Économie et Finance

OPCVM, pourquoi 2018 a été une mauvaise année

le 4 février 2019


Faire un bilan de la gestion d’actifs pour 2018 est sans doute plus important que ceux des années précédentes ! Car en fait, 2018 a marqué un tournant pour la profession.

En effet, les OPCVM ont, dans leur grande majorité, réalisé des performances mitigées, tant les OPCVM monétaire ou obligataires à court, moyen, et long terme que les OPCVM actions et diversifiés qui sont dans le rouge.

Pour mieux comprendre ces constats, le manager d’une société de gestion importante de la place a bien voulu nous expliquer les raisons d’une telle dépréciation.

 Il y voit deux raisons.

D’un côté, affirme-t-il, « le marché actions n’a pas connu le même succès que les deux années précédentes, 2016 et 2017 parce que les arbres ne montent pas jusqu’au ciel », reprenant l’expression d’un ancien grand président de la Federal Reserve américaine, M. Alan Greenspan.

Car, la croissance des cours se doit d’être soutenue par des indicateurs macroéconomiques , microéconomiques et de confiance, ce qui n’a pas été le cas en 2018. L’autre raison concerne le comportement des produits de taux, alors que sur le marché des taux les courts, moyens et longs sont bas.

Pour une réponse exhaustive, il faut distinguer le comportement des taux courts qui subissent la politique monétaire et son taux directeur, lequel relève d’une décision de la Banque Centrale. Il n’est pas un indicateur de marché ou une confrontation de l’offre et de la demande comme sur un marché libre.

C’est une décision de politique monétaire souveraine prise par le Conseil de BAM qui en décide en tenant compte de plusieurs critères tels que l’inflation, la croissance économique, l’emploi, la balance commerciale et du compte courant, la valeur du dirham et ses perspectives.

Et donc, le taux directeur est depuis plusieurs mois à 2,25% parce que l’inflation est faible et que le dirham est maîtrisé.

D’ailleurs, on peut affirmer que c’est la maitrise de notre monnaie qui permet de contenir l’inflation. C’est un argument d’une grande importance pour la gestion de l’inflation comme le montrent les données chiffrées suivantes.

Le Maroc importe plus de 400 milliards de dirhams de biens par an, quand son PIB tourne autour de mille milliards de dirhams, cela parce que la parité dirham/euro et dirham /dollar est stable ! Même si la faiblesse de la consommation des ménages n’y est pas étrangère.

C’est pourquoi la faiblesse de l’inflation à elle seule justifie le maintien du taux directeur.

A ce sujet, on peut rappeler que le Maroc a fait un choix prudent de flexibilité du dirham.

D’autres pays comme la Turquie ou l’Egypte ont préféré mettre leur monnaie en jeu pour soutenir plus fortement leurs exportations et attirer les investisseurs étrangers par une offre intéressante.

Mais le Maroc considère que l’on ne peut agir uniquement sur la devise et qu’il faut développer une réelle compétitivité de l’offre en mettant en valeur ce que l’on sait faire de mieux.

Car lâcher le dirham tout de suite ne produirait que de l’inflation, sachant que notre offre exportable est encore à parfaire.

D’ailleurs, les métiers que le Maroc développe à l’export soit l’automobile, l’off-shoring ou l’aéronautique commencent à prendre.

Et, malgré une facture énergétique qui est importante, disposer d’une réserve de change de 230 milliards de dirhams, est une prouesse pour notre pays.

Toutefois, l’analyse de la formation du taux directeur ne s’arrête pas là, car le taux directeur de 2,25% se justifie aussi par des crédits à l’économie qui ne connaissent pas de croissance du fait d’un manque de dynamisme économique, lequel engendre un manque de confiance. Il est connu que le lubrifiant de l’économie, c’est la confiance et celle-ci, justement, a réellement fait défaut en 2018.

Pour ce qui concerne les taux, les courts restent bas parce que le Trésor se porte bien et il gère bien sa trésorerie. Et ce, d’autant que le marché monétaire a connu une surliquidité, en dépit de cours du pétrole élevés, grâce à une bonne tenue des IDE et notamment du fait des 11 milliards générés par l’opération SANLAM et qui ont sur alimenté le marché en liquidités.

La demande de fonds pour l’investissement n’absorbant pas celles-ci, le Trésor en a profité pour s’endetter à bon prix.

De plus, sa gestion vertueuse s’est également exercée sur le marché des adjudications, qui est libre.

Et l’encours de la dette publique, de 600 milliards de dirhams de Bons du Trésor, pèse sur les taux à la baisse.

Pourtant, les années précédentes, qui avaient connu le marasme économique, les OPCVM obligataires avaient réalisé des rendements et performances plus élevés. Que s’est-il donc passé en 2018 ?

Il faut savoir que les performances des OPCVM sont la concordance de deux effets.

D’abord les Bons du Trésor ou tous autres titres de placement à revenu fixe qui connaissent une baisse des taux de rémunération. Puis, la baisse des taux s’accompagne d’une revalorisation des titres financiers.  Depuis 2014, les taux obligataires n’ont cessé de baisser année après année, et sont partis de hauts niveaux. Mais leur baisse continue a été « cachée » par cette appréciation des prix des obligations.

Aujourd’hui, la valeur des obligations a stagné parce que les taux ont atteint des planchers.

Si en 2018, il n’y a pas eu d’appréciation des valeurs des obligations pour compenser la baisse des taux, c’est parce qu’il n’y a pas eu de baisse des taux.

En conséquence, les rendements obligataires se sont limités aux rendements des obligations, soit leurs coupons. Et les valeurs des obligations sont restées au même niveau que l’année précédente.

Voilà pourquoi 2018 a constitué un tournant dans la baisse des taux obligataires qui ont atteint des niveaux planchers.

Et, de l’avis des professionnels du métier, c’est ce qui va se passer en 2019 pour les mêmes raisons !

BMCE Capital a d’ailleurs mis en place un indicateur très explicite du comportement des taux obligataires, le MBI , « Morocco Bonds Index ».

Il permet de suivre la rentabilité de la dette du Trésor dans toute sa composante, coupons et valorisation des tires supports.

Le MBI montre que pour les 600 milliards de dirhams du stock de la dette publique, le rendement est aujourd’hui inférieur à 3 % en moyenne. De ce fait donc, les taux ne peuvent aller plus bas.

Dans le détail, les rendements de taux par échéance sont les suivants : 2,25% pour le monétaire, 2,45% pour le 52 semaines, 2,6% pour le 2 ans et 2,85% pour le 5 ans à.

Le 10 ans est à 3,35% et le 15 ans à 3,7%.

En conséquence, la courbe des taux est plate du fait que les taux des différentes échéances sont dans un mouchoir de poche, alors même que la demande des institutionnels reste élevée, atteignant pour la seule première semaine de 2019, 20 milliards de dirhams.

Cela signifie que les besoins de placement des institutionnels est tel qu’ils acceptent les taux faibles, faute d’effet prix des produits de taux.

De plus, les perspectives pour 2019 en matière de rendement des OPCVM obligataire ne sont guère optimistes.

Pour améliorer la profitabilité de leurs placements, les institutionnels devront prendre plus de risques.

Le marché actions, qui a corrigé en 2018, pourra peut-être leur offrir de nouvelles opportunités.

Le PER qui mesure la valorisation du marché, était à 20 début 2018 et à 14 à la fin de l’année, après la correction. Celle-ci a été de 8% en pertes, après une hausse de 40% en 2016 et 2017.

Afifa Dassouli


A  propos des OPCVM 

Par définition, les OPCVM revalorisent leurs valeurs liquidatives au quotidien et en reflètent de ce fait les corrections quotidiennes.

Rappelons qu’OPCVM est une entreprise à capital variable qui arrête ses comptes tous les jours et ces valeurs liquidatives servent à la valorisation des souscriptions et des rachats.

Les OPCVM portent plus de 35 milliards de dirhams d’actions, soit le total des portefeuilles d’actions des sociétés de gestion à travers des stratégies différentes.

Le marché de la gestion collective dans son ensemble, qui gère plus de 430 milliards de dirhams, ne s’est pas ressenti de la perte de rendement puisqu’en 2018, il n’a pas connu de baisse des souscriptions.

La croissance des encours gérés par les OPCVM a connu une croissance annuelle moyenne de plus de 15% ces dernières années.

En 2018, celle-ci s’est certes atténuée, mais a continué à être élevée, à 10%, portée essentiellement par l’obligataire.

Les principaux clients des sociétés de gestion sont d’abord les institutionnels qui détiennent l’essentiel des encours des OPCVM en dédiés et en grand public. Car les institutionnels investissent aussi dans les OPCVM grand public pour avoir plus de liquidité.

Les OPCVM se sont imposés comme des produits liquides qui leur permettent de souscrire et racheter couramment.

Les OPCVM jouent par ailleurs le même rôle que tous les autres institutionnels et donc attendent comme les compagnies d’assurances et les caisses de retraite l’ouverture des investissements publics à tous les institutionnels.

Ils participent déjà à toutes les opérations financières, qu’il s’agisse des émissions obligataires, privées, simples, subordonnées ou perpétuelles, mais aussi aux opérations de titrisation.

Bien qu’ils restent encadrés par leurs différentes catégories.

Ainsi, le monétaire, qui pèse 70 milliards de dirhams, ne peut être investi que sur les « Repo » et autres obligations du Trésor à court terme donc sans risque, idem pour 52 semaines.

Ce sont les OPCVM obligataires à moyen et long terme qui participent aux opérations financières.

A.D