Politique

Maroc-Espagne, les chemins d’une relation indispensable…

le 13 février 2019


Heureux présage, signe du destin ?

A la veille même de l’arrivée au Maroc, pour une visite officielle de deux jours, du Roi d’Espagne, Felipe VI, et de son épouse la Reine Letizia, le Parlement européen approuvait à une très forte majorité l’accord de pêche conclu avec le Royaume.

Une très bonne nouvelle pour notre pays et sa cause nationale sacrée, puisque l’accord en question vaut sur une zone de pêche qui s’étend de Tanger au Cap Blanc, ce qui englobe, bien entendu, les eaux qui baignent nos provinces du Sud, Wadi Eddahab et Saquiat Al Hamra.

Mais c’est aussi une bonne nouvelle pour l’Espagne dont les chalutiers sont les premiers et les plus nombreux bénéficiaires des termes de ce texte qui vient parfaire un partenariat stratégique entre l’Union européenne et le Royaume, tel qu’exprimé notamment par l’Accord agricole Maroc-UE.

Mais, l’aspect multilatéral, pour important qu’il est, ne représente pas l’essentiel de cette visite des Souverains espagnols dans notre pays.

C’est d’abord et avant tout la relation Rabat-Madrid qui est à l’honneur et force est de reconnaître qu’elle est désormais cardinale pour les deux États, leurs peuples, leurs économies, leurs relations multiformes, tant les intérêts sont aujourd’hui convergents, croisés, communs et mutuels !

Peut mieux faire…

Le Roi Felipe VI n’est certes pas, du fait des dispositions constitutionnelles espagnoles, un Souverain qui gouverne, mais il n’en est pas moins le chef de l’État, le symbole même de la monarchie constitutionnelle régnante et le premier représentant de son pays et des communautés qui le composent.

Cette visite officielle est donc cardinale car elle intervient, après plusieurs reports induits par des questions de calendriers, à un moment où ce partenariat stratégique entre le Maroc et l’Espagne a sans doute besoin d’être confirmé au plus haut niveau, dans ses termes les plus larges et concrets.

Nous savons tous, en effet, que l’Espagne est depuis plusieurs années le premier partenaire commercial du Maroc, mais il n’est pas son premier partenaire économique, position occupée par la France qui investit beaucoup plus dans notre tissu productif.

Un effort serait le bienvenu donc en ce domaine des investissements, d’autant que la proximité géographique tout autant que les success stories de la zone franche de Tanger Med sont des incitatifs puissants pour les investisseurs ibériques.

L’autre dimension qui sera également valorisée par cette visite royale est incontestablement celle qui unit les problématiques migratoires et sécuritaires.

En effet, le Maroc est aujourd’hui tout à la fois terre de transit pour les candidats à l’immigration clandestine venus de l’Afrique subsaharienne, mais aussi et de plus en plus, terre d’établissement final pour nombre de Subsahariens qui, au fil de leurs vaines tentatives d’atteindre le semblant d’Eldorado européen, viennent à comprendre que le Maroc est le terme de leur quête désespérée.

En tant que « barrière ultime », le Royaume rend un fieffé service à l’Espagne alors qu’il s’avère que la « Spanish Road » est aujourd’hui la voie la plus facile pour entrer illégalement en Europe, par voie maritime ou à partir des enclaves, la filière italo-libyenne et la route des Balkans étant quasiment fermées.

Go between et “go fast”…

Madrid est bien évidemment au fait de ces réalités, mais il serait utile que cette prise de conscience s’accompagnât d’un effort plus substantiel des institutions européennes pour aider les autorités marocaines à gérer ces flux humains qui, très certainement, seront de plus en plus conséquents dans les années à venir comme l’annoncent les données prévisionnelles sur la démographie subsaharienne.

L’Espagne pourrait donc être un avocat plus diligent auprès des Eurocrates et des États membres de l’UE dont plusieurs ont montré, dans un passé récent, tout à la fois leur refus de recevoir des migrants extra-européens et leur profonde indifférence devant les terribles drames humanitaires qui affectent plusieurs régions limitrophes du Vieux Continent.

Autre dossier qui sera « servi » lors de cette visite bienvenue parce que révélatrice de la proximité qui lie depuis longtemps les deux Maisons royales, celui de la sécurité et de la lutte anti-terroriste.

Sur ces questions, c’est vraiment « la mano en la mano » entre les services des deux pays, en une coopération aussi diligente qu’exemplaire et fructueuse, au point où elle sert de modèle à d’autres de par le monde.

Mais, le succès ne doit pas cacher la dangerosité des réseaux terroristes et leur capacité à nuire à la sécurité et à la paix des populations des deux rives du Détroit, de même que la présence de mafias bien organisées de part et d’autre constitue une autre menace matérialisée par la drogue, la contrebande, le trafic d’êtres humains, etc.

Comme on le voit donc, la relation maroco-espagnole est ample, riche, diversifiée et, parfois, sinon problématique, du moins complexe.

Mais ce qui unit les deux pays, leurs dirigeants, leurs peuples, est, sans nul doute, plus important et plus stratégique que ce qui pourrait les séparer, notamment parce qu’en Espagne aujourd’hui, on est globalement revenu des perceptions négatives et « anti moros » qui prévalaient encore fortement il y a quelques années.

Pour le meilleur et plus encore

Pour le Maroc en tout cas, la volonté d’une relation privilégiée a toujours été prégnante malgré certains épisodes malheureux comme l’affaire de l’îlot Leïla (Peregil pour les Espagnols), ou encore le tabou constitué par la légitime revendication de la rétrocession des présides occupées de Sebta et Melilla.

Globalement donc, le plus important est désormais acquis, c’est-à-dire la conviction partagée des deux côtés que le Maroc et l’Espagne ne sont pas seulement condamnés à s’entendre du fait de la Géographie ou même de l’Histoire, mais parce qu’il y va du bonheur et de la prospérité mêmes des peuples espagnol et marocain.

Cette conviction induit plus de réalisme, de souplesse et d’intelligence dans la perception des grandes questions qui les concernent, directement ou indirectement, comme notre cause d’unité nationale sacrée, qui vaut également pour une Espagne malmenée par certains séparatismes, (catalan, basque), la relation maroco-communautaire, la problématique migratoire et sécuritaire, etc.

Bienvenue donc au Roi Felipe VI et à la Reine Letizia pour un séjour qui pourrait également permettre de rehausser la position linguistique et culturelle espagnole dans notre pays.

Fahd YATA