SM le Roi prononce un discours devant le 28ème sommet de l'Union africaine (UA) à Addis-Abeba.

SM le Roi prononce un discours devant le 28ème sommet de l'Union africaine (UA) à Addis-Abeba.

Politique

Le Maroc, membre de l’UA. Et maintenant ?

par Fahd YATA | le 8 février 2017


Le retour, flamboyant, du Maroc au sein de l’Union africaine, effectif depuis le 31 janvier dernier, n’est pas sans poser plusieurs interrogations et questionnements sur les suites et les conséquences de ce come back réussi.

La première, qui revient avec insistance chez certains, lesquels semblent avoir ainsi découvert l’eau chaude ( !), a trait à la reconnaissance de facto, voire de jure que constituerait ce retour par rapport à la soi-disant RASD. L’entité fantoche étant membre de l’UA, siéger au sein du même aéropage reviendrait donc à la reconnaître comme une entité étatique juridiquement valable et vaudrait ainsi acte de sa reconnaissance officielle par le Royaume du Maroc.

Bullshit !

Cette théorie, pour séduisante qu’elle peut paraître aux yeux des commentateurs algériens et de certains « analystes » locaux, n’en est pas moins aussi absurde qu’erronée.

Adhérer à une organisation régionale et internationale parmi des dizaines d’autres Etats membres ne vaut ni reconnaissance, ni renonciation à des constantes que le Maroc proclame depuis 1975 au moins.

On en vaudra pour preuve, éclatante sans doute, que plusieurs Etats arabes sont membres de l’Organisation des Nations-Unies, tout comme Israël, mais ils n’entretiennent aucune relation avec l’entité sioniste, ni ne lui reconnaissent un statut d’État. C’est le cas notamment de l’Algérie voisine…

Ce qui est donc applicable à l’ONU, l’est incontestablement à l’UA !

Un second argument, avancé par les séparatistes et basé sur une lecture étroite de la charte de l’UA, adoptée en 2002, énonce que le Maroc, en adhérant à ce texte fondateur panafricain, valide pleinement les « frontières de la RASD » et partant, son caractère d’Etat, au nom du principe de l’inviolabilité des frontières héritées du colonialisme, lequel figurait déjà dans la charte de l’OUA en 1963.

On apportera deux réponses à cet argumentaire, en précisant, ce qu’ont semblé découvrir certains de nos journalistes, qu’en adhérant à l’UA, le Maroc savait pertinemment où il mettait les pieds, et acceptait de siéger dans le même enceinte que les séparatistes.

Certains se sont étonnés de cela, comme si le Royaume avait commis une faute par manque de réflexion, de compétences juridiques ou de stratégie…

Premier élément de réponse, le Maroc n’a jamais accepté ce principe de l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation et il signa la charte de 1963 en exprimant des réserves expresses sur l’article qui le proclamait, dans la droite ligne des positions qu’il avait prises en animant le célèbre Groupe de Casablanca avant la naissance de l’OUA.

Ce qui était valable en 1963 l’est toujours en 2017 et, même si le Royaume a signé la charte fondatrice de l’UA par son adhésion toute récente après validation des instruments juridiques par les deux chambres parlementaires, siéger à l’UA aujourd’hui n’interdit nullement de continuer à se battre pour la reconnaissance de l’unité nationale et de l’intégrité territoriale de Tanger à Lagouira.

Ne varietur

En effet, et c’est là le second élément de réponse,  avec l’Avis Consultatif de la Cour Internationale de Justice de La Haye le 16 octobre 1975,  la Marche Verte de novembre 1975,  et les Accords de Madrid de février 1976, le Maroc a légitimement remplacé, dans les territoires du Sahara occidental, l’ancienne puissance occupante, l’Espagne, lesquels accords ont été avalisé par l’ONU, ce qu’on oublie souvent de rappeler !

Nulle confusion  juridique, nul flou dans les interprétations donc pour ce qui concerne la position actuelle du Maroc. Sa présence au sein de l’UA ne vaut point reconnaissance d’une entité qui n’a rien d’un Etat puisqu’elle ne marque pas sa souveraineté sur un territoire qu’elle prétend sien !

Comme le Roi Mohamed Vi l’a solennellement exprimé lors de son allocution d’Addis-Abeba, le Maroc « ne rentre pas à la maison » pour diviser, mais pour unir.

Cette affirmation énoncée devant les chefs d’Etat africains vaut engagement ferme et on ne devrait donc pas s’attendre à des bouleversements internes à l’UA dans les mois à venir.

Par contre, la situation deviendra très difficile pour les séparatistes, leurs maîtres algériens et le quarteron d’Etats qui soutient encore la thèse sécessionniste.

En effet, non seulement le Royaume exercera pleinement au sein de l’UA tous les attributs qu’octroie une adhésion de plein droit, mais, de surcroît, nos adversaires, qui ont bien vu le vent tourner depuis la lettre royale adressée au Sommet de l’UA de Kigali en juillet dernier, auront en face d’eux une majorité d’Etats africains alliés et solidaires de notre pays, comme le montre à l’envi le nombre élevé de capitales africaines qui ont soutenu notre demande de réintégration.

Aujourd’hui en effet, un nouveau rapport de forces s’est installé au sein de l’organisation panafricaine et on y verra le résultat de la patiente et fine stratégie adoptée par le Maroc, sous la conduite personnelle du Souverain depuis son intronisation.

It’s a long way…

Lorsque feu Hassan II avait quitté l’OUA en novembre 1984, celle-ci y abritait une forte majorité d’États soi-disant révolutionnaires, acquis aux thèses séparatistes et qui se rangeaient dans un camp où dominaient l’Union soviétique, l’Algérie, Cuba et la Libye.

La fracture Est-Ouest, fort prégnante à l’époque avait accentué l’isolement du Royaume en Afrique et feu Hassan II en avait tiré les conséquences ultimes.

En 2000, lors des premiers mois du nouveau règne, il n’y avait plus de bipolarité Est-Ouest, la mondialisation était à l’œuvre partout et l’Afrique commençait à émerger, non du sous-développement et de la misère, mais du moins comme continent aux énormes besoins et potentialités.

Le Roi Mohammed VI fut sans nul doute l’un des premiers à percevoir et comprendre ce processus et il s’attela dès lors a reconquérir, place par place, les positions perdues par le Royaume au long des décennies précédentes.

Sans pétrole, ni gaz, sans les dollars qui les accompagnent toujours, le Souverain a mis en place et appliqué avec diligence et intelligence, une stratégie de rapprochement avec les Etats d’Afrique subsaharienne basée sur le bilatéral, le partenariat, la coopération win-win, le co-développement.

17 années, 46 déplacements intra-africains, 25 Etats visités et près de 1000 accords conclus après, cette stratégie fondée sur les relations personnalisées avec de nouveaux et jeunes leaders décomplexés, l’humilité et l’attachement profond aux valeurs fondatrices de l’Afrique, a magnifiquement porté ses fruits.

Il n’est peut-être pas encore venu le temps de crier hautement victoire, mas on ne s’interdira pas de savourer pleinement cette conquête acquise de haute lutte sous l’égide et la conduite personnelle du Roi Mohammed VI.

L’Union Africaine est désormais une place forte que nos ennemis et adversaires ont perdue, définitivement.

L’existence de quelques irréductibles ne nuira pas à la démarche du Maroc qui, dans la place, empêchera avec une majorité d’États l’instrumentalisation de l’UA au service de thèses séparatistes. Et, mieux encore, peut-être que ce retour amènera une saine et salutaire réflexion chez certains qui pourront comprendre que la solution pacifique, négociée et politique, sur la base du plan d’autonomie régionale élargie, proposée par le Royaume à l’ONU en 2007, constitue, en fait, la vraie sortie honorable pour eux.

Quoi qu’il en soit, avec le retour au sein de l’Union Africaine, la roue de l’Histoire a fini par tourner dans le sens voulu par le Maroc et il n’y aura pas de retour en arrière…