Économie et Finance

Maroc Telecom : La CMR et le RCAR, socles de la privatisation des 8% du capital

le 17 juin 2019


L’opération de privatisation de 8% du capital de Maroc Télécom n’est pas commune ! En effet, il faut rappeler que l’opérateur télécom historique avait déjà été privatisé par la cession au Groupe français Vivendi d’une part significative du capital,  lequel avait été ensuite cédé à la « Société de Participation dans les Télécommunications » émiratie, qui est aujourd’hui majoritaire avec 53,003%.

En conséquence, l’Etat marocain ne détient qu’une participation de 30% du capital aux côtés de divers actionnaires constitutifs du flottant boursier de 16,9676%, quand le personnel de la société cotée détient 0,0301%.

Par contre, le pacte d’actionnaires qui lie l’opérateur marocain historique à son partenaire financier, lui donne la gestion dans le cadre d’une minorité de blocage qui permet au management de prendre les décisions qui s’imposent.

C’est pourquoi la cession de 8% du capital qui devrait permettre une rentrée d’argent au Trésor de près de 9 MMDHS, ne pouvait faire l’objet d’une simple OPV, offre publique de vente, adressée à des investisseurs marocains et étrangers.

Il fallait avant tout défendre la place de l’Etat dans IAM, pour garder la main de gestionnaire et protéger sa minorité de blocage. C’est ainsi que l’opération a dû se faire à hauteur de 6% du capital en faveur d’institutionnels marocains et de préférence liées à l’Etat comme la CMR et le RCAR.

Le deal étant que ces derniers gardent leurs participations sur le très long terme sans jamais pouvoir la céder sans l’accord préalable de l’Etat et donc de partager avec lui les 30% de capital qu’il détenait avant cette privatisation.

C’est ainsi que les opérations de transferts de 6% du capital de Maroc Télécom ont été enregistrées hier sur le marché de blocs  pour 6,7 milliards (soit 52 745 700 actions à 127 dhs l’action). Les principaux souscripteurs sont le RCAR et la CMR qui ont bénéficié de 2 milliards de dirhams d’actions Maroc Télécom chacun. La différence de 2,7 milliards de dirhams d’actions échangées a été attribuée à la CIMR, des sociétés d’assurance comme, RMA, Wafa Assurances Saham et aux salles des marchés des banques essentiellement AWB, BP et CAM, pour lesquelles cette opération est également stratégique.

Pour ce qui est de l’OPV qui a porté sur 2% du capital de Maroc Télécom soit autour de 2,18 milliards de dirhams, elle a été adressée aux personnes physiques et morales pour 33,33%, aux institutionnels marocains et étrangers  pour 26,7%, aux OPCVM actions et diversifiés 23,3 % les 16,7% restant au personnel de Maroc Telecom qui a eu une meilleure décote à 117,7 dirhams l’action contre 125, 3 dirhams pour toutes les autres tranches.

De toutes ces catégories, ce sont les OPCVM  qui vont en tirer le plus de profit du fait d’une récente loi publiée au BO il y a à peine quelques mois. Celle-ci les autorise à détenir dorénavant les valeurs qui pèsent plus de 15% dans l’indice MASI, à hauteur de 20% de leurs fonds Actions, contre 15% initialement. Ce qui les poussera certainement à intervenir  après l’OPV sur le marché secondaire. Enfin, on pourrait légitimement se demander pourquoi ces opérations de cessions de capital de l’opérateur téléphonique national ont été réalisées à un cours inférieur à celui du marché alors même qu’il jouit d’une très bonne santé financière et que ses performances ne sont plus à démontrer.

En effet, le prix moyen de réalisation de toute l’opération (transactions de bloc et OPV) s’établit à 126,3 Dhs l’action, soit un prix supérieur au prix minimal de cession décidé par l’organisme d’évaluation (125 Dhs par action) sur la base d’une évaluation réalisée par les conseillers. Or, compte tenu de la taille importante de l’opération, le marché aurait pu ne pas être en mesure de l’absorber complètement au cours actuel de bourse qui tourne autour de 140 dirhams. Car la mise sur le marché d’une partie aussi importante du capital aurait pu induire une baisse du cours de l’action Maroc télécom…

Afifa Dassouli