Crédits : MAP

Économie et Finance

PME, le Maroc adopte une nouvelle bouée de sauvetage

le 17 juin 2020


Les fonds d’investissements sont le nouvel outil de sauvegarde des entreprises, de la petite à la grande, pour les recapitaliser dans l’accompagnement de l’actuelle sortie de crise, financer leurs investissements productifs et assurer leur santé financière. Ce véhicule de financement, qui a toujours existé, permet aux investisseurs de dénicher les bonnes entreprises cotées, les « small caps » ou non cotées, et de s’associer aux résultats de leur création de richesses, tout en donnant à celles qui ont des potentialités importantes, les capitaux nécessaires.

Il faut savoir qu’au Maroc, certains institutionnels investissent déjà dans des fonds étrangers de ce genre pour diversifier leurs portefeuilles surtout depuis que la rentabilité boursière n’est plus au rendez-vous et que les taux rémunérateurs des obligations sont bas. C’est le cas, par exemple, de la CIMR.

Il s’avère que cet outil, le fonds d’investissement, de financement privé, qui fait l’objet d’une unanimité internationale, est également choisi par le ministre de l’Économie et des Finances et le Comité de veille qu’il préside pour sauver les entreprises marocaines touchées par l’arrêt de l’économie imposé par la crise sanitaire, et qui souffraient déjà d’un double mal, celui de manque de capitaux propres et celui de surendettement.

D’ailleurs, la création de fonds d’investissements fait partie de toutes les politiques de soutien aux entreprises pour la sortie de crise, notamment en France, où le  plan de la place financière, pour soutenir la reprise, se base tout particulièrement sur la multiplication des fonds d’investissements.

Car, face à la dégradation des bilans des PME, les banques poussent à la création d’un fonds de plus de 10 milliards d’euros de quasi-fonds propres auquel participeraient l’Etat, des assureurs et des fonds de pension pour relayer la distribution de prêts garantis par l’Etat qu’elles ont accordés à hauteur de 85 milliards d’euros.

En France, le secteur bancaire, tout comme l‘Etat, font un diagnostic commun : pour investir et se développer, les entreprises vont devoir renforcer leurs hauts de bilans.

D’où la recherche, pour y parvenir, d’un nouveau dispositif, une sorte de prêts 2.0 garantis par l’État pour les PME.

Il s’agit de nouveaux financements et non de convertir en capital les  prêts garantis par la puissance publique, et déjà existants.

En utilisant des fonds dédiés auxquels les investisseurs institutionnels, assureurs, fonds de pension, et sociétés de gestion d’actifs participeront, les banques ou l’État ne se retrouveront pas aux commandes directes de l’économie.

Toutefois, les banques auront la charge d’identifier les PME et leur proposer ces quasi-fonds propres moyennant une commission intéressante, de 3,5 à 6%, qui les motiverait.

En effet, l’apport des banques est indispensable, les initiatives des fonds de capital-investissement ne suffiront pas.

De plus, celles-ci peuvent voir en ces instruments un  point fort, qui, en protégeant le bilan des entreprises, sauveront leurs crédits antérieurs.

Ce dispositif impose un diagnostic précis de la situation financière des entreprises en sortie de crise, sur le nombre d’entreprises en difficultés et l’état de leurs hauts de bilans et donc de leur santé financière pour s’assurer que l’épargne mobilisée via les assureurs ou des OPCVM, ne soit pas investie dans des entreprises en trop grande difficulté avec des risques de pertes associés. D’où, l’intérêt de la sélection que devront faire les banques.

Ce même instrument de financement des entreprises est privilégié par l’Europe pour venir au secours des entreprises.

En effet, la Commission européenne vient de présenter, vendredi dernier, le volet de son projet de plan de relance consacré au secteur privé. Elle propose, de porter secours à des entreprises que l’effondrement économique a mis à genoux, mais dont la viabilité à long terme n’est pas en cause.

La Commission européenne a annoncé la création d’un mécanisme destiné à aider les entreprises dans la crise par un soutien en capital. Le but étant d’attirer les investisseurs privés en apportant des garanties et en passant par l’intermédiaire de la Banque européenne d’investissement (BEI).

La Commission estime les besoins du secteur privé au minimum à 720 milliards d’euros par an, et le mécanisme proposé par Bruxelles mobiliserait 31 milliards de garanties en espérant obtenir, par la mobilisation des capitaux privés, autour de 300 milliards.

Au Maroc, les PME ont également subi gravement la crise sanitaire, elles ont bénéficié de crédits de trésorerie et des prêts garantis par la CCG, pour pallier le chiffre d’affaires non réalisé pendant le confinement, mais aussi payer leurs salaires, ou leurs fournisseurs.

Leur endettement s’est beaucoup accentué les rendant encore plus vulnérables, et ce n’est pas fini car le mouvement continue en ce mois de juin.

Le ministre de l’Économie et des Finances prévoit ouvrir ces fonds aux institutionnels, marocains et étrangers, ainsi qu’aux personnes qui souhaiteraient investir dans les différents sous produits ou sous fonds, avec une orientation toute particulière vers le choix de l’investissement qui aura un impact favorable sur l’emploi et tiendra compte de la préférence nationale. Là encore, le ministre Benchaâboun a assuré, en différentes occasions, que des Fonds d’investissements publics-privés seraient créés, et qui, par des prises de participation au capital des entreprises, oeuvreraient à leur redressement et  favoriseraient l’investissement privé en panne chez nous depuis longtemps, bien avant la crise du Covid-19.

Ces instruments de financement et de soutien des entreprises seront détaillés dans la Loi de Finances rectificative qui sera présentée incessamment.

Rappelons que les mesures prises par le Comité de veille économique ont permis de maintenir les entreprises à flot et de faciliter la relance de l’économie.

En effet, Damane Oxygène a bénéficié à plus de 20.000 entreprises pour près de 12 milliards de DH,  420.000 dossiers ont bénéficié d’un report des échéances de crédit et un crédit additionnel pour le financement du fonds de roulement a pris le relai.

La garantie de l’État a aussi bien soutenu la petite que la grande entreprise, publique ou privée et a permis que le remboursement des financements de trésorerie soit étalé sur 7 ans, avec deux années de délai de grâce.

Les fonds d’investissements en question accompagneront naturellement  les entreprises pour consolider leur santé financière par des fonds propres,  sous forme d’augmentations de capital classiques, ou des quasi-fonds propres, sous forme de dette subordonnée.

Par ce choix d’utiliser des fonds d’investissements pour restructurer les entreprises marocaines et ainsi les pérenniser dans le temps, M. Benchaâboun joue dans la cour des grands.

Il opte pour un instrument exigeant, sous la supervision de l’Autorité des marchés de capitaux, dédié au financement des entreprises sous la condition suprême de la sauvegarde de sa santé financière.

Une politique qui met l’économie marocaine dans la double optique de relancer la croissance tout en en consolidant ses acteurs…

 

Afifa Dassouli