Société

Médecine : Drôles de carabins !

le 20 juin 2019


La grève des étudiants en médecine n’en finit pas de durer et de perdurer. Au point de diviser l’opinion publique, avec ceux qui comprennent la position de ces « futurs » médecins et ceux qui se rangent du côté des pouvoirs publics, de la raison et de la loi…

Mais, en cette affaire, plutôt que de faire appel au pathos, il serait utile de procéder à plusieurs constats, comme un examen clinique en somme…

Le premier point qui mérite d’être souligné, c’est que les grévistes, certes très nombreux, n’ont absolument pas conscience qu’ils se font d’abord du mal à eux-mêmes, à leur cursus, d’autant qu’en face d’eux, le gouvernement n’entend pas aller plus avant dans les concessions.

Or, l’origine et la raison d’être premières de toute grève est de porter préjudice à l’autre, pas à soi-même. C’est ainsi que cela se passe, en principe, dans le monde du travail…

Ces jeunes, qui proclament leur détermination jusqu’au-boutiste, n’ont cure des effets concrets d’une année blanche et cela est certainement le signe de leur immaturité.

En effet, ils ne veulent pas comprendre que les études qu’ils mènent, difficiles et longues, sont financées par l’État, c’est-à-dire par les impôts dont s’acquittent les citoyens.

Et, faut-il le souligner, leur immaturité politique n’a d’égale que leur corporatisme puissant qui, comme un phénomène de génération spontanée, se manifeste dès leur premier jour de la première année d’études en faculté de médecine !

Le second constat qui mérite d’être relevé est celui de la violation d’un principe constitutionnel grave par les jeunes grévistes et ceux qui les soutiennent, les encouragent, voire les manipulent.

Ce principe veut que tous les Marocains naissent égaux en droits.

Refuser l’accès à des concours, d’assistanat ou de résidanat, à des étudiants en médecine issus du secteur privé, constitue une violation manifeste de ce droit fondamental.

Et s’il y avait une opposition à mener, c’est en interpellant les pouvoirs publics responsables de la dualité public-privé dans l’enseignement supérieur qu’elle aurait dû se manifester en son temps et non plusieurs années après la mise en route d’universités elles-mêmes établies selon des prescriptions incontestablement légales.

Or, « le train est passé depuis longtemps », ce qui rend absolument injuste et inégalitaire la démarche de ces futurs médecins.

Manipulation occulte

Ceux-ci rejettent aujourd’hui leurs congénères du privé, eux qui, il y a quelques temps encore, s’élevaient contre l’obligation faite à tous les nouveaux médecins d’accorder à l’État quelques années de leur premier exercice professionnel en guise de reconnaissance des efforts accomplis par la collectivité nationale pour leur formation.

Enfin, dernier constat qui vaut pour ceux qui encouragent les étudiants en médecine à poursuivre dans leur mouvement de boycott des examens, celui du « mélange des genres ».

En effet, la suspension d’un professeur de la faculté de médecine de Marrakech, aux accointances connues avec un mouvement islamiste toléré, et l’expression de solidarité qu’elle a entraînée émanant de plusieurs de ses collègues casablancais, eux-mêmes issus de ladite mouvance, traduit une profonde détérioration des valeurs qu’un « patron », un maître, un grand acteur de la sphère médicale et universitaire doit exprimer et inculquer aux jeunes carabins.

Il est vrai que les temps ont bien changé, en plus mal d’ailleurs, et on rappellera pour l’occasion l’exemple d’un grand maître de la Faculté de Médecine de Rabat, feu le Professeur ORL Hadi Messouak, parmi les membres fondateurs de l’école marocaine moderne de médecine et des concours d’agrégation nationale.

Hadi Messouak était un militant nationaliste et progressiste, adhérent au Parti Communiste Marocain, qui a combattu avec ses camarades pour l’indépendance du pays, la démocratie et le progrès social.

Mais, ses convictions politiques et idéologiques, aussi fortes étaient-elles, restaient à la porte de son cabinet, de sa salle d’opération ou de sa chaire à l’université.

Au point où, membre du Bureau Politique du PCM interdit, (on parle des années soixante du siècle passé), il consultait régulièrement au Palais Royal où ses compétences et connaissances furent toujours reconnues et appréciées…

Visiblement, de telles personnalités n’existent plus au sein de l’Alma Mater médicale.

Ses successeurs actuels n’hésitent pas à user de leur pouvoir et de leur influence pour entraîner leurs jeunes ouailles dans des aventures bassement politiciennes.

Car leur propos n’est pas de défendre les intérêts de ces jeunes à la conscience politique inexistante, à l’esprit encore malléable, à l’indignation que favorise la fougue de la jeunesse…

Espérons donc que, le plus rapidement possible, les grévistes sauront revenir à la raison, accepter des compromis honorables et reprendre le chemin des examens, pour leur bien premier et leurs intérêts fondamentaux.

Fahd YATA