Politique

Procès de Hajar Raissouni : l’espoir était permis

le 1 octobre 2019


Le verdict du procès de Hajar Raissouni et des autres prévenus dans cette triste affaire est tombé et bien qu’il soit assommant, il était finalement prévisible. Que ce soit comme le pensent certains à cause des positions journalistiques et politiques de Hajar Raissouni ou à cause du fondement légal du jugement avancé par d’autres, le fait est que le Maroc a de nouveau fait le jeu des bigots et des hypocrites au détriment non pas d’une seule femme mais de toutes. Malgré les pétitions argumentées, les statuts Facebook et les discussions de salon, le retour à la réalité est cinglant, parce que l’espoir était permis.

Il y avait de l’espoir parce que la cause est plus que noble, elle est vitale. Il faut le rabâcher sans cesse, les Femmes doivent avoir le droit de disposer de leur corps. Et il ne s’agit pas là d’un combat de bourgeois bien-pensants et privilégiés qui en réalité ne subissent pas la contrainte de la Loi comme le commun des Marocains. Il s’agit de défendre les plus faibles, ceux dont le procès n’est pas médiatisé et suivi de l’étranger, les Femmes qui sont écrasées par le poids d’une société machiste et patriarcale qui en plus le revendique haut et fort !

Le Maroc n’a t-il pas mieux à faire que de condamner ses citoyens à de la prison ferme pour des relations sexuelles ? Quelles qu’elles soient ? L’avortement est-il un acte si facilement décidé par les Femmes qui le subissent pour qu’on le criminalise au point de priver de sa liberté la victime première ? Le médecin est-il vraiment coupable ou est-il un humaniste qui a peut-être lu effectivement son serment d’Hippocrate ?

Mais dans quel Maroc vivent ceux qui pensent le contraire ? TOUS les Marocains sont concernés par des relations sexuelles consenties avant le mariage. MÊME les plus islamistes des islamistes ont connu des scandales de mœurs et les liens familiaux de Hajar Raissouni ne sont que la preuve que toutes les couches de cette société conservatrice et faussement pudibonde dans laquelle nous vivons, pousseraient un grand ouf de soulagement si les lois liberticides venaient à changer.

Alors qu’on attend un remaniement ministériel comme énième secousse post colère royale, que des élections législatives auront lieu dans pas si longtemps, aucun parti de la coalition au pouvoir ou même de l’opposition ne veut porter le débat politique sur le sujet de l’article 490 ? Alors que le désintérêt pour les urnes est une trame de fond au Maroc, aucun homme politique ne veut « profiter » de cette occasion pour réveiller des électeurs autrement passifs ?

A en croire les réseaux sociaux, puisque c’est là que le Maroc s’exprime sous toutes ses formes, deux camps s’affrontent. Les « progressistes », qui ne sont pas si élitistes que cela, souvent issus de la classe moyenne ou populaire et qui expriment une lassitude de l’hypocrisie sociale et l’injustice des lois. Les « conservateurs », pas si vieux que cela et pas nécessairement religieux, souvent jeunes, éduqués et refusant de concéder à la Femme un quelconque droit qui les priveraient de leur pouvoir de coercition légal. Le voilà le nouveau clivage politique national, le vrai enjeu du combat politique qui devrait concentrer les énergies des partis.

Où est passé la gauche marocaine ? Pas l’extrême gauche, qui a au moins le mérite de toujours exister. Non la gauche qui soulevait les masses sous le seul prétexte de défendre leurs droits ? Pas les communistes, ni les socialistes, si les étiquettes ne conviennent plus. Juste les humanistes, les intellectuels, les écrivains, les artistes, même les riches s’il le faut, tous ceux qui peuvent avoir un impact sur les esprits, les mentalités, qui peuvent mener un combat long et laborieux ? Si certains veulent construire des mosquées pourquoi d’autres ne construisent pas plus d’écoles, ou d’hôpitaux ? Des Universités d’Été ne peuvent-elles pas être aussi dédiées à aborder des sujets d’actualité comme la réforme du code pénal et accessoirement, l’article 490 qui fait polémique, même avec le concours de panélistes étrangers, professionnels et rémunérés ?

Il est grand temps de choisir pour quel Maroc on veut se battre parce que le camp adverse est déjà en ordre de marche. Il faudra notamment aller voter en masse, sans état d’âme, pour la solution la plus éloignée du conservatisme politique islamiste qui a bénéficié de près d’une décennie aux manettes et qui n’a fait qu’ébranler les fondements du vivre ensemble d’une société marocaine aux composantes multiples, attachée à la fois à sa modernité et à ses traditions.

Difficile d’entendre les revendications mêmes les plus légitimes avec autant de boucliers levés et d’œillères, sans courage politique. Pourtant, l’Histoire retiendra de Jacques Chirac, l’ami du Maroc récemment décédé, qu’il s’était élevé contre la guerre en Irak, pas ses emplois fictifs à la Marie de Paris. A bon entendeur…

Zouhair Yata