Politique

PRESSE ÉCRITE, on achève bien les journaux…

par Fahd Yata | le 10 avril 2020


 

Cela fait pratiquement trois semaines que la presse écrite nationale, toutes périodicités confondues, a cessé de paraître, sur décision officielle, et pour cause de COVID-19, et tout se passe comme si elle n’avait jamais existé !

Nonobstant le fait que les « journaux papier » continuent d’être imprimés et distribués dans nombre de pays, dont la France, chez nous, c’est le silence sidéral, le black-out complet sur cette question.

Il semblerait même, au demeurant, que les autorités de tutelle se suffisent de l’existence de versions électroniques, rapidement mises en place sous la forme de « e-journaux » en PDF, pour se complaire dans un statu quo qui pourrait, si une telle situation devait perdurer, signer l’arrêt de mort définitif d’un secteur productif à l’importance cardinale.

En effet, le secteur de la presse écrite, amont et aval compris, emploie des dizaines de milliers de personnes, dans les rédactions, les services techniques, les imprimeries, la distribution, etc.

Ce sont des centaines de milliers de familles qui en vivent et qui aujourd’hui, dans le meilleur des cas, doivent se suffire de la maigre allocation de la CNSS prévue pour quelques semaines.

Le préjudice imposé donc est majeur, terrible, et risque fort d’amener à la fermeture d’une grande partie des entreprises de presse, sachant qu’actuellement, il n’existe aucun business modèle convaincant pour ceux qui sont des « pure players », c’est-à-dire des opérateurs de la presse électronique stricto sensu.

De plus, la formule des sites et autres portails payants n’est pas très répandue et les Marocains, dans leur grande majorité, qui ont l’habitude de lire la presse gratuitement dans les cafés, ne sont pas de « bons clients » pour les formules payantes.

Dans un tel contexte, avec les menaces claires qui pèsent sur l’avenir d’un secteur essentiel pour la défense de la démocratie, la conscientisation pédagogique des citoyens et l’offre d’une information responsable et crédible, on se demande à quoi peut correspondre l’inertie flagrante des pouvoirs publics face à cette problématique.

La presse écrite est fondamentalement importante, toutes lignes éditoriales confondues, et il serait terriblement erroné de croire que les portails électroniques pourront suppléer à sa disparition.

Aujourd’hui, en effet, ce sont très souvent les équipes rédactionnelles des « journaux-papier » qui alimentent les portails électroniques, à très peu d’exceptions près.

Demain, si par malheur la presse écrite venait à disparaître définitivement, il serait très difficile aux managers de presse d’entretenir des équipes de journalistes pour alimenter des portails aux rendements financiers très insuffisants.

Voilà pourquoi il est urgent de mettre en place des solutions de soutien à la presse écrite afin de préserver son existence, et assurer sa pérennité au-delà du confinement.

Les journaux sont aujourd’hui démunis, l’absence de parution, qui implique l’absence de revenus, (ventes au numéro et recettes publicitaires), fait que leurs fonds de roulement ont disparu, ce qui rendra quasiment impossible leur retour sur le marché.

Alors, qui veut achever la presse dans notre pays ? A quels intérêts un tel massacre répondrait-il ?

Nous savons tous qu’il existe des mécanismes précis d’aide à la presse « en temps normal » et curieusement aujourd’hui, personne n’en entend plus parler !

On espèrera que le nouveau ministre de la Culture, en charge de l’information, M. Othman El Ferdaous, jeune et bien formé, fils de surcroît d’un « patron de presse », aura à cœur de s’impliquer rapidement dans cette affaire qui dépasse, et de très loin, les seuls enjeux économiques et financiers d’un secteur d’activité.

La presse écrite nationale a joué un grand rôle dans la consolidation démocratique, la lutte pour les libertés publiques, le soutien aux institutions et aux grandes causes.

Elle est irremplaçable, alors de grâce, faisons-la vivre !

Fahd YATA