Politique

Maroc, va-t-on droit dans le mur ?

le 17 décembre 2019


Un climat de scepticisme et de défiance continue d’assombrir les perspectives économiques et sociales, alors que celles politiques sont depuis quelques temps déjà totalement obscurcies.

Certes, des initiatives fortes voient le jour, mais elles ne produiront des effets qu’au début de l’été prochain dans le meilleur des cas !

Mais, dans la conjoncture actuelle, l’opinion publique, assoiffée de bonnes nouvelles, n’a que très peu à se mettre sous la dent, alors que l’emprise des réseaux sociaux, totalement erratiques et complètement pollués par les cohortes de « haters » impacte fortement les esprits, les conversations, les commentaires…

De cela, naît le sentiment pénible et angoissant que les choses vont de mal en pis sans que des réactions fermes, promptes et salutaires ne viennent corriger l’impact de ces méfaits virtuels qui dament très largement le pion aux méthodes traditionnelles (obsolètes ?) de communication.

Qu’ils appartiennent aux couches populaires, aux classes moyennes ou à celle des privilégiés, les citoyens se nourrissent de rumeurs, de fake news, d’insultes et d’attaques ad hominem.

L’information officielle, à travers les canaux traditionnels, ne les intéresse que très peu, la presse écrite les indiffère, seuls comptent les Facebook, YouTube, Instagram et autres Twitter, charriant à longueur de journées un flot puissant d’inepties, d’insultes, d’attaques et de commentaires marqués de haine.

On pourrait se dire que ce versant « black » d’Internet est le revers d’une médaille qui a permis l’essor des nouvelles formes de communication, la libération de la parole, l’accès à la connaissance.
Certes, tout cela est vrai, mais ne pèse que peu de poids devant les outrances et les outrages que l’on relève chaque jour.

Le mal est profond

Et, le pire dans ce triste tableau, c’est qu’il semble que les décideurs, les autorités, les institutions, mal à l’aise et empruntés, sont dans la réaction, la justification, sans proactivité et anticipation, seulement tentés par des promesses de répression ou le recours à la justice.

Le terrain des réseaux sociaux n’a que faire de ce type de contre-attaques parce que trop nombreux sont les adeptes anonymes de la provocation, de l’injure, de l’incivilité, mais aussi de la mise en cause des valeurs patriotiques et des sacralités du Royaume.

Ainsi, un homme politique de premier plan commet-il une bourde publique, qu’il est aussitôt abreuvé d’insultes, de menaces, d’invites au boycott, sans que ses communicants ne parviennent à calmer les esprits.

Peut-être se disent-ils que la bourrasque passera toute seule, sans mesurer l’impact à long terme de ces critiques ciblées.

Mais, dans les faits, le « bad buzz » règne en maître, parce que face à lui, il n’y a guère de stratégie de communication dédiée à le combattre.

Ce qu’il faut comprendre, à ce sujet, c’est la nécessité de promouvoir le « good buzz », c’est à dire construire sur les réseaux sociaux, des images positives qui viendront, sinon éteindre les attaques et ignominies, du moins les relativiser !

Pour cela, sans doute faudrait-il mesurer l’importance de la simplicité comportementale, privilégier la proximité avec la jeunesse et les milieux défavorisés, nourrir les commentaires positifs et élogieux par des faits concrets, loin des attitudes qui donnent le sentiment que la personne ne partage pas les préoccupations, les attentes et les revendications du peuple.

Cela parce qu’il est urgent de comprendre que si les messages négatifs foisonnent et tiennent le haut du pavé sur Internet et ses différentes déclinaisons, c’est parce que la nature a horreur du vide !

L’homme à la casquette…

Lorsqu’un individu mal intentionné « poste » des commentaires haineux, attentatoires à l’identité nationale et aux institutions, et rétribués, il récolte en quelques jours 15 millions de clics et, fait encore plus grave, 7 millions de « likes », ce qui signifie que ce sont des millions de followers qui partagent ses appréciations déplacées et insultantes.

Ceux qui se nourrissent de ce type de discours sont pétris de ressentiment, de colère et rien n’est fait pour les amener à raison.

Aujourd’hui, alors que les circuits classiques, (partis politiques, organisations de la société civile, etc.), ont été désertés par l’immense majorité des Marocaines et Marocains, il s’agit là de signaux forts qui retentissent comme des avertissements qu’on ne veut pas entendre !

Or, il est une vérité que l’on ne saurait contester et qui établit que partout et en tout temps, les mêmes maux produisent, tôt ou tard, les mêmes effets.

Il n’y a qu’à écouter les chants dans les stades de football pour comprendre que des paliers ont été franchis dans la contestation, non organisée pour l’instant, du système et des institutions, dépourvus du fait d’une classe politique dévalorisée et d’un gouvernement faiblard, de fusibles…

Avant que les réformes promises ou à peine esquissées produisent leurs effets, l’opinion publique, la jeunesse, les couches populaires veulent retrouver confiance et pour adhérer aux grandes idées qui leur sont proposées, il s’agit de nourrir leurs espoirs trop souvent ignorés.

Un exemple récent illustre ce constat.
Lorsque le Souverain a décidé d’instaurer de nouveau le service militaire, nombreux furent les Cassandre, dont certains sont aujourd’hui au-devant de la scène, à critiquer cette mesure, à rejeter cette proposition, dans les salons comme sur les réseaux sociaux.

La réponse de la jeunesse fut pourtant claire et forte.
Pour quinze mille appelés, ce furent cent cinquante mille postulants qui se présentèrent devant les casernes.

Parce que la jeunesse défavorisée avait parfaitement compris qu’il s’agissait là d’une opportunité réelle d’accéder à un pécule, une formation, la chaleur d’un habitat correct et l’espoir d’acquérir la réelle possibilité de construire un avenir meilleur au sortir de ce passage dans l’armée.

Alors certes, les FAR, malgré toute leur bonne volonté, n’ont pas les moyens d’accueillir tous ces jeunes défavorisés qui, à l’image de ce sportif de Safi, parti dans une patéra, jeta ses médailles à la mer avant de se retrouver, quelques semaines plus tard, inscrit dans les compétitions de taek won do du championnat national espagnol !

Les Marocaines et les Marocains ont besoin de croire et de voir que l’on pense à eux, sur le court terme, non le moyen ou le long, sans doute parce que la coupe est pleine.

Et pour cela, il leur faut des mesures aussi fortes que rapides et parlantes, comme une lutte sans merci contre la corruption, le favoritisme, l’injustice et la hogra, la captation des richesses par quelques individus et cercles.

Toutes choses qui ne devront pas attendre un nouveau modèle de développement pour être mises en œuvre.
Retrouver l’écoute des gens, susciter leur adhésion et leur espoir, voilà la nécessité de l’heure, hic et nunc !

Fahd YATA