Économie et Finance

Le financement bancaire étendu à l’informel dès janvier 2020

par Afifa Dassouli | le 23 décembre 2019


C’est au premier janvier 2020 que le plan d’action pour la facilitation du financement des PME sera appliqué !

En effet, très vite au lendemain du discours royal du 11 octobre dernier à l’occasion de l’ouverture de la session parlementaire d’automne, les institutions bancaires interpelées sur l’élargissement du crédit bancaire aux TPME, leur autorité de tutelle Bank Al-Maghrib et le Ministère des Finances, ont travaillé sur les actions à mettre en œuvre pour une exécution rapide des orientations royales.

D’autant que l’évidence du poids des TPME dans le tissu économique marocain s’impose (plus de 90% du tissu entrepreneurial), pour démontrer si besoin est leur rôle fondamental dans le développement de notre pays.

Car les TPE, très petites entreprises, ne constituent pas moins de 64,2% des acteurs économiques, soit deux fois et demi plus que les PME avec 28,5%, quand les GE, grandes entreprises, n’en constituent 7,2%.

Par ailleurs et inversement, la proportion des petites entreprises qui recourent au financement bancaire se réduit à 13,6% et 26,9% pour les PME, alors que pour les grandes entreprises, GE, ce taux atteint 48,8%.

Ces chiffres montrent qu’il y a un véritable gap en matière d’accès au financement bancaire entre les TPE et les PME d’une part, les GE de l’autre.

C’est certainement là le problème que le discours du Roi Mohammed VI a fait ressortir et que les acteurs ainsi interpellés se sont attelés à résoudre progressivement, contribuant de concert afin que cette grande action soit cohérente, efficiente et rapide.

A cet effet, un comité stratégique, composé du GPBM, BAM et le MEF, a été constitué. De même qu’un comité technique qui réunit la Caisse Centrale de Garantie et la Banque Centrale, ainsi qu’un comité régional pour mesurer l’impact au niveau national de ce plan d’action.

Tous ont travaillé d’arrache-pied depuis deux mois, poussant aussi à l’accélération de l’adoption des lois sur la micro-finance celle des assurances inclusives, du crowdfunding ou encore le mobile banking, outil de développement de la bancarisation, aujourd’hui inférieure à 40% qui a atteint sa limite.

Le mobile banking a fait ses preuves dans nombre de pays en développement, notamment asiatiques ou africains, avec des taux de pénétration qui atteignent les 130%.
Bank Al-Maghrib sera elle chargée du reporting pour mesurer l’efficacité des mesures engagées tant par le gouvernement, les banques que la banque centrale elle-même.
Car il s’agit d’agir de concert et en continu pour obtenir des résultats rapides.

BAM, un rôle nodal

Pour ce qui concerne la Banque centrale, son dernier conseil de l’année 2019, tenu la semaine dernière, a approuvé les mesures spécifiques qu’elle doit mettre en place dans le cadre de ce programme d’appui à l’entreprenariat mené par le gouvernement, le système bancaire et l’Institut d’émission.

BAM va essentiellement jouer sur les conditions de refinancement des banques pour les pousser et les soutenir dans le financement des TPME qui exercent dans l’informel, les jeunes autoentrepreneurs et les entreprises exportatrices vers l’Afrique.

Il faut savoir qu’elle soulage déjà les banques par des avances à 7 jours, un mois et même 3 mois en certaines circonstances, pour améliorer leurs liquidités.

En volume, ces dernières avances de BAM aux banques se sont élevées à 60 milliards au 18/12/2019, contre 67 milliards en décembre 2018.

Par ailleurs, Bank Al-Maghrib accorde déjà aux banques des prêts garantis destinés au financement de la TPME qui se chiffrent en cette fin 2019 à 2,3 milliards de dirhams uniquement, sans changement par rapport à décembre 2018. C’est cet instrument donc que BAM doit développer en faveur des banques pour les inciter à accorder des crédits aux TPME objet du plan de soutien national en question.

Elle a aussi donné plusieurs agréments de paiements avec le mobile dont l’interopérabilité est encore limitée parce que le réseau reste faible du fait que cet instrument de financement manque d’incitation fiscale et surtout que les commerçants sont encore frileux, de peur d’être tracés par le fisc.

Enfin, le rôle essentiel de la Banque centrale consiste à apporter une certaine flexibilité aux banques par rapport à la proportion de cette catégorie d’entreprises qu’elles vont financer pour réussir le plan d’actions conformément aux directives du discours royal.

A ce sujet, le Wali de BAM, M. Jouahri, a précisé, lors de la conférence de presse tenue mardi dernier après le conseil, que les banques devaient renforcer leurs fonds propres par augmentation de capital ou dettes subordonnées dans la proportion réglementaire.

La feuille de route des banques

Le système bancaire doit s’engager à accompagner le TPE par des mesures liées à la bancarisation, l’inclusion financière, le micro-crédit et le crowdfunding.
Il doit cibler tout particulièrement les femmes, les jeunes et le rural, qui sont généralement exclus des financements bancaires.

Le discours du roi Mohammed VI, tout en appréciant la solidité du système bancaire et saluant le haut niveau de leur autorité de tutelle, a mis le doigt sur l’écart existant en matière de financement bancaire entre les différents acteurs économiques. Sachant que, de fait, il y a des entreprises non bancables faute de garanties, de conseils, de suivi et de formation.

C’est cet accompagnement des TPME qui est dévolu aux banques dont l’effort doit les accompagner pour les rendre bancables.

C’est ce qu’a démontré Attijariwafa Bank, la semaine dernière, en organisant trois journées de portes ouvertes dans toutes ses agences, ses centres de la TPME et Dar Al Moukawil.

Car AWB dispose déjà de tout un dispositif de services non financiers dédiés à l’accompagnement des TPME, et qu’elle déploie à travers le pays.

Ses engagements envers les PME atteignent 18 milliards de dirhams à fin 2019 et 9 milliards pour les TPE, soit un total de 27 milliards au profit de 45 000 entreprises.

Cela doit être certainement le cas pour toutes les autres banques même si l’effort varie de l’une à l’autre.

Dorénavant, elles s’engagent toutes à étendre leurs efforts et actions aux toutes petites entreprises qui ne sont pas bancables, aux auto-entrepreneurs et aux entreprises exportatrices en particulier, sur l’ensemble du territoire.

Dans ce sens, pour aider le système bancaire à couvrir le territoire national, BAM a mis à sa disposition la cartographie des points des guichets bancaires disponibles, pour les orienter vers les centres où ils font défaut.

L’action de l’État

Dans le cadre de ce plan d’actions, l’État, de son coté, a créé un fonds de soutien et de développement de la TPME, doté de 6 milliards de dirhams sur 3 ans.

Le ministre de l’Économie et des Finances, M. Benchaaboun, l’a introduit dans la Loi de Finances 2020 et en a donné naturellement la gestion à la Caisse Centrale de Garantie, CCG.

De même les centres régionaux d’investissement, CRI, ont été réformés dans le sens de l’accompagnement des PME stricto sensu, leur enlevant tout autre responsabilité et en particulier celle de dénicher pour ces dernières du foncier disponible.

Il faut espérer, pour une meilleure réussite de ce dispositif multiple de soutien et développement des TPME, incontournable dans l’esprit de la nouvelle politique sociale des pouvoirs publics, que la croissance économique va s’améliorer et adopter un rythme continu.

A ce sujet, les derniers chiffres annoncés par BAM sont optimistes, avec un taux de croissance 2,6% à fin 2019 contre 3% en 2018, mais de 3,8% et 3,7% en 2020 et 2021, accompagnés d’une tendance positive de créations d’emplois… Amen !

Afifa Dassouli