Politique

Rentrée scolaire, mission impossible !

le 26 août 2020


Depuis l’annonce officielle de la date de la rentrée scolaire, soit le 7 septembre prochain, les prises de positions se multiplient contre cette décision et les options présentées par le Ministère de l’Enseignement.

En effet, nombreux sont les parents d’élèves qui contestent les scenarii proposés par le ministre Amzazi, rejoints en cela par des associations parentales, voire des enseignants s’exprimant à titre personnel.

La contestation tourne autour des choix proposés et notamment leur pertinence dans le contexte actuel de l’épidémie de coronavirus et leur opérabilité alors que la majorité des concernés considère que les solutions posent plus de problèmes qu’elles n’en résolvent !

Ainsi, M. Amzazi propose comme première option l’enseignement à distance, pour le public comme le privé, quelle que soit la tranche d’âge des enfants concernés.

Il s’agit là d’une proposition irréaliste parce qu’irréalisable pour la grande majorité des enseignés.

En effet, elle suppose que les écoliers, collégiens et autres lycéens disposent à domicile des équipements indispensables pour l’application des normes et conditions de l’enseignement à distance, EAD.

Mais, malheureusement, c’est loin d’être le cas pour tous ceux issus des milieux populaires qui n’ont ni l’espace nécessaire, ni les tablettes et autres ordinateurs, ni les liaisons Internet pour satisfaire aux conditions exigées par l’EAD.

Ce qui revient, en fait, à exclure de cette option des millions d’enfants et d’adolescents qui seront, ipso facto, contraints de se rabattre sur la seule qu’ils peuvent appliquer, le présentiel !

Il apparaît ainsi que, suivant les choix du MEN, il ne s’agit plus d’une rentrée des classes, mais d’une rentrée de classes (sociales) !

Le présentiel, de surcroît, implique des dispositions de préservation de la santé des enseignés et des enseignants avec des mesures strictes, classes allégées, masques obligatoires, gestes barrières, etc., qui seront difficilement applicables au vu des moyens matériels et humains dont disposent les établissements d’enseignement publics, tandis que le privé, qui récuse généralement l’enseignement à distance, sera à la peine pour engager les dispositions pratiques synonymes de dépenses supplémentaires.

En outre, pour le secteur privé, les parents d’élèves sont hostiles à l’EAD parce qu’ils considèrent que l’expérience menée durant le confinement n’a absolument pas été concluante en termes de qualité de l’enseignement pour leurs enfants, alors que les frais de scolarité sont quasiment restés les mêmes que pour le présentiel !

Le coronavirus galope allègrement actuellement, notamment dans les grandes villes et la courbe des infections a beaucoup de mal à s’inverser.

Dans ces conditions, refera-t-on l’erreur commise lors de la célébration de l’Aïd Al Adha qui a, très vraisemblablement, entraîné le redémarrage des infections un peu partout dans le pays ?

En vérité, les choix présentés par le ministère de tutelle ne sont peut-être pas les meilleurs et les explications officiellement fournies n’ont pas permis de rassurer les parents d’élèves parce qu’il s’agit, en fait, d’opter pour la peste ou le choléra, comme l’exprime l’adage populaire.

L’enseignement à distance est une solution pour pays riches, bien équipés, où le niveau de vie moyen permet d’acquérir des équipements onéreux, outils informatiques, liaisons Internet, lesquels aujourd’hui, sont l’apanage des privilégiés dans notre pays.

Le présentiel, c’est la solution pour tous les autres, avec des aléas sanitaires difficiles à maîtriser dans les conditions actuelles.

Dans de telles circonstances, la sagesse ne serait-elle pas de repousser la rentrée des classes de plusieurs semaines dans l’attente d’une meilleure conjoncture épidémiologique, afin que le présentiel, la seule option réaliste pour nos enfants et adolescents, pour le corps enseignant également, soit appliqué dans des conditions acceptables.

Alors, Monsieur le ministre Amzazi, chiche ?

Fahd YATA