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Fondation Attijariwafa bank: Intelligence Artificielle, les algorithmes ont-ils toujours raison ?

le 18 avril 2019


La Fondation Attijariwafa bank a organisé, mardi 16 avril, une conférence-débat sous le thème « Peut-on faire confiance à L’Intelligence Artificielle ? », avec la participation de Rachid Guerraoui, Professeur à l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL) et au Collège de France.

Dans son mot de bienvenue, M. Mohamed El Kettani, PDG d’Attijariwafa s’est demandé comment saisir les opportunités offertes par la révolution numérique pour accroitre la performance des entreprises, développer les services publics et privés pour le bien-être de tous les concitoyens tout veillant à protéger notre humanité. «Dans ce nouveau monde qui se montre à nous il est de notre devoir à tous, gouvernants, opérateurs publics et privés et société civile de capitaliser sur les avantages de l’intelligence artificiel tout en veillant à la protection des données personnelles et au respect des règles de confidentialité et d’éthique », a-t-il déclaré.

L’Intelligence Artificielle (IA) est un sujet scientifique qui ne laisse personne indifférent, elle est au cœur de profondes mutations des sociétés, et recouvre aujourd’hui plusieurs domaines et des champs d’application quasi-infinis.

L’IA est la capacité d’un algorithme à faire résoudre par une machine un problème que seuls les humains pensaient résoudre, une notion très volatile et relative, explique Rachid Guerraoui, qui a préféré reformuler le thème du débat et dire plutôt : «Peut-on faire confiance aux algorithmes? ».

Pour répondre à cette question, le professeur universitaire, est remonté aux premiers pas de l’Homme dans la réalisation de l’Intelligence Artificielle : la Pascaline. Cette machine fabriquée par Blaise Pascal au 17ème siècle fut la première à calculer et de ce fait effectuer une chose que seul l’humain était capable de réaliser.

Des siècles plus tard, et plus exactement en 1997, on reparle d’IA grâce au fameux ordinateur d’IBM qui a réussi à battre le champion du monde d’échecs.

Mais quelques années après, cela n’impressionnait plus les informaticiens. Ces derniers se sont attaqués à l’art, donnant à des ordinateurs de nombreux tableaux de Rembrandt, pour que ceux-ci les reproduisent à l’identique.  Puis il y a eu le jeu de Go en 2017, qui, avec son nombre de combinaisons possibles supérieur au nombre d’atomes de l’univers, était considéré comme l’un des plus difficiles à maitriser.  En 2018, les informaticiens ont réussi à apprendre à des algorithmes à bluffer et mentir, et ainsi un ordinateur a réussi à battre des joueurs de poker professionnels.

Après cette plongée dans l’histoire, Rachid Guerraoui a voulu expliquer au public présent d’où venait la puissance des algorithmes. « Celle-ci vient des systèmes informatiques. Ce qui fait la puissance de ces derniers, c‘est que chaque ordinateur est connecté à des milliers d’ordinateurs et permet de traiter un grand nombre de données, et à l’intérieur de chaque ordinateur il y a un réseau parallèle. La multiplicité de ces outils de calcul fait que l’ensemble est très puissant », a détaillé le professeur universitaire.

Malgré le fait que les plus grandes sociétés aujourd’hui (les GAFA) marchent toutes avec des algorithmes et que ces derniers ont fait leur preuve en médecine, pour M. Guerraoui, on ne peut pas faire totalement confiance à l’IA.

Et pour cela il a donné l’exemple de la navette Ariane 5, qui a explosé quelques secondes après son départ. Développée avec le même logiciel de navigation que celui conçut pour Ariane 4, ayant fait ses preuves pendant de nombreuses années, les moteurs d’Ariane 5 étaient bien plus puissants que ceux d’Ariane 4 et le logiciel de navigation n’était pas prévu pour une telle puissance. Un bug informatique très bête selon M. Gerraoui, faisant ainsi d’Ariane 5, l’erreur informatique la plus chère de l’histoire. Le professeur a également rappelé le bug informatique responsable du crash du Boeing 737 max.

«Parfois, on peut leur faire confiance puisque le premier à rentrer à la cathédrale Notre Dame pour éteindre le feu était un robot autonome. Cependant, il y a eu des situations dramatiques à cause des algorithmes », selon M. Guerraoui.

D’après lui, la fragilité comme la puissance des algorithmes vient des systèmes informatiques. Le professeur a conclu son intervention en affirmant qu’il ne fallait pas faire totalement confiance aux algorithmes. « En revanche, on peut comprendre et maitriser cette confiance si on connait bien les systèmes informatiques », a-t-il précisé.

A. Loudni