Politique

Pour la mémoire d’Adnane et pour tous nos enfants

le 16 septembre 2020


Depuis la découverte du corps du petit Adnane, 11 ans, enlevé, violé, puis étranglé par un individu de 24 ans, tout près du domicile parental à Tanger, le Maroc en son entier est révulsé de colère, d’horreur, d’indignation.

Un monstre pédophile a pris la vie d’un jeune garçon, sans pitié ni remord, puisqu’après son horrible forfait, il s’était débarrassé de sa barbe et ses cheveux, allant même jusqu’à envoyer une demande de rançon aux parents alors que le corps du défunt, paix à son âme, gisait depuis plusieurs heures déjà au fond d’un ravin.

Cette affaire, qui a pris aux tripes tous les parents de notre pays, a eu des effets directs sur l’opinion publique puisque de nombreuses voix se sont élevées pour l’application effective de la peine de mort, laquelle figure toujours dans notre arsenal juridique, mais n’est plus appliquée depuis l’exécution du sinistre commissaire Tabet en 1992.

Le débat est donc relancé et les arguments qui sont développés en faveur de la peine capitale sont essentiellement basés sur la loi du Talion, la volonté de vengeance, l’envie d’effacer de la surface de la terre l’auteur d’un tel crime, voire l’impact supposé sur les esprits d’une sanction ultime qui agirait comme un repoussoir efficace.

Mais la mort tragique de ce garçonnet, innocent et joyeux, peut-elle justifier que le Royaume revienne en arrière après trente années pratiquement d’un moratoire, effectif mais non officiel, sur la peine de mort ?

Changer de jurisprudence sur cette question, qui suscite bien des passions, reviendrait à placer le Maroc dans le camp des pays qui en sont les adeptes, tels les États-Unis, l’Iran, la Chine, l’Arabie Saoudite, etc.

À l’opposé, se cantonner dans le statu quo actuel, certes insatisfaisant pour les partisans de l’abolition de la peine capitale, nous placerait tout près des États, pleinement démocratiques et respectueux du droit à la vie pour tous, y compris les criminels les plus affreux, au nom de principes qui justifient pleinement cette position, y compris celui qui proclame que c’est Dieu qui donne et reprend la vie et non les hommes !

Aujourd’hui, essentiellement à la prison centrale de Kénitra, plusieurs dizaines d’individus sont dans le couloir de la mort, dans l’attente, pour certains depuis des années, de la sanction ultime que la Justice leur a infligée pour les crimes qu’ils ont perpétrés.

Ce que l’on peut considérer comme une posture « ni, ni », c’est-à-dire ni application de la peine de mort, ni son abolition, se trouve être bien commode pour repousser tout à la fois les pressions en faveur de l’effectivité et celles pour sa radiation du corpus des peines et des délits.

Elle permet également de satisfaire un tant soit peu les revendications des uns et des autres sachant que la classe politique compte encore des adeptes fervents de la peine capitale, que l’opinion publique réagit trop souvent de façon passionnelle et épidermique, mais aussi que les partisans éclairés de l’abolition, figures de la société civile, sont encore minoritaires dans notre pays.

Cependant, si l’on doit mettre au-devant de la scène des considérations éthiques et humanistes, au diapason des pratiques les plus avancées de par le monde, si l’on doit se prévaloir de la ligne officielle qui permet au Royaume d’être partie des conventions les plus abouties sur le respect des Droits humains, cela n’a que peu de sens concret en l’absence de dispositions légales et pratiques pour prévenir et lutter contre les méfaits des sociopathes et autres psychopathes qui peuvent sévir dans notre pays, comme dans tous les autres.

Il importe absolument, et dans les délais les plus brefs possibles, que les autorités en charge de l’ordre et de la sécurité des citoyens adoptent des procédures pour protéger les plus innocents d’entre nous, les enfants.

Ainsi, mettre en place les mécanismes tels que ceux qui existent notamment en France comme « alerte enlèvement », qui permettent d’informer très rapidement, par les moyens audiovisuels notamment, de possibles kidnapping ou des disparitions inquiétantes, comportant des appels à témoins et la diffusion de photos des victimes et des criminels, serait une avancée concrète et importante pour répondre aux exigences imposées par des actes d’horreur commis par des monstres.

Ainsi, la tragique disparition du petit Adnane, enlevé dramatiquement et injustement à l’affection des siens, ne resterait pas sans suite et effet pour la préservation de la vie de nos enfants.

Quant à l’auteur de ce crime innommable, aujourd’hui incarcéré, une peine de prison à perpétuité, sans possibilité de remise de peine et de libération anticipée, accompagnée d’une castration chimique, seraient sans doute le meilleur châtiment que la société des hommes pourrait lui infliger.

Fahd YATA