Économie et Finance

Wafa Assurance corrige le tir pour effacer la contre-performance de 2018

le 15 mars 2019


Rassurons-nous !
Wafa Assurance n’a pas émis deux « profits warning » sur ses résultats 2018 !

C’est bien celui de l’été dernier qui a fait l’objet d’un nouveau communiqué au début du mois de mars, à la suite de la réunion du comité d’audit de la compagnie précisant que :

« Le résultat net de Wafa Assurance au titre de l’exercice 2018 sera impacté par l’augmentation de la sinistralité nette pour un montant d’environ 350 MDH en raison principalement de la hausse de la sinistralité automobile et de sinistres de pointe. Compte tenu de ces éléments qui impactent le résultat technique Non-Vie, le résultat net de l’exercice 2018, attendu au-dessus de 600 MDH, sera en baisse prévisionnelle de l’ordre 25% par rapport au résultat net de l’exercice 2017 ».

Et pour l’exercice clos au 31 décembre dernier, M. Arroub, Président Directeur général de Wafa Assurance, a reçu la presse et les analystes cette semaine pour annoncer et commenter ces résultats 2018 !

Comme chacun sait, en matière d’assurances, on distingue entre les activités Vie et Non-Vie ou Dommages, et le premier constat à faire est que les résultats de cet exercice ont été meilleurs pour la première que la seconde activité.

Ainsi, Wafa Assurance réalise en 2018, un chiffre d’affaires de 8 371 MDH dont 4 683 MDH pour l’activité portée par la branche Vie, plus dynamique, tant en épargne qu’en prévoyance, en hausse de +5,7%.

Pour sa part, la croissance de l’activité Non-Vie, pâtissant d’un effort d’assainissement du portefeuille de la compagnie, ne progresse que de +1,9%, à 3 688 MDH.

En conséquence, le Résultat Net de Wafa Assurance a connu une baisse en raison des contre-performances de la Non-Vie dont les résultats sont en baisse de -54,2% sur l’exercice.

Toutefois M. Arroub a expliqué que pour les grands comptes, les assureurs, ne pouvant pas les mutualiser, se réassurent.

Compte tenu de cette couverture, eux-mêmes ne prennent en charge sur ces gros dossiers que les frais de gestion alors les règlements des sinistres dits de pointe sont supportés par les réassureurs.

« De ce fait, l’activité Dommage de la compagnie deviendrait bénéficiaire de 360 MDH, compte tenu de l’augmentation de la charge de sinistre nette de réassurance, issue principalement des sinistres de pointe et aussi des sinistres de l’automobile, lesquels ne sont pas réassurés », comme le précise le communiqué publié à la suite de l’annonce des résultats de Wafa Assurance.

En définitive, c’est bien les sinistres Automobile qui pèsent sur tout le secteur des assurances en rongeant leurs résultats techniques.

Car en « Vie », le résultat net de Wafa Assurance ressort en croissance de +11,3% à 326 MDH grâce aux bonnes performances en prévoyance.

Mais, l’année 2018, a cumulé l’augmentation des sinistres avec la baisse des résultats dits « financiers » qui traduisent les rendements des portefeuilles des compagnies d’assurance couvrant leurs engagements.

En 2018, ces derniers ne sont pas à la hauteur des années précédentes pour une double raison, celle de la stagnation des taux d’intérêts à un niveau bas et la dépréciation de la Bourse de près de 10%.

Et donc, pour Wafa Assurance, ce résultat financier ou non technique a connu une croissance de 45 MDH au titre de l’exercice 2018, quand son Résultat Net est de 608 MDH, en baisse de -25,8%.

En 2018, la sinistralité, qui a toujours pesé sur les résultats techniques, s’ajoute à la baisse des rendements financiers, et même si Wafa Assurance dispose de plus-values latentes de plus de trois milliards de dirhams, certaines moins-values l’obligent à constituer des provisions.

Pour M. Arroub, président de la compagnie, afin de mieux apprécier cette situation inédite, il convient de prendre du recul et comprendre que l’aggravation de la sinistralité d’aujourd’hui, ne doit pas cacher les évolutions sur les dix derniers année, qui, du fait de l’amélioration des infrastructures autoroutières, de l’introduction du permis à points et autres installations de radars, a induit une baisse du taux de mortalité et des dégâts corporels sur le réseau routier et autoroutier national.

Aujourd’hui, les accidents se produisent plus dans les villes, en extension constante, tandis que le parc automobile, qui s’est, certes, amélioré en qualité, s’est dans le même temps démultiplié.

Mais ces constats ne cachent guère une autre vérité, décelée par le secteur des Assurances en son entier qui énonce que la fraude constitue la principale cause de l’augmentation de la sinistralité automobile !

La Fédération des Assurances agit collectivement pour éradiquer ce phénomène pervers par des mesures adoptées par toutes les compagnies comme la mise en place d’une plateforme commune de déclarations des sinistres.

Celle-ci a notamment permis de constater de très nombreuses doubles déclarations pour les mêmes immatriculations !

Pour sa part, Wafa Assurance a pris des mesures en propre pour couvrir le coût de l’assurance auto, en supprimant notamment la gratuité des services complémentaires qui dorénavant seront facturés en sus et mis fin à la possibilité du chèque express donné forfaitairement pour couvrir un sinistre, dont les assurés ont beaucoup abusé.

On comprendra que 2018 aura été un tournant pour les sinistres automobile, car le secteur s’est engagé solidairement dans une politique d’éradication des fraudeurs et de suppression des procédures de règlement accéléré des sinistres.

De plus, Wafa Assurance s’attelle à mettre en application une politique du juste prix pour les contrats d’assurance auto.

C’est cette politique de nettoyage qui permettra à la compagnie de redresser ses résultats dès 2019, selon M. Ramsès Arroub.

In fine, au terme de l’exercice, la solidité financière de Wafa Assurance, non impactée par ces résultats 2018, continue à procurer un ROE conséquent de 11,8% avec des fonds propres de 5 768 MDH, en hausse de 3,4%.

Ce qui lui permet de maintenir sa politique de distribution de bénéfices de 120 dirhams par action…

Afifa Dassouli