International

La situation libyenne, une menace pour le Maroc

le 7 janvier 2020


La Libye, qui a cessé pratiquement d’être un État constitué depuis la chute de Kadhafi, est aujourd’hui un terrain de parcours pour différentes parties étrangères qui se disputent, par Libyens interposés, ce territoire encore riche en ressources pétrolières.

Éclaté entre différentes milices et groupements armés très souvent constitués sur une base tribale, ce pays constitue aujourd’hui une poudrière qui menace directement la sécurité et la stabilité du Maghreb, de l’Afrique du Nord, mais aussi de la zone sahélienne, elle-même déjà parcourue par des factions terroristes ralliées à Al Qaïda.

Des ingérences multipolaires

Le gouvernement légitime de Fayez El Serraj, (GNA), reconnu par l’ONU et issu des accords de Skhirat conclus notamment grâce à la forte implication de la diplomatie marocaine, n’exerce sa souveraineté qu’à Tripoli même et ses environs.

Son principal opposant, le Maréchal Khalifa Haftar, lui mène une guerre sans merci depuis avril dernier à la faveur d’une vaste offensive lancée contre la capitale.

Ce bref exposé de la situation sur le terrain serait incomplet si l’on ne mentionnait pas que l’une et l’autre partie bénéficient d’appuis extérieurs qui les alimentent en armes, en hommes et en soutiens diplomatiques.

Le GNA est notamment soutenu du bout des lèvres par l’Union européenne, l’Italie et le Qatar. Haftar, quant à lui, dispose de l’appui ouvert de l’Égypte, de l’Arabie Saoudite, des Émirats et de la Russie et d’un appui discret et non reconnu officiellement de la France.

Et, comme si cela n’était pas suffisant pour entretenir la guerre et la désolation dans ce pays qui, rappelons-le, est membre de l’Union du Maghreb Arabe et de l’Union Africaine, voilà que le président turc Recep Erdogan s’invite dans cet imbroglio sanglant en proclamant son soutien au GNA et en décidant d’envoyer des troupes à Tripoli où les premiers contingents turcs sont déjà sur place en ce début janvier.

Désormais donc, il ne s’agit plus d’une guerre civile menée par des factions antagonistes, mais un conflit en voie d’internationalisation rapide puisque l’armée turque épaule les troupes du GNA tandis que des soldats russes enrôlés dans une organisation paramilitaire « privée », le Groupe Wagner, soutiennent Haftar sur ordre direct du président Poutine.

A tout cela, il convient d’ajouter la réelle menace émanant des éléments terroristes de Daech qui cherchent à se replier vers la Libye pour y préparer avec les katibas d’Aqmi et Boko Haram un nouveau califat dans la vaste et faible zone sahélo-saharienne !

Une poudrière qui menace le Maghreb et bien au-delà

Cette situation est objectivement porteuse de sombres inquiétudes et de dangers réels pour les États maghrébins, Tunisie et Algérie d’abord, qui partagent des frontières communes avec la Libye, Royaume du Maroc et Mauritanie ensuite, qui ainsi voient des zones d’instabilité se développer à proximité de leurs limes.

De plus, avec la guerre et les combats, un large espace s’ouvre pour les candidats africains à l’immigration vers l’Europe via Lampedusa et Malte à partir des côtes libyennes qui seront bientôt dénuées de toute surveillance.

Objectivement donc, pour ce qui concerne le Maroc, l’intérêt stratégique de notre pays n’est pas de prendre parti pour telle ou telle faction, alors que chacune d’elle est actionnée par des États étrangers.

Si Rabat a joué un rôle central dans la conclusion des accords de Skhirat, on peut considérer que ces derniers sont désormais caducs parce que leur application est rendue impossible par les fortes immixtions directes des Turcs et des Russes, (opposés en cette situation précise alors qu’ils s’entendent encore sur la Syrie).

Il s’agirait donc d’œuvrer à la réelle implication de la communauté internationale pour garantir l’application d’un cessez-le-feu entre les parties belligérantes et imposer le départ des troupes étrangères comme préalable à tout règlement de la question libyenne.

Et, pour notre intérêt propre, veiller à ce que l’instabilité et l’insécurité ne se rapprochent pas trop de nos frontières, sachant que nos forces armées et nos services de sécurité ont largement prouvés leurs aptitudes et compétences pour la préservation de nos intérêts supérieurs, la paix intérieure et la stabilité du Royaume.

Fahd YATA