Économie et Finance

M. Bouchouat, Directeur du port de Dakhla, ANP: “La pêche constitue l’essentiel de notre activité”

le 31 juillet 2018


Arrivé il y a quelques mois à la tête du l’ANP-Port de Dakhla, M. El Mokhtar Bouchouat a rapidement pris la mesure de l’importance du port dont il a la charge, du rôle des infrastructures portuaires pour le développement de la Région du Oued Eddahab et des projets structurants qui viendront rapidement en hausser le niveau de développement.
C’est ce qu’il explique, avec force détails, dans l’entretien qui suit.

 

La Nouvelle Tribune: M. Bouchouat, le port de Dakhla occupe une place importante, quelles en sont les activités ?

El Mokhtar Bouchouat: L’Agence Nationale des Ports, ANP à Dakhla, à l’instar des autres ports du Royaume, a pour rôle la gestion portuaire, la maintenance des ouvrages et la régulation et l’arbitrage des activités au sein de ces ensembles. Dakhla est un complexe portuaire avec deux ports.
Il y a l’ancien port, que l’on appelait «Port Ville» et qui est aujourd’hui exploité exclusivement par la Marine Royale. Quant au second, le nouveau port construit à l’époque par l ’ODEP, en coordination avec le Ministère de l’Équipement, il a été mis en exploitation en 2002. Situé dans la baie de Dakhla, il est naturellement protégé et se constitue d’un port-ilot, situé à l’intérieur du bassin, avec un accès au terre-plein grâce à un ouvrage d’art (un pont routier). Celui-ci est constitué de trois tronçons. Le premier type wharf porte sur 600 mètres linéaires. Le second est une digue à talus de 700 mètres linéaires. Quant au troisième tronçon, il est de type wharf d’une longueur de 200 mètres linéaires.
Le port-ilot est assorti d’un ouvrage de protection de 400 mètres de long, prolongé du wharf de 450 mètres et de quais d’accostage de 1500 mètres. Une extension du port est intervenue en 2012, d’une longueur de 500 mètres et d’une profondeur de -8 mètres et une partie port de pêche, d’une longueur de 200 mètres et une profondeur de -6 mètres.
En ce qui concerne ses activités, ce port-ilot comprend un port de commerce et un port de pêche. Le premier est géré par Marsa Maroc en vertu d’une concession passée avec l’ANP et comprend trois postes à quai et des terre-pleins de 5,8 hectares au total.

Les sardiniers de la pêche cotière à quai.

Le port de pêche, qui était géré en concession par l’Office National des Pêches, est revenu en gestion à l’ANP depuis le 1er juillet 2018, après la résiliation au niveau national de cette concession avec l’ONP, lequel a jugé préférable, sans doute, de se concentrer sur la vente du poisson et la gestion des halles.

Quel est le cœur de cette activité portuaire donc ?
C’est incontestablement la pêche qui constitue l’essentiel de notre activité. Elle est, quasiment, l’épine dorsale de l’économie locale.
Le port permet le débarquement du poisson pélagique, l’export du poisson congelé et l’importation des hydrocarbures qui sont nécessaires à l’activité de pêche.
A la fin 2017, le trafic réalisé a porté sur 1 042 000 tonnes, en évolution positive de 2% par rapport à 2016 où, pour la première fois, le million de tonnes avait été atteint.
Mais le port n’est pas saturé du fait que son extension n’est pas encore exploitée.
De plus, un nouveau port est prévu, celui de Dakhla-Atlantique, dont les études de faisabilité sont en phase terminale, avant le lancement des appels d’offres, courant 2019 en principe.

Comment se justifie le projet du Port de Dakhla-Atlantique ?
Il aura pour objet et vocation de devenir notamment un hub pour l’Afrique subsaharienne et capter tout le trafic des porte-conteneurs vers les pays au sud du Sahara.
Il accueillera donc des navires à grand tirant d’eau, très importants donc en termes de taille et de capacité. D’ailleurs, l’ANP a lancé une étude de requalification du port actuel dans l’optique d’un changement éventuel de son activité, lorsque le nouveau entrera en activité, en 2024. Dakhla-Atlantique devant comprendre un grand port de pêche, il est possible que l’actuelle installation portuaire soit requalifiée en port de plaisance, compte tenu du potentiel touristique de la baie de Dakhla.
Signalons également la construction d’un nouveau port de pêche à Lamhiriz, dans le sud dont l’état d’avancement des travaux est actuellement à 70%.

Le port de Laâyoune est-il plus important que celui de Dakhla ?
Oui, en termes d’ouvrages de réception, puisqu’il représente quasiment le double ou presque, mais pour la pêche, spécifiquement parlant, le port de Dakhla est le plus important. C’est le point de débarquement pour tout le poisson de la Zone C, laquelle est la première du Royaume pour la hauteur des prises.

Trafic du port de Dakhla

Ainsi, il y a 75 sardiniers autorisés à débarquer à Dakhla et 150 palangriers opèrent au port. Quant aux grands chalutiers, les RSW, qui réalisent en principe un tonnage journalier de 400 tonnes, mais qui sont actuellement limités à 200 tonnes par marée, on en compte 24. Il faut aussi savoir que le port de Dakhla compte effectivement sa propre zone industrielle de 270 hectares dont 60 sont déjà viabilisés. Même si les industriels préfèrent pour l’instant, posséder en propre les terrains plutôt que de recourir à la location.
Cela nous sera très certainement profitable lors de la requalification du port, car cette superficie représente déjà un patrimoine foncier de très haute valeur.

Êtes-vous collecteur de taxes ?
Oui, bien sûr, mais avec la précision qu’il ne s’agit pas de taxes à proprement parler, mais de droits de port sur marchandises.
Marsa Maroc, avec les RSW seulement, collecte plus de 12 millions de dirhams de taxes annuellement avec les seuls navires battant pavillon marocain.
Pour les bateaux étrangers, qui ne débarquent pas à Dakhla, mais qui font du transbordement dans notre zone de mouillage, l’ANP réalise un chiffre d’affaires annuel de 5 millions de dirhams quand au péage de poisson, l’ANP a réalisé en 2017 un chiffre d’affaires d’environ 15 Millions de dirhams. Par contre ANP collecte la taxe régionale et la TVA à travers sa facturation

Entretien réalisé par
A.D

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