Dr Fadwa Saadani

Société

Dr Fadwa Saâdani : L’éjaculation précoce concernerait un homme sur trois

le 10 juillet 2020


Même s’il est souvent difficile d’en parler, surtout dans des sociétés conservatrices comme la nôtre, l’éjaculation précoce ou prématurée touche près de 30% des hommes. Celle-ci arrive en tête de liste des motifs de consultation masculine en sexologie. Quelles en sont les causes ? Existe-t-il des solutions thérapeutiques ou médicales contre ce trouble ? Explications avec Dr Fadwa Saâdani, médecin psychothérapeute et sexologue.

La Nouvelle Tribune : Bonjour Docteur. Tout d’abord, qu’est-ce que l’éjaculation précoce ?

Dr. Fadwa Saadani : L’éjaculation précoce est un trouble sexuel masculin qui résulte de l’incapacité à contrôler volontairement le réflexe éjaculatoire.
Elle se définit par un délai très court entre le début de la pénétration et l’éjaculation, inférieur à deux minutes, avant que l’individu le souhaite et induisant une souffrance psychologique ou des difficultés de couple.

Ses causes sont-elles physiologiques ou psychologiques ?

Différentes causes peuvent être retrouvées, des causes neurobiologiques ou génétiques, des causes organiques (prostatite, hyperthyroïdie par exemple), des causes psychologiques (anxiété, dépression, peur de l’échec…) et des causes sexologiques ( faible activité sexuelle, dysfonction érectile).

Quelle est la prévalence du trouble ?

L’éjaculation précoce est le trouble sexuel masculin le plus fréquent. Elle affecte entre 20 et 30 % des hommes sexuellement actifs.

Quelles sont ses répercussions sur la santé et sur le couple ?

L’éjaculation précoce peut avoir des répercussions très négatives sur l’individu, sa partenaire et le couple.
Elle cause une souffrance psychologique importante chez l’homme, avec culpabilité, gêne, stress, anxiété et même perte de confiance en soi. Chez la partenaire, elle peut engendrer de la frustration avec irritabilité et agressivité. Elle peut aussi entraîner des difficultés de communication au sein du couple et des problèmes conjugaux.

Actuellement, quels sont les traitements modernes pour ce problème ? Et quel est le rôle de la dapoxétine contre cette affection ?

Il existe plusieurs solutions thérapeutiques à proposer au patient qui souffre d’éjaculation précoce.
Les thérapies comportementales sont les plus utilisées. Elles se basent sur un apprentissage du contrôle de l’excitation afin de pouvoir retarder l’éjaculation.
Il existe aussi des traitements médicamenteux qui peuvent être prescrits. La Dapoxétine est un médicament spécifiquement développé pour ce trouble. Il agit en retardant l’éjaculation. Il est utilisé à la demande, 1 à 3 heures avant l’activité sexuelle. Il faut toujours demander l’avis de son médecin ou pharmacien avant de l’utiliser.

Quels conseils pratiques donneriez-vous à un patient qui souffre de ce problème ?

Pour tout patient qui souffre de ce problème, je lui conseille d’abord d’en parler avec sa partenaire, sans gêne ni agressivité. C’est un trouble qui affecte le couple et qui doit être traité au sein du couple.
Ensuite, je conseille de consulter son médecin généraliste, un urologue ou un sexologue, de préférence en compagnie de sa partenaire. Le médecin, en fonction du besoin et de la motivation du patient, prescrira un médicament tel que la Dapoxétine, conseillera de commencer une thérapie comportementale ou les deux. Parfois, il y aura besoin de suivre une psychothérapie personnelle ou une thérapie de couple.
Dernier conseil, continuer à communiquer dans le couple, à s’entraider et à être bienveillant l’un vis-à-vis de l’autre.

Propos recueillis par Asmaa Loudni