Crédits photo : Ahmed Boussarhane/LNT

Politique

Le PAM, en roue libre…

par Fahd YATA | le 12 février 2020


Le Parti Authenticité et Modernité, PAM, est, semble-t-il, sorti de l’ornière, (un comble pour un tracteur !), avec la tenue le week-end dernier de son congrès national à El Jadida.

Un congrès marqué à son départ par des affrontements entre factions, rappelant la détestable pratique des formations où « le bric et le broc » coexistent faute d’unité idéologique, de vraie conscience partisane, d’engagement militant. Mais, in fine, Benchamach a eu un successeur, élu par défaut puisqu’il était seul en lice !

Me Abdellatif Ouahbi, parlementaire et ténor du barreau, qui ne craint pas de mouiller la chemise dans des affaires délicates, comme le procès Bouachrine, est désormais à la tête du PAM, secondé par son alliée, Mme Fatima-Zohra Mansouri, élue à la présidence du Conseil national.

Voilà donc la formation qui, aujourd’hui, occupe encore la seconde place sur l’échiquier parlementaire, est toujours officiellement premier parti de l’opposition, et se met ainsi en ordre de bataille dans la perspective des prochaines échéances électorales.

Mais peut-on considérer que ce PAM restructuré, revigoré même par l’élection d’un homme dynamique et forcément ambitieux, sera au rendez-vous des législatives avec les mêmes forces et atouts qui étaient les siens lors des précédentes, où le Tracteur devait faire « un tabac », destiné qu’il était, aux yeux de ses géniteurs, à battre son sempiternel ennemi, le PJD ?

Après l’heure, c’est plus l’heure

Personne n’a oublié sa défaite relative et la déception qu’elle engendra chez tous ceux qui refusaient de confier à M. Abdelilah Benkirane les rênes d’un second mandat à la chefferie du gouvernement.

Il fallut bien des manœuvres, mises en pratique par d’autres que le PAM, pour assurer l’éviction du bouillant Benkirane et la construction d’une coalition parlementaire majoritaire véritablement « introuvable » sous l’autorité (relative) de M. Saad Eddine El Othmani.

Dès lors, après cette défaite, le sort du PAM était scellé et son destin tout tracé, celui d’une formation sans âme, sans stratégie, incapable de jouer sur la scène parlementaire son rôle de première force de l’opposition, essentiellement parce que ce parti n’avait pas été créé pour cela !

Alors aujourd’hui certes, les compteurs sont remis à zéro, mais on peut légitimement s’interroger sur les chances du PAM de redevenir cette formation privilégiée, dotée de moyens conséquents, grandissant à l’ombre de tuteurs discrets, mais puissants et bienveillants…

On partira d’abord du principe qu’énonce un proverbe latin : « bis repetita non placent » pour considérer que les temps de la magnificence du Tracteur sont révolus et que d’autres ont pris, depuis la déconvenue de 2016, sa place.

Ce constat est corroboré par le fait que, pour ce congrès d’El Jadida et bien avant même, « les autorités » et les fondateurs du PAM, les figures des années 2008-2009, ont depuis longtemps déserté ses rangs.

La sévère crise interne qu’il a vécu ces trois dernières années est une autre preuve de la désaffection qu’il inspire chez ceux-là mêmes qui avaient contribué à son lancement et son essor.

Aujourd’hui donc, très manifestement, le PAM est destiné à rentrer dans le rang. Ce sera, sans doute, une formation parmi d’autres, sans véritable programme, sans attache idéologique forte, sans figures prééminentes.

Faut pas rêver !

Dans ces conditions, pourrait-il vraiment concrétiser les ambitions de son nouveau leader qui est resté sur les marques précédentes et qui se voit déjà labourer les sillons de la primature, avec des alliances que l’on qualifiera d’improbables, sinon hors nature ?

Jusqu’en 2016-2017, le Parti Authenticité et Modernité était une machine de guerre, destinée à combattre l’islamisme politique, lui damer le pion, remporter les élections.

Cette ambition a été battue en brèche et désormais, avec sa remise en route, il ne sera plus qu’un simple tracteur, à la puissance limitée, aux ressources humaines qui, immanquablement, seront moindres qu’auparavant.

Car, il ne faut pas se méprendre sur la capacité de ses troupes, essentiellement les parlementaires, à sentir la provenance du vent et percevoir les changements. C’est le propre des girouettes qu’ils sont tous !

De la même façon qu’ils avaient déserté les rangs de leurs partis d’origine, ils sauront, le moment venu, rejoindre « le ticket gagnant », laissant seulement à Me Ouahbi ses yeux pour pleurer…

On aura beau gloser sur les prétentions du nouveau secrétaire général, sur ses velléités d’alliance avec les ennemis d’hier, sur d’hypothétiques constructions politiciennes avec d’autres forces dont on connaît la faiblesse des moyens, cela ne sera pas suffisant pour faire du PAM ce moteur d’un nouvel élan politique.

La scène nationale, en effet, a fortement évolué depuis ces dernières années. Le PAM ne sera plus jamais cette formation « bénie des dieux » et il devra rabaisser ses prétentions avec le seul espoir de constituer une force d’appoint, dans le meilleur des cas.

D’autres scenarii ont pris le pas sur la formule Tracteur et chacun les discerne parfaitement. Et, pour reprendre la vulgate marxiste, la contradiction principale sera entre le PJD et le RNI, comme on le perçoit chaque jour un peu plus.

Alors, c’est « game over » pour le PAM, qui ira son bonhomme de chemin en roue libre désormais…

 Fahd YATA