la hauteur de cette exigence.

La technologie, dans ce contexte, joue un rôle de catalyseur.

Elle relie des étapes qui s’ignoraient, rend transparent ce qui était opaque, réduit des délais qui n’étaient plus acceptables.

Mais la technologie seule ne change rien si elle n’est pas portée par une vision humaine.

Ce que nous avons construit chez WoMA, c’est avant tout un parcours, pas une interface.

Chaque fonctionnalité répond à une frustration réelle, à une question restée sans réponse, à un moment de décision où les femmes se retrouvaient seules.

La technologie rend ce droit concret.

L’humain lui redonne sa dignité.

À travers Woma Health, observez-vous que la technologie permet aujourd’hui de corriger des angles morts historiques des systèmes de santé ?

Fatima : Les deux.

La technologie met en lumière un retard historique du système de santé vis-à-vis des femmes.

Un ouvrage comme Invisible Women de Caroline Criado Perez montre bien comment, pendant des décennies, la recherche médicale a principalement été menée sur des hommes, considérés comme le standard par défaut.

Cela a créé des angles morts : symptômes mal identifiés, protocoles peu adaptés, sous-investissement chronique dans la santé féminine.

La technologie, et en particulier la data, permet aujourd’hui de rendre ces biais visibles, mesurables, donc incontestables.

Et une fois qu’on peut mesurer un problème, on peut commencer à le corriger.

Dounia : Les deux, et l’un ne va pas sans l’autre.

Les systèmes de santé modernes ont accompli des avancées considérables, mais ils ont été construits selon des logiques qui ont longtemps marginalisé les temporalités spécifiques des femmes.

Leurs fenêtres biologiques, leurs arbitrages professionnels, leur charge mentale face à des parcours non balisés.

Ce n’est pas un oubli anodin : c’est un angle mort systémique.

Ce que fait la technologie, c’est rendre cet angle mort visible et actionnable.

Quand une femme découvre qu’elle devra attendre 18 mois pour un premier rendez-vous dans un centre de congélation d’ovocytes, alors que sa fenêtre d’éligibilité est limitée dans le temps, ce n’est pas une anomalie administrative.

C’est le symptôme d’une sous-estimation profonde et durable d’un enjeu biologique, social et démographique.

C’est là que WoMA devient transformatrice : en transformant ce parcours de la combattante en un parcours fluide, personnalisé, respectueux des contraintes et des projets de vie de chaque femme.

Ce projet vous a-t-il amenées à porter un regard différent sur la place réelle des femmes dans les processus de décision liés à la santé et à l’innovation ?

Fatima : Je dirais plus qu’un regard différent : une volonté inébranlable de changer les choses.

Les femmes ne sont pas aujourd’hui à la table de décision, ni dans la recherche, ni dans le financement, ni dans la conception des outils censés les accompagner.

La mission de WoMA est exactement de renverser cela : remettre la femme au cœur de son propre parcours.

Elle vit dans son corps depuis des années, c’est un savoir précieux, qu’on a trop longtemps négligé.

Et ma conviction profonde, c’est qu’en partant d’elle, on ne complique pas le parcours, on le fluidifie, on le simplifie, on l’humanise.

C’est cette vision que je partage avec Dounia, et c’est, je crois, notre vrai super pouvoir pour transformer le système en profondeur.

Dounia : Oui, et de manière parfois inconfortable.

Construire WoMA a été un miroir.

Nous avons mesuré à quel point les décisions structurantes en santé reproductive ont été prises, pendant des décennies, sans intégrer l’expérience vécue des premières concernées.

Pas par malveillance, souvent, mais par une absence de représentation qui avait fini par se normaliser.

Pour vous donner un exemple concret : nous avons réalisé que de nombreuses femmes découvraient l’option de préservation de fertilité sur le tard, parce qu’à aucun moment dans leur parcours médical, cette option ne leur avait été présentée de manière claire et proactive pour leur permettre de décider en connaissance de cause.

Ce projet nous a aussi exposées à une autre réalité : même lorsqu’une femme porte une solution innovante sur un sujet qui touche directement d’autres femmes, elle doit encore convaincre que le sujet est légitime, que le marché est réel, que l’enjeu est stratégique.

Nous l’avons vécu.

Et cela nous a renforcées dans notre conviction que WoMA n’est pas seulement une plateforme de santé, c’est un acte de positionnement : placer les femmes au centre, non pas comme bénéficiaires passives, mais comme actrices souveraines de leurs parcours.

Pensez-vous que les technologies numériques peuvent transformer durablement la manière dont les besoins spécifiques des femmes sont pensés, financés et intégrés dans les politiques publiques et privées ?

Fatima : Oui, je suis optimiste.

Nous représentons 50 % de la population mondiale, c’est un marché colossal que les investisseurs commencent enfin à prendre au sérieux.

La femtech lève de plus en plus de fonds, et les données le confirment.

Mais au-delà du marché, ce que la technologie permet, c’est de rendre visible ce qui était invisible.

Les données de santé des femmes ont été historiquement sous-collectées, sous-analysées.

Aujourd’hui, notre plateforme WoMA permet de collecter ces données, d’identifier les blocages dans les parcours et de les fluidifier.

Sur les politiques publiques, j’attends deux choses : qu’elles investissent davantage dans la recherche en santé féminine, et qu’elles créent un cadre qui facilite l’innovation.

Dounia : Oui, à condition que les volontés politiques et privées suivent.

La technologie peut faire beaucoup : révéler des besoins qui étaient invisibles parce que non mesurés, structurer des parcours jusqu’ici chaotiques, produire des données utiles pour éclairer des décisions publiques, et démontrer qu’il existe un marché là où on supposait qu’il n’y en avait pas.

WoMA génère chaque jour des signaux concrets sur ce que vivent les femmes dans leurs parcours de fertilité, le type de données qui devrait informer les politiques de santé publique et les stratégies RH des entreprises.

Mais pour que cette transformation soit durable, les outils numériques doivent être reconnus comme des leviers structurels.

Cela implique des financements publics ambitieux, des cadres réglementaires adaptés et des entreprises qui intègrent ces enjeux dans leurs politiques non pas pour la communication, mais pour la rétention des talents et l’égalité réelle.

En tant que fondatrices, quels freins structurels avez-vous identifiés lorsque l’innovation touche à des sujets longtemps considérés comme secondaires ou invisibles ?

Fatima : Pour moi il y a deux freins structurels, mais je les vois évoluer.

Le premier frein, c’est que la médecine reproductive a longtemps été très technique, très protocolaire, avec peu de place pour l’accompagnement humain.

Mais la profession évolue, et on voit émerger une nouvelle génération de praticiens, plus à l’écoute, plus dans une approche globale de la patiente et je suis convaincue que WoMA contribue à cette évolution.

Le deuxième frein, c’est le tabou.

La fertilité, la PMA, la ménopause, sont des sujets dont on ne parle pas, ou peu, dans les cercles familiaux, amicaux, médiatiques.

Résultat : les femmes (et nous en rencontrons tous les jours) se retrouvent seules face à des parcours complexes, sans repères, sans information, parfois sans même savoir que des solutions existent.

Mais là encore, les choses bougent vite.

La parole se libère, les médias en parlent.

On avance.

Dounia : Plusieurs, et certains nous ont surprises par leur persistance.

Il y a d’abord un inconfort culturel autour de la santé reproductive : parler de fertilité, de congélation d’ovocytes, de PMA dans un contexte professionnel ou institutionnel reste encore perçu comme quelque chose d’intime, presque inapproprié.

Ce tabou a un coût réel, il ralentit les décisions, rend les financements plus prudents, et oblige à consacrer une énergie considérable à légitimer le sujet avant même de pouvoir en parler du fond.

Il y a ensuite une sous-valorisation économique persistante.

La Femtech attire structurellement moins de capital que d’autres segments du numérique en santé, alors même que les femmes représentent 80 % des décisions de consommation en santé.

Ce paradoxe dit quelque chose de profond sur la manière dont les marchés perçoivent encore les besoins féminins : comme des marchés de niche, alors qu’ils sont universels.

Enfin, la question de la monétisation dans la santé reste complexe.

Faire payer un accompagnement dans ce domaine suscite encore un malaise, comme si la santé ne devait pas avoir de prix, ou comme si l’accompagnement n’en valait pas un.

Les mentalités évoluent, mais lentement.

WoMA travaille précisément à démontrer que la valeur créée, en temps gagné, en sérénité retrouvée, en décisions mieux éclairées, est réelle et mesurable.

Si l’on se projette, que dit selon vous l’émergence de projets comme Woma Health de l’évolution des attentes des femmes et, plus largement, des transformations sociétales en cours ?

Fatima : Ce que dit la croissance de WoMA, c’est que les femmes ne se satisfont plus d’un système qui les a longtemps traitées en spectatrices de leur propre santé.

Elles veulent comprendre, décider, agir, et elles sont prêtes à investir pour ça.

Elles arrivent chez WoMA avec une angoisse, face à un parcours opaque, solitaire, chronophage.

Et repartent le plus souvent apaisées, délivrées même, en nous disant une chose : Merci d’exister.

Dounia : Elle dit que quelque chose d’irréversible est en train de se passer.

Les femmes ne souhaitent plus être spectatrices de leur propre biologie ou de leurs propres droits.

Elles veulent anticiper, planifier, décider, avec les mêmes outils et le même niveau d’information que dans n’importe quelle autre sphère de leur vie professionnelle ou personnelle.

La fertilité n’est plus un sujet intime réservé au silence ou à la honte.

C’est devenu un enjeu public : démographique, économique, social.

Les entreprises commencent à le comprendre, certaines politiques publiques aussi, mais le rythme reste insuffisant face à l’urgence biologique que vivent des milliers de femmes chaque année.

Ce que dit WoMA, au fond, c’est qu’il n’est plus acceptable de traiter les besoins spécifiques des femmes comme des questions secondaires à résoudre plus tard.

« Plus tard » a un coût biologique, humain et sociétal.

Et la technologie, quand elle est bien conçue et bien portée, peut réduire ce coût, significativement.

The post Entretien avec Fatima Bouayad et Dounia Boutaleb, fondatrices de Woma Health : « La technologie ne crée pas un modèle de vie, elle redonne aux femmes le pouvoir de choisir » appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Entretien avec Meyssane Alj Hakim, Micron Technology : « L’IA et l’automatisation ne se limitent pas à accélérer le rythme de l’entrepreneuriat, elles en redéfinissent la nature-même » https://lnt.ma/entretien-avec-meyssane-alj-hakim-micron-technology-lia-et-lautomatisation-ne-se-limitent-pas-a-accelerer-le-rythme-de-lentrepreneuriat-elles-en-redefinissent-la/ Fri, 06 Mar 2026 12:43:45 +0000 https://lnt.ma/?p=542908 Entretien réalisé par Zouhair Yata Ingénieure formée entre l’Europe et les États-Unis, aujourd’hui à la tête de la planification intégrée des ventes et des opérations chez Micron Technology, Meyssane Alj Hakim observe les mutations technologiques depuis l’un des épicentres stratégiques de l’économie mondiale : les semi-conducteurs. De la High Bandwidth Memory au service de l’intelligence […]

The post Entretien avec Meyssane Alj Hakim, Micron Technology : « L’IA et l’automatisation ne se limitent pas à accélérer le rythme de l’entrepreneuriat, elles en redéfinissent la nature-même » appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Entretien réalisé par Zouhair Yata

Ingénieure formée entre l’Europe et les États-Unis, aujourd’hui à la tête de la planification intégrée des ventes et des opérations chez Micron Technology, Meyssane Alj Hakim observe les mutations technologiques depuis l’un des épicentres stratégiques de l’économie mondiale : les semi-conducteurs. De la High Bandwidth Memory au service de l’intelligence artificielle à la réorganisation des chaînes d’approvisionnement mondiales, elle décrypte une révolution qui ne se joue pas seulement dans les algorithmes, mais dans l’architecture industrielle, la gouvernance des écosystèmes et la capacité des nations, dont le Maroc, à transformer l’innovation en levier de souveraineté et de croissance inclusive.

La Nouvelle Tribune : Pour commencer, pouvezvous nous présenter votre parcours professionnel et les champs d’expertise à partir desquels vous observez aujourd’hui les mutations technologiques et économiques mondiales ?

Meyssane Alj Hakim :

Ingénieure de formation et cadre dirigeante dans le secteur des semiconducteurs, je dirige aujourd’hui la planification intégrée des ventes et des opérations (SCOP) chez Micron Technology aux États-Unis.

Forte de plus d’une décennie d’expérience dans la Silicon Valley, notamment chez Intel, Facebook (devenu Meta) et Micron, j’ai développé une expertise pointue en planification stratégique, en gestion des chaînes d’approvisionnement et en optimisation des opérations industrielles.

Cette expérience m’offre un poste d’observation privilégié sur les grandes mutations technologiques et économiques mondiales, notamment en matière de transformation numérique et d’intégration de l’intelligence artificielle au service des opérations.

Née en Belgique de parents ambassadeurs marocains, j’ai vécu en Afrique, en Asie, en Europe et en Amérique tout en restant profondément ancrée dans mes racines marocaines.

Cet héritage, nourri par des valeurs familiales comme la résilience, la curiosité, la créativité et l’esprit de service, a forgé ma vision du leadership.

Diplômée d’Arts et Métiers ParisTech puis de l’Université de Californie à Berkeley, j’ai choisi de me spécialiser dans la planification industrielle dans les semiconducteurs, un domaine méconnu mais essentiel, véritable « héros silencieux » derrière tant d’innovations du quotidien.

Au fil de ma carrière, j’ai mené d’importantes initiatives stratégiques et d’excellence opérationnelle, de l’intégration réussie d’une unité commerciale de plus d’un milliard de dollars chez Micron à la fierté de représenter mon organisation lors de l’ouverture de la séance du NASDAQ en 2024.

Citoyenne du monde maîtrisant quatre langues, je suis convaincue que la diversité des perspectives et la collaboration internationale sont des moteurs d’innovation.

Guidée par ma passion pour la planification et mes racines marocaines comme boussole, je m’attache à transformer la complexité globale en opportunités de croissance, tout eninspirant la nouvelle génération à poursuivre ses ambitions sans frontières.

Aujourd’hui, sur quels types de projets ou d’enjeux travaillez-vous concrètement, et en quoi illustrent-ils selon vous les transformations profondes liées au numérique et à l’intelligence artificielle ?

Aujourd’hui, je pilote la planification intégrée de l’offre et de la demande pour l’ensemble des produits mémoire et stockage (Memory and Storage) de Micron Technology, dans un contexte de transformation industrielle accélérée par le numérique et l’intelligence artificielle.

Concrètement, je suis responsable de la répartition de la production mondiale, dispersée sur plusieurs usines en construction ou en expansion, en fonction des besoins du marché, des capacités de fabrication, et des priorités stratégiques de l’entreprise.

L’un des projets les plus emblématiques de cette transformation est notre travail sur la High Bandwidth Memory (HBM), une technologie de mémoire avancée essentielle pour les workloads liées à l’intelligence artificielle, notamment dans les domaines du calcul haute performance, de l’entraînement de modèles de langage de grande taille, ou encore de l’inférence en temps réel.

La HBM est au cœur des architectures informatiques de nouvelle génération, et sa planification nécessite une orchestration fine entre ingénierie, fabrication, finance et stratégie commerciale.

Ces projets illustrent parfaitement les mutations profondes du secteur industriel à l’ère du numérique.

D’une part, la complexité croissante des chaînes d’approvisionnement mondiales impose une prise de décision rapide, intégrée et fondée sur les données.

D’autre part, l’essor de l’IA transforme nos outils et nos méthodes : nous développons des systèmes de décision augmentée, intégrant l’automatisation et l’intelligence artificielle pour améliorer la précision des prévisions, optimiser l’utilisation des ressources, et libérer du temps pour des tâches à plus forte valeur ajoutée.

En somme, mes responsabilités actuelles incarnent cette convergence entre industrie, technologie et intelligence artificielle.

Elles traduisent mon ambition de construire des écosystèmes opérationnels agiles, interconnectés et intelligents, capables de répondre aux défis d’un monde en mutation rapide, tout en créant de la valeur durable pour l’entreprise et la société.

Selon vous, dans l’économie numérique actuelle, où se crée réellement la valeur, et où le discours masque-t-il encore une réalité plus fragile ?

Dans l’économie numérique actuelle, la création de valeur se fonde avant tout sur la capacité à exploiter les données, les plateformes numériques et les réseaux.

Ces ressources permettent d’accroître considérablement la productivité, de stimuler l’innovation et de transformer en profondeur les modèles économiques traditionnels.

En améliorant l’efficacité des processus de production, en réduisant les coûts de transaction et en facilitant l’émergence de nouveaux produits et services à haute valeur ajoutée, le numérique agit comme un puissant moteur de croissance économique.

La valeur se crée également grâce à la démocratisation de l’accès aux marchés via les plateformes en ligne (commerce électronique, FinTech, services numériques, etc.).

Celles-ci intègrent un large éventail d’acteurs, notamment les start-ups et PME digitales, au sein d’écosystèmes entrepreneuriaux dynamiques, tant au niveau national qu’international.

L’ouverture de ces plateformes vers de nouveaux marchés s’accompagne d’une réduction de nombreux coûts traditionnels (logistique, intermédiation, communication) et contribue à améliorer l’efficience des services publics, notamment grâce au développement de l’e- gouvernement qui modernise les administrations.

Cependant, cet optimisme autour du numérique peut masquer une réalité plus fragile.

Une fracture numérique persistante, à la fois territoriale (entre zones urbaines et rurales) et sociale (entre catégories de population), fait que certains groupes n’ont pas accès aux mêmes opportunités numériques, ce qui creuse des inégalités en termes d’accès à l’information, aux emplois et aux services en ligne.

Parallèlement, l’essor du numérique s’accompagne de risques accrus en matière de cybersécurité, de protection des données personnelles et de respect de la vie privée.

Ces menaces peuvent entamer la confiance des utilisateurs et des entreprises envers les technologies numériques.

À ces défis s’ajoutent des obstacles structurels comme l’insuffisance de certaines infrastructures, le déficit de compétences numériques dans la population active, ainsi que des cadres réglementaires parfois inadaptés au rythme rapide de l’innovation.

L’économie numérique génère indéniablement de la valeur en boostant l’efficacité et l’innovation, mais ses bénéfices restent inégalement répartis et conditionnés à la levée de plusieurs fragilités.

Une croissance durable et inclusive grâce au numérique exige des mesures d’accompagnement appropriées : diminution de la fracture numérique, renforcement des infrastructures, amélioration des compétences digitales de la maind’œuvre, et mise en place d’un cadre juridique et réglementaire solide pour sécuriser les échanges.

Faute de ces conditions, le discours sur les promesses du numérique risque de masquer la persistance de vulnérabilités économiques et sociales sous-jacentes.

L’IA et l’automatisation transforment-elles la nature même de l’entrepreneuriat ou essentiellement sa vitesse d’exécution ?

Non seulement l’intelligence artificielle (IA) et l’automatisation augmentent considérablement la rapidité d’exécution des processus entrepreneuriaux, mais elles transforment également la nature même de l’entrepreneuriat.

Autrement dit, ces technologies agissent à la fois sur la vitesse de réalisation des tâches et sur la manière fondamentale dont les entreprises sont créées et gérées.

Traditionnellement, la fondation d’une entreprise requérait de rassembler de multiples compétences spécialisées dans des domaines comme le développement technologique, la finance, le marketing, la vente ou la production.

Aujourd’hui, l’accès à des outils d’IA et d’automatisation peu coûteux et performants permet d’automatiser une part importante de ces fonctions.

Il est désormais possible pour un entrepreneur, même avec des ressources humaines limitées, de prototyper un produit, d’analyser un marché, de gérer la relation client ou d’optimiser les opérations internes grâce à des algorithmes et des logiciels intelligents.

Cette évolution bouleverse profondément le rôle et les compétences de l’entrepreneur.

La réussite d’un projet ne repose plus uniquement sur la capacité à mobiliser de vastes équipes, mais de plus en plus sur l’aptitude à orchestrer les technologies disponibles, à exploiter les données et à prendre des décisions éclairées en un temps record.

En abaissant les barrières à l’entrée, l’IA permet l’émergence d’un plus grand nombre de microentreprises et de start-ups agiles.

De nombreuses idées innovantes peuvent ainsi se concrétiser beaucoup plus rapidement, favorisant une diversité accrue d’initiatives entrepreneuriales.

Par ailleurs, l’adoption massive de l’IA et de l’automatisation accélère sans conteste la vitesse d’exécution des projets.

Les cycles de développement et de mise sur le marché des produits sont raccourcis, et l’amélioration continue devient plus aisée grâce à l’analyse des données en temps réel.

La personnalisation de masse des offres est désormais envisageable, entraînant des gains de productivité et de compétitivité significatifs pour les entreprises qui maîtrisent ces technologies.

Toutefois, cette accélération s’accompagne de défis nouveaux sur les plans économique, social et éthique.

Sur le plan économique et social, l’automatisation menace certains emplois, obligeant à repenser la formation professionnelle et la reconversion des travailleurs pour éviter un creusement des inégalités.

Sur le plan éthique, la délégation de décisions à des algorithmes soulève des questions de responsabilité en cas d’erreur, tandis que les biais algorithmiques inhérents à certaines IA peuvent perpétuer des discriminations involontaires.

De plus, une dépendance excessive aux technologies et aux plateformes numériques pose la question de la souveraineté technologique et de la résilience des entreprises face aux risques techniques ou de cybersécurité.

L’IA et l’automatisation ne se limitent pas à accélérer le rythme de l’entrepreneuriat, elles en redéfinissent la nature même en transformant les modèles d’affaires et les compétences requises pour réussir.

Il s’agit donc de changements profonds, porteurs d’opportunités immenses, en termes d’efficacité, de créativité et d’accès à l’entrepreneuriat, mais aussi de défis structurels.

L’impact final de l’IA et de l’automatisation dépendra de la manière dont les entrepreneurs, les travailleurs et les décideurs s’adapteront et encadreront ces technologies afin d’en maximiser les avantages tout en en maîtrisant les risques, pour une transformation résolument responsable, inclusive et durable.

Quelles erreurs structurelles observez-vous le plus souvent dans les écosystèmes émergents qui cherchent à reproduire des modèles internationaux ?

Les écosystèmes entrepreneuriaux dans les pays émergents qui tentent de copier des modèles internationaux à succès commettent fréquemment plusieurs erreurs structurelles pouvant freiner leur développement.

Parmi les plus courantes figurent l’inadaptation aux réalités locales, la dépendance excessive vis-à-vis de l’étranger, le mimétisme au détriment de l’innovation et la surestimation des succès importés.

Premièrement, une inadéquation aux réalités locales est souvent observée.

Des modèles conçus pour des marchés disposant d’infrastructures solides, d’un fort pouvoir d’achat ou d’un écosystème numérique mûr sont appliqués tels quels dans des contextes locaux très différents.

Cette transposition sans adaptation aboutit à des solutions déconnectées des besoins et des contraintes spécifiques des consommateurs et entreprises locaux, limitant leur pertinence et leur impact.

Deuxièmement, la reproduction de modèles étrangers engendre fréquemment des dépendances structurelles vis-à-vis de l’extérieur.

Les écosystèmes émergents deviennent dépendants de technologies, de capitaux ou de plateformes développés à l’étranger, ce qui limite leur autonomie stratégique.

Une telle dépendance peut les rendre vulnérables aux changements externes (évolution de la réglementation internationale, décisions d’acteurs étrangers) et entraver leur capacité à forger leur propre voie de développement.

Troisièmement, un mimétisme excessif conduit à un appauvrissement de l’innovation locale.

En se fixant pour objectif prioritaire d’imiter un modèle étranger qui a réussi, parfois dans l’espoir de revendre rapidement la start-up à un grand groupe international, les entrepreneurs négligent de proposer des solutions réellement innovantes et adaptées au contexte local.

Ce manque de différenciation affaiblit leur proposition de valeur et réduit leurs chances de succès à long terme sur leur propre marché.

Quatrièmement, on constate souvent une surestimation du succès des modèles importés.

Nombre de jeunes entreprises supposent qu’une idée plébiscitée à l’international aura automatiquement le même accueil chez elles.

Ce présupposé peut conduire à sous-estimer la nécessité de réaliser des études de marché approfondies, d’adapter le produit aux préférences culturelles locales ou de prendre en compte les contraintes réglementaires et logistiques du pays.

En résultent des projets mal calibrés, dont l’échec aurait pu être évité avec une meilleure prise en compte du contexte national.

La reproduction de modèles internationaux peut offrir un élan initial aux écosystèmes émergents en fournissant un canevas éprouvé et en facilitant l’apprentissage de bonnes pratiques.

Cependant, cette stratégie d’imitation ne constitue pas une solution durable.

Pour assurer un développement pérenne, les acteurs de ces écosystèmes doivent passer de l’imitation à l’appropriation des modèles importés, puis à la création de leurs propres modèles hybrides.

En combinant le meilleur des expériences internationales avec une innovation ancrée dans les réalités et les besoins locaux, les écosystèmes émergents pourront édifier une croissance plus solide, autonome et résiliente à long terme.

Si le Maroc veut convertir cette révolution technologique en levier économique durable, quel(s) angle(s) reste(nt) aujourd’hui sous exploité ?

Pour que le Maroc transforme pleinement la révolution technologique en un levier de croissance économique durable, plusieurs angles d’action peuvent être exploités.

Il est évident que le Maroc a entrepris d’importantes réformes en faveur d’une croissance plus inclusive, plus résiliente et plus respectueuse des ressources.

Malgré tout, ces efforts, bien qu’encourageants, peuvent être renforcés étant donné certaines faiblesses structurelles : une innovation locale encore limitée, une transition technologique lente et des lacunes de gouvernance dans plusieurs secteurs publics clés.

Plusieurs axes méritent d’être exploités davantage.

Premièrement, l’inclusion numérique d’une plus large part de la population, tant en zones urbaines que rurales, doit être une priorité.

L’accès aux infrastructures digitales de qualité et la diffusion des compétences numériques sur le territoire n’est pas achevée ni complète.

Sans un effort soutenu pour réduire la fracture numérique et former les citoyens aux outils technologiques, une partie de la population, notamment en milieu rural ou parmi les catégories défavorisées, risque d’être laissée pour compte de la révolution technologique.

Deuxièmement, une coopération plus étroite entre le secteur public et le secteur privé est nécessaire.

Si des partenariats existent déjà, ils manquent parfois de coordination et d’envergure.

En renforçant ces synergies, l’innovation pourrait être stimulée et mieux orientée vers les besoins concrets de l’économie nationale.

Par exemple, une co-construction des politiques numériques entre l’État, les entreprises technologiques et les start-ups permettrait d’accélérer la diffusion des nouvelles technologies et de maximiser leur impact.

Troisièmement, l’intégration des universités et des centres de recherche dans le tissu économique pourrait être intensifier.

Actuellement, la recherche académique marocaine est encore loin de l’entreprise.

En favorisant le transfert de technologie et la création d’innovations issues des laboratoires de recherche locaux, le Maroc pourrait accroître sa capacité à créer des solutions adaptées à ses défis spécifiques.

Encourager les collaborations entre chercheurs, entrepreneurs et pouvoirs publics, ainsi que développer des incubateurs et des programmes de RCD communs, contribuerait à dynamiser l’écosystème technologique.

Quatrièmement, il convient d’augmenter substantiellement le financement de la recherche et de l’innovation.

Les investissements publics et privés en RCD restent modestes par rapport aux ambitions.

Un effort financier accru via des fonds dédiés, des incitations fiscales ou des partenariats internationaux, permettrait de soutenir davantage de projets innovants, notamment dans des domaines stratégiques comme l’agriculture intelligente, les énergies renouvelables, la santé connectée ou la digitalisation de l’industrie.

Enfin, une meilleure synergie et cohérence entre toutes les initiatives liées à la transformation technologique est indispensable.

De nombreux programmes et stratégies (numériques, industrielles, éducatives, etc.) existent déjà, mais ils gagneraient à être alignés sur une vision nationale unifiée.

En rationalisant et en coordonnant ces efforts, le Maroc s’assurerait que chaque projet technologique s’inscrit dans un cadre global au service d’objectifs de développement communs.

Afin de convertir durablement la révolution technologique en moteur de développement, le Maroc doit exploiter ces leviers encore sous-utilisés.

L’inclusion numérique de l’ensemble de la population, le renforcement du partenariat publicprivé, l’essor de l’innovation locale adossée à la recherche, l’intensification du financement dédié et une meilleure coordination stratégique sont autant d’angles à développer.

C’est à ce prix que les avancées technologiques pourront soutenir une croissance pérenne, inclusive et bénéfique pour l’ensemble de la société marocaine.

Comment évaluez-vous le potentiel du Maroc face aux mutations en cours et aux tendances mondiales ?

Le Maroc bénéficie de nombreux atouts qui lui confèrent un potentiel important pour faire face aux mutations technologiques, économiques et géopolitiques mondiales en cours.

Son positionnement géographique stratégique, à la croisée de l’Europe, de l’Afrique et du Moyen-Orient, facilite son intégration dans les échanges internationaux ainsi que son insertion dans les chaînes de valeur mondiales.

Le Maroc s’est imposé comme un pôle industriel régional dans des secteurs porteurs tels que l’automobile, l’aéronautique ou encore les services externalisés (offshoring).

Parallèlement, le Maroc a pris une longueur d’avance en Afrique dans la transition énergétique, en investissant précocement et massivement dans les énergies renouvelables, l’emblématique complexe solaire Noor Ouarzazate illustre cet engagement.

Ces réalisations, combinées à des réformes visant une meilleure gouvernance économique et à l’essor d’un capital humain jeune et qualifié, nous offrent une base solide pour s’adapter aux grandes tendances mondiales et en tirer parti.

Cela étant dit, la capacité du Maroc à concrétiser pleinement ce potentiel dépend de plusieurs conditions majeures.

Premièrement, il est indispensable de poursuivre et d’amplifier l’investissement dans le capital humain.

Cela implique de renforcer l’éducation et la formation, en particulier dans les filières scientifiques, technologiques et numériques, afin de doter la nouvelle génération des compétences requises par les métiers d’avenir.

Deuxièmement, on doit accélérer la transformation numérique à tous les niveaux.

Malgré des progrès, la digitalisation de l’économie marocaine peut être mieux structurée, que ce soit dans les entreprises, l’administration publique ou les services, afin d’améliorer la productivité et l’innovation.

Troisièmement, la poursuite d’une gouvernance plus inclusive et agile est cruciale.

Une meilleure coordination entre l’État, le secteur privé, les universités et la société civile permettrait de concevoir et de mettre en œuvre des politiques mieux adaptées aux réalités du terrain, garantissant que les bénéfices des transformations en cours soient partagés par l’ensemble de la population.

Quatrièmement, il est nécessaire de moderniser et d’adapter le cadre juridique et réglementaire aux nouvelles réalités (économie numérique, protection des données, commerce en ligne, intelligence artificielle, etc.) afin de sécuriser l’environnement des affaires et d’encourager l’innovation.

Enfin, le Maroc peut être parmi les pionniers à définir une vision stratégique de long terme pour guider son développement technologique et économique.

L’élaboration d’une feuille de route cohérente intégrant les innovations majeures dans tous les secteurs (éducation, santé, agriculture, industrie, énergie…) permettraient de prioriser les investissements et les réformes, assurant que les mutations globales se traduisent par un progrès durable et inclusif à l’échelle nationale.

Le Maroc possède un potentiel manifeste pour tirer avantage des transformations mondiales en cours, et ce potentiel peut atteindre sa pleine mesure s’il s’appuie sur des bases renforcées.

En investissant résolument dans le capital humain, en intensifiant la numérisation de l’économie, en améliorant la gouvernance et le cadre institutionnel, et en s’armant d’une vision stratégique à long terme, le Maroc pourra non seulement s’adapter aux évolutions globales, mais aussi jouer un rôle proactif dans l’économie mondiale de demain.

Que dit selon vous l’émergence de nouvelles formes d’entrepreneuriat technologique de l’évolution des attentes des femmes visàvis du travail, et plus largement des transformations sociétales en cours ?

L’essor de nouvelles formes d’entrepreneuriat technologique féminin illustre clairement une évolution des attentes professionnelles des femmes, tout en s’inscrivant dans le contexte de transformations sociétales plus vastes.

De plus en plus de femmes aspirent à davantage d’autonomie économique, de reconnaissance et de flexibilité dans leur vie professionnelle, et l’entrepreneuriat technologique apparaît comme un moyen de répondre à ces aspirations.

D’une part, les nouvelles opportunités offertes par le numérique permettent aux femmes de conquérir une autonomie économique et une reconnaissance sociale accrues.

Grâce aux plateformes digitales, aux réseaux sociaux professionnels et aux outils technologiques accessibles, il est plus facile de créer son entreprise ou de développer un projet innovant sans nécessairement disposer de ressources financières ou d’appuis institutionnels importants.

Cela permet à bon nombre de femmes d’exprimer leur esprit d’entreprise, de valoriser leurs compétences et de s’affranchir partiellement des hiérarchies ou des freins qu’elles peuvent rencontrer dans d’autres structures professionnelles.

D’autre part, ces formes d’entrepreneuriat répondent à une forte demande de flexibilité du travail.

L’utilisation des technologies numériques et la possibilité de travailler à distance ou selon des horaires modulables offrent aux femmes une meilleure conciliation entre vie professionnelle et vie familiale.

Cette souplesse est particulièrement importante dans des sociétés où les femmes assument souvent une part disproportionnée des responsabilités domestiques et parentales.

L’entrepreneuriat technologique féminin propose ainsi un modèle alternatif au salariat classique, mieux adapté aux attentes contemporaines d’équilibre et d’épanouissement personnel.

Par ailleurs, l’augmentation du nombre de femmes créant des entreprises technologiques signale un vrai changement culturel.

Elle montre que les normes sociales et professionnelles évoluent vers une plus grande diversité et une plus large acceptation des femmes dans des rôles de leadership et d’innovation.

Les femmes entrepreneures en technologie deviennent des modèles pour les générations futures, contribuant à modifier les perceptions sur les métiers et à promouvoir l’égalité des chances dans le monde du travail.

Cependant, bien que ces tendances soient encourageantes, il reste de nombreuses barrières à surmonter pour que l’entrepreneuriat technologique tienne pleinement ses promesses d’émancipation pour les femmes.

Cellesci se heurtent encore à des difficultés d’accès aux financements, ainsi qu’à des stéréotypes qui peuvent limiter leur crédibilité dans le secteur technologique.

De plus, l’absence de réseaux de mentorat et de soutien adaptés, tout comme les procédures administratives, peuvent freiner leurs initiatives entrepreneuriales.

La montée en puissance de l’entrepreneuriat technologique féminin traduit l’évolution des attentes des femmes envers le travail : quête d’indépendance, volonté de flexibilité et recherche de sens.

Elle s’inscrit plus largement dans une transformation sociétale où l’on valorise de plus en plus l’initiative individuelle et l’égalité des chances.

Néanmoins, pour que cette tendance devienne un véritable facteur de transformation sociale et économique, il est crucial de lever les obstacles restants.

Cela passe par des politiques d’accompagnement plus volontaristes (formations dédiées, dispositifs de financement spécifiques), la promotion de modèles féminins de réussite dans la tech, et une évolution des mentalités en faveur d’une plus grande égalité dans l’opportunité entrepreneuriale.

C’est grâce à cela que l’entrepreneuriat technologique au féminin pourra pleinement contribuer à redéfinir le travail et à stimuler un changement sociétal durable.

The post Entretien avec Meyssane Alj Hakim, Micron Technology : « L’IA et l’automatisation ne se limitent pas à accélérer le rythme de l’entrepreneuriat, elles en redéfinissent la nature-même » appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Au cœur des mutations technologiques globales : Le Maroc et ses Femmes https://lnt.ma/au-coeur-des-mutations-technologiques-globales-le-maroc-et-ses-femmes/ Fri, 06 Mar 2026 11:26:49 +0000 https://lnt.ma/?p=542859 Il est des moments dans l’histoire où les transitions ne sont plus sectorielles, mais systémiques. Nous vivons l’un de ces moments. L’intelligence artificielle, la donnée, la connectivité généralisée, la robotisation des services, la transformation des modèles économiques et administratifs redessinent simultanément les rapports de pouvoir, les chaînes de valeur et les hiérarchies géopolitiques. Ce n’est […]

The post Au cœur des mutations technologiques globales : Le Maroc et ses Femmes appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Il est des moments dans l’histoire où les transitions ne sont plus sectorielles, mais systémiques. Nous vivons l’un de ces moments. L’intelligence artificielle, la donnée, la connectivité généralisée, la robotisation des services, la transformation des modèles économiques et administratifs redessinent simultanément les rapports de pouvoir, les chaînes de valeur et les hiérarchies géopolitiques. Ce n’est pas une révolution parmi d’autres, c’est une recomposition du monde.

Dans ce nouvel ordre technologique en gestation, une question centrale se pose pour les pays émergents : subir ou structurer. Le Maroc a fait le choix d’entrer dans cette transformation avec une ambition assumée. La stratégie Maroc Digital 2030, la structuration d’une architecture nationale d’IA, le programme AI Made in Morocco, le déploiement des Instituts JAZARI dans les douze régions, le partenariat stratégique autour du laboratoire « Mistral AI & MTNRA », la mise en place d’une Wallet numérique souveraine à travers IDARATI X.0, ne sont pas des annonces isolées, ces programmes dessinent une colonne vertébrale.

Dans l’entretien qu’elle nous a accordé dans cette édition spéciale, la ministre Amal El Fallah Seghrouchni rappelle une conviction structurante : le Maroc ne peut pas simplement importer des modèles numériques conçus ailleurs. Il doit inventer le sien car les enjeux dépassent la technique, ils relèvent de la souveraineté. Mais la souveraineté numérique ne se décrète pas. Elle se construit par la gouvernance, la formation, l’investissement, la régulation et surtout par la capacité d’exécution.

L’IA, si elle n’est pas encadrée, peut accentuer les inégalités au lieu de les réduire. La révolution technologique n’est pas neutre. Elle reflète les structures de pouvoir existantes. C’est ici que le sens de ce Spécial 8 mars prend toute sa profondeur. Car au cœur de ces mutations globales, la question n’est pas uniquement technologique. Elle est sociale, politique et civilisationnelle. Qui conçoit les systèmes ? Qui les finance ? Qui les régule ? Qui en bénéficie ?

Les femmes ont longtemps été absentes des lieux où se décident les orientations technologiques majeures. Absentes des tables de financement, sous-représentées dans la recherche, marginalisées dans la conception des outils. Les conséquences sont mesurables : biais algorithmiques, angles morts en santé, sous-investissement chronique dans les problématiques spécifiques aux femmes.

Dans un monde où l’IA redéfinit l’emploi, où l’offshoring mute sous l’effet de l’automatisation, où les données deviennent la première ressource stratégique, la question n’est plus simplement celle de l’accès des femmes au numérique. Elle est celle de leur place dans la définition même des règles du jeu.

Le Maroc, aujourd’hui, se positionne comme hub digital arabo-africain. Il investit dans les talents, multiplie les doctorats, lance des programmes comme JobInTech, AI Master Junior, Génération IA & IoT Maroc. Mais la bataille est aussi culturelle et se joue dans les représentations, dans l’éducation précoce, dans l’accès au capital, dans la légitimité accordée aux femmes porteuses de solutions technologiques.

Ce Spécial 8 mars 2026 ne célèbre pas des trajectoires individuelles pour ce qu’elles ont d’exceptionnel. Il les interroge pour ce qu’elles révèlent d’un basculement en cours. Le monde est entré dans une nouvelle révolution industrielle dont l’intelligence artificielle en est l’accélérateur et la donnée le carburant. Mais la gouvernance en sera l’arbitre.

Et, si le Maroc veut convertir l’essai et transformer l’opportunité en levier de développement durable, il devra articuler trois exigences : souveraineté technologique, inclusion réelle et leadership assumé. Or, ce leadership ne pourra être complet sans la pleine participation des femmes aux choix structurants qui façonnent l’économie numérique, la santé de demain, les services publics intelligents et les architectures de données souveraines.

Une fois encore, ces enjeux témoignent du fait que le 8 mars n’est pas un rituel symbolique, commercial et marketing, mais bel et bien un marqueur fort de nos sociétés de demain.

Zouhair Yata

The post Au cœur des mutations technologiques globales : Le Maroc et ses Femmes appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Guerre en Iran, “Sheikh Mat” https://lnt.ma/guerre-en-iran-sheikh-mat/ Mon, 02 Mar 2026 00:00:54 +0000 https://lnt.ma/?p=542514 Personne ne peut dire qu’on ne l’avait pas vu venir. Depuis des mois, les signaux s’accumulaient, les positions se durcissaient, et les négociations avec l’Iran servaient moins de processus diplomatique sincère que de cadre narratif pour légitimer l’inévitable. Ce week-end, l’inévitable a eu lieu. Les États-Unis et Israël ont déclaré la guerre à l’Iran. Et […]

The post Guerre en Iran, “Sheikh Mat” appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Personne ne peut dire qu’on ne l’avait pas vu venir. Depuis des mois, les signaux s’accumulaient, les positions se durcissaient, et les négociations avec l’Iran servaient moins de processus diplomatique sincère que de cadre narratif pour légitimer l’inévitable. Ce week-end, l’inévitable a eu lieu. Les États-Unis et Israël ont déclaré la guerre à l’Iran. Et comme toujours dans ce Moyen-Orient qui ne respire plus, l’événement est à la fois brutal dans sa forme et parfaitement cohérent dans sa logique.

Pour comprendre ce qui se joue, il faut commencer par où la carte se lit le mieux : le détroit d’Ormuz. Ce couloir minuscule, vingt-et-un kilomètres de large à son point le plus étroit, concentre à lui seul près de 20% de la production mondiale de pétrole, dont celle des Émirats et de l’Arabie saoudite. Surtout, la Chine y fait transiter pas moins de 45% de sa consommation énergétique.

L’Iran, pays riverain, en est le gardien naturel et potentiellement le verrou. Après l’épisode vénézuélien, il ne faut pas être grand clerc pour saisir que Washington est engagé dans une séquence de sécurisation systématique des ressources stratégiques mondiales. Le pétrole du Golfe, comme celui d’Amérique latine, est trop précieux pour rester dans des mains que l’Oncle Sam juge peu fréquentables.

Il faut dire aussi que le calendrier intérieur américain n’était pas anodin. L’affaire Epstein, que l’administration s’évertuait à minimiser, continuait de polluer l’agenda médiatique avec une constance que les communicants de la Maison-Blanche ont eu beaucoup de mal à contenir. Les auditions du Congrès, dont celle caricaturale à souhait de l’Attorney General, les comparutions médiatisées du couple Clinton, les “excuses” de Bill Gates, l’arrestation du Prince Andrew, la démission fracassante du patron du Forum de Davos, autant de déflagrations qui ont agité l’opinion sans produire, curieusement, la cascade de mises en accusation que des révélations de cette ampleur auraient dû normalement engendrer. Dans ce contexte, une opération militaire d’envergure présente l’avantage immédiat de recalibrer l’agenda. Ce n’est jamais une coïncidence.

Pour Israël, c’est une autre histoire, bien plus ancienne et bien plus existentielle. L’Iran a fait de la destruction de l’État hébreu une profession de foi, de Khomeini à Khamenéï, sans jamais en démordre. Mais au-delà de la rhétorique, l’objectif de Tel Aviv en frappant Téhéran à travers cet accord avec Washington n’est pas seulement de neutraliser un adversaire direct, c’est de couper la tête du serpent pour décapiter tout l’écosystème qu’il finance. Le Hezbollah, principal bras armé de l’Iran dans la région, se retrouve ainsi orphelin de son parrain, du moins pour un temps. Au Liban comme dans la bande de Gaza, ce repositionnement offre à Israël des marges de manœuvre qu’il n’avait pas depuis des années.

Par ailleurs, les fissures du front intérieur iranien étaient déjà visibles. Les attaques ciblées des mois précédents, combinées au soutien apparent aux mouvements contestataires réprimés dans le sang fin 2025, avaient considérablement affaibli un régime qui, comme toutes les dictatures, présentait un front extravagant de cohésion face à l’ennemi tout en étant érodé de l’intérieur.

Dans la grande fracture entre monde sunnite et monde chiite qui structure depuis des siècles la géopolitique de la région, la mise à genoux de Téhéran ne provoque aucun déchiroir chez les capitales arabes alliées des États-Unis. C’est au contraire un soulèvement discret de la tête. Riyàd, Abu Dhabi, le Caire avaient leurs propres contentieux avec l’Iran, ses proxies, ses ambitions hégémoniques régionales. Pour ces pays, l’opération américano-israélienne fait une partie du travail qu’ils n’auraient pas pu ou voulu faire eux-mêmes.

Certains s’insurgent, à raison, de cet unilatéralisme. Mais l’unilatéralisme est mort depuis longtemps ; il était simplement en observation dans quelques discours d’amphithéâtres multilatéraux. Quand la Russie dénonce l’illégalité au regard du droit international, on aurait envie de lui rappeler ce qu’elle fait en Ukraine depuis des années. Quand la Chine plaide pour le respect des souverainetés, on pense à Taiwan, à la mer de Chine méridionale. Et le Conseil de sécurité de l’ONU, paralysé par ses droits de véto n’est plus qu’une scène de théâtre où de grandes puissances déclarent leurs bonnes intentions avant d’aller faire ce qu’elles avaient décidé de faire. La guerre en Irak, les annexions russes dans le Caucase et en mer Noire l’ont prouvé par le passé. L’épisode iranien le confirme aujourd’hui.

Pour le Maroc, le contexte n’est pas neutre non plus. En 2018, Rabat avait rompu ses relations diplomatiques avec Téhéran, après avoir documenté le soutien explicite de l’Iran à la RASD et au Polisario, avec le relais du Hezbollah et la complicité affichée de la Mouradia d’Alger. L’Iran qualifiait conjointement avec nos voisins le Maroc de “puissance occupante” sur son propre territoire saharien. L’affaiblissement du régime iranien n’est donc pas, pour Rabat, une abstraction géopolitique.

Il reste pourtant une question que personne ne peut esquiver, celle de ce qui vient après. Les épisodes d’intervention militaire dans cette région du monde ont une longue et douloureuse tradition de lendemains qui déchantent. L’Irak en 2003 en est la leçon la plus cuisante. Détruire un régime est infiniment plus simple qu’assurer la transition qui suit. Ce qu’il faut donc espérer maintenant, c’est que l’escalade régionale reste contenue et que, dans ce tumulte, le peuple iranien soit enfin le grand gagnant de l’équation.

Après plus de cinquante ans de dictature théocratique, de privations, de répression et de sanctions occidentales qui ont appauvri et étouffé une nation aux apports civilisationnels parmi les plus anciens de l’humanité, les Iraniens méritent mieux que d’être le simple terrain de jeu des ambitions des autres. Pourvu, que les femmes iraniennes retrouvent leur liberté. Que les emprisonnés, les exécutés, les exilés, soient enfin réhabilités. Que ce grand peuple se retrouve, lui-même, hors du joug de ses geôliers.

Il y a une ironie cruelle dans tout cela, que l’Histoire retiendra peut-être. Les échecs ont été inventés en Perse et c’est de là que vient l’expression “Sheikh Mat” (le roi est mort) qui a traversé les siècles pour devenir l’“échec et mat” que le monde entier connaît. Avec la mort de Khamenei, le plateau est renversé. Reste à savoir qui ramassera les pièces, et dans quel ordre.

Zouhair Yata

The post Guerre en Iran, “Sheikh Mat” appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
La démocratie, marchepied du pire https://lnt.ma/la-democratie-marchepied-du-pire/ Wed, 25 Feb 2026 14:55:55 +0000 https://lnt.ma/?p=542314 Il y a des drames qui mériteraient de rester ce qu’ils sont. La mort de Quentin Deranque, militant d’extrême droite français de 23 ans, battu à mort lors d’une rixe à Lyon le 14 février dernier, est de ceux-là. C’est une tragédie humaine, et toute la compassion du monde est due à sa famille qui, […]

The post La démocratie, marchepied du pire appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Il y a des drames qui mériteraient de rester ce qu’ils sont. La mort de Quentin Deranque, militant d’extrême droite français de 23 ans, battu à mort lors d’une rixe à Lyon le 14 février dernier, est de ceux-là. C’est une tragédie humaine, et toute la compassion du monde est due à sa famille qui, d’ailleurs, a elle-même condamné la « récupération politique » organisée en son nom.

Mais voilà, en France, comme ailleurs, le deuil est devenu une matière première politique de premier ordre. Et ce qui se joue depuis dix jours autour de ce fait divers dépasse très largement le seul destin de Quentin Deranque.

Car le procédé est connu, rodé, importé. Les Américains ont un mot pour ça « martyrology ». Transformer une victime en symbole, un symbole en mobilisation, une mobilisation en légitimité. Charlie Kirk et ses épigones de la droite trumpiste l’ont élevé au rang d’art de gouverner. Chaque fait divers impliquant un opposant devient la preuve d’une menace existentielle, chaque mort dans le camp conservateur signe l’urgence d’une guerre culturelle totale. La mécanique est implacable et elle ne nécessite ni programme, ni bilan, ni cohérence. Elle nécessite seulement une image, une foule et un ennemi désigné.

En France, la séquence a été parfaitement orchestrée. En quelques heures, la mort de Quentin Deranque n’était plus un homicide en cours d’instruction judiciaire, mais la preuve que « l’extrême gauche tue ». Jordan Bardella a réclamé un cordon républicain contre La France Insoumise. Marion Maréchal a déclaré sur un plateau que « la violence d’extrême droite est dérisoire, ça n’existe pas statistiquement ».

Entre-temps, des militants venus d’Italie, de Belgique et d’Allemagne défilaient à Lyon derrière un portrait du jeune mort, pendant que des mosquées étaient taguées et des permanences de gauche vandalisées. Et le ministre de l’Intérieur autorisait la marche. Tout est dit.

Mais les faits, dans ce type de séquence, ne sont jamais le sujet. Le sujet, c’est l’opportunité. Et l’opportunité est double. Notamment d’abord, d’accélérer la normalisation de l’extrême droite dans le paysage politique français. Le Rassemblement National et ses satellites ne cherchent plus à être tolérés, ils cherchent à s’installer à la place de la droite républicaine, qui a fondu comme neige au soleil. Et pour cela, il leur faut un habillage, celui du camp de l’ordre, de la défense des victimes, du patriotisme respectable. Quentin Deranque, mort néofasciste militant des Allobroges selon les éléments établis, est devenu le martyr qui rend présentable ce qui ne devrait pas l’être.

Ensuite, second objectif, faire d’une pierre deux coups en poussant LFI et Jean-Luc Mélenchon dans les cordes, de souder dans un même rejet la gauche radicale et la violence physique, de rendre toxique l’idée même d’un vote Mélenchon à la prochaine présidentielle, et de dresser un cordon sanitaire moral autour d’un candidat que les sondages placent encore dans le jeu. McCarthysme ? Le mot est ancien, mais la méthode est similaire, celle de désigner l’ennemi intérieur, l’assigner à une violence dont il est rendu collectivement responsable, et exiger une capitulation publique.

LFI a pourtant condamné les violences. Peu importe. Dans ce jeu-là, la condamnation ne compte pas, seule l’association perdure.

Ce qui se passe en France est le reflet d’un schisme bien plus profond, que l’on observe partout en Occident. Les clivages ne sont plus gauche-droite au sens traditionnel du terme. Ils sont devenus des blocs culturels irréconciliables, des tribus qui ne partagent plus ni les mêmes faits, ni les mêmes deuils, ni les mêmes morts à pleurer. C’est la logique israélo-palestinienne importée dans les démocraties occidentales. Chaque camp a ses victimes légitimes et ses victimes invisibles, ses martyrs et ses coupables structurels. Dans cet univers, la politique n’est plus l’art du compromis. Elle est devenue le théâtre permanent de la guerre des récits.

Et c’est là que réside le danger le plus profond. Pas dans la violence de quelques militants des deux extrêmes, mais dans la façon dont les systèmes démocratiques eux-mêmes sont devenus des tremplins vers autre chose.

La démocratie est redevenue un marchepied avec des élections comme outil et des institutions qui servent de costume. On se souvient que Hitler est arrivé au pouvoir par les urnes, que Mussolini a été nommé premier ministre dans les formes. Trump a retrouvé la Maison-Blanche par la voie électorale avant de signer des décrets en cascade.

La forme démocratique survit, le fond se vide. Dostoïevski écrivait que la beauté sauvera le monde. Mais à regarder ce qui se passe à Paris, à Washington, à Budapest, à Rome, on est en droit d’en douter sérieusement.

 

Zouhair Yata

The post La démocratie, marchepied du pire appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Ramadan, l’arbre et la forêt https://lnt.ma/ramadan-larbre-et-la-foret/ Wed, 18 Feb 2026 16:21:09 +0000 https://lnt.ma/?p=541914 Ces dernières années, pour nombre de nos compatriotes, le mois de Ramadan était synonyme d’un véritable exercice d’équilibriste. Les ménages scrutaient les étals avec inquiétude, recalculaient leurs budgets, subissaient les hausses de prix et l’inflation avait imprimé sa marque dans les conversations quotidiennes. La pression sur le pouvoir d’achat n’était pas un concept économique, mais […]

The post Ramadan, l’arbre et la forêt appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Ces dernières années, pour nombre de nos compatriotes, le mois de Ramadan était synonyme d’un véritable exercice d’équilibriste. Les ménages scrutaient les étals avec inquiétude, recalculaient leurs budgets, subissaient les hausses de prix et l’inflation avait imprimé sa marque dans les conversations quotidiennes. La pression sur le pouvoir d’achat n’était pas un concept économique, mais une réalité tangible, presque physique. Autant dire que le mois sacré débutait sous tension.

Cette année, hamdoullah, le climat est sensiblement différent. Les pluies ont été au rendez-vous, les barrages se sont remplis et le monde agricole, longtemps étouffé par la sécheresse, retrouve des perspectives plus favorables. En conséquence, la fameuse inflation s’est stabilisée et la croissance tient. Rien d’euphorique bien sûr, mais une normalisation bienvenue après plusieurs séquences d’incertitude. En somme, le pays respire un peu mieux.

À cela s’est ajoutée la parenthèse fédératrice du football. La CAN a offert une respiration collective, un moment d’unité et de projection positive malgré son dénouement. Dans un contexte régional et international chargé, ce type d’événement agit comme un stabilisateur psychologique. Il redonne un sentiment d’élan à toute une nation, même si c’est temporaire.

Objectivement donc, le Maroc aborde ce Ramadan dans des conditions matérielles et émotionnelles plus favorables que lors des deux précédents.

Mais cette amélioration relative soulève une autre interrogation. Que fait-on d’une accalmie ?

Car pendant que les indicateurs économiques s’améliorent, la scène politique, elle, semble figée et atone. On le sait, après le football vient Ramadan et après lui, les deux Aïds. Puis viendra l’été et sa saison des festivals. En réalité, le calendrier social est aussi dense que le calendrier politique paraît vide.

Les partis politiques se font très discrets malgré leurs opérations de proximité ramadanesques où les ftours seront distribués contre l’espoir de votes futurs. A quelques mois des élections législatives, où sont les programmes ? Le débat public ? Pourtant, le retrait du chef du gouvernement actuel de la course à la prochaine primature a créé un appel d’air rare. On aurait pu croire que c’est l’occasion pour nos politiciens de s’engouffrer dans cette brèche, de saisir cette opportunité pour structurer une nouvelle offre politique, répondre aux aspirations de la jeunesse qui s’est exprimée, ouvrir un débat de fond sur le modèle économique, social et institutionnel des prochaines années.

Alors, on peut comprendre la tentation collective de profiter du répit. Après des années marquées par la sécheresse, la hausse des prix et l’incertitude internationale, personne ne contestera le droit de souffler. D’ailleurs, Ramadan invite à ralentir, à se recentrer, à privilégier l’essentiel et la torpeur ramadanesque, cette suspension douce du temps, offre une pause bienvenue.

Mais, à force d’enchaîner les séquences apaisantes, on finit par décaler les questions structurantes. Or les échéances électorales de septembre approchent et vont déterminer le rythme des cinq prochaines années qui nous mèneront à cette fameuse échéance de 2030. Et si, d’ici là, aucun débat sérieux n’a émergé, si aucune ligne politique claire n’a été formulée, le réveil pourrait être brutal.

Parce que comme le dit le dicton, l’arbre cache souvent la forêt.

En attendant, Ramadan moubarak à toutes et à tous.

Zouhair Yata

 

The post Ramadan, l’arbre et la forêt appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Intempéries : Quand l’épreuve devient méthode https://lnt.ma/intemperies-quand-lepreuve-devient-methode/ Tue, 10 Feb 2026 13:38:50 +0000 https://lnt.ma/?p=541339 Les intempéries faites de fortes pluies qui ont frappé le pays ces dernières semaines ne sont pas seulement un fait divers météo après sept longues années de détresse hydrique et de sécheresse. C’est une bénédiction divine inespérée et appréciée comme telle par l’ensemble de la population. Pour autant, la durée et la force de cet […]

The post Intempéries : Quand l’épreuve devient méthode appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Les intempéries faites de fortes pluies qui ont frappé le pays ces dernières semaines ne sont pas seulement un fait divers météo après sept longues années de détresse hydrique et de sécheresse. C’est une bénédiction divine inespérée et appréciée comme telle par l’ensemble de la population.

Pour autant, la durée et la force de cet épisode climatique ont des conséquences tout aussi extrêmes sur une partie de la population qui se retrouve sinistrée, déplacée, privée de son quotidien. Crues intenses, routes inaccessibles, écoles fermées, le revers de la médaille est douloureux pour un grand nombre de nos compatriotes.

Le Maroc a encore en mémoire deux chocs qui ont marqué les esprits et les chairs. D’abord le séisme d’Al Haouz, événement brutal qui a pris les autorités de court par l’ampleur, la dispersion des besoins et la difficulté d’accès. Ensuite, la tragédie de Safi, en décembre 2025, où des crues soudaines ont causé un lourd bilan humain, symbole d’une vulnérabilité urbaine quand les infrastructures et la prévention ne suivent pas la violence de l’épisode pluvieux.

Ces deux événements tragiques ont eu pourtant un seul bénéfice majeur, celui d’avoir contribué à changer la perception du risque pour l’État marocain, sa capacité à apprendre vite, et sa manière de transformer des drames récents en réflexes opérationnels. Et, le changement de posture est flagrant.

Car, si l’État ne peut pas maîtriser la nature, sa capacité d’anticipation, d’organisation et de coordination peut sauver des vies et atténuer l’impact d’événements climatiques qui risquent de se multiplier à l’avenir.

Sur le terrain, la réponse a donc pris la forme d’un dispositif multi acteurs. L’armée a été mobilisée aux côtés de la protection civile et des services d’urgence, avec des opérations de secours incluant des moyens aériens, notamment des hélicoptères, et la mise en place d’abris temporaires, pendant que les cours étaient suspendus dans les zones les plus touchées. La communication institutionnelle insiste sur une mobilisation “totale” et proactive, en coordination entre départements et services, signe d’une chaîne de décision qui cherche à gagner du temps, pas à en perdre, pour garder le contrôle sur les événements.

Et, de fait, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le ministère de l’Intérieur a communiqué un volume de quelque 143 000 personnes évacuées dans plusieurs provinces du nord-ouest, dont Larache, Kénitra, Sidi Kacem et Sidi Slimane. Dans la zone la plus exposée, Ksar El Kébir, l’ampleur a été telle qu’une grande partie de la ville s’est vidée, au point que certaines estimations évoquent environ 85% de la population contrainte de quitter les lieux.

Décider d’évacuer tôt, d’évacuer large, et de déplacer des dizaines de milliers de personnes, a un coût indéniable et nécessite une logistique lourde. Mais c’est un maigre sacrifice qui fait la différence entre une crise qui dure et un drame national.

Ce test à grandeur nature que traverse le Maroc nous permettra également de tirer des leçons majeures sur l’état de nos infrastructures et d’améliorer par la même nos capacités à pallier les épisodes futurs. Le taux de remplissage national des barrages qui a fortement progressé autour de 62%, contre 27% un an plus tôt, a révélé des limites et des risques que nous n’espérions plus adresser tant la sécheresse était systémique. De même, l’urbanisme, le drainage, la gestion des zones inondables, l’entretien des ouvrages, l’éducation au risque climatique de la population, la transparence sur les responsabilités, tous ces chantiers sont ouverts mais à la différence majeure qu’ils sont désormais connus et adressables plutôt que subis parfois tragiquement.

Hors tout l’enjeu est là. Comme le dit l’adage, mieux vaut prévenir que guérir.

Zouhair Yata

The post Intempéries : Quand l’épreuve devient méthode appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Sahara marocain & Union européenne : 27 en 1 https://lnt.ma/sahara-marocain-union-europeenne-27-en-1/ Mon, 02 Feb 2026 16:31:21 +0000 https://lnt.ma/?p=540817 Pendant des années, l’Europe a cultivé une ambiguïté soigneusement dosée sur la question du Sahara marocain. Une ambiguïté qui lui permettait de préserver ses intérêts économiques avec Rabat tout en s’abritant derrière une lecture juridique restrictive, portée par ses juridictions et relayée par une partie de son Parlement. La décision récente des 27 États membres […]

The post Sahara marocain & Union européenne : 27 en 1 appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Pendant des années, l’Europe a cultivé une ambiguïté soigneusement dosée sur la question du Sahara marocain. Une ambiguïté qui lui permettait de préserver ses intérêts économiques avec Rabat tout en s’abritant derrière une lecture juridique restrictive, portée par ses juridictions et relayée par une partie de son Parlement.

La décision récente des 27 États membres de l’Union européenne d’appuyer clairement le plan d’autonomie proposé par le Maroc marque une inflexion majeure et un réalignement stratégique indéniable.

Ce tournant ne peut être compris et valorisé sans revenir sur le bras de fer qui a structuré la relation euro marocaine depuis plus d’une décennie. À partir de 2016, la Cour de justice de l’Union européenne a imposé une doctrine constante en affirmant que le Sahara occidental est juridiquement distinct du Maroc et ne peut être inclus automatiquement dans les accords commerciaux ou de pêche conclus avec le Royaume. Sous couvert d’indépendance judiciaire, cette position permettait surtout aux Européens de disposer d’un atout de taille dans les négociations commerciales avec le Maroc. Le rapport de force penchait ainsi naturellement vers l’Europe qui tout en affichant une proximité stratégique avec le pays, avait de quoi nous forcer la main par ailleurs.

Le Parlement européen quant à lui, a souvent été également un outil visible de la propagande anti-marocaine et le porte-parole des lobbies œuvrant contre notre intégrité territoriale. Entre votes favorables aux accords révisés avec le Maroc et résolutions critiques dénonçant leur incompatibilité avec le droit international, l’institution a souvent donné l’image d’une Europe fragmentée, hésitante, incapable d’assumer une ligne claire, créant de fait des situations d’embarras, de quiproquo et de positions diplomatiques tendues des deux côtés. La seule constante a toujours été que le Maroc n’a jamais considéré la question du Sahara comme un simple dossier technique ou commercial et a toujours défendu sa cause comme étant un enjeu de souveraineté, mais aussi un marqueur de crédibilité internationale.

Ce qui change aujourd’hui, ce n’est donc pas uniquement la lecture du dossier saharien. C’est la place du Maroc dans l’architecture géopolitique mondiale qui s’est profondément transformée. Les soutiens internationaux croissants au plan d’autonomie ne relèvent pas d’un effet de contagion diplomatique, mais d’une réévaluation pragmatique du rôle que joue le Royaume dans des équilibres mondiaux devenus critiques.

Le Maroc s’est imposé comme un acteur central de la sécurité alimentaire mondiale, à travers sa position clé dans la chaîne de valeur des engrais et des phosphates, ressource stratégique à l’heure des tensions agricoles globales. Dans un monde confronté à la volatilité des marchés, aux crises climatiques et aux ruptures d’approvisionnement, cette capacité n’est plus périphérique. Elle est structurante et les chancelleries occidentales l’ont intégré, parfois tardivement, mais désormais clairement.

À cela s’ajoute un autre facteur déterminant. Le Maroc est l’un des rares pays à cumuler une intégration profonde au bloc occidental tout en étant pleinement africain, arabe et musulman. Cette singularité, longtemps sous-estimée, est devenue un atout géopolitique majeur. À la croisée de l’Europe, de l’Afrique et du monde atlantique, disposant d’une stabilité politique rare dans sa région, le Royaume apparaît aujourd’hui comme un pivot stratégique. Sécurité, migrations, lutte contre le terrorisme, énergie, alimentation, autant de dossiers où Rabat est devenu un partenaire incontournable.

Dans ce contexte, maintenir une ambiguïté sur notre Sahara revenait pour l’Europe à fragiliser sa propre cohérence stratégique. La position récente des 27 traduit donc moins une conversion doctrinale qu’une prise de conscience salutaire que l’autonomie sous souveraineté marocaine n’est pas présentée comme une concession, mais comme la seule option politiquement réaliste dans un environnement international où l’attentisme n’est plus tenable.

Le dossier du Sahara marocain, longtemps révélateur des fractures européennes, devient ainsi le symptôme d’une Europe contrainte de s’adapter à un monde où la stabilité, la sécurité alimentaire et la géographie politique comptent désormais autant que les principes abstraits sur laquelle elle se fonde et se cache parfois. Et, pour Rabat, ce n’est pas une victoire symbolique. C’est la confirmation que le temps joue en faveur de ceux qui s’inscrivent dans la durée, la cohérence et la centralité stratégique.

 

Zouhair Yata

The post Sahara marocain & Union européenne : 27 en 1 appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Un nouveau monde, For Sure… https://lnt.ma/un-nouveau-monde-for-sure/ Wed, 28 Jan 2026 13:22:11 +0000 https://lnt.ma/?p=540624 Nous assistons aujourd’hui à un basculement majeur dans les relations internationales et la tenue de la dernière édition du Forum Davos où habituellement le monde occidental joue la même partition, en a été la dernière preuve tangible. Au cœur de ce basculement, ce n’est pas seulement une crise passagère des institutions globales qui se manifeste, […]

The post Un nouveau monde, For Sure… appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Nous assistons aujourd’hui à un basculement majeur dans les relations internationales et la tenue de la dernière édition du Forum Davos où habituellement le monde occidental joue la même partition, en a été la dernière preuve tangible.

Au cœur de ce basculement, ce n’est pas seulement une crise passagère des institutions globales qui se manifeste, mais une remise en cause profonde de la validité opérationnelle du multilatéralisme tel qu’il a été conçu après 1945.

Le retrait des États-Unis de dizaines d’organisations internationales est le symptôme le plus visible de ce phénomène. Le pays a congédié sa participation à un grand nombre d’agences et conventions internationales, en particulier dans les domaines de la santé avec l’OMS mais aussi de l’énergie, du climat et des engagements partagés, réduisant d’autant l’influence et l’efficacité de ces structures. Paris Agreement, Conseil des droits de l’homme de l’ONU, ONURWA, et plusieurs forums spécialisés figurent parmi les entités dont Washington s’est désengagé récemment.

Cette posture américaine de retrait ou de remise en question des cadres multilatéraux s’inscrit dans une plus vaste dynamique d’unilatéralisme assumé. Elle illustre que lorsqu’une grande puissance n’est plus engagée dans l’édifice collectif, les institutions qui reposent historiquement sur sa capacité à garantir leur fonctionnement perdent de leur autorité réelle. La contestation de la légitimité des Nations unies est particulièrement patente dans le traitement du conflit en Palestine, où l’ONU peine à imposer ses résolutions et fait l’objet de critiques continues quant à son impartialité et à sa capacité d’action. En réalité, le serpent se mord la queue puisque l’inaction relative de l’ONU face aux violences et aux crises de représentation remet en question son rôle de régulateur mondial.

La Cour pénale internationale (CPI), instituée pour porter la justice pénale internationale au-delà des juridictions nationales, est elle aussi affaiblie. Son fonctionnement dépend de la coopération des États et de la reconnaissance de sa compétence. Quand cette coopération vient à manquer ou se heurte à des intérêts très puissants, la Cour voit son rôle s’étioler et ses décisions peinent à être exécutées de manière effective.

Le cas de l’intervention américaine au Venezuela a prouvé s’il le fallait, que le droit international n’est plus la norme et que les instances multilatérales ne constituent plus l’arène de légitimité des actions entreprises par ceux-là mêmes qui en étaient les garants.

Idem, sur le front du règlement des conflits, la situation ukrainienne est emblématique. Les discussions actuelles pour une solution durable se déroulent dans des formats parallèles, souvent hors des procédures onusiennes classiques, et trouvent leurs dynamiques propres, impliquant des puissances directes ou indirectes, mais sans s’appuyer sur des résolutions claires du Conseil de sécurité.

Face à ces tensions et à cette fragmentation du multilatéralisme traditionnel, un élément nouveau apparaît, la remise en question de la cohésion même des alliances naturelles comme celle de l’OTAN. Les dissensions entre l’Europe et les États-Unis sur des questions de politique étrangère, de défense commune et de priorités géopolitiques affaiblissent la prévisibilité de l’OTAN comme pilier unique de sécurité collective. Ce n’est pas simplement un débat interne sur la charge financière ou la répartition des forces, mais une divergence stratégique sur la manière de penser l’Europe dans le monde.

Alors est-ce que cela signifie qu’enfin l’Europe pourrait réaliser que son unité ne peut plus se limiter à l’économie et à l’euro ? Le vieux continent va-t-il finalement acter que pour peser dans le nouvel ordre mondial son poids passe pleinement par une dimension de défense et de sécurité commune ? Non pas d’ailleurs pour mener des guerres mais bel et bien pour être pris au sérieux ? Sachant que la prise de conscience et la volonté seules ne suffiront pas à convertir l’essai, si comme pendant la construction des institutions, l’Europe ne peut pas  s’appuyer sur un couple franco-allemand solide et uni, ou que des acteurs comme l’Italie de Meloni préfèrent jouer en solo et que des dirigeants comme Viktor Orbán jouent ouvertement pour l’équipe adverse.

Tout cela est d’autant plus vrai que la Grande-Bretagne, depuis le Brexit, est un autre ver dans la pomme avec un grand écart de plus en plus complexe à maintenir entre ses cousins américains et ses voisins européens. Après avoir joué le rôle pendant longtemps de trait d’union, elle se retrouve désormais dans une position plus qu’inconfortable qui synthétise le malaise grandissant entre les puissances occidentales.

Dans ce contexte de rebattement des cartes, la Chine apparaît comme un acteur structurant d’un nouvel ordre multipolaire. La diplomatie chinoise appelle à des relations internationales caractérisées par la coopération et le respect mutuel, et cible des domaines d’intérêts partagés tout en consolidant ses positions économiques et politiques à l’échelle mondiale. Pékin met en avant une conception de coopération non conditionnelle et non intrusive, ce qui attire des pays souhaitant diversifier leurs partenariats et réduire leur dépendance à l’égard de l’Occident, y compris en son sein.

Mais, ce qui est le plus inquiétant, c’est qu’en sous-main, ce qui se joue, c’est l’accès et le contrôle des ressources rares ou stratégiques, les chaines d’approvisionnement mondiales dont la fragilité a été révélée pendant la pandémie de la Covid, les dettes publiques colossales détenues par les ennemis autant, si ce n’est plus, que par les amis. Et tout cela, plus encore que les guerres, menace la stabilité non seulement des équilibres politiques mais surtout des économies et des sociétés. Le monde a basculé d’une mondialisation ouverte censée profiter bon an mal an à tous, à une forme de repli dont les nouveaux nationalismes aux relents fascistes sont l’expression la plus apparente.

Dans cette nouvelle partition, le Maroc incarne une position d’équilibriste pragmatique qui témoigne d’une grande profondeur de vue. Après que sa souveraineté sur le Sahara a été confirmée par le Conseil de sécurité sous l’impulsion américaine, Rabat a adhéré au nouveau Board of Peace proposé à Davos comme structure alternative ou complémentaire d’action internationale. Cette adhésion reflète une stratégie d’alignement sur le bloc américain mais sans pour autant mettre en danger les liens étroits que le Royaume entretien avec l’Europe, tant géographiquement qu’économiquement, et qui demeurent essentiels à ses intérêts.

In fine, ce qui est en train de se jouer, « For Sure », ce n’est pas simplement une crise du système multilatéral issu de 1945. C’est la transition vers un ordre mondial où de nouvelles architectures de pouvoir, de sécurité et de coopération émergent. Les institutions et les alliances classiques ne disparaîtront pas du jour au lendemain, mais la tectonique des plaques est en marche et un nouveau monde se dessine sous nos yeux.

Zouhair Yata

The post Un nouveau monde, For Sure… appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
CAN 2025 : « Les Lions de la Classe » https://lnt.ma/can-2025-les-lions-de-la-classe/ Mon, 19 Jan 2026 14:38:09 +0000 https://lnt.ma/?p=540275 « Al Hamdoullah », nous n’avons pas emporté la CAN que nous avons organisée. Parce que sans tomber dans la superstition et parler de mauvais œil, avec tous les efforts que notre pays a menés pour accueillir cette compétition, le goût amer d’une victoire à la Pyrrhus aurait tout gâché. Parce qu’il vaut mieux perdre […]

The post CAN 2025 : « Les Lions de la Classe » appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
« Al Hamdoullah », nous n’avons pas emporté la CAN que nous avons organisée. Parce que sans tomber dans la superstition et parler de mauvais œil, avec tous les efforts que notre pays a menés pour accueillir cette compétition, le goût amer d’une victoire à la Pyrrhus aurait tout gâché.

Parce qu’il vaut mieux perdre et que l’histoire se rappelle que le Maroc en a mis plein les yeux au reste du monde en organisant la plus belle CAN depuis le début de cette compétition. Le Maroc qui représente l’Afrique, le continent que l’on qualifie de tiers monde depuis que cette expression a vu le jour, a porté très haut l’étendard africain, au bénéfice d’abord et surtout des Africains eux-mêmes.

C’est notre pays qui a permis que toutes les délégations soient traitées avec déférence et respect, même les ingrats et ceux qui nous détestent. C’est lui encore qui a permis à leurs joueurs de profiter d’infrastructures dignes des meilleurs standards internationaux. C’est le Maroc qui a accueilli des millions de supporters qui ont bénéficié de la convivialité et de la culture de l’accueil de nos compatriotes. Tout cela sans aucun incident majeur, sans que notre Royaume ne fasse la Une de l’actualité mondiale autrement qu’à travers des termes élogieux. La victoire est là, et c’est la trajectoire de progrès et de développement que nous avons entamé collectivement qui est sanctionnée positivement.

A cela s’ajoute la fierté de voir une équipe nationale digne de l’affection et du soutien intangibles de tout un peuple. Nos Lions n’ont pas démérité, ils ont rugi autant qu’ils se sont battus et ont fini par pleurer en prouvant leur humanité. Le football est un sport cruel, et les plus grandes nations, les plus grands clubs ont connu des déceptions à la hauteur de leurs ambitions. Cela prouve une nouvelle fois que les Lions de l’Atlas ont désormais l’étoffe des grands et on ne peut que leur souhaiter plus de succès à l’avenir. Le travail accompli était colossal, avec une pression sur le résultat que seul un collectif soudé et uni, emmené par un coach qui a su se mettre en posture de bouclier pour ne pas dire de « punching ball », peut absorber.

En revanche, la réelle défaite n’est pas là où on l’on croit. Parce qu’un peuple « frère » ne s’attaque pas et ne saccage pas. Un sportif de haut niveau conteste mais n’insulte pas. Un coach défend son équipe mais ne perd pas son sang-froid. Les images de cette finale dépassent le résultat sportif et les erreurs d’arbitrage, elles témoignent d’un manque de professionnalisme, de savoir être et de hauteur. Elles nous renvoient tristement à ce que les « autres » pensent de nous, africains, et gomment du revers d’une main ce que l’autre accomplit difficilement. Que des joueurs sénégalais insultent l’arbitre en insinuant par des gestes flagrants qu’il est corrompu est désolant et témoigne en réalité d’un manque de confiance dans les institutions et les dirigeants qui pourtant leurs ont remis in fine le sésame qu’ils convoitaient.

Le geste malheureux du valeureux Brahim Diaz avec son penalty raté a en réalité scellé toutes ses vérités et les a figées dans la mémoire collective. Dans ce contexte, nous préférons notre défaite au goût de victoire à cette victoire au gout de défaite.

Et, parce que le sport est censé être un lieu de communion et de partage produisant des énergies positives, il est temps de reprendre ses esprits, de passer à autre chose et ne pas se brûler le sang, en se rappelant qu’il y a toujours un vainqueur et un vaincu.

 

Zouhair Yata

The post CAN 2025 : « Les Lions de la Classe » appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Akhannouch, la boucle est bouclée ? https://lnt.ma/akhannouch-la-boucle-est-bouclee/ Tue, 13 Jan 2026 10:20:38 +0000 https://lnt.ma/?p=540067 L’annonce selon laquelle Aziz Akhannouch ne briguera pas un nouveau mandat à la tête du Rassemblement National des Indépendants témoigne d’une forme d’usure que la politique et les responsabilités publiques peuvent provoquer, lentement mais sûrement. Après une trajectoire longue et continue au sommet de l’État, d’abord comme ministre sous plusieurs gouvernements, puis comme Chef du […]

The post Akhannouch, la boucle est bouclée ? appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
L’annonce selon laquelle Aziz Akhannouch ne briguera pas un nouveau mandat à la tête du Rassemblement National des Indépendants témoigne d’une forme d’usure que la politique et les responsabilités publiques peuvent provoquer, lentement mais sûrement. Après une trajectoire longue et continue au sommet de l’État, d’abord comme ministre sous plusieurs gouvernements, puis comme Chef du gouvernement, Akhannouch, qui n’a pas encore eu l’occasion de faire son bilan de cette longue période, a néanmoins fini par concentrer sur lui une grande partie des tensions, des critiques et des frustrations qui traversent aujourd’hui la société marocaine.

Cette usure ne s’est pas manifestée par un seul événement déclencheur, mais par une accumulation. Le boycott ayant touché Afriquia a marqué un tournant symbolique, en brouillant durablement la frontière entre pouvoir économique et responsabilité politique auprès de l’opinion publique à tort ou à raison d’ailleurs. Les attaques répétées de l’opposition ont ensuite installé un climat de confrontation permanente, où la figure du Chef du gouvernement devenait moins celle d’un arbitre que celle d’un point de fixation. À cela s’est ajoutée la parenthèse courte mais intense des manifestations portées par une partie de la génération Z, révélant un décalage générationnel profond et une défiance vis-à-vis des élites installées, dont Akhannouch est devenu, parfois malgré lui, l’un des visages les plus exposés.

Dans le cadre institutionnel marocain, où le Chef du gouvernement est constitutionnellement nommé par le Roi au sein du parti arrivé en tête des élections, la décision de ne pas briguer un nouveau mandat à la tête de sa formation politique ne relève pas d’un simple choix interne. Elle envoie un signal politique fort. En renonçant à la présidence du parti, Akhannouch acte implicitement la fin d’un cycle. Il reconnaît, sans le dire explicitement, que la charge politique, symbolique et médiatique qu’il porte depuis des années est devenue un handicap autant pour lui que pour sa formation.

Ce geste ouvre mécaniquement une autre question, plus lourde encore, celle de sa succession potentielle à la tête du gouvernement à moyen terme. La tentation est grande de spéculer, et elle est légitime. Le Maroc est engagé dans des réformes structurelles majeures, économiques, sociales et institutionnelles, et se projette vers l’horizon 2030 avec un rendez-vous planétaire, l’organisation conjointe de la Coupe du monde de football. Conduire ce pays à bon port exigera un profil capable de porter une vision, de résister à la pression internationale, de dialoguer avec une jeunesse exigeante et de réconcilier efficacité économique et lisibilité politique.

Dans ce contexte, la surexposition médiatique de certains, comme Abdelilah Benkirane, ne doit pas tromper. Elle occupe l’espace, elle fait du bruit, mais elle renvoie davantage à une logique de nostalgie politique qu’à une réponse crédible aux défis à venir. Le cycle politique qui s’ouvre appelle probablement autre chose. Un profil plus dynamique, plus en phase avec les mutations sociales, certainement plus jeune. Peut-être même féminin. L’hypothèse n’est pas anodine dans un pays où la question de la représentation, notamment des femmes, reste largement sous-exploitée malgré un vivier réel de compétences.

Au-delà des personnes, cette séquence pourrait aussi marquer un moment de vérité pour les partis politiques marocains. Depuis plusieurs années, les maroquins ministériels ont souvent semblé primer sur le travail idéologique et l’ancrage populaire. Des coalitions se sont construites sur des équilibres arithmétiques plus que sur des projets cohérents, prêtes à allier tout et parfois son contraire, au prix d’une dilution du sens politique. Le retrait d’une figure aussi centrale que celle d’Akhannouch pourrait contraindre les formations à se repositionner, à se reconnecter à leurs bases, à clarifier leurs lignes et à assumer des choix moins opportunistes.

La bataille qui s’annonce pour les législatives ne sera donc pas seulement électorale. Elle sera narrative, générationnelle et stratégique. Le départ d’un leader qui a focalisé autant d’attention oblige tous les autres à sortir du bois. Les rivalités internes, les ambitions contenues et les fractures latentes vont désormais s’exprimer à visage découvert. Le climat risque d’être dur, frontal, parfois brutal. À couteaux tirés.

Mais c’est aussi dans ces moments de tension que les systèmes politiques se renouvellent. La fin d’un cycle n’est jamais confortable. Elle est souvent chaotique. Elle n’en est pas moins nécessaire. Le retrait d’Aziz Akhannouch de la tête du RNI ne signe pas seulement une décision individuelle. Il marque un point d’inflexion. Et c’est autour de ce vide, désormais visible, que se jouera une partie décisive de l’avenir politique du pays.

 

Zouhair Yata

The post Akhannouch, la boucle est bouclée ? appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Venezuela : le « Big Stick » de Teddy Trump https://lnt.ma/venezuela-le-big-stick-de-teddy-trump/ Mon, 05 Jan 2026 10:28:25 +0000 https://lnt.ma/?p=539803 Cette nouvelle année ne commencera donc pas comme d’habitude sur les bonnes résolutions, les reflux gastriques des orgies alimentaires de fin d’année et l’abstinence. Et, au-delà du football qui nous divertit ici-bas, l’attention mondiale est focalisée sur ce que beaucoup de commentaires qualifient d’intervention surprise et inattendue des États-Unis au Venezuela avec la capture du […]

The post Venezuela : le « Big Stick » de Teddy Trump appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Cette nouvelle année ne commencera donc pas comme d’habitude sur les bonnes résolutions, les reflux gastriques des orgies alimentaires de fin d’année et l’abstinence. Et, au-delà du football qui nous divertit ici-bas, l’attention mondiale est focalisée sur ce que beaucoup de commentaires qualifient d’intervention surprise et inattendue des États-Unis au Venezuela avec la capture du Président Maduro.

Dans un monde radicalement polarisé du plus simple commentateur lambda sur les réseaux sociaux, aux politiques et aux nations, l’événement fait grand bruit et s’alimente de réactions qui mélangent la forme et le fond à souhait.

La personnalité du Président américain Donald Trump étant éminemment médiatique, dans un cirque dans lequel il se plait à être le Monsieur Loyal, fixe l’attention de tous, génère des memes et des pamphlets, favorisant par la même le sentiment de puissance que l’opération américaine voulait véhiculer. Le caractère expéditif de la capture de Maduro en quelques heures s’inscrit ainsi parfaitement dans l’instantanéité des médias sociaux où va se confondre couche sur couche, le sort du peuple vénézuélien, la main mise américaine sur les plus grandes réserves mondiales de pétrole, et la tenue Nike du Président déchu en « top trend » sur les moteurs de recherche.

Dans ce brouhaha où chacun trouve de quoi consommer en fonction de son degré d’implication intellectuelle, on nous explique aussi et surtout, que l’Amérique de Trump crée un précédent inédit, qui risque de donner des ailes aux dictateurs et régimes autoritaires de par le monde et qui nécessiterait un sursaut des derniers « gardiens de la galaxie démocratique ».

Pourtant, rien n’est moins vrai et pour plusieurs raisons. D’abord, les États-Unis ont une longue et dense histoire d’interventionnisme sur tout le continent américain qu’ils considèrent comme leur chasse gardée depuis la doctrine Monroe qui date de 1823, soit à peine quelque cinquante ans après la proclamation de leur indépendance. Depuis, c’est l’hégémonie régionale qui est visée par l’Oncle Sam et avec la politique du « Big Stick » de Theodore Roosevelt, président républicain faut-il le préciser, pas une décennie n’est passée sans que Washington agisse pour défendre, sécuriser ou affirmer sa domination sur le continent, de Cuba à Haiti en passant par la République dominicaine, le Panama, le Nicaragua…

La guerre froide a été aussi prolifique pour les États-Unis qui face à la fièvre révolutionnaire alimentée et financée par Moscou a vu l’installation et le soutien de régimes autoritaires alignés idéologiquement au Chili, en Argentine, en Uruguay au Paraguay, en Bolivie ou encore au Brésil après le coup d’État de 1964.

L’opération Condor est tristement célèbre pour avoir été une politique systématique et transnationale d’élimination des opposants de gauche avec l’appui logistique du renseignement américain. Faut-il rappeler également le scandale des Contras dans les années 80 ? En réalité, cela fait belle lurette que les intérêts des USA priment sur toute autre considération en Amérique latine et dans ce contexte le pétrole du Venezuela est évidemment dans le collimateur américain, ce n’est pas Instagram qui doit nous le révéler. De même, l’extraction chirurgicale du Président Maduro est consistante avec les méthodes américaines popularisées par les séries « Narcos » sur Netflix.

Et, par ailleurs, c’est peut-être cynique de le rappeler, mais Vladimir Poutine n’a pas attendu que Trump agisse au Vénézuéla pour s’atteler à sécuriser son jardin russe avec une agressivité qui a déjà fait des milliers de victimes civiles et militaires. Si les Européens n’en avaient pas encore conscience, tant mieux si l’épisode vénézuélien leur ouvre enfin un peu plus les yeux.

Parce qu’en définitive, rien de nouveau au soleil, les grandes puissances dont les États-Unis sont l’archétype, enrobent toujours leurs actions de bonnes intentions lorsqu’il s’agit de défendre leurs intérêts stratégiques et ceux-ci sont systématiquement antinomiques avec le droit, qu’il soit des peuples ou international. La guerre à Gaza nous le prouve depuis des mois, voire des années, mais nos algorithmes n’aiment pas ce qui n’est pas récent.

Zouhair Yata

The post Venezuela : le « Big Stick » de Teddy Trump appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
CAN 2025: CQFD https://lnt.ma/can-2025-cqfd/ Wed, 24 Dec 2025 10:09:38 +0000 https://lnt.ma/?p=539458 On ne mesure jamais mieux un succès que lorsqu’il donne l’impression d’avoir été simple, parce que c’est toujours quand les choses se passent bien qu’elles paraissent une évidence. Et c’est précisément pour ça qu’il faut, après le coup de sifflet final de vendredi dernier, regarder l’ampleur du défi que le Maroc vient de relever en […]

The post CAN 2025: CQFD appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
On ne mesure jamais mieux un succès que lorsqu’il donne l’impression d’avoir été simple, parce que c’est toujours quand les choses se passent bien qu’elles paraissent une évidence. Et c’est précisément pour ça qu’il faut, après le coup de sifflet final de vendredi dernier, regarder l’ampleur du défi que le Maroc vient de relever en ouvrant la CAN 2025, scrutée de partout, par tout un continent et bien au-delà.

Parce que quand tout est fluide, quand l’image est nette, quand l’émotion circule et que la fête prend, on oublie vite ce que « sans aucun couac » signifie en vrai. On oublie la somme des détails qui, alignés, produisent une impression de maîtrise. Les infrastructures dont on disait qu’elles étaient inutiles, les moyens mis en œuvre pour la sécurité notamment, la qualité exceptionnelle de la cérémonie d’ouverture, pensée comme un récit, presque comme un manifeste et pas comme une simple parenthèse avant le coup d’envoi.

On oublie aussi cette obsession du rendu et de l’expérience de la réalisation à la captation en passant par la Spidercam, le souci du détail qui transforme un événement sportif en moment de télévision et de mémoire collective. On oublie le son, la lumière, la précision du tempo, et cette sensation que l’organisation ne subit rien, qu’elle est pilotée de manière volontaire et maitrisée.

Et puis il y a ce qui ne se voit pas à l’écran, mais qui se juge dans les corps et dans les flux. Les réactions des supporters des pays africains participants, l’énergie dans les villes, la circulation des maillots, des drapeaux, des chants… L’impression que le Maroc n’accueille pas seulement un tournoi, mais une marée humaine. Près d’un million d’arrivées dans les aéroports, une intensité de passages et de retrouvailles, une diaspora africaine et marocaine au rendez-vous, et des visiteurs venus de tout le continent, et parfois de beaucoup plus loin.

Tout cela devait être aligné. Sans friction visible. Sans détail qui dégénère. Sans un élément en mesure de gâcher la fête, au moment même où le Maroc devait confirmer ce qu’il annonce depuis des mois. Les conditions sportives, les camps de base, l’accueil des délégations, l’hospitalité du quotidien, la logistique des déplacements, la sécurité, l’information. Et l’engouement du public marocain et étranger, porté aussi par les contenus produits par les influenceurs issus de la diaspora et d’Afrique, qui ont raconté le pays en temps réel et qui ont étendu cet engouement au reste du monde.

Même la pluie, ô combien symbolique pour notre pays, était au rendez-vous. Elle est tombée comme une bénédiction sur toutes les têtes, comme si le ciel avait décidé d’ajouter sa signature à la scène.

Mais, surtout, le Royaume était all in sur cette cérémonie d’ouverture, placée sous la responsabilité du Prince héritier Moulay El Hassan. C’est dire à quel point l’enjeu était de taille. Il ne s’agissait pas simplement d’ouvrir une compétition, il s’agissait d’assumer un moment d’exposition maximale, et d’y engager ce que l’État a de plus visible, de plus institutionnel, de plus signifiant et de plus précieux.

Notre Prince a été à l’image de tout ce qu’on pouvait espérer, élégant, bienveillant, engagé comme un supporter autant que comme un membre de la famille royale séculaire de cette nation qui se présente aux yeux du monde résolument tournée vers l’avenir. Rien n’était surjoué, tout semblait juste. Et ce contraste, entre la solennité d’une fonction et la simplicité d’une présence, dit beaucoup de ce que le Maroc veut projeter, une modernité tranquille, sans renier ses racines.

L’affection que tout le peuple lui a transmise n’est donc pas fortuite. Elle est le fruit d’une communion entre la Nation et la Royauté, un lien indéfectible et inaliénable, qui se révèle avec une clarté particulière dans ces moments où l’image du pays se joue, où l’orgueil collectif se met en ordre de marche, où l’unité n’est pas un slogan mais une expérience.

Et le football, incarné par nos Lions, a lui aussi fait son travail en offrant ce supplément d’âme que rien d’autre ne sait autant produire, cette capacité à rassembler, à faire vibrer, à faire oublier l’espace d’un soir les lignes de fracture qui traversent nos sociétés.

Désormais, quel que soit le résultat de cette compétition, pour toutes ces raisons, nous avons déjà gagné, et le monde en est témoin. CQFD !

 

Zouhair Yata

The post CAN 2025: CQFD appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
« CAN y a ma CAN » https://lnt.ma/can-y-a-ma-can/ Wed, 17 Dec 2025 09:42:15 +0000 https://lnt.ma/?p=539157 Il y a des semaines où l’on sent que quelque chose dépasse le simple calendrier. Le 21 décembre 2025, la Coupe d’Afrique des nations s’ouvre au Maroc pour un mois, jusqu’au 18 janvier 2026. Plus qu’un simple tournoi de football, c’est un test de cohésion à l’échelle du continent africain que le Royaume s’apprête à […]

The post « CAN y a ma CAN » appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Il y a des semaines où l’on sent que quelque chose dépasse le simple calendrier. Le 21 décembre 2025, la Coupe d’Afrique des nations s’ouvre au Maroc pour un mois, jusqu’au 18 janvier 2026. Plus qu’un simple tournoi de football, c’est un test de cohésion à l’échelle du continent africain que le Royaume s’apprête à organiser. Et, plus largement, c’est une respiration dans une époque qui ne respire plus très bien.

Car le contexte mondial, lui, n’a rien d’un terrain neutre. Les opinions publiques se fragmentent, se radicalisent, se caricaturent avec des récits politiques qui se construisent souvent pour ne pas dire systématiquement, contre quelqu’un, contre une communauté, contre un supposé ennemi, contre un voisin qu’il soit frontalier ou juste de quartier. Les extrêmes, de gauche et de droite, chacune à sa manière et partout dans le monde, prospèrent sur la même matière première, l’opposition permanente. Dans un monde ultra connecté, les réseaux sociaux accélèrent tout et l’émotion devient une preuve et la polémique une norme. Et, dans ce paysage où l’on confond vitesse et vérité, la cohésion sociale, nationale, régionale, continentale finit par être un luxe.

Rares sont désormais les moments ou les endroits où l’on obtient encore, ce que la politique n’obtient plus, ce fameux consensus. Des foules qui communient et chantent ensemble sans se connaître, des drapeaux qui cohabitent dans une même rue, des inconnus qui se sourient parce qu’ils partagent une tension joyeuse. Cet endroit, c’est le sport. Et, sur ce continent, c’est d’abord le football.

Bien sûr, le football n’est pas une utopie, il crée aussi des dissensions et se nourrit de manière intrinsèque des rivalités. Pendant la compétition, il y aura des affrontements plus symboliques que d’autres, des provocations et des déceptions, des injustices ressenties face à des arbitres accusés et les réseaux sociaux seront surement en surchauffe. Mais, malgré tout cela, l’ambiance reste majoritairement à la fête. À l’heure où les débats publics se vivent comme des guerres de tranchées, c’est déjà énorme.

Dans cette perspective, le Maroc ne joue pas seulement à domicile sur la pelouse. Il joue sur l’organisation, l’accueil, l’image et le récit. Le pays a d’ailleurs mis sur la table des moyens lourds et l’effort n’est pas seulement sportif, le pays prépare aussi plus largement ses capacités d’accueil et de mobilité avec la mise à niveau des aéroports, des gares, des routes etc.

On ne peut donc pas nier l’évidence, cette CAN est une vitrine, et surtout une démonstration de maîtrise logistique. Et, à en croire la dynamique populaire, l’événement s’installe déjà dans le quotidien avec plus de 800.000 billets qui auraient été vendus avant même le coup d’envoi et notamment des matchs du Maroc annoncés à guichets fermés.

L’enjeu pour le Royaume est donc à la hauteur des efforts déployés. Le Maroc a l’occasion de consolider l’image qu’il a construit ces dernières années, celle d’un pays capable d’organiser, d’accueillir, de sécuriser, de connecter, de donner envie. La CAN est un événement africain, mais il est regardé depuis l’Europe, le Golfe, les Amériques. C’est une scène où l’on juge la capacité d’un État à produire de la fluidité. À faire circuler des milliers de personnes, à éviter le chaos, à rendre le plaisir simple. Dans un monde qui doute de tout, offrir un mois de normalité heureuse, c’est une forme de puissance douce.

Tout cela peut produire un bénéfice plus subtil, presque politique au sens noble, celui d’un récit positif. Aujourd’hui, l’économie de l’attention récompense la logorrhée anxiogène. Les algorithmes préfèrent ce qui divise, ce qui choque, ce qui “prouve” qu’on a raison de haïr l’autre. Les médias eux-mêmes, pris dans la course au temps réel, subissent et nourrissent cette mécanique. On produit du “tout de suite”, on commente avant de comprendre, on simplifie avant de vérifier. Résultat, le monde apparaît plus dangereux qu’il ne l’est parfois, et surtout plus irréconciliable qu’il ne devrait l’être.

La CAN peut faire l’inverse, au moins provisoirement. Elle n’effacera pas les fractures, mais elle réinstalle l’idée de communauté. Elle remet en circulation des émotions qui ne sont pas seulement de la colère, comme la joie, la fierté, ou simplement la beauté d’un geste. Elle donne à voir des scènes ordinaires devenues rares, celles de rues avec des foules qui ne sont pas des émeutes.

Nos ainés disent souvent qu’“avant, c’était mieux”. On pourrait sourire de cette nostalgie, mais pour une fois, il faut avoir l’honnêteté de reconnaître que quelque chose a changé ces dernières années. Oui, il y a toujours eu des guerres, des conflits, des attentats, des propagandes, parce que l’histoire n’a jamais été douce. Mais la période récente a franchi un seuil, celui d’une conflictualité devenue permanente.

Alors bienvenue à la CAN 2025. Non pas comme une solution, encore moins comme une fuite. Plutôt comme une bouffée d’espoir assumée qui nous rappelle que quels que soient les résultats sportifs, cette victoire-là vaut déjà beaucoup.

Zouhair Yata

The post « CAN y a ma CAN » appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Politique : Quand Benkirane rallume la Lampe… https://lnt.ma/politique-quand-benkirane-rallume-la-lampe/ Tue, 09 Dec 2025 09:12:40 +0000 https://lnt.ma/?p=538825 Dans la saga Harry Potter, Voldemort, réduit à une ombre sans corps, parvient malgré tout à reprendre vie, porté par un mélange d’obstination, de croyances anciennes et de fidélités souterraines. Le PJD n’a peut-être pas la noirceur du Seigneur des Ténèbres, mais la comparaison vaut sur un point précis, malgré l’effondrement électoral de 2021, malgré […]

The post Politique : Quand Benkirane rallume la Lampe… appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Dans la saga Harry Potter, Voldemort, réduit à une ombre sans corps, parvient malgré tout à reprendre vie, porté par un mélange d’obstination, de croyances anciennes et de fidélités souterraines. Le PJD n’a peut-être pas la noirceur du Seigneur des Ténèbres, mais la comparaison vaut sur un point précis, malgré l’effondrement électoral de 2021, malgré treize sièges qui avaient tout d’une épitaphe politique après deux législatures consécutives, le parti de la Lampe tente aujourd’hui de se reconstituer, mèche par mèche, discours après discours. À l’approche de 2026, la flamme vacillante n’est plus totalement éteinte. Elle crépite, elle clignote, elle cherche à reprendre sa place dans la nuit politique marocaine.

Ce retour a bien sûr un visage, un style et une méthode en la personne de Abdelilah Benkirane. Et, il n’a rien changé parce qu’on ne change pas une équipe qui gagne. Le PJD, quand il veut briller, revient à son Zaïm, loquace, provocateur, théâtral, toujours excessif, mais rarement inaudible. Benkirane, qui n’a qu’un seul objectif, celui d’occuper le champ médiatique quel qu’en soit le prix, sait que le bruit vaut mieux que le silence, que la polémique offre plus d’oxygène qu’un programme, et que provoquer la réaction des adversaires est déjà une victoire symbolique. C’est la vieille tactique du contexte saturé en faisant en sorte que toute la scène regarde dans sa direction, même pour le critiquer.

Ainsi, depuis deux mois, il enchaîne les saillies avec une constance presque mécanique. Une fois contre le ministre de la Justice, qu’il accuse de manquements éthiques et fiscaux ; une autre contre le chef du gouvernement, sommé de démontrer qu’on peut gouverner autrement que par la technocratie et les réseaux d’affaires ; puis contre Laftit, accusé d’avoir « fait perdre » des sièges au PJD en 2021, comme si les urnes avaient été truquées contre la Lampe. À chaque fois, le procédé est le même, déplacer la question de la performance politique vers celle de la probité personnelle, pour sous-entendre que la gouvernance actuelle souffre d’un déficit moral majeur, et en déduire que le PJD, malgré ses propres angles morts, représenterait une alternative plus saine et plus juste.

Alors cette stratégie n’est peut-être pas subtile, mais elle est cohérente et efficace. Benkirane recompose le récit de son parti autour d’un axe simple, les autres ont échoué, faute d’intégrité et faute de vision, eux ont péché par naïveté mais pas par corruption, par maladresse mais pas par duplicité. C’est un récit partiel, contestable, complètement déconnecté de la mémoire collective, mais qui fait mouche auprès de sa base qui n’a pas disparu. L’effondrement de 2021 n’est plus une sanction électorale, mais une anomalie orchestrée par l’appareil administratif, un moment d’égarement national qu’il s’agit de réparer. En politique, se présenter en victime injustement battue vaut parfois plus que revendiquer un bilan.

Cette rhétorique fonctionne d’autant mieux que le terrain lui est favorable dans un contexte où le gouvernement enchaine la gestion des crises sociales, notamment la colère de la jeunesse des mois passés, qui a ouvert une brèche dans laquelle Benkirane s’engouffre allègrement. Là où l’exécutif parle chiffres et stratégies, il parle sentiments, dignité, valeurs, famille, moralité publique. Là où les ministres s’excusent avec prudence, il exige des démissions en salve. Là où le gouvernement agit en techniciens, il se présente en tribun, même sans arguments.

Bien entendu, cette résurgence de la Lampe n’efface ni les paradoxes ni les incohérences. Mais l’exercice d’équilibrisme est sa spécialité, le curseur n’est jamais poussé trop loin. Le PJD joue à la fois la prudence institutionnelle et la contestation morale. Il soutient la jeunesse quand elle proteste, puis l’enjoint à rentrer chez elle pour éviter le chaos. Il dénonce l’intervention de l’administration dans les scrutins, mais continue de rappeler son attachement absolu à la monarchie exécutive. Il critique la gouvernance économique tout en évitant soigneusement de proposer une alternative crédible.

Mais qu’on le veuille ou non, l’opération de réanimation est en cours. La Lampe, que l’on croyait réduite à une veilleuse, retrouve une intensité. Benkirane occupe à nouveau l’espace, provoque les ministres, réveille les réseaux militants, polarise les débats. Ses critiques agacent les uns et irritent les autres, mais elles rappellent au pays que le PJD n’a pas dit son dernier mot. Et dans un paysage politique où le vide narratif est souvent plus présent que la clarté, une petite lumière peut raviver une flamme incandescente, à nos risques et périls.

La question désormais n’est donc pas de savoir si Benkirane fait polémique puisqu’il en vit. Elle est de savoir si cette stratégie suffira pour transformer une résurrection médiatique en renaissance électorale. Voldemort avait ses Horcruxes, le PJD, lui, n’a peut-être que son Zaïm, mais cela pourrait bien suffire.

Zouhair Yata

The post Politique : Quand Benkirane rallume la Lampe… appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Guerre Russie-Europe : « Quelle idée saugrenue ?! » https://lnt.ma/guerre-russie-europe-quelle-idee-saugrenue/ Wed, 03 Dec 2025 15:11:29 +0000 https://lnt.ma/?p=538643 Il y a une idée qui revient avec insistance dans le débat public européen, Vladimir Poutine serait sur le point de déclencher une guerre totale contre l’Europe, comme un remake de la Seconde Guerre mondiale. D’ailleurs, ce n’est pas simplement une idée puisque de la bouche même du Président russe, « la Russie n’en a pas […]

The post Guerre Russie-Europe : « Quelle idée saugrenue ?! » appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Il y a une idée qui revient avec insistance dans le débat public européen, Vladimir Poutine serait sur le point de déclencher une guerre totale contre l’Europe, comme un remake de la Seconde Guerre mondiale. D’ailleurs, ce n’est pas simplement une idée puisque de la bouche même du Président russe, « la Russie n’en a pas l’intention mais est prête ».

Sauf que cette guerre est séduisante pour ceux qui veulent mobiliser l’opinion par la peur, mais elle ne repose pas sur une analyse sérieuse des capacités réelles de la Russie. Le régime russe, même avec Poutine a sa tête, n’a pas réussi à faire plier Kiev, malgré une offensive censée durer trois jours, et n’a ni les moyens humains, ni les moyens industriels, ni les moyens logistiques de s’élancer demain matin vers Berlin, Varsovie ou Paris.

Pour autant, cela ne signifie pas que la Russie ne représente pas bel et bien une menace pour la paix européenne. Simplement, pas la menace fantasmatique qui s’impose aujourd’hui dans les discours alarmistes.

Ce que Poutine veut avant tout depuis le début de son offensive contre l’Ukraine, c’est empêcher qu’un État limitrophe ne tombe entièrement dans l’escarcelle occidentale. Une Ukraine membre de l’OTAN porterait l’Alliance jusqu’aux portes de la Russie, tandis qu’une Ukraine membre de l’Union européenne réduirait dramatiquement la dépendance européenne au gaz et au pétrole russes. Pour Moscou, c’est donc une question existentielle, presque de principe, perdre Kiev, c’est perdre un glacis stratégique, perdre un débouché vers les mers chaudes, perdre un levier économique. Et cela, Moscou ne peut l’accepter.

La guerre russe, depuis le départ, a donc un objectif clair, celui de maintenir l’Ukraine dans une zone grise. Pas « conquérir l’Europe ».

Ceux qui affirment que Poutine s’apprête à fondre sur le continent projettent une lecture du XXe siècle sur un monde qui n’a plus grand-chose à voir avec 1939. Staline pouvait sacrifier cinquante millions de Soviétiques, Poutine lui ne le peut pas. Il a déjà perdu plus d’un million d’hommes dans sa guerre contre l’Ukraine et son économie est sous perfusion. Son appareil militaire se bat à flux tendu et la valse des généraux depuis le début du conflit avec l’Ukraine en est une preuve patente. Et surtout, il connaît parfaitement les lignes rouges face à la France, au Royaume-Uni et derrière aux États-Unis, qui disposent de l’arme nucléaire d’une part et d’autre part l’OTAN qui garantit qu’aucune aventure terrestre d’envergure n’est envisageable.

L’Europe ne risque donc pas une guerre frontale avec la Russie. Mais en réalité, elle subit déjà sa guerre, sous différentes formes. C’est là que réside l’aveuglement européen, ou du moins d’une partie de ses membres et de ses opinions publiques, qui semblent comme Tartuffe, vouloir que l’on leur cache cette réalité qu’on ne saurait voir. On continue à penser que la guerre, c’est des divisions blindées traversant le Danemark ou la Pologne. Sauf que Poutine mène une autre guerre, celle qui ne dit pas son nom, qui exploite les failles des démocraties et le train-train confortable des sociétés occidentales.

Il suffit d’observer ce qui s’est passé il y a deux semaines, des drones pilotés par un acteur étatique ont bloqué les aéroports de Bruxelles et de Copenhague. Il ne faut donc pas s’y méprendre, ce ne sont pas des gestes symboliques mais des actions militaires concrètes, menées sur le territoire européen, contre des infrastructures critiques, et visant des nœuds civils aussi bien que militaires.

Selon l’analyse de l’International Institute for Strategic Studies (IISS), l’Europe subit depuis six ans plus d’une centaine d’opérations offensives attribuables à la Russie. Sabotages, drones, espionnage, vandalisme, GPS jamming, attaques contre infrastructures d’énergie, de transport, de communication, tentatives d’assassinat, désinformation, opérations terroristes. La carte publiée par l’IISS, couvrant la période de 2018 à juin 2025, montre une Europe constellée de points d’impact. Ce n’est pas un climat pré-guerre, c’est une guerre active, diffuse et permanente à coups de drones, de hackers, de services clandestins, de proxys, de mercenaires, de ruptures d’approvisionnement, d’intoxication informationnelle et d’ingérences politiques.

Et si les Européens n’ont pas réagi plus tôt, c’est que les précédents étaient lointains. Quand Moscou brutalisait les républiques caucasiennes ou muselait son voisinage d’Asie centrale, personne en Europe occidentale n’a jugé nécessaire de s’émouvoir. Résultat aujourd’hui, ce laissez-faire se paie. Car la Russie, isolée, affaiblie, voit son flanc oriental guetté par une Chine qui attend son heure et profitera tôt ou tard de l’affaissement russe. Pour se maintenir, le Kremlin doit projeter sa puissance ailleurs, et l’Europe est son terrain le plus vulnérable.

La vraie menace n’est donc pas celle d’un assaut frontal, mais celle d’une déstabilisation progressive et méthodique. Une guerre de mille entailles, destinée à éroder les institutions, fragiliser les opinions publiques, provoquer le chaos, ralentir les prises de décision, faire douter les Européens de leurs alliances, et surtout affaiblir le soutien à l’Ukraine. Car tout l’enjeu pour Poutine est là, en réussissant à diviser les Occidentaux et à épuiser leur patience en instillant la peur.

Et cette guerre-là, si toute l’Europe refuse de la voir avec les mêmes yeux, elle la perdra bien avant qu’un seul tank ne traverse une frontière.

Zouhair Yata

The post Guerre Russie-Europe : « Quelle idée saugrenue ?! » appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Presse et scandales : Le naufrage silencieux du quatrième pouvoir https://lnt.ma/presse-et-scandales-le-naufrage-silencieux-du-quatrieme-pouvoir/ Wed, 26 Nov 2025 17:01:37 +0000 https://lnt.ma/?p=538238 Il y a des affaires qui dépassent leurs protagonistes et celle du CNP et de Hamid El Mahdaoui en fait partie. Peu importe, au fond, qui a tort ou qui a raison et peu importe la version des faits qui finira par s’imposer puisque le mal est fait. Ce qui restera, et qui restera longtemps, […]

The post Presse et scandales : Le naufrage silencieux du quatrième pouvoir appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Il y a des affaires qui dépassent leurs protagonistes et celle du CNP et de Hamid El Mahdaoui en fait partie. Peu importe, au fond, qui a tort ou qui a raison et peu importe la version des faits qui finira par s’imposer puisque le mal est fait. Ce qui restera, et qui restera longtemps, c’est l’image projetée et déplorable d’une profession qui prétend encore au rôle de quatrième pouvoir.

Car c’est bien là le cœur du problème. Sans naïveté, le journalisme n’échappe pas aux tares des autres métiers. Ce qui se voulait un espace d’exemplarité se laisse rattraper par les petites guerres internes, les règlements de comptes, les maladresses grossières et les postures disproportionnées. Et notre profession, déjà ébranlée par une perte de crédibilité à son plus bas historique, se retrouve aujourd’hui mise à nu par sa propre fragilité.

Parce qu’en réalité, le paysage médiatique a changé de fond en comble. On ne devient plus journaliste, on devient “média”. Il suffit d’un domaine .ma, d’un logiciel de montage et d’un minimum de sens du timing. La légitimité ne découle plus de la formation, de la rigueur ou de l’appartenance à la profession, mais de l’impact immédiat et de la proximité émotionnelle avec les publics digitaux, les plus jeunes notamment. Exit l’éthique, c’est l’identification qui prime désormais et la profession traditionnelle n’a jamais su anticiper ce basculement.

Les créateurs de contenu, au moins, ne s’en cachent pas. Ils n’ont pas de prétention journalistique, et peut-être que cela explique pourquoi les nouvelles générations s’informent davantage chez eux que dans les médias reconnus. À force de vouloir être neutres, prudents, centrés sur le relais d’information, beaucoup de médias ont cessé de prendre position. Résultat, une parole lisse, atone, interchangeable et donc, dispensable.

Si la solution et les business modèles restent encore abstraits, une évidence que personne ne veut assumer et dont les événements récents témoignent amplement, s’impose. Il faut des règles claires, strictes, transparentes d’une part et surtout une légitimité sans faille pour les faire respecter. Cela passe par une représentativité consensuelle et complète. Par exemple, il n’existe qu’un seul ordre national des Médecins. Ce n’est pas un luxe, c’est un préalable pour que notre profession garde ses lettres de noblesse, que l’on évite quelques scandales au passage et de se tirer une balle dans le pied vis-à-vis du public que l’on prétend élever.

Sinon, à quoi a servi le combat de nos aînés pour la liberté d’expression et de presse ? À quoi bon célébrer l’héritage si l’on accepte que la pratique se délite sous nos yeux ?

L’État, dans tout cela, a un rôle éminent à jouer. Il est légitime qu’il exige que la profession respecte la loi, comme toutes les autres. Encore plus légitime qu’il veille à ce que ceux qui s’en réclament soient à la hauteur du mandat qu’ils invoquent afin que toutes les brebis égarées puissent rejoindre le rang. Mais il ne peut être juge et partie, on ne peut exiger que de nous-mêmes l’indépendance que ce dernier nous attribue et cela suppose que l’on ne puisse plus l’appeler à la rescousse ou pleurer dans ses jupes quand un conflit nous oppose.

C’est à la profession de se régénérer et de chercher à retrouver la colonne vertébrale qui lui manque. De dépasser les querelles intestines et de réaffirmer un principe simple, la noblesse du métier n’est pas automatique. Elle se mérite, elle se prouve, elle s’incarne.

Tant que les postures resteront les mêmes, le clivage restera intact. Et tant que ce clivage restera intact, la parole journalistique continuera de se fissurer. À la fin, il ne restera plus qu’un brouhaha où chacun se dit légitime, à condition d’avoir un micro et un public.

Ce n’est pas ainsi qu’un pays construit un paysage médiatique solide. Ce n’est pas ainsi qu’on honore ceux qui ont payé le prix fort pour que la presse existe. Ce n’est pas ainsi qu’on regagne la confiance d’un public qui, visiblement, est déjà ailleurs.

Zouhair Yata

The post Presse et scandales : Le naufrage silencieux du quatrième pouvoir appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Gaza, Washington, Riyad, Jérusalem : Le grand marchandage continu https://lnt.ma/gaza-washington-riyad-jerusalem-le-grand-marchandage-continu/ Wed, 19 Nov 2025 14:52:49 +0000 https://lnt.ma/?p=537878 Il y a des semaines où la géopolitique ressemble moins à un échiquier qu’à un tapis de bazar où chacun tente de troquer ses certitudes contre un peu de temps, un peu d’influence, ou simplement quelques illusions de stabilité. Celle qui vient de s’écouler appartient à cette catégorie. Gaza agonise, Israël se déchire, Mahmoud Abbas […]

The post Gaza, Washington, Riyad, Jérusalem : Le grand marchandage continu appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Il y a des semaines où la géopolitique ressemble moins à un échiquier qu’à un tapis de bazar où chacun tente de troquer ses certitudes contre un peu de temps, un peu d’influence, ou simplement quelques illusions de stabilité. Celle qui vient de s’écouler appartient à cette catégorie. Gaza agonise, Israël se déchire, Mahmoud Abbas rédige une constitution qu’il présente d’abord à Paris avant son propre peuple, et Mohammed ben Salmane défile à Washington comme un prince de la Renaissance venu négocier un accord secret avec un empire qui a toujours eu besoin de pétrole, de bases militaires, et d’un ennemi commun. L’ensemble forme un tableau assez sombre et cynique, mais terriblement révélateur de l’état du monde.

Commençons par Gaza, puisque tout le reste en découle. La bande de terre n’est plus qu’un champ de ruines où s’exercent les résidus d’un rapport de force que personne ne sait réellement conclure. Les grandes résolutions du Conseil de sécurité, y compris la fameuse 2803, se succèdent comme des promesses de nouveau départ. Mais, sur le terrain, la situation reste une trêve suspendue à des frontières mouvantes, des retraits partiels, des brigades d’élite qui entrent et sortent, et un Hamas affaibli militairement mais toujours capable de dicter le tempo politique.

Ce qui restait de l’administration civile s’effondre, les aides humanitaires arrivent au compte-gouttes, et la population, épuisée, se retrouve à mi-chemin entre la survie et la résignation. Les Gazaouis assistent, souvent impuissants, à la bataille narrative que se livrent les puissances régionales. Qui doit reconstruire, qui doit gouverner, et surtout qui doit poser les conditions de la paix ? Dans les salons diplomatiques, on parle de force internationale de stabilisation, de « gouvernance mixte » ou de « comité pour la reconstruction ». Dans la réalité, chaque faction locale campe sur ses positions. Le Hamas rejette toute présence étrangère, Israël refuse toute gouvernance « importée » qui ne garantirait pas sa sécurité, et l’Autorité palestinienne n’a pas la légitimité populaire pour prétendre incarner le futur.

C’est donc en Israël qu’il faut regarder ensuite. Car Israël ne vit pas seulement un conflit extérieur, il vit une crise intérieure profonde. Le gouvernement de Benjamin Netanyahu, soutenu par une coalition de droite et d’ultra-droite, s’enfonce dans une posture de plus en plus rigide. Non seulement Netanyahu réaffirme qu’il « n’y aura pas d’État palestinien », comme si le dire suffisait à arrêter le cours de l’histoire, mais il verrouille toute possibilité de concession, de réforme, ou de véritable transition politique. L’homme joue sa survie personnelle autant que celle de son gouvernement et il sait que sa coalition ne lui pardonnerait pas le moindre geste interprété comme un recul.

Ce n’est pas seulement une question de stratégie militaire, c’est une équation politique. Reconnaître un État palestinien, même sous conditions, même dans dix ans, même en version allégée, serait pour lui l’équivalent d’un suicide politique. La Knesset l’a bien compris, la majorité a voté massivement contre toute reconnaissance unilatérale, histoire de rappeler aux capitales occidentales que, selon la lecture israélienne, le problème n’est pas diplomatique mais sécuritaire. Netanyahu sait qu’il n’a pas besoin d’être populaire, il lui suffit d’être indispensable à la droite israélienne pour rester en place. À partir de là, on comprend pourquoi Washington a tant de mal à faire évoluer les lignes.

Le Hamas, de son côté, joue une autre partition. Si l’organisation est affaiblie, encerclée, décriée même par une partie de la population gazaouie, elle reste un acteur incontournable. Elle refuse toute perspective de gouvernance internationale, tout contrôle extérieur, tout désarmement. En conséquence, son message ne change pas, la résistance continue, le retrait israélien doit être total, la trêve doit être permanente, et les otages doivent être libérés dans un échange global.

Le Hamas n’a pas gagné militairement, mais il n’a pas perdu politiquement. Israël n’a pas perdu militairement, mais il n’a pas gagné politiquement. Comment contourner cette équation en miroir ?

Le président palestinien Mahmoud Abbas de son côté, contesté, affaibli et vieillissant, a tenté une opération diplomatique qui a surpris tout le monde avec la présentation à Paris et non à Ramallah, d’un projet de constitution pour un futur État palestinien. Dans l’absolu, l’initiative pourrait être saluée. Sauf que dans le contexte actuel, elle ressemble davantage à un exercice de communication qu’à un acte fondateur. L’Autorité palestinienne souffre d’un déficit immense de légitimité, elle n’a pas organisé d’élections depuis trop longtemps, et ses figures héritières sont elles-mêmes dépourvues de capital politique réel.

Présenter un texte constitutionnel d’abord à la France avant même d’en débattre avec son propre peuple, c’est offrir à ses détracteurs un argument tout trouvé. L’Autorité palestinienne apparaît moins comme un embryon d’État que comme une entité administrative dépendante des bailleurs extérieurs. Paris avait sans doute de bonnes intentions, mais le signal envoyé est ambigu, une cause nationale ne se règle pas dans un bureau parisien avec des petits fours…

Et c’est ici que la visite de Mohammed ben Salmane à Washington prend toute son importance. Car si cette visite a été orchestrée comme un couronnement, avec survols d’avions de chasse et tapis rouge déroulé sur plusieurs centaines de mètres, ce n’est pas pour célébrer l’art de la mise en scène. C’est parce que les Américains ont besoin de sceller une nouvelle architecture régionale déjà entamée lors de la visite de Trump dans la région il y a quelques mois. Et cette architecture repose sur une idée simple, si l’Arabie saoudite reconnaît Israël, alors l’Iran se retrouve isolé, les États-Unis récupèrent une influence stratégique immense au Moyen-Orient, et l’ensemble du dispositif sécuritaire prend une cohérence dont la Maison-Blanche et le Pentagone rêvent depuis une décennie.

Et tout cela, MBS le sait. Contrairement à d’autres dirigeants de la région, il sait parfaitement que sa position actuelle lui permet d’exiger un prix élevé. Et, son prix est clair, il désire un engagement concret visible et mesurable envers les Palestiniens. Pas un État complet, ni une reconnaissance immédiate, mais une trajectoire avec un processus et un cadre. L’Arabie saoudite veut que le dossier palestinien redevienne la clé de voûte de la normalisation. Ce n’est pas de l’idéalisme ni de la mansuétude, c’est du calcul politique pur et dur. Riyad, gardien des lieux les plus sacrés de l’Islam, ne peut pas apparaître comme un pays qui normalise ses relations avec Israël alors même que Gaza est en ruine et que la question palestinienne est à son plus bas niveau politique. Le prestige de MBS en dépend, tout autant que sa légitimité devant le monde arabe et musulman.

Les Américains, eux, poussent dans ce sens. Mais ils poussent aussi Israël. Et c’est là que tout se complique parce que si Netanyahu a besoin des États-Unis pour sa sécurité, pour ses alliances et sa diplomatie. Mais il sait aussi que céder sur la question palestinienne, même symboliquement, même sous la forme d’une « simple » voie vers un État, pourrait provoquer un tsunami interne dont les flots pourraient l’emporter. Et, les « Epstein files » ne suffiront certainement pas à affaiblir Trump assez pour faire pencher la balance en sa faveur.

En bref, d’un côté, le monde arabe, à travers l’Arabie saoudite, semble prêt à aller plus loin que jamais dans la normalisation. De l’autre, Israël n’a jamais été aussi réticent à offrir le moindre geste politique. Washington tente donc de concilier l’inconciliable entre l’idéalisme diplomatique et la réalité politique avec ses propres intérêts à cœur.

Dans ce grand marchandage, Gaza sert de monnaie d’échange immoral parce que le Moyen-Orient n’avance jamais par grandes révolutions, mais par glissements successifs, par pressions accumulées, à travers des crises qui finissent par redessiner les lignes. D’autant que d’autres acteurs majeurs sont tapis dans l’ombre, à Téhéran, Ankara, Damas ou Beirut.

À l’heure où Gaza tente de survivre, où Israël vacille sous ses contradictions internes, où Abbas joue la montre et MBS capitalise sur les faiblesses des autres, avec Trump à la baguette, une seule certitude demeure, rien n’est stabilisé, sauf l’instabilité.

Zouhair Yata

The post Gaza, Washington, Riyad, Jérusalem : Le grand marchandage continu appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Géopolitique trumpiste : Symphonie en désordre majeur https://lnt.ma/geopolitique-trumpiste-symphonie-en-desordre-majeur/ Thu, 13 Nov 2025 08:03:45 +0000 https://lnt.ma/?p=537548 Petite métaphore, imaginez un orchestre où le chef s’arrête soudainement de donner la mesure, les violons continuent, le piano hésite, le public regarde. C’est un peu ce que vit aujourd’hui la géopolitique mondiale, l’orchestre continue de jouer, mais sous la baguette américaine, dans la salle, chacun doit s’ajuster en temps réel aux changements de tempo. […]

The post Géopolitique trumpiste : Symphonie en désordre majeur appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Petite métaphore, imaginez un orchestre où le chef s’arrête soudainement de donner la mesure, les violons continuent, le piano hésite, le public regarde. C’est un peu ce que vit aujourd’hui la géopolitique mondiale, l’orchestre continue de jouer, mais sous la baguette américaine, dans la salle, chacun doit s’ajuster en temps réel aux changements de tempo. Sous l’égide de Donald Trump, les États-Unis semblent à la fois revenir en force sur la scène internationale et remettre en question les partitions. Ce double mouvement dessine une cartographie nouvelle, faite de silences, de recalages, et parfois de ruptures. Des contradictions qui ne sont pas nouvelles mais qui apparaissent comme exacerbées à travers le prisme trumpiste.

Depuis le 1er octobre, l’Amérique se débat avec elle-même et le gouvernement fédéral a connu une paralysie sans précédent. Le budget vient d’être voté après un « shutdown » record, des centaines de milliers de fonctionnaires sont restés au chômage technique ou sans salaire, ce qui envoie un signal fort que même la première puissance du monde n’est pas à l’abri de ses propres blocages. Ce qui est intéressant, c’est que ce désordre intérieur n’est pas une parenthèse isolée, c’est un marqueur politique. Trump le regarde comme un levier, « America First » ne signifie pas seulement la priorité domestique mais un redéploiement, ou plutôt un retrait, des engagements outranciers. La récente élection du maire de New York, nouvelle coqueluche des anti-trump, est d’ailleurs le symbole parfait de cette fracture profonde sur laquelle l’administration actuelle mise paradoxalement, tous azimuts.

Mais, on est tenté de se poser la question, quand on ne peut plus gouverner sereinement chez soi, comment gouverner ailleurs ? Or, l’Oncle Sam est par ailleurs sur tous les fronts en dehors du sol américain et pour les alliances traditionnelles, pour l’Europe, pour l’Afrique, pour le Moyen-Orient et même pour l’Asie, l’alerte est claire. Cette instabilité interne précède souvent une redéfinition des priorités extérieures ou a minima une projection proportionnellement inverse de force et de puissance.

Dernier exemple en date qui loin d’être anecdotique est plutôt emblématique de cette mécanique, le directeur général et le patron de la news division de la BBC viennent de démissionner après avoir été accusés d’un « biais systémique » dans la couverture médiatique, notamment autour de Trump. En clair, Donald a eu leur tête. Toujours en Europe, le conflit entre la Russie et l’Ukraine s’éternise et plus le Kremlin joue la montre, plus la position « ferme » des Européens et leur soutien à Kiev s’effrite. Cela conforte une nouvelle fois la posture américaine de sauveur et de médiateur incontournable entre le front ukrainien qui n’a pas réussi à contraindre Moscou et cette dernière qui va chercher à sortir la tête haute du conflit.

Washington peut paraitre débordée par la conflictualité multiple que connait le monde, mais semble en réalité se satisfaire tout autant du fait que son intervention est indispensable. Dans tous les dossiers ou presque, ce n’est pas tant la paix qui est visée, mais une redéfinition des rapports de force entre les mains de l’Amérique. A Gaza, le cessez-le-feu ne tient qu’à un fil, mais le Président Syrien, pourtant ancien paria, est reçu à la Maison Blanche, de quoi faire s’étrangler les faucons israéliens.

A coup de négociations et de bras de fer, Trump fait de l’instabilité régionale un facteur de vulnérabilité stratégique. C’est le cas au Soudan où (bizarrement) la RSF a été qualifiée de génocidaire mais où les sanctions imposées par Washington restent diplomatiques plutôt que militaires, parce que le coût politique d’une intervention n’est plus envisageable et qu’il vaut mieux « wait and see » comment les intérêts stratégiques sur le continent africain seront impactés.

Alors, c’est bien connu, les pilotes savent que les turbulences ne signifient pas forcément que l’avion va s’écraser. Les apparences sont souvent trompeuses et en sous-main des lignes de fond se dessinent malgré tout. Comme pour la relation avec la Chine où à la surface apparait une guerre commerciale sans pitié menée par l’administration Trump, mais que derrière se maintient une dépendance profonde à l’interdépendance.

De même, le malheur des uns fait le bonheur des autres, et le Maroc fait partie de ceux qui en jouant habilement de la complexité actuelle des relations mondiales, ne se contentent plus de subir mais sont au contraire en mesure d’agir.

Pour les sceptiques et ceux qui pensent que le Royaume est opportuniste face aux succès diplomatiques récents, il faut rappeler que le Maroc est le premier pays à avoir reconnu l’indépendance des États-Unis en 1777 et que cette reconnaissance a été suivie par la signature du traité de paix et d’amitié en 1786, qui est toujours en vigueur aujourd’hui, ce qui en fait le plus ancien traité diplomatique des États-Unis. Rien que cela.

Si la bipolarité voire la schizophrénie américaine, l’interventionnisme distant mais pressant, les victoires et les plans de paix médiatiques et rapides, sont des vagues, ce sont les courants profonds qu’il faut suivre pour se préparer aux recompositions mondiales à venir. Rabat l’a bien compris.

Zouhair Yata

 

The post Géopolitique trumpiste : Symphonie en désordre majeur appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Marche Verte : Après 50 années, la boucle enfin bouclée https://lnt.ma/marche-verte-apres-50-annees-la-boucle-enfin-bouclee/ Wed, 05 Nov 2025 10:13:43 +0000 https://lnt.ma/?p=537069 Cinquante ans après cette épopée pacifique qu’a été la Marche Verte, le Maroc signe à l’ONU une nouvelle victoire diplomatique, confirmant la justesse et la constance de sa position sur la question du Sahara. Cette reconnaissance croissante, désormais quasi consensuelle au sein de la communauté internationale, n’est pas le fruit du hasard. Elle est l’aboutissement […]

The post Marche Verte : Après 50 années, la boucle enfin bouclée appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Cinquante ans après cette épopée pacifique qu’a été la Marche Verte, le Maroc signe à l’ONU une nouvelle victoire diplomatique, confirmant la justesse et la constance de sa position sur la question du Sahara. Cette reconnaissance croissante, désormais quasi consensuelle au sein de la communauté internationale, n’est pas le fruit du hasard. Elle est l’aboutissement d’un demi-siècle d’une diplomatie de clarté, patiemment tissée autour des principes de souveraineté, de développement et de paix. Ce sont aussi des générations de diplomates qui se sont succédés avec l’amour de la patrie chevillée au corps et à qui il faut rendre hommage également.

La résolution du Conseil de sécurité, saluant le plan d’autonomie marocain comme la seule base sérieuse, crédible et réaliste pour une solution durable, vient entériner ce que le Royaume a construit sur le terrain depuis des décennies. Loin d’une simple posture, le Maroc a anticipé le futur en donnant vie à son projet d’autonomie avant même sa reconnaissance formelle. Régionalisation avancée, infrastructures modernes, exonérations fiscales, encouragement des IDE, ports en expansion, universités, hôpitaux, et entreprises nationales et multinationales implantées dans les Provinces du Sud. Le Sahara marocain n’est plus un horizon de promesses, mais un territoire de projets.

Ce succès diplomatique s’inscrit dans la droite ligne de l’esprit de la Marche Verte, celui d’un peuple uni derrière son Roi, avançant pacifiquement mais avec détermination vers le parachèvement de son intégrité territoriale. Comme le soulignait Ali Yata dans son ouvrage « Le Sahara occidental marocain » (voir l’article complémentaire) «  l’unité nationale n’a de sens que si elle s’accompagne d’un progrès démocratique et social ». Or, c’est bien ce Maroc moderne, stable et tourné vers le développement partagé qui convainc aujourd’hui les chancelleries du monde entier.

Face à une opposition idéologique qui s’est depuis longtemps vidée de sa substance, la stratégie marocaine a préféré les faits aux discours. Les provinces du Sud, autrefois périphériques, sont devenues des pôles d’attraction et de croissance. Les indicateurs du HCP le démontrent avec éloquence, hausse du revenu moyen, recul de la pauvreté, explosion des investissements publics et privés. Cette réalité du terrain, visible et mesurable, a rendu caduques les discours du passé.

En réalité, à l’heure où la nation célèbre les cinquante ans de la Marche Verte, le Maroc démontre que sa marche n’a jamais cessé, elle s’est simplement transformée. D’un élan populaire né en 1975, elle est devenue une marche diplomatique, économique et humaine, portée par une vision royale claire, celle d’un Maroc souverain, uni et tourné vers l’avenir.

C’est cette marche qui, aujourd’hui encore, guide la Nation. Une marche qui n’a jamais été une conquête, mais une reconquête. Et une reconquête qui, pour la première fois, reçoit du monde entier le respect et la légitimité qu’elle mérite.

Zouhair Yata

The post Marche Verte : Après 50 années, la boucle enfin bouclée appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
GENZ : après la pluie le beau temps? https://lnt.ma/genz-apres-la-pluie-le-beau-temps/ Wed, 29 Oct 2025 12:55:43 +0000 https://lnt.ma/?p=536639 On ne sait pas trop quoi penser. Le mouvement de la GENZ212 s’est éteint aussi brutalement qu’il s’était déclenché. Les foules des grandes villes, qui remplissaient les rues et les timelines, ont soudain cédé la place à d’autres foules, encore plus massives pour célébrer la victoire du Maroc en Coupe du monde U20. Ironie s’il […]

The post GENZ : après la pluie le beau temps? appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
On ne sait pas trop quoi penser. Le mouvement de la GENZ212 s’est éteint aussi brutalement qu’il s’était déclenché. Les foules des grandes villes, qui remplissaient les rues et les timelines, ont soudain cédé la place à d’autres foules, encore plus massives pour célébrer la victoire du Maroc en Coupe du monde U20. Ironie s’il en est, parmi les revendications phares de cette jeunesse en colère figurait justement le refus du “tout-foot” et la dénonciation d’un pays distrait par les paillettes du ballon rond. En réalité, ce sursaut collectif laisse derrière lui plus de questions que de réponses.

Sur les réseaux sociaux, les likes et les vues ont fondu comme neige au soleil, emportant avec eux des milliers de publications enflammées. Ceux qui, jusque sur LinkedIn, avaient trouvé dans cette effervescence de quoi disserter sur “les leçons de la jeunesse marocaine” ont soudainement retrouvé le mutisme feutré des open spaces et de la routine quotidienne. Comme lors du boycott de 2018, le soufflé est retombé, sans qu’on sache vraiment pourquoi ni comment.

Pourtant, les revendications étaient justes, profondes, légitimes. Mais très peu de jeunes, et encore moins de moins jeunes, se sont intéressés à ce qui a suivi, les annonces budgétaires, les milliards promis pour l’éducation et la santé dans la loi de finances 2026. Des moyens colossaux, certes, mais pas tombés d’un chapeau magique puisqu’ils s’inscrivent dans la continuité d’une politique d’État social engagée bien avant les cris de la rue.

Les médias étrangers, eux, ont vite rangé leurs plumes et leurs « points sur la situation » quotidiens. La “révolution marocaine” qu’ils avaient vendue comme un printemps tardif n’a pas tenu la saison, on espère d’ailleurs ne pas les avoir trop déçus. Le Maroc n’est ni le Népal ni Madagascar. Car si sa jeunesse est connectée au monde, comparaison n’est souvent pas raison.

Alors, tout est-il réglé ? La jeunesse est-elle satisfaite ? Ou simplement fatiguée ? Peut-être que ceux qui ont marché et ceux qui gouvernent savent quelque chose que nous ignorons. Toujours est-il qu’au fond, les constats demeurent.

Le Maroc sort sans doute grandi de cet épisode, par la maturité de sa rue, comme par celle de ses institutions. Mais il nous laisse avec une impression étrange, entre cynisme et naïveté, d’avoir vécu un mouvement sans conclusion.

Il faudra certainement attendre plusieurs mois d’ailleurs pour évaluer réellement l’impact de cet épisode sur différents plans, lorsque les infrastructures sanitaires prévues seront en place, ou qu’un nouveau parlement sera élu ainsi qu’une nouvelle majorité gouvernementale issue des urnes. D’ailleurs, le vote des jeunes aux élections en 2026, sera un indicateur fort de leur engagement pour le changement, eux qui habituellement désertent les isoloirs. La classe politique sclérosée sera-t-elle renouvelée ? Les plus compétents seront-ils reconnus ? La reddition des comptes, le gaspillage des deniers publics, l’inefficience des décideurs politiques, la corruption, seront le miroir réel des progrès que le Maroc accumule, bon an mal an, au-delà de la santé et de l’éducation.

Alors peut-être le souvenir du mouvement de la GENZ aura un goût différent.

Zouhair Yata

The post GENZ : après la pluie le beau temps? appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Maroc–Algérie : une réconciliation sur le raï ? https://lnt.ma/maroc-algerie-une-reconciliation-sur-le-rai/ Wed, 22 Oct 2025 13:34:55 +0000 https://lnt.ma/?p=536225 Il aura fallu plus de soixante ans de malentendus, de frontières closes et de discours figés pour que le Maghreb retrouve peut-être, enfin, le chemin de la raison. Car à en croire les signaux venus de Washington, la réconciliation entre le Maroc et l’Algérie ne serait plus une chimère. Elle pourrait même se matérialiser « […]

The post Maroc–Algérie : une réconciliation sur le raï ? appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Il aura fallu plus de soixante ans de malentendus, de frontières closes et de discours figés pour que le Maghreb retrouve peut-être, enfin, le chemin de la raison.

Car à en croire les signaux venus de Washington, la réconciliation entre le Maroc et l’Algérie ne serait plus une chimère. Elle pourrait même se matérialiser « dans les deux mois », selon les confidences de l’envoyé spécial américain Steve Witkoff, relayées par Massad Boulos, conseiller de Donald Trump pour l’Afrique.

Deux mois, c’est peu à l’échelle d’un contentieux qui dure depuis l’aube des indépendances. Mais, c’est beaucoup, dans la tectonique diplomatique du Maghreb.

Depuis la guerre des Sables de 1963, tout ou presque oppose le Maroc à son voisin paradoxalement le plus proche. Le Royaume, monarchie millénaire, ancrée dans la continuité historique, et l’Algérie, république née d’une révolution, forgée dans le feu de la guerre d’indépendance, sont sur le papier dans un antagonisme quasi naturel voire logique.
Et, dès le départ, les frontières héritées de la colonisation ou plutôt de la décolonisation, ont semé les graines de la discorde, de Tindouf à Béchar, en passant par le tracé mal défini du Sud.

Le Sahara Occidental quant à lui est autant un point de fracture entre les deux pays que le socle de l’identité nationale marocaine, depuis notamment la tenue de la marche verte en 1975 dont nous fêterons cette année le cinquantième anniversaire. A l’approche de cette célébration, il n’est certainement pas anodin qu’en coulisses, Alger soit encouragé à abandonner son soutien logistique, miliaire et financier massif à la fantomatique RASD et son avatar le polisario.

L’heure américaine

Pourquoi l’administration Trump s’en préoccupe au point que son envoyé spécial annonce « casually » ce qui au Maroc et en Algérie, les principaux concernés, passe encore sous silence ?
Dans un contexte mondial bouleversé, les États-Unis perçoivent aujourd’hui la stabilité du Maghreb comme un maillon stratégique entre Méditerranée, Sahel et Afrique de l’Ouest.
Le soutien réaffirmé de l’administration Trump à la souveraineté marocaine sur le Sahara, conjugué à la promesse d’un plan de paix Maroc–Algérie dans les soixante jours, redonne à la diplomatie américaine un rôle de médiateur décisif, même sans Prix Nobel à la clé.

À cela, il faut ajouter que l’Algérie, avec tout le respect qu’on lui doit, a perdu de sa superbe diplomatique et se voit de plus en plus isolée, de par l’affaiblissement de son axe de soutien qui la menait jusqu’à l’Iran. Même la Russie et la Chine, alternatives de choix d’Alger, semblent avoir retiré le tapis sous ses pieds, quand la France macroniste n’a jamais causé autant de conflictualité avec son ancienne colonie.

Or, il faut bien que le gaz algérien continue de se vendre, entre autres, et le régime ne peut pas continuer indéfiniment à se voiler la face sur les avancées diplomatiques du Royaume, comme il le fait de manière ostentatoire sur les performances footballistiques par exemple.

Les lignes bougent en conséquence et le timing est très bien choisi parce que le Maroc présentera bientôt à l’ONU une mise à jour de sa proposition d’autonomie pour le Sahara, qui dans le contexte précité donne le sentiment que Rabat mise cette fois autant sur le front de la légitimité internationale que sur celui de la normalisation régionale.

Et si Alger accepte de rouvrir le dialogue, ce sera peut-être parce que l’ONU, les États-Unis et le monde arabe y verront enfin un horizon commun, aligné avec la vue marocaine, stable et ferme. Un horizon qu’il faudra concrétiser certes, certainement par de petits pas diplomatiques d’abord, parce qu’on n’efface pas soixante ans d’oppositions d’un claquement de doigts. Mais, il est quasiment certain que si le terrain de la conflictualité s’apaise, les deux nations sauront trouver rapidement des raisons plus profondes de renouer leur proximité naturelle, faite depuis des siècles de paradigmes sociétaux communs, d’apports et de références culturelles partagés, de communautés et d’intérêts alignés fondamentalement.

Comme deux frères, deux sœurs, deux familles.

Zouhair Yata

The post Maroc–Algérie : une réconciliation sur le raï ? appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Discours royal : Le poids des mots https://lnt.ma/discours-royal-le-poids-des-mots/ Sat, 11 Oct 2025 16:39:36 +0000 https://lnt.ma/?p=535576 Le discours de Sa Majesté le Roi Mohammed VI devant le Parlement à l’occasion de son ouverture était très attendu et à juste titre. Sa concomitance institutionnelle avec les manifestations qui essaiment le pays depuis quelques semaines lui conférant une dimension à la fois d’urgence et d’espoir face aux revendications de la GENZ. Et, si […]

The post Discours royal : Le poids des mots appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Le discours de Sa Majesté le Roi Mohammed VI devant le Parlement à l’occasion de son ouverture était très attendu et à juste titre. Sa concomitance institutionnelle avec les manifestations qui essaiment le pays depuis quelques semaines lui conférant une dimension à la fois d’urgence et d’espoir face aux revendications de la GENZ.

Et, si certains s’attendaient à avoir des réponses directes, voire expéditives aux attentes exprimées dans la rue, ce discours a été la preuve de nombreuses vérités qu’il est utile d’avoir à l’esprit pour en comprendre la portée réelle.

Notre Souverain est constitutionnellement Chef de l’État, Commandeur des croyants et Chef suprême des Forces armées royales, il veille au respect de la Constitution, au bon fonctionnement des institutions et à la continuité de l’État. Face à cet état de fait, l’article 89 de la Constitution de 2011, instaure la responsabilité exécutive du Chef du gouvernement qui est nommé au sein du parti arrivé en tête des élections législatives (article 47). C’est ce qui a d’ailleurs mené à deux législatures consécutives menées par le PJD puis à celle du gouvernement actuel. Face à cet exécutif, le pouvoir dit législatif, représenté par les deux chambres du Parlement, concentre des prérogatives de contrôle notamment de l’action exécutive.

Le premier élément donc de réponse de Sa Majesté, qui s’adressait aux parlementaires spécifiquement hier, contrairement par exemple au Discours de la fête du Trône où il s’adresse au peuple marocain, est donc qu’il existe un cadre démocratique, juridique, constitutionnalisé et que chacun doit être pleinement dans son rôle, avec ses responsabilités propres. Lorsqu’il adresse les représentants, il leur rappelle ainsi : « C’est l’occasion de vous assurer du prix que Nous attachons à votre travail, qu’il soit d’ordre législatif ou qu’il se rapporte au contrôle de l’action gouvernementale et à l’évaluation des politiques publiques ».

Dans ce cadre, le Roi rappelle dans son discours avec force ce qu’il a déjà évoqué dans son dernier discours adressé à la Nation qu’ « il ne devrait y avoir ni antinomie ni rivalité entre les grands projets nationaux et les programmes sociaux, tant que le but recherché est de développer le pays et d’améliorer les conditions de vie des citoyens, où qu’ils soient ». C’est ici que l’on peut lire entre les lignes une première réponse royale aux revendications exprimées.

Les infrastructures, les stades, les ports et les rails, vont de pair avec les chantiers de fond qu’a entamé le pays, la politique sociale en tête. Il martèle ainsi que « de fait, le diptyque « justice sociale et lutte contre les inégalités territoriales » est loin d’être un slogan creux, ou une priorité conjoncturelle dont l’importance pourrait décliner au gré des circonstances ».

Cela signifie que la priorité cardinale reste et demeure pour le Souverain de s’attaquer avec célérité et efficacité à ce qu’il appelle le développement territorial et la justice sociale, qui selon son diagnostic sont à même de résorber le gap entre les deux Maroc, dont les vitesses de progrès sont opposées.

Les mots ont un certain poids lorsqu’ils émanent de notre Souverain, et la seconde réponse que l’on peut relever est que tout cela doit passer selon lui par « un changement significatif des mentalités et des méthodes de travail, ainsi qu’un véritable enracinement de la culture du résultat ».

C’est bien ce que demandent les manifestants lorsqu’ils s’interrogent sur les réalisations du gouvernement mais avec le bémol que c’est l’affaire de tous, à tous les échelons de responsabilité et de gouvernance, ce qui est particulièrement valable à l’hôpital ou à l’école publiques. Aux décideurs, aux politiques, aux responsables de toutes actions ayant un impact collectif, le Roi Mohammed VI rappelle qu’ils seront jugés sur leurs résultats d’une part et sur leurs défaillances d’autre part : « Et parce que toute négligence affectant l’efficacité et la rentabilité des investissements publics est inadmissible, Nous exhortons, chacun à son niveau, à lutter contre toute pratique chronophage, énergivore et avide de ressources ». Encore une fois, les slogans des manifestants qui s’indignent contre le gaspillage, le népotisme et l’affairisme sont adressés dans ce discours de manière éloquente.

Avec toute la hauteur due à sa charge séculaire, Sa Majesté conclue son discours en exortant ses interlocuteurs du jour, représentants du peuple et des citoyens, qu’ils siègent ou qu’ils exercent une responsabilité exécutive, à être « dignes de la confiance placée en vous et à la hauteur de la responsabilité qui vous incombe. Faites aussi preuve d’intégrité, d’engagement et d’abnégation au service de la Patrie. » Et, ce n’est pas de sa confiance seulement qu’il s’agit puisque la formulation choisie utilise le déterminant « la ».

Une dernière référence s’il en est à ceux qui attendent des résultats et des avancées concrètes, les Marocains. Tous les Marocains.

Pour toutes ces raisons, ce discours fera date, et nul doute qu’il s’en suivra des transformations profondes du champ politique et démocratique dans notre pays, notamment à l’approche des élections de 2026, qui seront le vrai marqueur du changement initié par notre jeunesse dans la rue.

Zouhair Yata

The post Discours royal : Le poids des mots appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
GenZ : Transformer l’essai https://lnt.ma/genz-transformer-lessai/ Fri, 03 Oct 2025 22:15:52 +0000 https://lnt.ma/?p=535300 Maintenant que cela fait quelques jours que toutes les villes marocaines connaissent des manifestations de la GenZ et que les revendications sont plus claires, il est temps de prendre du recul pour évaluer comment nous pourrions sortir gagnants, en tant que nation, de cette situation. Ce que révèlent au grand jour les revendications de la […]

The post GenZ : Transformer l’essai appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Maintenant que cela fait quelques jours que toutes les villes marocaines connaissent des manifestations de la GenZ et que les revendications sont plus claires, il est temps de prendre du recul pour évaluer comment nous pourrions sortir gagnants, en tant que nation, de cette situation.

Ce que révèlent au grand jour les revendications de la jeunesse c’est que c’est tout un système qui doit être réformé, en profondeur. Tous les acquis de notre pays ne valent rien si ses citoyens estiment qu’ils n’en bénéficient pas. Et, il faut regarder la vérité en face, ce qui se passe le soir, la violence inouïe qui transparait des actes d’une partie de la jeunesse, qui se cache derrière des cagoules, porte un nom, le désespoir. Quand bien même la santé et l’éducation étaient réformées, une partie de notre jeunesse est tellement désœuvrée qu’elle recourt à la violence comme langage d’expression, au détriment des forces de l’ordre à cette occasion, mais aussi plus globalement du reste de la société qui feint d’ignorer son existence. Il ne s’agit ni de cautionner ni de passer l’éponge, mais bel et bien d’intégrer toutes les hypothèses dans l’équation.

Aujourd’hui, le Maroc a une occasion historique de convertir cette colère qui s’exprime de deux manières radicalement opposées en force. Comment ? En reconnaissant d’abord l’échec de dizaines d’années de politique politicienne où les mêmes partis se passent le relais et le reprennent au gré des échéances électorales sans que la reddition des comptes, pourtant institutionnalisée dans la Constitution de notre pays en 2011 par Sa Majesté le Roi, ne soit réellement pratiquée. C’est le pain qui a nourri les contestations en cours. C’est parce que cette GenZ n’imagine pas pouvoir obtenir gain de cause autrement qu’elle est descendue dans la rue et qu’elle en appelle maintenant à l’autorité de notre Roi.

Puisqu’on se gargarise du développement du secteur privé, il est temps d’en emprunter a minima les bonnes pratiques et de les appliquer à la politique, non pas pour favoriser l’émergence d’une classe politique uniquement portée par les affaires, mais en plaçant la compétence et la performance au cœur de l’action politique.

Il est temps d’établir une corrélation réelle entre les compétences, les diplômes et les postes à responsabilité, du haut au bas de l’échelle de la gouvernance publique, à tous les niveaux. Car c’est bien la compétence, ou son absence en l’occurrence, qui fait défaut au-delà des moyens matériels. Des hôpitaux flambants neufs et des écoles repeintes ne serviront à rien sans les bonnes personnes pour les administrer au service des citoyens marocains.

Quant à la jeunesse, c’est un véritable « Plan Marshall » qu’il faut lui dédier car faut-il le rappeler, selon les données du HCP (le Haut-Commissariat au Plan), 1,5 million de jeunes sont des « NEET » qui n’ont ni emploi, ni formation, ni éducation. Cela représente 1 jeune sur 4 dans notre pays, et les 3 autres sont à peine mieux lotis, 50% d’entre eux exercent un emploi en dessous de leur niveau de qualification et le taux de chômage de cette jeunesse affole les compteurs, 70% sont au chômage depuis plus d’un an. Comment est-on passé depuis autant d’années à côté de cette réalité ? Pourtant, les chants des supporters dans les stades de football l’expriment à tue-tête depuis longtemps, « fbladi delmouni ».

Pour qui développons-nous ce pays à coup de milliards d’investissements en infrastructures et autres si ce n’est pour eux ? Quel visage aura le pays dans quelques années avec ces jeunes devenus « adultes », ne serait-ce qu’en 2030 ?

L’emploi des jeunes doit être une priorité cardinale, avec des salaires qui permettent une certaine dignité, en relevant en priorité le fameux SMIG parce que personne ne vit dignement avec 3000 dirhams net par mois en 2025, pas même au Maroc où le coût de la vie lui, suit justement la partie du pays qui se développe le plus. Et si les plus petits des commerces, les TPEs marocaines, ne peuvent peut-être pas se permettre de valoriser leurs ressources, les autres entreprises le peuvent et cela ne fera que contribuer à leur développement, parce que cette argent injecté dans les poches des gens seront dépensés en consommation, mamelle de la croissance économique.

C’est un cercle vertueux plus qu’une réforme de la santé et de l’éducation qu’il faut enclencher et le Maroc en a le potentiel et les ressources, comme le démontrent tout ce qu’habituellement sert d’arguments positifs urbi et orbi, et nous a permis d’obtenir l’organisation de sésames aussi prestigieux que la CAN à venir ou la Coupe du Monde.

Si l’erreur est humaine, en connaissance de cause, maintenant que cette génération nous a donné la claque que nous méritions, persévérer dans le même sens serait effectivement diabolique.

Zouhair Yata

The post GenZ : Transformer l’essai appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
#GenZ, pour l’amour de notre pays ! https://lnt.ma/genz-pour-lamour-de-notre-pays/ Mon, 29 Sep 2025 17:10:02 +0000 https://lnt.ma/?p=535044 Le 20 février 2011, la jeunesse marocaine bâtait le pavé des rues des plus grandes villes du Royaume pour réclamer des réformes, plus de liberté, celle d’expression notamment, la fin de la corruption, des conditions de vie plus dignes, une meilleure santé et une éducation à la hauteur de ses aspirations. Ceux qui étaient dans […]

The post #GenZ, pour l’amour de notre pays ! appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Le 20 février 2011, la jeunesse marocaine bâtait le pavé des rues des plus grandes villes du Royaume pour réclamer des réformes, plus de liberté, celle d’expression notamment, la fin de la corruption, des conditions de vie plus dignes, une meilleure santé et une éducation à la hauteur de ses aspirations. Ceux qui étaient dans la rue à l’époque sont désormais des adultes et ce sont aujourd’hui leurs enfants, la fameuse Gen Z, qui expriment depuis ce week-end des revendications similaires.

Le Maroc n’a-t-il pas changé en 15 ans ? Le développement n’est-il pas palpable ? Pas assez, ni là où il le faudrait, à en croire les slogans et les témoignages recueillis par des dizaines pour ne pas dire des centaines de caméras et de téléphones, professionnels et amateurs. « La révolte est un des privilèges de la jeunesse » et l’entendre c’est comprendre ce qui se passe aujourd’hui parce que comme l’écrivait Albert Camus, « ce n’est pas la révolte en elle-même qui est noble, mais ce qu’elle exige ». Et ce qu’elle exige est non seulement légitime mais juste.

Oui, le Maroc a changé depuis 25 ans, tout ou presque en témoigne, de la nouvelle constitution en 2011 au nouveau modèle de développement, en passant par les infrastructures et le déclenchement d’une politique sociale, et même notre capacité à organiser, c’est-à-dire se voir attribuer cette compétence, des compétitions internationales comme la CAN cette année ou encore la Coupe du Monde en 2030. Mais à quoi bon si nos concitoyens sont prêts à descendre dans la rue et à braver l’autorité pour réclamer les plus basiques des droits, ceux à la santé et à l’éducation ? Les manifestations de ce week-end sont la preuve que beaucoup de nos concitoyens ont plus à gagner qu’à perdre.

A l’ère des réseaux sociaux, pas de cortèges politiques, pas de tête de file, ni de chefs, pas de partis politiques, ni de personnalités, juste des Marocains comme nous le sommes tous, qui ont le courage de crier haut et fort que ce ne sont pas les stades dont nous avons le plus besoin mais d’hôpitaux salubres, équipés et dotés de ressources permettant de se soigner ; des établissements scolaires salubres également, où les toilettes ne sont pas des dépotoirs quand elles existent, où les classes ne ressemblent pas à des mouroirs avec des éducateurs démotivés, lorsqu’ils sont présents, où cinquante élèves se battent pour apprendre et espérer un avenir.

Est-ce trop demander lorsqu’on voit justement à quel point le pays a pu et a su se transformer ou quand on voit le développement de la médecine privée et des écoles du même ordre ? Le football est la passion du peuple, l’équipe nationale une fierté indéniable, mais c’est de pansements, de soins et d’écoles dont nous avons le plus besoin et seule la jeunesse dont la fougue n’a d’égale aujourd’hui que la lucidité, peut oser le demander.

Nous devrions être fiers de notre jeunesse qui comme ses ainés avant elle, aime suffisamment son pays pour demander qu’il change. Et s’il s’avère que tout cela émane d’une manipulation venue de l’extérieur, ou d’une volonté de déstabilisation venue de l’intérieur, cela ne change en rien le fait que si ces problèmes étaient résolus, si 6 femmes n’étaient pas mortes à l’hôpital public, personne ne pourrait exploiter cet état de fait pour organiser quoi que ce soit.

Alors que Sa Majesté le Roi Mohammed VI a dit lors de son dernier Discours du Trône qu’il ne veut pas d’un Maroc à deux vitesses, comment peut-on encore reprocher aux Marocains de s’en faire l’écho ?

Si nous sommes capables de construire des stades aux standards internationaux en à peine deux ans, pouvons-nous mettre la même énergie au service de la santé ou de l’éducation ? C’est la question à laquelle il faut répondre en urgence. Et si l’objectif est d’améliorer voire de stimuler l’image de notre pays à l’international, avons-nous pensé à quel point les milliers de vidéos qui circulent vont altérer réellement notre image ? Sommes-nous le Népal ou méritons-nous mieux que de voir des femmes et des jeunes poussés dans des estafettes ? Avons-nous si vite oublié les révoltes du Hirak du Nord, les misérables du Haut Atlas, les déplacés d’Al Haouz ou l’hôpital de la mort à Agadir pour prétendre que ces marches ne sont pas légitimes ? Ce séisme a déjà produit de nombreuses répliques et même l’autruche, la tête dans le sol, les a ressenties.

De grâce, pour l’amour de ce pays que nous chérissons tant, entendez-les, agissez vite.

Zouhair Yata

The post #GenZ, pour l’amour de notre pays ! appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Reconnaissance de l’État palestinien : Et maintenant ? https://lnt.ma/reconnaissance-de-letat-palestinien-et-maintenant/ Wed, 24 Sep 2025 16:19:05 +0000 https://lnt.ma/?p=534801 Feu Fahd Yata, paix à son âme, écrivait déjà en 2009 dans les colonnes de La Nouvelle Tribune : « Notre cœur vit et bat pour la Palestine depuis trop d’années pour que cette tuerie monstrueuse, qui rappelle tant la « solution finale » des nazis, ne soit pas inscrite comme un opprobre ineffaçable au front de tous […]

The post Reconnaissance de l’État palestinien : Et maintenant ? appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Feu Fahd Yata, paix à son âme, écrivait déjà en 2009 dans les colonnes de La Nouvelle Tribune : « Notre cœur vit et bat pour la Palestine depuis trop d’années pour que cette tuerie monstrueuse, qui rappelle tant la « solution finale » des nazis, ne soit pas inscrite comme un opprobre ineffaçable au front de tous ceux qui l’ont décidée, la soutiennent, l’encouragent, la justifient. »

Depuis, rien n’a changé hormis le jeu de dupes auquel se prête la communauté internationale face au sort des Palestiniens dans la bande de Gaza et en Cisjordanie. Les pays occidentaux, qui d’ordinaire trouvaient systématiquement un consensus commun pour qualifier le Hamas d’organisation terroriste, se divisent aujourd’hui avec la reconnaissance de grandes nations comme la France ou le Royaume-Uni entre autres, de l’État de Palestine. Cette reconnaissance est dénoncée par Trump comme servant les intérêts du Hamas qui trouverait son origine militaire et ses actions dans la haine d’Israël. Mais en oubliant trop vite que sa légitimité actuelle provient aussi d’élections qui, à l’époque, ont sanctionné l’échec de l’Autorité palestinienne.

Car faut-il le rappeler, Mahmoud Abbas et l’Autorité qui avaient choisi la voie politique, celle du compromis, n’ont jamais obtenu de résultats concrets. À la mort d’Arafat, le Hamas a logiquement pris plus de poids, imposant son discours jusqu’au-boutiste face à un Abbas enfermé dans le consensus, mais incapable de contraindre Israël à infléchir sa politique.

Il faut aussi comprendre qu’Israël a tout intérêt à voir perdurer cette situation. Car pour Netanyahu et son camp, il est bien plus simple d’avoir en face un Hamas radical que de se retrouver acculé à négocier avec un partenaire modéré. Un ennemi extrême justifie toutes les dérives sécuritaires et ce qui se passe à Gaza, (enfin) qualifié de génocide par l’ONU, en témoigne. Il empêche toute solution politique, et surtout, il dispense d’un effort de paix qui supposerait la reconnaissance d’un État palestinien, même limité et dépendant.

Ainsi, les deux camps jouent la montre, nourris par leurs extrêmes respectifs : d’un côté la revendication messianique d’un « Grand Israël » qui plonge ses racines dans la Torah, de l’autre le rêve d’un État palestinien bâti sur l’anéantissement d’Israël. Deux utopies irréalisables, car elles supposeraient la disparition de l’un des deux peuples.

Longtemps, les pays arabes ont été les porteurs de la cause palestinienne. Mais ils ont échoué, à plusieurs reprises, et n’y ont récolté que de l’instabilité politique et économique. Dans un monde désormais gouverné par les logiques de mondialisation, ils choisissent la stabilité et la coopération, même si leurs rues continuent de réclamer le contraire.

Les Accords d’Abraham s’inscrivent précisément dans cette dynamique : légitimes ou non, ils répondent à un besoin de survie et d’intégration régionale. Qu’attendre, dès lors, de l’Égypte ou des monarchies du Golfe ? Rien de plus que des gestes symboliques ou des positions de principe, car aucun n’est en mesure de régler la question palestinienne.

Quant à l’Amérique, elle apparaît de plus en plus comme l’ombre d’elle-même. On a cru longtemps qu’elle menait la danse, qu’elle était le soutien inconditionnel d’Israël. Or, depuis Trump, le doute s’installe : et si c’était l’inverse ? Les positions de Washington laissent parfois penser que ce sont Israël et Netanyahu qui dictent l’agenda. L’après-7 octobre, la politique vis-à-vis de l’Iran ou du Qatar, tout cela donne l’impression que les États-Unis ne sont que « les chiens de leur maître ».

Le cœur du problème est là : diviser pour mieux régner. En Palestine comme ailleurs, on nourrit les extrêmes pour empêcher l’émergence du bon sens. On manipule les opinions, on instrumentalise les peurs, on tue des civils innocents pour légitimer une logique de confrontation sans issue sous prétexte d’en sauver une poignée d’autres.

La paix ne viendra jamais de ces deux visions irréconciliables. Elle supposerait un retour au juste milieu, à une humanité partagée. D’ailleurs, une solution à deux États n’effacerait pas les déséquilibres, Israël garderait la main tant son avance est grande, économiquement et militairement en particulier. Mais elle donnerait au moins une existence institutionnelle à un peuple qui, depuis trop longtemps, n’a que trop souffert de la manipulation de ses intérêts pour servir ceux des autres.

Dans ce contexte, la reconnaissance de la Palestine par certains pays n’est pas qu’un geste diplomatique. C’est un acte d’humanité, de dignité, un acte de résistance face au cynisme ambiant et face à l’Histoire, dernier témoin de ce qui se passe sous nos yeux impuissants.

Zouhair Yata

 

The post Reconnaissance de l’État palestinien : Et maintenant ? appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Maroc : une bague pour un nu https://lnt.ma/maroc-une-bague-pour-un-nu/ Wed, 17 Sep 2025 14:27:06 +0000 https://lnt.ma/?p=534478 On n’a que ce qu’on mérite dans ce pays. On dénonce sur LinkedIn, Instagram, sur tous les réseaux que le pays n’avance pas, que les uns accaparent les richesses et le pouvoir, que les autres souffrent. Pourtant rien de nouveau sous le soleil, et le Maroc n’a pas l’apanage des inégalités sociales, (re)lisez Marx si […]

The post Maroc : une bague pour un nu appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
On n’a que ce qu’on mérite dans ce pays.

On dénonce sur LinkedIn, Instagram, sur tous les réseaux que le pays n’avance pas, que les uns accaparent les richesses et le pouvoir, que les autres souffrent. Pourtant rien de nouveau sous le soleil, et le Maroc n’a pas l’apanage des inégalités sociales, (re)lisez Marx si nécessaire. La réalité, c’est que quels que soient les progrès acquis, infrastructures, industries de pointe, ressources naturelles, stades flambant neuf, réseau autoroutier, cliniques, écoles et universités privées, tous les Marocains ne contribuent pas, au quotidien, à l’avancement de leur pays. Nous passons notre temps à adopter un comportement de passager clandestin, à tous les niveaux : du plus riche au plus pauvre, du plus nanti au plus démuni. Chacun a toujours une excuse.

Quand on vous double à chaque feu rouge par la droite, que quatre files de voitures se créent sur une simple double voie, quand les motos conduisent comme si le bitume leurs appartenaient, que les passages piétons ne servent même pas aux mères avec leur poussette qui préfèrent le milieu de la route, c’est le capharnaüm total et on ne voit pas bien à qui incombe la faute. Quand les poubelles sont jetées à même le sol dans les quartiers les plus cossus autant que les quartiers dits populaires, que les grandes entreprises ne paient pas les plus petites, que le noir est courant voire exigé dans la quasi-totalité des secteurs. Voilà la réalité marocaine et s’en offusquer, c’est de l’hypocrisie ou de la naïveté pure et simple.

Le Maroc n’avancera pas réellement tant que les Marocains ne le font pas avancer. Et si nous étions vertueux, cela se saurait. Si la corruption venait uniquement d’en haut, cela se saurait. Si le civisme coulait dans nos veines, cela se saurait. Si la religion et la piété affichée suffisaient à nous éduquer, cela se saurait. Si tout ce que nous prétendons vouloir arranger, nous l’appliquions à nous-mêmes, cela se saurait.

Nous sommes comme ces dictateurs qui disent « Faites ce que je dis, mais ne faites pas ce que je fais », parce qu’au fond, le développement ne se revendique pas, il se construit, la démocratie ne se proclame pas, elle nécessite que chacun s’implique pour qu’elle prenne vie.

En réalité, nous n’avons aucune excuse : nous sommes tous responsables collectivement de notre situation. Alors oui, on peut appeler à la révolution, manifester, se plaindre que rien ne marche. Mais à côté de ça, chacun contribue, à son niveau, à enterrer ce pays, à le faire reculer. Ce que l’on sème, nous le récoltons. Pas plus, pas moins.

On nous fait croire qu’on peut développer, moderniser, changer la coquille. Mais si l’œuf est pourri à l’intérieur, cela ne changera rien. Et contrairement au football, chacun fait ce qu’il veut, sans se soucier du collectif. Comme on le dit en arabe : du rouge à lèvres sur de la morve, ou une bague pour un nu.

Le Maroc n’avancera pas tant que les Marocains ne feront pas un petit effort chacun à leur niveau. On peut espérer des campagnes de communication, une réforme de l’éducation, critiquer l’arabisation, dire que l’école privée est trop chère et l’école publique défaillante, demander des programmes d’accompagnement, se plaindre du chômage, réclamer des places dans la fonction publique… Mais la vérité, c’est que nous voulons tous profiter sans donner notre part.

Nous nous comparons sans cesse : les enfants chinois disciplinés dans leurs écoles, les Suédois bien éduqués, les pays étrangers mieux organisés. Mais en réalité, nous ne faisons que contribuer, chacun, à mettre une pierre dans l’engrenage. Et nous trouvons toujours une excuse, persuadés qu’il y a ailleurs quelqu’un qui profite plus que nous et que notre petite intelligence mérite qu’on prenne notre part à notre guise.

Faudrait-il serrer les vis ? Sanctionner, réprimer, amender ? Récompenser et valoriser ceux qui le méritent différemment ? A l’approche des prochaines élections législatives, heureux sera le parti politique qui saura prendre à bras le corps ce problème, tant les attentes sont élevées.

Peut-être aussi qu’il ne faut pas être aussi pessimiste et que « demain, inchallah, ça ira mieux ». Le Maroc regorge de richesses et son capital humain est prétendument son plus grand atout, mais jusqu’à présent la vertu n’est pas collective. Et pendant que nous cherchons à voguer vers de nouveaux rivages ambitieux au profit de tous, nous sommes encore trop nombreux à ramer à contre sens.

Pourvu que cela change.

 

Zouhair Yata

The post Maroc : une bague pour un nu appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
La paix sous le béton des colonies https://lnt.ma/la-paix-sous-le-beton-des-colonies/ Wed, 17 Sep 2025 14:26:18 +0000 https://lnt.ma/?p=534473 À quelques jours du 7 octobre prochain, qui marquera deux années complètes de guerre en Palestine, on est bien loin des atermoiements sur les termes autorisés pour commenter la réaction de l’État d’Israël suite aux attaques de l’année dernière. La terminologie qui qualifie les crimes commis à Gaza (et en Cisjordanie) de crimes de guerre, […]

The post La paix sous le béton des colonies appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
À quelques jours du 7 octobre prochain, qui marquera deux années complètes de guerre en Palestine, on est bien loin des atermoiements sur les termes autorisés pour commenter la réaction de l’État d’Israël suite aux attaques de l’année dernière. La terminologie qui qualifie les crimes commis à Gaza (et en Cisjordanie) de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité ou de génocide n’est désormais ni un tabou, ni réservé à ceux qui sont catalogués comme antisémites parce qu’ils défendent le sort des civils palestiniens.

Les morts se comptent par milliers, les privations alimentaires sont documentées et comble de l’ironie, le gouvernement israélien et ses représentants disent haut et fort ce qu’ils font et pourquoi ils le font, sans s’en cacher. Dans une posture assumée et fortement médiatisée, Netanyahu et consorts argumentent et détaillent leur stratégie de nettoyage ethnique à Gaza et s’en réjouissent publiquement.

L’impunité a beau être dénoncée y compris en occident par des éminents représentants politiques, de la société civile ou universitaires, la force du lobbyisme israélien auprès des élites en place et en particulier le soutien volontairement aveugle des États-Unis, donne un blanc-seing à Bibi qui ratisse large en attaquant des pays souverains, sans même qu’un petit doigt ne bouge pour l’en empêcher. Rien n’explique ou ne justifie cette croisade meurtrière, pas même la Shoah et l’Holocauste qui ont bon dos.

Pire, alors qu’on pensait avoir fait le tour de la méthode à Gaza, Netanyahu relance et acte le projet le plus controversé de ces dernières années, l’installation d’une « colonie de l’apocalypse », Ma’ale Adumim, au cœur de la Cisjordanie, dont le but unique et assumé est de rendre tout bonnement impossible la continuité territoriale d’un futur État palestinien.

Dans ce contexte, alors que certains pays occidentaux ont commencé à adopter une position plus ferme à l’égard d’Israël par la reconnaissance de l’État palestinien dans la perspective d’une solution à deux États, ce « courage » politique est tué dans l’œuf et devient le reflet de leur impuissance à contraindre de quelque manière que ce soit les plans israéliens. Trump étant bien occupé à contempler son nombril, les États-Unis semblent à la fois complaisants avec toutes les décisions de Netanyahu mais aussi presque détachés des conséquences pour la géopolitique de la région. Ainsi, les frappes unilatérales sur Doha, à quelques kilomètres de la plus grande base américaine au Qatar, ne semblent pas avoir offusqué plus que cela l’Oncle Sam.

Les pays arabes réunis en urgence cette semaine ont pour une fois montré un visage d’unité mais il ne faut pas se leurrer, malgré leurs bonnes intentions, c’est la stabilité de leurs pays qui est aussi en jeu face à un État d’Israël qui a les coudées complètement franches et dont les représailles font peur.

Les appels à la communauté internationale ne suffisent pas, même la dénonciation par la Chine et son Président ne crée pas de brise de changement alors que les Ouighours y connaissent un triste sort, et l’ONU se mord la queue à cause du veto américain. Comment ne pas se résigner et ne pas baisser les bras ?

Zouhair Yata

The post La paix sous le béton des colonies appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Football : l’autruche et le paon https://lnt.ma/football-lautruche-et-le-paon/ Tue, 09 Sep 2025 09:46:02 +0000 https://lnt.ma/?p=534110 On dit souvent que « la critique est aisée, mais l’art difficile ». Ainsi, émettre des réserves, s’indigner ou tout simplement afficher de la déception, après la qualification de nos Lions à la Coupe du Monde 2026 en terrassant 5-0 le Niger, sera surement perçu comme une manifestation de mauvaise foi par nombre de nos compatriotes. Dans […]

The post Football : l’autruche et le paon appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
On dit souvent que « la critique est aisée, mais l’art difficile ». Ainsi, émettre des réserves, s’indigner ou tout simplement afficher de la déception, après la qualification de nos Lions à la Coupe du Monde 2026 en terrassant 5-0 le Niger, sera surement perçu comme une manifestation de mauvaise foi par nombre de nos compatriotes. Dans un stade flambant neuf, qui a de quoi faire rougir les plus belles installations sportives occidentales, avec un public écarlate chantant en communion notre hymne nationale, l’équipe nationale a confirmé les ambitions de tout un peuple et personne ne saurait réduire cet exploit.

Pour autant, personne n’est parfait, et un pays qui est la somme des individualités qui le composent ne saurait l’être non plus. Il n’est donc ni malsain, ni ingrat de relever ce qui pourrait poser problème, ce qui choque ou étonne et ce qui pourrait être amélioré, compte tenu justement des efforts déployés et investis pour faire du football un étendard de ce qu’est le Maroc aujourd’hui, une Nation profondément ancrée dans ses racines et qui se projette résolument vers l’avenir.

Il y a donc deux revers à la même pièce, celle d’un pays qui avance mais qui n’est pas parfait et faut-il le rappeler, SM le Roi Mohammed VI, lors de son dernier discours pour la Fête du Trône, a appelé de ses vœux la réduction de ce gap, parfois énorme, d’un Maroc à deux vitesses. Dans ce contexte, il est légitime de se demander pourquoi est ce qu’un certain nombre de Marocains ont exprimés un fort mécontentement pendant que d’autres ont célébré la victoire de l’EN. Les images comme souvent sont éloquentes et ce qu’on a pu voir de l’organisation du match de vendredi laisse pantois. Un rang entier de tickets vendus sans que ce même rang n’existe réellement est peut-être cocasse, mais que dire d’une foule de plusieurs dizaines de milliers de personnes, dont une quantité innombrable d’enfants, canalisée par un nombre aussi restreint de sorties ? Et s’il y avait eu un mouvement de foule, Dieu nous en préserve ? Que penser également du témoignage d’un supporter à mobilité réduite qui se voit porté par les stadiers, fort heureusement coopératifs, pour atteindre la zone dédiée et sa place ? A part espérer que les autorités compétentes ont visionné les mêmes contenus que nous ce week-end et qu’ils travaillent à y remédier ?

Lorsque le Maroc mise sur le football comme plus grand dénominateur commun rassemblant nos concitoyens, que penser des prix des billets, en particulier au marché noir et le sentiment exprimé sur les réseaux de confiscation de ce sésame par l’élite, la bourgeoisie, les sponsors, et autres, au détriment de ceux dont le cœur bas ardemment pour ce sport et qui n’ont pas les moyens maintenant d’en profiter ? Est-ce de la démagogie de considérer que le peuple, dans toutes ses composantes mérite de profiter de cet engouement ? Parce que s’il s’agit de continuer à regarder les matchs au café « dial derb », rien n’aura en réalité changé pour l’écrasante majorité de nos concitoyens.

Et, alors qu’une étude récente du Centre marocain pour la citoyenneté (CMC) annonce que 9 Marocains sur 10 dénoncent le manque de civisme dans notre pays, comment expliquer les monticules de déchets, de « zeri3a » notamment, qui ont jonché le sol des gradins ? Est-ce le manque de poubelles ou la responsabilité d’un public qui profite autant qu’il gâche la fête ?

En réalité, les infrastructures dont le Maroc se dote, constituent un bond en avant indéniable, mais cela ne suffira pas. De même que la solidarité post-séisme n’a pas suffi à résorber l’extrême pauvreté et les difficultés des habitants de la région d’Al Haouz, nous devons être plus exigeants envers nous-mêmes et nous atteler à faire avancer tout et tout le monde conjointement, parce que les grands écarts ne font qu’accentuer la frustration et le sentiment d’isolement de certains. Le football ne fait pas exception, il est au contraire un catalyseur des enjeux que connait notre pays où les acquis s’accumulent mais sans que les tares soient résorbées en totalité. Et qu’on se le dise, la responsabilité est collective, elle n’est pas seulement pyramidale.

A l’approche des vraies échéances, celle de décembre avec la CAN 2025 et dans quelques années la Coupe du Monde 2030, l’objectif est de tester nos capacités, de relever les dysfonctionnements et de les corriger. Faire l’autruche ou le paon sont deux extrêmes qu’on ne peut se permettre alors que le pays se prépare à être au centre de l’attention internationale.

Bien au contraire, parce que tout est perfectible et que c’est en trébuchant qu’on apprend à marcher, tout cela doit nous servir de leçon, collectivement, des autorités aux citoyens, à l’image de nos Lions sur le terrain et du staff qui les accompagne en dehors.

 

Zouhair Yata

The post Football : l’autruche et le paon appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Réforme électorale : L’espoir est permis https://lnt.ma/reforme-electorale-lespoir-est-permis/ Thu, 04 Sep 2025 09:49:07 +0000 https://lnt.ma/?p=533941 Les élections législatives de 2026 sont à quelques encablures, et alors que SM le Roi Mohammed VI a appelé de ses vœux la concrétisation de la réforme électorale avant la fin de l’année en cours, il y a (enfin) du mouvement constructif du côté des partis politiques nationaux. Rome ne s’est pas faite en un […]

The post Réforme électorale : L’espoir est permis appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Les élections législatives de 2026 sont à quelques encablures, et alors que SM le Roi Mohammed VI a appelé de ses vœux la concrétisation de la réforme électorale avant la fin de l’année en cours, il y a (enfin) du mouvement constructif du côté des partis politiques nationaux. Rome ne s’est pas faite en un jour, et pour ceux qui l’ont oublié, la démocratie n’est pas une réalité mais une utopie, qui nécessite un long processus de transformation sociétale pour en garantir l’existence même.

Le Maroc se construit dans ce sens depuis le début du règne du Roi Mohammed VI, malgré les simagrées des observateurs et journalistes étrangers. La réforme constitutionnelle de 2011 est l’exemple par excellence de la nécessité d’un nouveau cadre juridique pour espérer voir certaines choses évoluer réellement. La réforme électorale en est un autre et le fait que les partis politiques marocains s’y attellent en exigeant des avancées concrètes est plus que positif, c’est indispensable pour leur survie même.

Car, si le citoyen marocain se détourne des urnes depuis des années et que la confiance en la chose publique s’érode, c’est bien parce que de nombreuses tares entachent la pratique politique dans notre pays. L’achat de voix, la corruption, l’éligibilité de candidats pourtant condamnés ou mis en cause par la justice, sont des réalités et il était grand temps que les partis eux-mêmes, réclament que cela cesse.

Ainsi, aux deux extrêmes de l’échiquier politique, le PPS et le PJD (certes alliés par le passé), appellent à un assainissement et un durcissement des conditions d’éligibilité, voire à une criminalisation de l’argent sale à travers, pour le PPS, l’instauration d’une ligne verte nationale anti-fraude et pour le PJD une charte d’honnêteté contraignante. D’autres propositions viennent compléter cette approche plus éthique et morale des élections, et révèlent les sources profondes de disfonctionnement que nous trainions jusqu’à présent.

Preuve que les temps ont fondamentalement changés, c’est publiquement que ces partis déclarent désormais nécessaire de réduire le nombre de bureaux de vote, de renforcer la vigilance sur l’origine des financements des partis et des candidats, l’utilisation des structures associatives pour générer des votes, pour endiguer les fraudes. Mais aussi, une supervision du ministère de l’intérieur plus « neutre », le nettoyage des listes électorales et l’inscription automatique des citoyens, et même la tenue des élections en semaine plutôt que le vendredi et le week-end, où l’affluence est limitée.

C’est dire toute l’ampleur de la réalité actuelle de la tenue des élections que de demander autant de réformes de forme et de fond. Tout cela est évidemment à prendre avec des pincettes, ce sont des propositions qui devront se confronter à la réalité politique et surtout aux positions des grands partis, de l’Istiqlal au RNI en passant par le PAM et relativement l’USFP, qui ne se sont pas encore exprimés et qui chercheront certainement à tirer avantage de la réforme en cours pour garantir non pas plus de représentativité comme le demandent les petits partis, mais au contraire des coudées plus franches pour ceux qui auront le plus grand nombre de parlementaires.

En tout état de cause le ver est sorti de la pomme, et cette réforme électorale si elle ne répond pas à toutes ces exigences, devra en satisfaire au moins quelques-unes, au bénéfice de l’avancement de la démocratisation de notre pays. Car l’enjeu est de se doter d’un réel contre-pouvoir institutionnel à l’exécutif avec un Parlement qui joue pleinement son rôle constitutionnel de représentation exhaustive de la population nationale et la défense de ses intérêts multiples.

Les Marocains ne retourneront aux urnes que s’ils sont convaincus que cela peut changer quelque chose, beaucoup d’entre nous considèrent encore la représentation politique comme inutile, corrompue et inefficiente. Surtout lorsqu’elle est comparée au dynamisme économique sur lequel mise le Maroc pour son développement. En réalité, ce n’est qu’en réussissant à concilier les deux que l’on peut espérer voir ce pays avancer de tous les côtés. La technocratie, la politique de l’argent, les promesses rémunérées en amont, ont atteint leur limite.

 

Zouhair Yata

The post Réforme électorale : L’espoir est permis appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Maroc : la « suivette » https://lnt.ma/maroc-la-suivette/ Tue, 26 Aug 2025 11:33:51 +0000 https://lnt.ma/?p=533659 Pendant que vous bronziez tranquillement, d’autres n’ont pas chômé cet été. C’est le cas par exemple de quelques armées, suivez mon regard, mais ce n’est pas le sujet. Relevons plutôt le formidable travail d’enquête et les relais médiatiques de quelques irréductibles journalistes français visiblement bien mieux informés que les Marocains eux-mêmes sur leur situation. Alors, […]

The post Maroc : la « suivette » appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Pendant que vous bronziez tranquillement, d’autres n’ont pas chômé cet été. C’est le cas par exemple de quelques armées, suivez mon regard, mais ce n’est pas le sujet. Relevons plutôt le formidable travail d’enquête et les relais médiatiques de quelques irréductibles journalistes français visiblement bien mieux informés que les Marocains eux-mêmes sur leur situation. Alors, bien sûr, nous ne sommes pas dans les secrets des Dieux et nous ne pouvons que faire des conjectures sur les raisons d’une synchronisation aussi hasardeuse que nonchalante d’articles et de contenus à charge contre le Maroc en cette pré-rentrée dans la presse française, mais l’on peut comprendre que commenter les déclarations de Bayrou soit moins stimulant que de raviver le maronier du fantasme orientaliste du public français.

Et, de la même manière qu’on ne saura pas qui sont les sources des journalistes du Monde, on ne fera pas d’hypothèses sur ceux à qui profite de dénigrer les sacralités de notre pays. Il faut reconnaitre aussi que si comme les champignons, les journalistes peuvent s’avérer vénéneux, nos réactions sont souvent épidermiques lorsqu’on s’attaque au Maroc. Nous Marocains, aimons notre beau pays plus que tout et nous manquons d’objectivité au point d’avoir besoin d’être éclairés de l’extérieur pour sortir de la torpeur nationaliste qui nous aveugle. Une forme de « mansplaining » à la sauce béarnaise puisque bien souvent, c’est de Paris que nous vient la lumière, depuis Voltaire.

Il ne s’agira pas non plus de faire un commentaire de texte pour débusquer les approximations, interprétations et opinions larvées, les fantasmes républicains, les clichés et fake news, pour expliquer la distorsion entre les « révélations » annoncées et la réalité. Cette enquête est tout simplement une succession de faits et d’anecdotes décorrélés de leur contexte, et montés en sauce pour en déduire le pire. Aucune réforme de ces 25 dernières années n’a d’ailleurs trouvé grâce aux yeux des enquêteurs, aucune avancée, rien, nada, pour faire semblant de contrebalancer leur portrait de Dorian Gray de notre pays.

On imagine d’ailleurs très bien Christian et Frédéric, qui ne sont clairement pas Woodward et Bernstein, siroter un thé à la menthe bien sucré dans l’appartement du 7ème d’un de ces fameux membres de l’élite marocaine (binational ?) qu’ils évoquent dans leur enquête, et l’écouter leur distiller ses analyses de sofa sur les coulisses du pouvoir qu’il n’a pas.

Le vrai et le faux sont finalement indiscernables parce que les auteurs eux-mêmes ne font que des suppositions et relaient des propos rapportés auxquels ils appliquent un prisme objectivement à charge.

La mauvaise foi est telle dans cette enquête que les auteurs semblent déplorer que malgré tout ce qu’ils révèlent sur notre Souverain, « la popularité auprès de ses compatriotes… reste, autant qu’on puisse en juger, intacte ». Eh bien vous nous en voyez sincèrement désolés ! Le paternalisme et la prétention sont typiques de la posture française vis-à-vis des Marocains, mais quel manque de respect pour le jugement de nos compatriotes et pour l’histoire de notre Nation.

L’enquête se termine d’ailleurs en apothéose puisque Christian et Frédéric, qui rappelons-le ont décidé de manière désintéressée et non commanditée d’enquêter sur le Maroc en journalistes vertueux, nous prédisent un avenir bien sombre. La phrase suivante « Les lampions de la fête éteints, le Maroc risque de se retrouver face à ses vieux démons » sonne comme une incantation de sorcellerie plus qu’un avis journalistique.

Mais celle-ci : « Alors, les ombres et lumières du règne de Mohammed VI, modernisateur en demi-teinte et réformateur inachevé, se distingueront plus nettement sur les tables du bilan » résonne carrément comme une prophétie biblique !

En tout état de cause, merci pour avoir réussi à produire une enquête qui nous révèle tout ce que nous ne savions pas déjà. Et comme nous vous lisons au Maroc, du moins sur WhatsApp, nous avons hâte de lire les prochaines enquêtes aussi « détaillées » sur le fait qu’une grande partie de la population française et de l’opinion publique mondiale s’interroge sur la sexualité et le genre du couple présidentiel, ou ne serait-ce qu’un exemple de comment Xavier Niel, son propriétaire et par ailleurs époux de la fille de Bernard Arnault, Vincent Bolloré ou Arnaud Lagardère, oligarques par excellence, interfèrent par leur influence sur le pouvoir français.

 

Zouhair Yata

The post Maroc : la « suivette » appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Discours Royal : À bon entendeur https://lnt.ma/discours-royal-a-bon-entendeur/ Wed, 30 Jul 2025 13:31:29 +0000 https://lnt.ma/?p=533072 Si les discours royaux de Sa Majesté le Roi Mohammed VI sont si attendus et commentés, c’est que le Souverain en a fait au fil des ans, un exercice à la fois de communication directe à l’attention du citoyen marocain et un véhicule d’expression des orientations stratégiques attendues pour le pays. L’approche holistique des discours […]

The post Discours Royal : À bon entendeur appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Si les discours royaux de Sa Majesté le Roi Mohammed VI sont si attendus et commentés, c’est que le Souverain en a fait au fil des ans, un exercice à la fois de communication directe à l’attention du citoyen marocain et un véhicule d’expression des orientations stratégiques attendues pour le pays. L’approche holistique des discours royaux apporte quant à elle une perspective inédite en mettant en équation tous les sujets qui en font partie, de manière aussi transparente que pragmatique.

Le discours de la Fête du Trône est d’autant plus emblématique, cette année encore, parce qu’il marque l’anniversaire de 26 années de règne de notre Souverain, et que la notion de bilan y est forcément associée.

Celui-ci est clair, malgré les difficultés exogènes comme la sécheresse ou les crises internationales, l’économie marocaine a fait preuve de résilience et a maintenu sa croissance. En témoignent « les exportations industrielles, notamment celles liées aux métiers mondiaux, ont plus que doublé depuis 2014 ». Et, c’est dans sa diversification, notamment industrielle, que le Maroc a puisé cette croissance : « les secteurs de l’automobile, de l’aéronautique, des énergies renouvelables, des industries agroalimentaires et du tourisme constituent désormais un levier essentiel de notre économie émergente ».

Pour SM le Roi, le bilan d’étape est positif, mais incomplet et perfectible parce qu’il ne bénéficie pas à tous de manière équitable. Les mots ont un poids et sont en l’occurrence sans équivoque : « Aucun niveau de développement économique et infrastructurel ne saurait Me contenter s’il ne concourt pas effectivement à l’amélioration des conditions de vie des citoyens. (…) Mais il est regrettable de voir que certaines zones, surtout en milieu rural, endurent encore des formes de pauvreté et de précarité, du fait du manque d’infrastructures et d’équipements de base. (…) Il n’y a de place, ni aujourd’hui, ni demain pour un Maroc avançant à deux vitesses. ».

Et parce que le constat, aussi réaliste qu’il soit, ne suffit pas, Sa Majesté indique la voie à suivre pour s’attaquer à la résorption du gap « à deux vitesses », à travers un rééquilibrage du développement territorial et une mise à niveau globale des espaces territoriaux pour combler les disparités sociales et spatiales. Que cette stratégie devienne prioritaire est une bouffée d’oxygène qui vaut toutes les CAN et Coupe du monde, parce que c’est le réel défi du développement de notre pays.

Ce discours a cette capacité comme les précédents de rassurer autant que de servir d’électrochoc et de catalyseur pour atteindre le cap désigné. Et, le Roi Mohammed VI n’a pas manqué d’inscrire toute cette dynamique dans un cadre plus large, celui notamment de notre voisinage et de l’avancement de notre cause nationale à l’international. La main tendue de longue date à l’Algérie est de nouveau mise en avant par SM le Roi qui appelle à « un dialogue fraternel et sincère portant sur les différentes questions en souffrance ».

Mais, le Maroc ne s’attardera pas plus sur le sujet et avance selon son propre agenda diplomatique, comme en témoignent les positions récentes du Royaume-Uni et du Portugal en faveur de la marocanité de notre Sahara.

En tout état de cause, Urbi et Orbi, il sera difficile de faire l’autruche, la sourde oreille ou l’impasse, face à un discours aussi clair et volontaire. A bon entendeur…

 

Zouhair Yata

The post Discours Royal : À bon entendeur appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Des Lionnes, avant et malgré tout! https://lnt.ma/des-lionnes-avant-et-malgre-tout/ Sun, 27 Jul 2025 12:36:35 +0000 https://lnt.ma/?p=532957 C’est incroyable à quelle vitesse les vestes peuvent se retourner. Non, les Lionnes de l’équipe nationale féminine de football n’ont pas remporté la finale de cette CAN, mais elles méritent amplement leur surnom, quoi qu’en pensent et en disent les Cassandre, les commentateurs « professionnels » et les lâcheurs de dernière minute. Elles ont trempé […]

The post Des Lionnes, avant et malgré tout! appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
C’est incroyable à quelle vitesse les vestes peuvent se retourner. Non, les Lionnes de l’équipe nationale féminine de football n’ont pas remporté la finale de cette CAN, mais elles méritent amplement leur surnom, quoi qu’en pensent et en disent les Cassandre, les commentateurs « professionnels » et les lâcheurs de dernière minute. Elles ont trempé le maillot, joué collectif et fait preuve d’initiatives audacieuses qui témoignent de leur état d’esprit combatif, à l’image du but inscrit par la capitaine hier soir.

Mais, au-delà des résultats sportifs, ce sont tous les symboles que portent ces quelques femmes marocaines pendant 90 minutes sur le terrain qu’il faut retenir. D’abord, individuellement et collectivement, cette équipe nationale nous ressemble, on y reconnait nos sœurs, nos filles, nos femmes et nos mères, telles qu’elles sont au quotidien, fortes et déterminées. Pas une joueuse ne semble importée d’un autre contexte ou ne pas porter les valeurs qui constituent le socle de notre marocanité.

Ensuite, nous sommes un pays musulman, membre de la communauté des nations arabes et nous en sommes fiers. Pour autant, le Maroc a toujours été attaché à sa spécificité et dès la réforme de la Moudawana en 2004, le Roi Mohammed VI a tracé une trajectoire pour que la Femme marocaine jouisse de tous ses droits et qu’elle ait la reconnaissance appropriée à sa contribution réelle à notre Nation.

C’est ce que l’on voit sur le terrain de manière évidente et ce que dégage cette équipe. Parce que la question n’a jamais été d’imposer aux femmes marocaines une quelconque modernité forcée, ni de l’encourager à négliger ou abandonner son foyer, mais bel et bien de leur reconnaitre le droit à faire leur propre choix. À celles qui ne sont pas choquées par les propos d’Abdellilah Benkirane et qui votent pour le PJD, mais aussi à celles qui en voyant une femme jouer au foot rêvera de s’accomplir dans n’importe quel domaine sans penser que son statut de femme pourrait être limitant.

Alors que notre pays redouble d’efforts pour s’élever, se développer, accueillir le monde entier, se réformer, se donner des ambitions, les Marocaines sont là pour y contribuer comme toujours, elles sont juste enfin plus visibles, et le football en est le parfait exemple.

D’autant que derrière celles qui galopent sur la pelouse, des milliers de personnes sont impliquées, des familles aux équipes de staff qui les accompagnent en passant par l’émulation que leur parcours génère pour toute la jeunesse dont l’engouement pour le football se convertit en infrastructures, en emplois, en investissements etc.

Paradoxalement, la défaite est porteuse d’espoir, elle témoigne du chemin encore à accomplir, mais aussi autant de ce qui a été parcouru. Et dans ce cas, la fierté l’emporte.

Merci à nos Lionnes d’être le reflet de ce que nous devrions toujours être, une nation unie, engagée et prête à se relever pour avancer, quel qu’en soit le prix.

Zouhair Yata

The post Des Lionnes, avant et malgré tout! appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Le Maroc se transforme : L’arbre et la forêt https://lnt.ma/le-maroc-se-transforme-larbre-et-la-foret/ Thu, 24 Jul 2025 14:36:58 +0000 https://lnt.ma/?p=532764 Toute pièce à son revers. Et la trajectoire de développement volontariste que suit notre pays ne fait pas exception. Entre la planification stratégique étatique et le libéralisme complet, le Maroc a choisi une voie médiane, un mix entre le keynésianisme et un modèle de croissance de startup en plein « scaling », qui fait écho […]

The post Le Maroc se transforme : L’arbre et la forêt appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Toute pièce à son revers. Et la trajectoire de développement volontariste que suit notre pays ne fait pas exception. Entre la planification stratégique étatique et le libéralisme complet, le Maroc a choisi une voie médiane, un mix entre le keynésianisme et un modèle de croissance de startup en plein « scaling », qui fait écho à sa singularité institutionnelle historique.

L’impulsion royale des réformes que connait le pays depuis plus de 25 ans est la colonne vertébrale de cette ambition et les accomplissements qui sont désormais des acquis parlent pour eux-mêmes. Pour autant, l’ambition n’éclipse pas les fragilités et la coexistence de deux Maroc n’est pas théorique. Les disparités économiques, les inégalités sociales, peuvent aussi être décomposées en de nombreuses itérations qui témoignent de la complexité de la réalité nationale. Plus que les clivages classiques entre pauvres et riches, les dualités sont nombreuses. La pauvreté à adresser est à la fois rurale et urbaine, les inégalités, territoriales et géographiques, le chômage des jeunes est endémique alors même que le pays est en plein développement, la santé privée se développe autant que l’isolement de certains de nos concitoyens contraints de manifester leur désespoir dans des marches de la dignité.

Il ne s’agit pas de revenir à une chasse aux sorcières pour pointer les responsabilités du passé, ni comprendre d’où on vient, mais simplement d’évaluer avec pragmatisme ce qu’il faut adresser en priorité pour s’assurer de la pérennité et du bénéfice réel pour le pays de la trajectoire en cours.

Par exemple, les « forces vives » de la nation, elles aussi, sont prises dans cet étau entre dynamique de développement et séquelles du passé. Les partis politiques nationaux, comme les syndicats d’ailleurs, et leurs dirigeants, sont devenus des spectateurs résignés et statiques, qui comme les saloons de western voient passer le train devant eux. Si leur idéologie, leur discours et posture politique n’ont pas su s’adapter, il est pourtant crucial qu’ils trouvent le moyen de contribuer pour nourrir et accompagner le développement du pays par des compétences et des convictions. Parce que même dans la métaphore où le Maroc serait une nouvelle forme de S.A., le PDG ne peut se passer de ses équipes pour opérationnaliser sa vision. La société civile, les intellectuels, les citoyens engagés, sont encore noyés par le comportement individuel trop souvent égoïste et incivile, en particulier chez les plus éduqués en théorie.

La corruption, la fraude, le « noir » et le « cash », les délais de paiement autant que les « on ne prend pas les chèques », sont aussi des marqueurs forts d’une mentalité de passager clandestin qui menace de gangréner toute avancée. Et, comme lorsqu’on vous double sur la droite ou que quatre voies se constituent sur une double voie, tous les Marocains, hommes et femmes, riches et pauvres, vieux et jeunes, éduqués ou analphabètes, en semblent capables, et c’est bien là le problème. C’est ce qui fait que même dans les domaines où une dynamique positive est enclenchée, vous trouverez quand même quelqu’un pour vous dire que malheureusement rien n’avance.

Par ailleurs, le Maroc n’est pas un vase clos, notre ouverture internationale est à la fois un héritage du passé et une stratégie contemporaine. Cela signifie aussi que nous subissons tout un tas de contraintes et de risques dont nous ne pouvons ni anticiper ni atténuer l’impact complètement. La pandémie de la Covid, l’inflation mondiale, les changements politiques chez nos voisins, et les tensions géopolitiques qui s’invitent à notre table, sont autant d’exemples qui doivent mettre en perspective la résilience de notre modèle qui est souvent tenue en exemple, mais qui a un certain prix.

C’est à l’aune de toutes ces vérités, paradoxes et challenges que nous vous invitons à appréhender ce numéro spécial dédié au Maroc qui se transforme, inexorablement, sous nos yeux. Les énergies positives y sont nombreuses pour relever les défis du développement de notre pays, qui se sont transformés en objectifs, chiffrés, datés et suivis. Des moyens structurels et colossaux, financiers et humains, sont engagés pour faire passer ce cap au Maroc et avec brio. Parce qu’« un homme avertit en vaut deux », c’est en connaissance de cause, conscients de toutes les réalités, que nous devons œuvrer seuls et ensemble, à concrétiser cette ambition.

 

Zouhair Yata

The post Le Maroc se transforme : L’arbre et la forêt appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
L’investissement tous azimuts, fer de lance de la transformation marocaine https://lnt.ma/linvestissement-tous-azimuts-fer-de-lance-de-la-transformation-marocaine/ Thu, 24 Jul 2025 14:35:57 +0000 https://lnt.ma/?p=532772 Dans un contexte mondial instable, traversé par les secousses géopolitiques et une forte volatilité économique, le Maroc fait le choix assumé d’un volontarisme budgétaire inédit. Porté par une vision claire à l’horizon 2030, le Royaume engage un programme d’investissements massifs qui embrasse des ambitions multiples : souveraineté énergétique, transition écologique, montée en gamme industrielle, dynamisation […]

The post L’investissement tous azimuts, fer de lance de la transformation marocaine appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Dans un contexte mondial instable, traversé par les secousses géopolitiques et une forte volatilité économique, le Maroc fait le choix assumé d’un volontarisme budgétaire inédit. Porté par une vision claire à l’horizon 2030, le Royaume engage un programme d’investissements massifs qui embrasse des ambitions multiples : souveraineté énergétique, transition écologique, montée en gamme industrielle, dynamisation des territoires, infrastructures sportives de niveau mondial, et services publics rénovés. Ce plan d’envergure repose sur une pluralité de leviers, du financement public au partenariat privé en passant par l’appui multilatéral du FMI notamment, et redessine les contours du rôle économique de l’État, des régions et du secteur financier.

Aujourd’hui, l’investissement brut pèse près de 30 % du PIB national. La composante publique représente à elle seule plus de 20 % du PIB, portée par un rythme moyen de croissance de l’investissement de +10 % par an. Cette dynamique s’accompagne d’un effort accru d’efficacité : le taux d’émission budgétaire atteint 82,6 % en 2023, contre 77,9 % en 2019, témoignant d’une montée en puissance opérationnelle. Les grands opérateurs publics, établissements, offices, entreprises stratégiques, concentrent leurs efforts sur les chantiers vitaux du pays : énergie, transport, eau, environnement, santé, éducation.

En parallèle, le Maroc cherche à faire émerger une nouvelle doctrine de l’investissement où le secteur privé assume une place prépondérante. L’objectif d’un basculement vers une configuration « deux tiers privé, un tiers public » reste ambitieux mais nécessaire pour garantir la soutenabilité des efforts engagés. Si le cadre juridique encadrant les partenariats public-privé (PPP), notamment la loi n°86-12 de 2015 révisée en 2020, existe, la concrétisation sur le terrain reste à transformer. Toutefois, les signaux se multiplient dans les énergies renouvelables, le dessalement, les infrastructures sportives et logistiques, la mobilité urbaine, etc. Autant de secteurs où la dynamique de co-investissement est désormais lancée.

Dans cet écosystème en transformation, les partenaires internationaux jouent un rôle clé. Le Fonds monétaire international accompagne activement le Maroc à travers des mécanismes inédits : une Ligne de Crédit Modulable de 4,5 milliards de dollars accordée en 2024, qui renforce la résilience externe du pays, et une Facilité pour la Résilience et la Durabilité (937,5 millions de dollars), ciblant les enjeux climatiques, énergétiques et institutionnels (cf entretien avec Mme Jaramillo Mayor, chef de Mission pour le Maroc au FMI). Ces instruments, conjugués à un dialogue macroéconomique étroit, permettent au Royaume d’afficher une trajectoire budgétaire maîtrisée tout en préparant deux importantes sorties internationales prévues en 2025.

Les marchés financiers, eux aussi, sont en pleine effervescence. La Bourse de Casablanca a atteint une capitalisation de 49 % du PIB, un record historique, portée par des conditions favorables aux introductions en bourse qui se multiplient, une liquidité accrue et un regain d’appétit pour le risque. Toutefois, certaines fragilités persistent. Le private equity, outil pourtant stratégique pour le financement des PME, est en repli structurel, faute de renouvellement des fonds. La titrisation reste marginale, concurrencée par le crédit bancaire classique. Ce dernier continue de dominer le paysage du financement, avec un encours représentant 75 % du PIB, dont 68 % destinés au secteur privé. Les crédits à l’équipement progressent autour de 16 % du PIB, mais le financement industriel reste stable (9 %), appelant à des mesures de stimulation ciblées. C’est l’objectif poursuivi par les nombreux roadshows bancaires destinés aux industriels et à la présentation des conditions et avantages de la nouvelle Charte d’Investissement.

Au-delà des chiffres, c’est une véritable reconfiguration sectorielle et territoriale qui est en marche. Le Maroc investit massivement dans le dessalement, avec plus de 140 milliards de dirhams programmés d’ici 2030 pour sécuriser ses ressources hydriques. L’hydrogène vert, enjeu géopolitique majeur des décennies à venir, mobilisera plus de 32 milliards de dollars dans des projets intégrés mêlant EnR, dessalement et production d’ammoniac.

 

La santé, avec la modernisation des CHU et la réhabilitation de plus de 1400 centres de santé, fait l’objet d’un investissement de plus de 14 milliards de dirhams. Les transports ferroviaires, les ports, les aéroports, le tourisme, les télécoms et même l’industrie des batteries sont autant de piliers ciblés pour renforcer la souveraineté stratégique du pays, et surtout à long terme.

 

À l’approche des grands rendez-vous internationaux que sont l’organisation de la CAN 2025 en fin d’année et la Coupe du monde 2030, le Maroc mobilise également des montants colossaux pour moderniser ses infrastructures urbaines, sportives et culturelles. Mais derrière cet élan volontariste, se pose une double question centrale : celle de la coordination stratégique des projets et celle de la soutenabilité du financement. À cette aune, l’année 2025 pourrait bien représenter un tournant. Un moment où le Maroc, fort de sa stabilité macroéconomique et de la crédibilité de ses réformes, tentera de concrétiser un nouveau pacte de développement durable, inclusif et résilient. pour Ibn Sina + 1,7 MMDH pour la modernisation des CHU.

 

Zouhair Yata


 

The post L’investissement tous azimuts, fer de lance de la transformation marocaine appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Cap Maroc 2030 : Au-delà du foot https://lnt.ma/cap-maroc-2030-au-dela-du-foot/ Thu, 24 Jul 2025 11:53:35 +0000 https://lnt.ma/?p=532766 La Coupe du monde 2030 ne se jouera pas que dans les stades. En coorganisant cet événement avec l’Espagne et le Portugal, le Maroc s’engage bien au-delà du sport. C’est une décennie de transformation nationale qui s’esquisse, dans la continuité d’une série de plans stratégiques (Maroc 2030, Maroc Digital 2030, Aéroports 2030…) qui placent le […]

The post Cap Maroc 2030 : Au-delà du foot appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
La Coupe du monde 2030 ne se jouera pas que dans les stades. En coorganisant cet événement avec l’Espagne et le Portugal, le Maroc s’engage bien au-delà du sport. C’est une décennie de transformation nationale qui s’esquisse, dans la continuité d’une série de plans stratégiques (Maroc 2030, Maroc Digital 2030, Aéroports 2030…) qui placent le pays sur les rails d’un repositionnement économique, social et institutionnel majeur.

Ce rendez-vous mondial agit comme un catalyseur : il active des leviers à court terme comme la ferveur sportive, stimule à moyen terme les infrastructures et le tourisme, et accélère sur le long terme les réformes structurelles. Le football, lui, joue le rôle de déclencheur émotionnel, en capitalisant sur l’épopée des Lions de l’Atlas au Qatar en 2022 qui a marqué un tournant. La première sélection africaine à atteindre une demi-finale de Coupe du monde, est devenu le symbole d’une nation jeune, ambitieuse et unie. Depuis, les investissements dans les académies de formation, les rénovations de stades (Casablanca, Fès, Agadir, Tanger) et l’organisation de la CAN 2025 participent à inscrire le sport dans une stratégie de mobilisation de la jeunesse.

Mais l’essentiel se joue ailleurs pour notre pays. Dans les coulisses du ballon rond, un effort logistique colossal est engagé. Le Maroc prévoit plus de 100 milliards de dirhams d’investissements dans les transports, la santé, l’hôtellerie et le divertissement pour se hisser au niveau des standards mondiaux. Le secteur du tourisme, déjà au cœur de la Vision 2020 puis relancé après le Covid, vise désormais les 300 000 lits touristiques d’ici 2030, contre environ 230 000 aujourd’hui. Le plan Aéroports 2030 prévoit la modernisation de plusieurs terminaux, et l’ONDA travaille à améliorer l’expérience passager dans un contexte d’explosion attendue du trafic aérien.

En parallèle, la digitalisation est une autre priorité. La stratégie Maroc Digital 2030 veut faire émerger des solutions numériques locales, renforcer les services publics en ligne, et générer de l’emploi dans la tech. Dans ce contexte, la transformation numérique de l’administration, la cybersécurité, la connectivité territoriale et l’inclusion digitale sont des piliers. Et, cette dynamique s’inscrit dans un agenda plus vaste avec la généralisation de l’Assurance Maladie Obligatoire (AMO), la réforme de la Moudawana, les débats autour des peines alternatives dans le code pénal, ou encore l’introduction du permis à points, qui traduisent une volonté de bâtir un nouveau contrat social.

Le Maroc n’est pas seul dans son action et bénéficie du soutien des institutions internationales, à l’image du FMI qui vient renforcer et soutenir cette ambition nationale. La ligne de crédit modulable de 4,5 milliards de dollars accordée au Royaume pour accompagner ses réformes structurelles et sécuriser ses réserves de change est en effet un signal fort pour les investisseurs et une reconnaissance internationale de la trajectoire choisie.

Le financement est au cœur des enjeux dans tous les secteurs amenés à se moderniser mais l’enjeu est également territorial pour que ce développement bénéficie autant que possible à tout le pays et nos concitoyens dans leur globalité. Le rôle des régions, mais aussi des collectivités territoriales prend une nouvelle dimension dans ce contexte, avec des accès aux financements diversifiés et une obligation de résultats et de transparence qui va de pair avec la mobilisation de fonds privés.

Au-delà du football, c’est bel et bien l’avenir durable du pays qui est en jeu et l’ampleur de la tâche est à la hauteur de l’ambition, colossale.

 

Zouhair Yata

The post Cap Maroc 2030 : Au-delà du foot appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Espagne-Maroc : « Qué calor » https://lnt.ma/espagne-maroc-que-calor/ Wed, 16 Jul 2025 12:50:36 +0000 https://lnt.ma/?p=532431 Depuis le début du mois de juillet, la petite ville espagnole de Torre Pacheco, en région de Murcie, est au cœur de l’actualité ibérique et crée une inquiétude grandissante de ce côté du détroit. L’agression d’un habitant espagnol de 68 ans par des jeunes d’origine nord-africaine a ouvert la boite de Pandore et déclenché une réaction […]

The post Espagne-Maroc : « Qué calor » appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Depuis le début du mois de juillet, la petite ville espagnole de Torre Pacheco, en région de Murcie, est au cœur de l’actualité ibérique et crée une inquiétude grandissante de ce côté du détroit. L’agression d’un habitant espagnol de 68 ans par des jeunes d’origine nord-africaine a ouvert la boite de Pandore et déclenché une réaction d’abord vive de l’opinion publique locale, puis violente et radicale par des groupes d’extrême droite. Des appels à la « chasse aux migrants » ont inondé les réseaux sociaux et de véritables ratonnades s’en sont suivies pendant au moins trois nuits d’affilée. Les autorités espagnoles ont déployé des moyens importants avec quelque 150 agents de police pour protéger les habitants et les commerces, et surtout éviter de nouvelles violences, mais la crise est déjà plus large. Car la petite ville de Torre Pacheco est devenue l’épicentre symptomatique de problèmes larvés dont l’éruption récente n’est qu’une première secousse, qui risque d’être suivie de répliques.

Les Marocains et leurs descendants forment près d’un tiers des 40 000 habitants de Torre Pacheco, et constituent une main-d’œuvre essentielle à l’agriculture locale : melons, agrumes, légumes. Beaucoup se sont installés progressivement depuis près de 25 ans, construisant leur vie en Espagne, scolarisant leurs enfants, investissant dans l’économie locale. Pourtant, ils se retrouvent aujourd’hui la cible de violences et d’ostracisme parce que le contexte espagnol, européen, mondial connait de profondes mutations, dont la montée des extrêmes droites.

L’émanation espagnole de cette mouvance transnationale, le parti Vox, se nourrit comme tous les partis populistes des difficultés économiques et amplifie tous les ressentiments possibles de la population, caressant ses plus bas instincts. L’inquiétude marocaine pour la sécurité de ses ressortissants n’est donc pas exagérée lorsque c’est à « nettoyer la ville » que les Espagnols sont appelés par ces extrémistes de droite, anonymes sur les réseaux. Il n’est plus simplement question d’un fait divers local, mais d’une mise en danger de centaines de familles marocaines installées et intégrées, victimes des amalgames et du racisme.

C’est aussi une grosse pierre dans la chaussure du gouvernement espagnol actuel, dont l’opposition tient une opportunité toute faite pour le chahuter et le déstabiliser, voire pour remettre en cause son prisme marocain, alors même qu’après une longue période de troubles, la coopération bilatérale entre les deux pays n’a jamais été aussi dense. Elle est même désormais stratégique pour les deux pays dans de nombreux domaines à court, moyen et long terme. Par exemple, la coordination du retour des MRE via les enclaves de Ceuta et Melilla et la gestion du flux migratoire vers l’Europe via l’Espagne, nécessitent une forte coopération sécuritaire et policière. Au niveau économique, les deux pays collaborent étroitement sur l’énergie, le Maroc se positionnant en fournisseur d’électricité ponctuel pour la péninsule lors de pics de consommation. Il y a un projet de tunnel sous le Détroit de Gibraltar qui serait le symbole d’un trait d’union entre les deux nations et continents. Et, surtout, nos destins sont irrévocablement liés avec la tenue de la Coupe du Monde 2030 entre le Maroc, l’Espagne et le Portugal.

C’est toute cette relation, structurée de plus en plus dans un format « win-win » entre les deux rives, que la montée aveugle d’une violence raciste à l’intérieur même de l’Espagne met en danger, en plus de la sécurité de la communauté marocaine. Il faudra malheureusement plus qu’un Canadair pour éteindre ce feu et éviter qu’il ne se répande…

Zouhair Yata

The post Espagne-Maroc : « Qué calor » appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
De Achoura à Toto : la jeunesse en feu https://lnt.ma/de-achoura-a-toto-la-jeunesse-en-feu/ Wed, 09 Jul 2025 10:17:10 +0000 https://lnt.ma/?p=532069 Les célébrations de Achoura ont depuis longtemps été le théâtre de débordements des festivités, avec leurs lots de tristes anecdotes d’enfants ou de jeunes pris dans des drames pyrotechniques. Mais, les images que nous avons vues cette année sont dignes d’émeutes urbaines, de guérillas même. La symbolique est toute trouvée, les feux d’artifice laissent la […]

The post De Achoura à Toto : la jeunesse en feu appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Les célébrations de Achoura ont depuis longtemps été le théâtre de débordements des festivités, avec leurs lots de tristes anecdotes d’enfants ou de jeunes pris dans des drames pyrotechniques. Mais, les images que nous avons vues cette année sont dignes d’émeutes urbaines, de guérillas même. La symbolique est toute trouvée, les feux d’artifice laissent la place à des feux de détresse pour une certaine jeunesse marocaine. Les flammes, les jets de projectiles, les affrontements entre jeunes et forces de l’ordre, les bonbonnes de gaz qui explosent… Ce n’est plus la fête. C’est un signal d’alarme.

Car derrière les fumigènes artisanaux et les pétards surpuissants se cachent des années de marginalisation qui ont conduit de l’oisiveté au détachement et à la violence.

Alors que fait-on ? On condamne. On partage les images. On s’indigne. Et on oublie, jusqu’à l’année suivante. Pourtant tout le monde sait que si certains jeunes brûlent la rue, c’est aussi parce qu’ils n’ont pas de place dans l’école, dans l’emploi, dans la ville. Que l’urbanisme lui-même les parque à la périphérie, les repousse vers des zones où ce fameux progrès du Maroc est un mirage.

Pour autant, doit-on accepter comme une fatalité que les habitants, les familles, les enfants et même les forces de l’ordre subissent cette violence inouïe ? Le désœuvrement est-il un blanc-seing à la prise en otage du reste de la société ? N’y a-t-il pas une voie individuelle ou alternative pour essayer de s’élever ou de sortir de la précarité que pourraient emprunter chacun de ces jeunes, comme le font des millions d’autres chaque jour et qui prouvent que sombrer dans la violence n’est pas la seule solution ?

Même si les textes de Toto sont crus et durs, et qu’il faut encore rappeler aux vieux schnocks de tout âge que le Rap est un style musical artistique et qu’Eminem ne s’excuse pas pour ses gros mots, ce rappeur est désormais un modèle de réussite pour la jeunesse. Et c’est là tout le paradoxe, Toto parle de galères dans ses textes mais force l’admiration pour sa réussite et donne de l’espoir à nos jeunes. Comme il le dit lui-même dans un de ses textes : « J’ai changé ma vie, j’viens du noir et j’brille comme une étoile ».

La jeunesse a besoin d’exutoires et d’échappatoires et parfois l’art est le seul miroir, même déformant, qu’elle possède. Le fait que certains, qui ont pourtant du entendre parler de Woodstock, ne soient pas capables de faire la différence entre des délinquants émeutiers et des festivaliers, est symptomatique du problème. Or, en réalité, il faudrait résorber le premier problème et amplifier le second phénomène.

L’État est en première ligne face à la violence inouïe que certains jeunes génèrent, pendant Achoura mais aussi le reste de l’année aux abords des stades de football par exemple. La réponse des autorités est ferme, sur le plan sécuritaire et sur le plan judiciaire comme en témoignent les réformes en cours. Mais, cela ne peut pas suffire. Et, si on ne fera pas d’un délinquant un doctorant à l’UM6P du jour au lendemain, il faudra bien commencer à un moment donné à s’attaquer au fond plutôt qu’à la forme. Désenclaver les quartiers populaires, les aménager dignement, offrir des perspectives d’emploi réelles et à proximité, sauver les destins, un par un s’il le faut, mais s’y atteler est la priorité.

D’autant qu’en dézoomant du prisme unique de la jeunesse, le reste de la société porte les mêmes paradoxes. L’état des plages pendant la canicule récente, qui ressemblaient plus à des camps de réfugiés ou de déplacés qu’à des scènes de vacanciers profitant des plaisirs du littoral, sont un bel exemple de la dualité permanente dans laquelle nous vivons. Nous pouvons nous contenter de constater que les autorités interviennent sur place pour faire retirer les draps et les tentes sur les plages, ou se demander pourquoi certaines familles marocaines n’ont pas d’autres échappatoires que de s’approprier une partie de l’espace collectif pour ressentir un semblant de bien-être.

 

Zouhair Yata

The post De Achoura à Toto : la jeunesse en feu appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Partenaire officiel de la CAF : Danone « is back » https://lnt.ma/partenaire-officiel-de-la-caf-danone-is-back/ Tue, 08 Jul 2025 13:43:48 +0000 https://lnt.ma/?p=532025 Danone renoue avec le ballon rond, et pas de n’importe quelle manière : en s’alliant avec la Confédération Africaine de Football (CAF), la marque emblématique signe un retour stratégique au cœur du sport roi sur le continent africain. Un partenariat multidimensionnel officialisé à Casablanca, qui marque une nouvelle ère pour le groupe en Afrique et […]

The post Partenaire officiel de la CAF : Danone « is back » appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Danone renoue avec le ballon rond, et pas de n’importe quelle manière : en s’alliant avec la Confédération Africaine de Football (CAF), la marque emblématique signe un retour stratégique au cœur du sport roi sur le continent africain. Un partenariat multidimensionnel officialisé à Casablanca, qui marque une nouvelle ère pour le groupe en Afrique et particulièrement au Maroc, son plus grand marché historique sur le continent.

Avec ce partenariat officiel pour les deux prochaines éditions de la Coupe d’Afrique des Nations – masculine et féminine – Danone affirme un positionnement clair, conjuguer nutrition et passion du sport pour mieux toucher ses cibles prioritaires, notamment les enfants et les familles. Des publics pour qui le football est bien plus qu’un divertissement, un langage universel, un vecteur d’aspiration et un point de convergence sociale.

Le choix du Maroc pour annoncer ce partenariat n’a rien de fortuit. Si le Royaume accueille les prochaines CAN, il est aussi le siège du bureau Afrique de la FIFA, et surtout un marché central pour Danone. Un marché qui, après des années mouvementées, retrouve aujourd’hui une dynamique positive. En misant sur la visibilité unique offerte par ces compétitions continentales, Danone cherche à redonner de l’élan à sa croissance locale en reconnectant avec les consommateurs autour de valeurs communes, santé, proximité, engagement.

Si la signature s’opère sous la bannière institutionnelle du groupe Danone, c’est bien l’ensemble de ses marques locales ancrées dans les habitudes de consommation qui seront activées sur le terrain. Jamila, Assiri, Moufid, ou encore FanMilk et Dan’Up participeront à l’opération à travers des campagnes dans les stades, les fan zones et les médias. Cette stratégie multimarques permettra de toucher de manière ciblée une large palette de publics.

Une présence physique est également prévue avec la distribution de produits laitiers à plus de 10 000 bénévoles, 5 000 journalistes et aux officiels des compétitions.

Au-delà de la visibilité événementielle, Danone et Centrale Danone souhaitent s’impliquer sur des enjeux de fond comme la nutrition infantile, la pédagogie alimentaire, l’activité physique dès le plus jeune âge. En témoigne le lancement conjoint d’un programme scolaire panafricain avec la CAF, incluant des kits pédagogiques pour sensibiliser les jeunes footballeurs aux bonnes pratiques alimentaires et sportives. Cette initiative prolonge l’héritage de la Danone Nations Cup, organisée pendant plus de 20 ans.

Au Maroc, dire « Danone » revient souvent à dire « yaourt », une antonomase qui est la preuve ultime d’un ancrage profond dans l’imaginaire collectif. Ce retour dans le sport roi conforte donc une ambition double, celle de renforcer la notoriété de Danone tout en redynamisant ses marques de grande consommation, au service d’un storytelling cohérent et porteur de sens.

Zouhair Yata


Ils ont dit…

« Ce partenariat reflète pleinement notre mission : apporter la santé par l’alimentation au plus grand nombre. Les valeurs de ces compétitions — proximité, transmission, célébration — résonnent profondément avec celles de Danone. Nous sommes fiers de participer à ces événements emblématiques pour faire rayonner nos marques et notre vision en Afrique. L’Afrique est le berceau de l’humanité et sera aussi son futur », a déclaré Antoine de Saint- Affrique, Directeur Général de Danone.

« Centrale Danone est fière de s’associer, aux côtés du Groupe Danone, à des événements sportifs d’envergure en Afrique. Ce partenariat reflète notre volonté de soutenir des initiatives porteuses de sens, alignées avec notre mission : apporter la santé par l’alimentation au plus grand nombre. Il s’inscrit également dans la continuité de nos engagements en faveur du sport et d’une alimentation saine, en cohérence avec notre partenariat local avec la FRMF, couvrant toutes les catégories et tous les genres », a dit Hervé Barrère, Directeur Général de Centrale Danone.

 

The post Partenaire officiel de la CAF : Danone « is back » appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Assises Nationales : Le Maroc, debout pour l’IA https://lnt.ma/assises-nationales-le-maroc-debout-pour-lia/ Wed, 02 Jul 2025 15:30:42 +0000 https://lnt.ma/?p=531792 Dans le domaine de la technologie, intrinsèquement très évolutif et en perpétuel mutation, il y a des sujets qui sont dans l’air du temps et qui comme le vent, ont tendance à balayer tous azimuts, mais dont il ne reste pas grand-chose dans le temps. Savoir identifier les bonnes tendances technologiques de fond, les anticiper, […]

The post Assises Nationales : Le Maroc, debout pour l’IA appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Dans le domaine de la technologie, intrinsèquement très évolutif et en perpétuel mutation, il y a des sujets qui sont dans l’air du temps et qui comme le vent, ont tendance à balayer tous azimuts, mais dont il ne reste pas grand-chose dans le temps. Savoir identifier les bonnes tendances technologiques de fond, les anticiper, accompagner leur développement et en tirer profit durablement est donc une gageure majeure pour les entreprises privées et a fortiori pour les États.

Bien que l’émergence de l’intelligence artificielle ne soit pas si récente, le momentum actuel autour de cette technologie est tel que de nombreuses lames de fond se redessinent structurellement. De l’emploi à l’industrie, des services publics à la digitalisation de l’administration, jusqu’à l’usage régulé par le citoyen lambda, les impacts de cette révolution technologique pour les États sont colossaux. Pour des budgets publics toujours fortement impactés par exemple par le poids des fonctionnaires ou par l’efficacité des différentes composantes de l’administration publique, en particulier pour un pays en pleine transformation économique comme le Maroc, l’IA est une « golden opportunity » et une promesse supplémentaire d’accélération et d’efficience des réformes et progrès du Royaume.

L’organisation d’Assises nationales dédiées au sujet, avec plus de 2 000 participants représentants tout un écosystème d’experts, d’universitaires, d’étudiants, de professionnels et d’acteurs privés et publiques de différentes tailles, est au moins la preuve que notre pays a compris les enjeux qui se jouent et a l’intention résolue de ne pas manquer le train en marche. Et que, comme la fiscalité, l’agriculture, l’industrie ou d’autres sujets d’importance stratégique pour le pays, l’intelligence artificielle, par son impact holistique, mérite une approche concertée, proactive et nationale.

Parce que ce que l’IA a en commun fondamentalement avec les domaines précités, c’est qu’elle touche à la souveraineté nationale et cela implique naturellement fortement l’État. Il ne s’agit donc plus tant d’adoption technologique que de construction active d’un écosystème national qui peut garantir une souveraineté technologique (bien que relative) mais surtout cognitive. Le Maroc doit contribuer à trouver des solutions pour lui mais aussi pour les autres. A l’image de ce que le pays réalise dans le secteur automobile et aéronautique, en termes d’intégration et d’expertise, l’IA peut être aussi un moyen pour le Maroc de s’arrimer durablement à l’écosystème mondial qui se développe autour de cette technologie.

Au-delà, pour un pays qui malgré une réelle volonté de développement et de réformes, continue de pâtir d’un chômage des jeunes massif, alors que paradoxalement nos étudiants les plus brillants tiennent le haut du pavé dans les grandes écoles scientifiques, l’IA est aussi une opportunité formidable de renverser la vapeur.

Et pour former des centaines, des milliers de jeunes à ces nouvelles technologies, il faut des infrastructures universitaires, dotées des mêmes standards qu’à l’international. Les campus souvent critiqués de l’UM6P sont en réalité un prérequis qui permet aujourd’hui de se projeter dans cette stratégie, avec l’appui et le relais, le mimétisme même des universités privées qui essaiment désormais le pays, parce qu’on en a les moyens opérationnels. Nous allons pouvoir nous atteler à trouver des solutions locales au service de tous les enjeux nationaux, de la gestion de l’eau, à l’éducation scolaire en passant par les diagnostics médicaux, la modernisation de l’agriculture, de l’administration, et tant d’autres qui ne sont même pas encore identifiés.

Des Assises, une Loi cadre, un écosystème identifié, légitime et accompagné, des perspectives d’emplois qualifiés et gratifiants pour la jeunesse, un arrimage international supplémentaire et une souveraineté garantie, un modèle de durabilité énergétique innovant, tous les ingrédients sont réunis avec pour une fois bien moins de vœux pieux et plus d’action. Parce qu’avec l’IA encore plus que pour n’importe quel sujet, le temps est compté.

 

Zouhair Yata

The post Assises Nationales : Le Maroc, debout pour l’IA appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
#JusticePourRita : « L’fchouch ou l’buzz » https://lnt.ma/justicepourrita-lfchouch-ou-lbuzz/ Tue, 24 Jun 2025 09:18:21 +0000 https://lnt.ma/?p=531402 Les faits sont connus de tous, la petite Ghita, âgée d’à peine 4 ans a été fauchée par un 4×4 sur la plage de Sidi Rahal près de Casablanca. Opérée pour une fracture du crâne, la fillette a quitté la clinique et entame désormais une longue convalescence, à domicile, selon les déclarations de son père. […]

The post #JusticePourRita : « L’fchouch ou l’buzz » appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Les faits sont connus de tous, la petite Ghita, âgée d’à peine 4 ans a été fauchée par un 4×4 sur la plage de Sidi Rahal près de Casablanca. Opérée pour une fracture du crâne, la fillette a quitté la clinique et entame désormais une longue convalescence, à domicile, selon les déclarations de son père.

Comme cela arrive souvent lorsqu’une injustice a lieu, les réseaux sociaux et les Marocains en général ont pris fait et cause pour la fillette et le hashtag #JusticePourRita compte des milliers d’occurrences de contenus en quelques jours. Les internautes dénonçant rapidement les conditions de ce drame, du statut de privilégié de l’auteur au manque de sécurité au niveau des plages nationales en passant par l’inefficacité de la justice, qui serait à deux vitesses (au moins).

Sauf que, la réaction épidermique qui est à la hauteur du choc qui l’a provoqué, produit des effets pervers qui ne font qu’empirer la situation. Il aura fallu le courage d’un père, qui malgré le contexte tragique qu’il affronte, pour rétablir la vérité que même les médias les plus aguerris n’ont pas recherché. D’après un communiqué publié sur sa page Facebook, le père de Ghita, nie que l’auteur du drame ait tenté de prendre la fuite et qu’il aurait affirmé être riche pour se justifier. On apprend également que l’auteur a été appréhendé, mis en détention et que son procès se tient bien rapidement.

Le père de Ghita termine en avertissant sur les risques d’escroquerie au nom de sa fille, parce que oui, même dans ces situations dramatiques, certains s’organisent pour en tirer profit.

Tout cela nous enseigne qu’il faut toujours prendre un peu de temps avant de réagir, parce que les bonnes intentions ne suffisent pas. Un peu de retenue, de pudeur, de prières plutôt que de propagations de rumeurs qui ne font que caresser nos bas instincts dans le sens du poil. La création même du hashtag suppose que dans le Maroc d’aujourd’hui, un tel drame pourrait rester impuni. Pourtant, les autorités judiciaires ont montré à plusieurs reprises leur détermination à faire preuve de diligence et à s’assurer que personne n’est au-dessus de la loi. De nombreuses affaires en témoignent, celles du drame du McDonalds de Ain Diab, du scandale de l’avocate parisienne, de l’humouriste étranger à Marrakech, des braqueurs de livreurs adolescents de Californie et même des Walis. L’impunité judiciaire présumée des nantis et des riches n’est donc pas vraiment le sujet.

En revanche, l’impunité que pense acquise une partie de la jeunesse « bien née » est le cœur du problème. Le Maroc a changé, de haut en bas, mais le message n’a pas été transmis à une génération qui a baigné dans des privilèges indus. Le rôle des élites, puisqu’elles doivent exister, est de constituer une aspiration, un modèle, pour le reste de la société. « Lfchouch » ne peut pas continuer de causer des tragédies sans que des mesures fermes et exemplaires soient prises. L’inconscience des uns ne peut pas ternir les efforts des autres, comme pour l’article 507, certaines circonstances doivent être érigées en lignes rouges.

De même, il faut prendre des mesures d’urgence pour sécuriser les espaces publics. Comment est-il possible d’imaginer qu’un véhicule motorisé ait accès à une plage publique destinée à la baignade ? Combien de niveaux administratifs sont défaillants dans ce cadre ? Qui est responsable d’avoir permis à l’impossible de se produire ?

En attendant d’avoir des réponses judiciaires à ces questions, collectivement, c’est un prompt rétablissement que nous devons souhaiter à la petite Ghita, du courage et de la force à sa famille, un soutien moral et bienveillant, pas du voyeurisme et de l’opportunisme populiste.

 

Zouhair Yata

The post #JusticePourRita : « L’fchouch ou l’buzz » appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Israël-Iran : Liar Liar https://lnt.ma/israel-iran-liar-liar/ Wed, 18 Jun 2025 14:07:25 +0000 https://lnt.ma/?p=531156 L’offensive unilatérale de l’État d’Israël contre la République islamique d’Iran a un goût de déjà-vu. Les plus jeunes ne s’en rappellent surement pas, mais l’opinion publique mondiale a déjà avalé dans un passé pas si lointain une énorme couleuvre, lorsque les États-Unis de Georges W. Bush ont affirmé « preuves » à l’appui que le régime de […]

The post Israël-Iran : Liar Liar appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
L’offensive unilatérale de l’État d’Israël contre la République islamique d’Iran a un goût de déjà-vu. Les plus jeunes ne s’en rappellent surement pas, mais l’opinion publique mondiale a déjà avalé dans un passé pas si lointain une énorme couleuvre, lorsque les États-Unis de Georges W. Bush ont affirmé « preuves » à l’appui que le régime de Saddam Hussein détenait des armes nucléaires. La guerre en Irak qui s’en est suivie a permis de sécuriser les ressources pétrolières du pays entre autres pour les pays occidentaux, tout en s’assurant d’une nouvelle continuité en changeant de régime.

A cette occasion comme tant d’autres, on a pu observer en première ligne, la capacité des puissances à manipuler les foules en les nourrissant de peur et de scenarii catastrophiques. Ainsi, parce que comme on dit, « jamais deux sans trois », la chimère du jour est l’imminence d’une troisième guerre mondiale, et nucléaire s’il vous plait ! Pour la petite histoire, il faut garder en tête que le 20ème siècle a connu deux guerres dites mondiales, parce que nos chers pays occidentaux ont embarqué pas une mais deux fois leurs colonies dans la bataille. Il faut garder à l’esprit aussi que tout ce que nous vivons aujourd’hui découle du partage au ciseau, comme une bonne pizza napolitaine, de nations, de peuples et de territoires par les gagnants de ces guerres.

En réalité, aujourd’hui en 2025, nous sommes loin d’une guerre mondiale malgré tout ce qui se passe et c’est presque inquiétant. Aujourd’hui, on peut tuer des milliers de personnes, impunément, aux yeux de tous, sans que cela ne provoque une guerre mondiale. Le droit international, de la guerre, des réfugiés, les conventions internationales, les instances même mondiales, sont violés par ceux-là même qui les ont rédigés et imposés à tous.

Mieux encore, l’Iran est le parfait épouvantail pour jouer les têtes de turc. Qui a envie de se battre ou de défendre l’Iran ? Qui est prêt à perdre des vies, ou à simplement mettre à mal la petite routine consumériste dans laquelle nous sommes tous somnolents ? Si le sort des Ukrainiens, bien blancs et bien blonds, n’a pas déclenché de guerre mondiale face au grand méchant ours russe, pourquoi les Iraniens ou les Palestiniens seraient secourus et par qui ?

L’Iran est indéfendable parce que c’est une réalité, le régime est dictatorial, oppresseur et liberticide. Téhéran est le soutien principal, pour ne pas dire le donneur d’ordres d’organisations terroristes. Mais surtout, l’Iran a peu d’alliés pouvant faire le poids face à la coalition de pays dotés eux, réellement de la puissance de frappe nucléaire. Si Netanyahu dit depuis des décennies que l’Iran a la capacité de créer une bombe nucléaire dans des délais très brefs, et qu’il cherche aujourd’hui à renverser le régime, ce n’est pas pour le bien de l’humanité, mais bel et bien pour s’assurer de garder un ennemi à portée de mains pour servir de bouc émissaire lorsque c’est nécessaire.

Netanyahu sait très bien que si l’Iran avait la bombe nucléaire ce ne serait pas tant pour l’utiliser contre Israël mais bien pour enfin être tranquille et ne plus risquer ce qui se passe typiquement aujourd’hui où le pays est à la merci de son pire ennemi.

D’autant que l’affaiblissement de l’Iran en arrange beaucoup, de la Turquie à l’Arabie saoudite en passant par les pays du Golfe. Alors, si l’Iran n’a pas de bombe nucléaire pour tenir ses ennemis à distance, qu’Israël n’a pas besoin de la communauté internationale pour décider qu’il faut renverser le régime des mollahs, globalement plus détesté qu’autre chose, pourquoi irions-nous vers une guerre mondiale ?

Le plus probable, c’est que les deux millions de Palestiniens continuent de mourir sous les balles israéliennes en récupérant un carton de biscuits cassés en mille morceaux, ou écrasés par la foule affamée, dans une indifférence encore plus sourde que ces derniers mois. Ce qui est probable c’est aussi que Netanyahu atteigne son objectif de diversion avant même que ses amis ou ses ennemis aient le temps de se mettre d’accord sur la marche à suivre. Parce qu’en réalité, Netanyahu a les coudées franches et cela en devient presque trop flagrant. Embarquer les États-Unis de force dans un conflit contre l’Iran, c’est quand même un nouveau palier atteint, même par Israël.

De deux choses l’une. Soit Netanyahu sait que Démocrates et Républicains sont prêts à se déchirer sur n’importe quel sujet mais atteigne très vite le consensus sur le soutien inconditionnel à Israël et qu’il peut donc compter sur l’Oncle Sam, même s’il sort du script. Soit tout cela fait partie d’une intention plus profonde, une volonté de redessiner les cartes visibles et invisibles au Moyen-Orient. Des attaques du 7 octobre à l’offensive contre l’Iran, l’Histoire nous dira peut-être un jour quel sens donner à tout cela.

 

Zouhair Yata

The post Israël-Iran : Liar Liar appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Freedom Flotilla Coalition : le Radeau de la Méduse https://lnt.ma/freedom-flotilla-coalition-le-radeau-de-la-meduse/ Tue, 10 Jun 2025 14:58:17 +0000 https://lnt.ma/?p=530797 Début juin, la Freedom Flotilla Coalition composée de militants pro-palestiniens, dont l’activiste suédoise Greta Thunberg et l’eurodéputée française Rima Hassan, embarquent à Catane en Sicile sur le voilier Madleen, avec pour objectif de briser le blocus israélien et d’acheminer de l’aide humanitaire, de la nourriture, du lait pour bébés, à Gaza. À bord de ce […]

The post Freedom Flotilla Coalition : le Radeau de la Méduse appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Début juin, la Freedom Flotilla Coalition composée de militants pro-palestiniens, dont l’activiste suédoise Greta Thunberg et l’eurodéputée française Rima Hassan, embarquent à Catane en Sicile sur le voilier Madleen, avec pour objectif de briser le blocus israélien et d’acheminer de l’aide humanitaire, de la nourriture, du lait pour bébés, à Gaza. À bord de ce bateau, douze militants venus de différents pays, France, Allemagne, Brésil, Turquie, Espagne, Pays-Bas, Suède.

Dès l’annonce de cette initiative, les avis se sont polarisés, parce que paradoxalement, ce n’est pas tant la cause qui compte dans cette affaire, mais qui la porte. C’est d’ailleurs le premier écueil de cette aventure qui a mobilisé les opinions publiques, la personnalité de Greta Thunberg attire autant d’émules qu’elle ne génère d’opposants.

Comme cela était prévisible, l’armée israélienne a averti que le voilier serait intercepté et c’est ce qui a eu lieu, le Madleen a été accosté en pleine mer et ses occupants arrêtés avec un message cinglant des autorités israéliennes qui en dit long sur ce que celles-ci pensent de cette expédition «  la récréation est terminée ».

Au final, ce feuilleton a mobilisé pendant des jours les médias comme si la vie des participants volontaires était en jeu. Pourtant, malgré leur « obligation morale » brandie comme bouclier pendant ces deux semaines, ceux-ci sont aujourd’hui à l’aéroport de Tel Aviv en attente de leur vol retour vers la capitale occidentale dont ils sont partis initialement.

Alors certes, on ne crachera pas dans la soupe, toutes les initiatives visant à apporter une aide aux Palestiniens, à contribuer de près ou de loin à la libération de Gaza ou à mettre la pression sur les gouvernements occidentaux pour contraindre Israël à reculer sont les bienvenues.

Mais aucun de ces trois objectifs n’a été en réalité atteint. Comment ne pas pointer la naïveté des uns face aux cynismes des autres ? Est-ce que les douze militants embarqués ont cru qu’Israël les abattrait en pleine mer ou prendrait le risque de provoquer des incidents diplomatiques pour trois pelés et un tondu alors que les opérations militaires et les massacres, les corps des femmes et des enfants de Gaza, sont diffusés à la vue de tous depuis des mois sans que cela n’altère de quelque manière la politique israélienne à Gaza ?

Maintenant que le voilier a été intercepté et que chacun va rentrer chez soi, laissant les Palestiniens à leur triste sort, peut-on dire que l’aide humanitaire qui devait être apportée est ridicule face à l’ampleur des besoins et aux milliers de camions d’aide internationale actuellement bloqués par Israël ?

Est-ce que les dirigeants israéliens dont certains ont été inculpés par la Cour Pénale Internationale pour crimes de guerre sans que cela ne leur fasse ni chaud ni froid, vont se formaliser maintenant des déclarations des associations internationales qui dénoncent l’illégalité de l’action menée en pleine mer contre la flottille ? « Les membres de la flottille sont détenus illégalement par Israël depuis 14h »… Et les Palestiniens ?

Une goutte d’eau dans la mer, même méditerranéenne, même louable, même avec the « great Greta », ne suffit pas. Où sont les gros bras ?

Zouhair Yata

The post Freedom Flotilla Coalition : le Radeau de la Méduse appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Sahara marocain : Perfect Strike https://lnt.ma/sahara-marocain-perfect-strike/ Tue, 03 Jun 2025 09:59:11 +0000 https://lnt.ma/?p=530536 Ce ne sera peut-être pas en 80 jours comme Phileas Fogg, mais la diplomatie marocaine aura bientôt fini de faire le tour du monde des capitales pour les rallier à la cause nationale du Sahara marocain. Ce n’est pas une mince affaire, dans ce Jenga géant où chaque brique peut faire tomber tout l’édifice, c’est […]

The post Sahara marocain : Perfect Strike appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Ce ne sera peut-être pas en 80 jours comme Phileas Fogg, mais la diplomatie marocaine aura bientôt fini de faire le tour du monde des capitales pour les rallier à la cause nationale du Sahara marocain. Ce n’est pas une mince affaire, dans ce Jenga géant où chaque brique peut faire tomber tout l’édifice, c’est un véritable travail de fourmis, réputées pour leur abnégation, leur discipline et leur résilience, auquel se livre notre diplomatie. Et si peu d’exemples similaires existent dans un monde plutôt enclin au conflit qu’à la diplomatie, c’est dire à quel point le Maroc est déterminé, nullement pressé, mais inébranlable dans sa volonté.

Pour autant, la volonté seule ne suffit pas, il faut une stratégie précise qui se déploie au fur et à mesure que les opportunités le permettent. Parce que le dossier devra se régler devant les instances onusiennes, le tour du monde n’est pas tant géographique que politique. Les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU sont évidemment des priorités parce que leur veto pourrait empêcher une résolution qui réglerait définitivement la question de la souveraineté légitime du Maroc sur son Sahara. Dans ce sens, le premier succès majeur a très certainement été celui d’obtenir le soutien de Washington. Et pourtant, cela n’a pas suffi non plus à entrainer les autres membres occidentaux du Conseil. Il aura fallu une longue période de brouille avec Paris avant que la réconciliation entre les deux pays intègre également le soutien de la France, malgré qu’elle soit directement impactée dans sa relation avec l’Algérie par cette position.

Mais pourquoi donc est-ce que le Maroc réussit, là où jusqu’à récemment il échouait ? Certaines périodes du passé proche ont connu des relations entre Paris et Rabat bien plus chaleureuses pour ne pas dire quasi-intimes, sans que la position française ne change pour autant officiellement sur la question du Sahara.

En réalité, plusieurs paradigmes ont changé et ont un impact direct sur les succès du Maroc. D’abord, la posture du Royaume, par la diplomatie, est une attitude policée adaptée aux interlocuteurs à convaincre et qui rassure par l’absence d’arguments belliqueux. Ensuite, notre pays a fait d’énormes progrès économiques qui en fait un partenaire réel et concret de nombreux pays, occidentaux notamment. S’y ajoute les engagements internationaux pris qui engagent le Maroc conjointement avec ses voisins espagnols et portugais pour l’organisation de la Coupe du Monde en 2030.

Mais surtout, c’est le décrochage algérien qui favorise concrètement la position marocaine. En un mot comme en mille, le Maroc est un partenaire fiable face à un voisin qui ne fait que perdre en crédibilité sur la scène internationale et qui accentue son isolement par ses propres actions et positions, comme un grand. Le Maroc n’a donc même pas besoin de présenter une argumentation anti-algérienne, l’État algérien est en train de devenir un paria sur la scène internationale qui s’est complètement reconstruite loin des prismes sur lesquels l’Algérie continue de vouloir surfer.

Contrairement aux pays du Golfe qui ont compris qu’ils risquaient de rester piégés dans le siècle passé en se contentant d’être des pétromonarchies, l’Algérie ne veut pas changer de cap. Alors que le vent, l’eau de mer et le soleil sont en train de devenir des alternatives énergétiques viables et recherchées par des économies mondiales en pleines mutations, l’Algérie continue à croire que son gaz est la panacée. Les énergies vertes, la sécurité alimentaire, mais aussi la lutte contre l’immigration illégale ou la coopération sécuritaire, sont autant de sujets sur lesquels le Maroc est aligné avec les intérêts d’un nombre grandissant de pays, qui ne peuvent plus s’offrir le luxe de nier l’évidence pour maintenir le statu quo.

Le dernier en date est le Royaume-Uni et cela porte désormais à trois sur cinq le nombre de pays ralliés au Conseil de l’ONU. Londres est un point crucial dans la roadmap marocaine parce que la communauté du Commonwealth, composée de 56 pays, est toujours si ce n’est sous l’autorité, du moins sous l’influence de la couronne britannique. Parmi ces pays, des nations ont un poids particulier, du Canada à l’Inde en passant par l’Australie. Mais surtout, après le Conseil de Sécurité, c’est à l’Assemblée générale de l’ONU que reviendra de ratifier un éventuel texte. Dans ce contexte, 56 pays en moins à surveiller quant à leur intention de vote, c’est un « perfect strike » qui va surement provoquer quelques aigreurs chez nos voisins.

Maintenant que Washington, Paris et Londres sont conquis, Moscou et Pékin sont désormais les prochaines capitales vers lesquelles les regards vont se porter.

 

Zouhair Yata

The post Sahara marocain : Perfect Strike appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Vie de chiens… https://lnt.ma/vie-de-chiens/ Thu, 29 May 2025 09:18:09 +0000 https://lnt.ma/?p=530342 Petit « le saviez-vous ? »… On estime la population canine errante au Maroc entre 1,2 et 1,5 million de chiens et plus de 100 000 personnes sont vaccinées contre la rage chaque année. C’est donc un réel sujet de société, de sécurité et de santé publique, et on est en droit de se demander ce que l’État […]

The post Vie de chiens… appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Petit « le saviez-vous ? »… On estime la population canine errante au Maroc entre 1,2 et 1,5 million de chiens et plus de 100 000 personnes sont vaccinées contre la rage chaque année.

C’est donc un réel sujet de société, de sécurité et de santé publique, et on est en droit de se demander ce que l’État fait pour endiguer ce problème. Il s’avère que depuis 2019, le gouvernement marocain a adopté le programme TNVR (Trap-Neuter-Vaccinate-Return), visant à capturer, stériliser, vacciner et relâcher les chiens errants. Ce programme, doté d’investissements de plus de 80 millions de dirhams, s’appuie pour son déploiement sur la création de centres spécialisés à Rabat et dans d’autres villes.

La messe devrait être dite, une politique publique, dotée de moyens réels, s’attèle à un problème avec une stratégie volontariste et semble-t-il dans le respect de l’animal, comme le laisse prétendre le terme « Return » du sigle TNVR.

Alors pourquoi des associations de protection animale, des dizaines de contenus à fort impact sur les réseaux sociaux et la mobilisation de nombreuses personnalités publiques, témoignent d’une inquiétante tendance à la maltraitance animale et à l’abattage massif de chiens errants ? Ce que l’on voit, sans doute aucun, dans les vidéos qui circulent urbi et orbi d’ailleurs, ce sont des agents zélés qui maltraitent des animaux traumatisés, ensanglantés, et au mieux encagés. Est-ce que c’est l’approche recommandée pour la phase « Trap » du programme TNVR ? A quel point est-ce que les autorités contrôlent ce phénomène qualifié de « dérapages » ? Où sont les efforts « plus éthiques » qui sont censés être la norme ?

Dans la réalité, malgré les bonnes intentions et les grands discours, sur le terrain les obstacles sont nombreux. Il y a d’abord l’état d’esprit d’un certain nombre de nos compatriotes pour qui la vie animale n’a pas de valeur ou trop peu, où les chiens en particulier sont maltraités de manière volontaire et ostentatoire, presque culturellement. C’est ce qui ressort des images que l’on voit, ce n’est même pas à contre-cœur que les maltraitances sont infligées par les individus qui les pratiquent. Au contraire, il y a une forme de détachement à la tâche qui ne peut que dresser les poils de tous ceux, et ils sont heureusement de plus en plus nombreux à s’exprimer, qui défendent la cause animale et en particulier la relation étroite que beaucoup ont avec les chiens. Et on a l’impression que c’est un véritable massacre qui aurait lieu si quelques personnes fortement engagées dans la défense de cette cause ne pointaient pas les regards vers ce qu’il se passe dans certaines communes ou villes.

D’autant qu’il ne s’agit pas de faire l’autruche ou de caresser les amis des animaux dans le sens du poil, il y a des raisons structurelles également qui expliquent que ce phénomène déborde tout le monde, les autorités, les riverains concernés par les hordes de chiens errants et leurs défenseurs. Lorsqu’on évoque les moyens mis à disposition de ce programme, ils sont clairement insuffisants ; nous manquons cruellement de vétérinaires et d’infrastructures suffisants sur tout le territoire pour accompagner l’ampleur du programme. Au rythme actuel le volume des chiens à couvrir ne le sera pas aux dates espérées avec les échéances de 2030 et cela va forcément engendrer une volonté même tacite de régler le problème autrement, de manière plus radicale.

Alors, on l’a bien compris, le problème des chiens errants est un casse-tête pour les autorités à l’approche des rendez-vous internationaux majeurs qu’accueillera le Royaume. Mais, on ne pourra pas balayer la poussière sous le tapis discrètement, et le risque d’image et de mauvaise réputation d’être associé à un pays de maltraitance animale auprès d’une partie des opinions publiques connectées par les réseaux, est un cher prix à payer quand il est possible d’atteindre les objectifs différemment. Les trois acteurs de ce problème, les autorités nationales, les acteurs locaux et les associations de défense des animaux, doivent pouvoir collaborer et établir une feuille de route réaliste compte tenu des enjeux et des contraintes sans esbrouffe, avec réalisme et pragmatisme.

Nos amis les chiens méritent bien cela dans leur sacrifice annoncé au panthéon du dieu football.

Zouhair Yata

The post Vie de chiens… appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
Gaza : le Mur des réalités https://lnt.ma/gaza-le-mur-des-realites/ Wed, 21 May 2025 11:55:03 +0000 https://lnt.ma/?p=529984 La situation humanitaire dans la bande de Gaza a beau émouvoir les opinions publiques et faire couler beaucoup d’encre, générer des slogans et des marches de soutien, tout cela est aussi nécessaire que vain. Benjamin Netanyahu est en roue libre et ne se cache même pas de ses intentions, il les déclare haut et fort […]

The post Gaza : le Mur des réalités appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>
La situation humanitaire dans la bande de Gaza a beau émouvoir les opinions publiques et faire couler beaucoup d’encre, générer des slogans et des marches de soutien, tout cela est aussi nécessaire que vain. Benjamin Netanyahu est en roue libre et ne se cache même pas de ses intentions, il les déclare haut et fort au micro, son objectif est l’occupation de tout le territoire de Gaza. Les aides aux Palestiniens ? Il les autorisera au compte-goutte pour ne pas perdre le soutien diplomatique américain. En attendant, l’offensive est aussi rapide que violente et meurtrière, aux yeux de tous.

Après plus de 50 000 morts avérés, enterrés et anonymisés par les atrocités de la guerre, qualifier ce qui se passe de génocide, comparer la politique sioniste à celle des totalitarismes fascistes, tout cela est aussi inutile. Autant d’ailleurs que les commentateurs assermentés ou novices, qui s’écoutent réagir à chaud, froidement, face aux corps de femmes et d’enfants qui s’entassent depuis des mois, dans les images qui défilent à longueur de journée sur nos écrans.

Netanyahu et le Hamas sont le revers de la même médaille, leurs objectifs sont les mêmes, unis par leur animosité et autant aveugles aux dégâts qu’ils affligent à leur cause respective. Le salut du peu de Palestiniens qu’il reste ne viendra donc ni des opinions publiques affligées ni des belligérants fanatiques des deux bords. De même, Gaza n’étant pas l’Ukraine, il y a peu de chance de voir le Vatican se proposer d’être hôte de négociations de paix.

En réalité, le sort des Palestiniens se joue dans une course contre la montre dont ils ne sont que les victimes collatérales, spectateurs de leur sort. La tournée du Président Trump au Moyen-Orient et surtout les contrats en milliards de dollars sonnant et trébuchant signés avec les pires ennemis d’Israël, l’Arabie saoudite en tête, mais aussi le réchauffement avec Téhéran, le retour en grâce de la Syrie, l’accord avec les Houthis au Yémen, ont mis Netanyahu face au mur des réalités : le soutien de l’Amérique pourrait être remis en cause.

Désormais, il n’a plus rien à perdre et l’heure tourne, plus Israël domine Gaza rapidement, moins les concessions seront douloureuses si on cherche à lui imposer la paix. Malgré tout, la nouvelle carte que l’administration Trump, qui prétend préférer le business à la guerre, cherche à dessiner, ne se fera pas du jour au lendemain. Mais, c’est désormais une tendance de fond, une nouvelle orientation bien plus concrète compte tenu des engagements financiers en jeu, que les plans sur la comète de la côte d’azur à Gaza dont parlait Trump il y a à peine quelques mois.

D’ailleurs, d’autres puissances emboitent le pas à l’Amérique, maintenant qu’elle a fait mettre un genou à terre à Bibi. La France et l’Angleterre qui se rappellent à leur responsabilité historique dans la naissance de la conflictualité dans la région, de la déclaration Balfour aux accords Sykes-Picot, bombent un peu plus le torse avec le cousin canadien et parlent enfin plus clairement de sanctions contre l’État d’Israël et qualifient l’intervention israélienne de « disproportionnée ». Rien que cela… L’Union européenne annonce quant à elle envisager de revoir son accord de coopération avec Israël. Autant de petites encoches dans la carapace de Netanyahu.

Dans ce contexte, le destin de Gaza et de la Palestine semble être à un tournant. Autrefois au centre du monde et emblématique de l’affrontement entre le monde occidental sous la bannière d’Israël et le monde arabo-musulman avec ces multiples émanations, des États aux organisations terroristes, il subit aujourd’hui les transformations structurelles qui le dépassent tout en l’impactant en profondeur. Les pays du Golfe, qui basculent d’économies de rente pétrolière à des ambitions de centre du divertissement mondial, ne veulent plus être cantonnés à leur mauvaise presse passée et investissent massivement pour le faire savoir. L’Iran est à bout de souffle, la Turquie est en fin de régime, et surtout le monde occidental connait une crise identitaire profonde. Des USA au vieux continent, on assiste à un retour des inégalités sociales et des fantômes du passé sur fond de stagnation économique et d’inflation grimpante, des mamelles qui ont nourri les guerres d’un passé pas si lointain. Les revirements récents de nombreux pays européens face à Israël montrent aussi que rien n’est acquis. Le temps où l’Europe par son empreinte coloniale couplée à sa puissance économique avait un impact sur le monde entier est révolu.

Si le soutien structurel des États-Unis et de l’Europe faiblit, l’impunité qu’Israël en tire aussi. Et s’il faut y ajouter l’impact profond sur la population israélienne et plus généralement la communauté juive mondiale, plus divisée et moralement affaiblie que jamais, le paradoxe atteint son paroxysme pour un camp supposé être vainqueur et une guerre présentée comme légitime.

Zouhair Yata

The post Gaza : le Mur des réalités appeared first on La Nouvelle Tribune.

]]>