Coronavirus : Tenue de la troisième réunion du Comité de Veille Economique (CVE)

Économie et Finance

Des mesures immédiates pour éviter l’asphyxie de la PME !

le 4 juin 2020


Dieu merci, la crise sanitaire s’estompe de plus en plus et de jour en jour ! Toutefois, elle fait place à une crise économique dont l’ampleur est indescriptible et la mesure désastreuse, comme le prouve le chiffre du jour celui de la chute de la croissance française de 11%, qui traduit une réelle dépression de l’économie de ce pays partenaire historique du Maroc.

Au Maroc, le Comité de Veille Economique et les groupements professionnels s’activent pour faire face à une crise économique dont l’ampleur n’a pas encore été mesurée par un taux de récession. Et la situation budgétaire malgré les milliards récoltés par le fonds spécial dédié à la gestion du Covid 19 comme celle du tissu économique, s’est beaucoup fragilisée.

En effet, le Ministre des finances a annoncé dès le début du mois de mai des mesures de relance économique affirmant une réorientation de l’effort de l’Etat vers un appui aux différents secteurs en difficultés et de leurs acteurs, qu’il est inutile de citer tant ils sont connus et communs à tous les pays du monde comme le tourisme ou encore le secteur des transports aérien, terrestre et maritime, qui lui est directement lié.

Certes, sans les mesures de soutien mis en place pendant la crise du Covid 19, la situation aurait été plus grave, qu’il s’agisse des indemnisations des salariés du secteur formel des entreprises en difficulté, dont des centaines de milliers d’entreprises et des millions de salariés ont bénéficié. Mais aussi, des versements des aides financières au profit des ménages opérant dans le secteur informel à plus de 85% de l’ensemble de la population éligible, soit 3,7 millions de ménages. Pour les particuliers, pour plus de 400 000 personnes, dont les revenus ont baissé, l’Etat et le secteur bancaire ont pris en charge l’intégralité des intérêts intercalaires, générés par le report des échéances des crédits logement et consommation pour la période s’étalant entre mars et juin 2020.

Les entreprises, quant à elles, ont été soutenues par le crédit trésorerie, Damane Oxygène en faveur des Très Petites Entreprises (TPE), des Petites et Moyennes Entreprises (PME) et des Entreprises de Taille Intermédiaire (ETI), qui a été prorogé jusqu’au 31 décembre 2020, et pour lequel aucune sûreté n’est exigée.

Quant aux entreprises réalisant un chiffre d’affaires de plus de 500 Mdh par an, elles vont bénéficier d’un dispositif approprié pour le financement de la relance.

Un comité constitué par le Ministère de l’Economie, des Finances, Bank Al-Maghrib, la CGEM et le GPBM, devrait en préciser les mesures.

Ainsi, l’Etat a très vite manifesté un engagement fort pour la relance économique, le soutien des banques pour l’octroi de financements massifs auprès de tous les segments des entreprises, privées et publiques, en vue de préserver l’emploi, réduire fortement les crédits inter-entreprises, et restaurer la confiance.

Mais, qu’en est-il, aujourd’hui de la concrétisation de ce « plan » de relance ? Quel bilan chiffré des entreprises qui ne peuvent pas faire face à la crise qui les a frappées ? Comment compléter ces mesures structurelles par d’autres immédiates encore plus importantes pour sauver des entreprises et des emplois ?

Certes, une loi de finances rectificatives est en élaboration, elle devrait, d’une part mettre à jour les dépenses et recettes de l’Etat mais aussi et surtout, mettre à niveau les arguments de politique économique avec des financements innovants comme la création de fonds avec des capitaux publics et privés, nationaux et internationaux, pour recapitaliser les grandes entreprises et les accompagner dans leur croissance tout en assainissant leur bilan souvent alourdi de dettes de toutes échéances de trésorerie, de moyen et de long terme.

Mais, la loi de finances rectificative est surtout très attendue pour l’annonce de mesures d’urgence qui doivent être mises en place pour aider les entreprises notamment les PME, à reprendre leur activité.

Car, nombre de PMEs se trouvent dans une situation de défaillance grave du fait double d’un manque de trésorerie dû à la perte de chiffre d’affaires, d’une part, et des difficultés de recouvrement, de l’autre.

Malheureusement, la seule solution qui leur est offerte est le Crédit Oxygène qui a déjà bénéficié à plus de 20.000 entreprises et 420.000 dossiers pour près de 12 milliards de DH.

Celui-ci qui peut être transformé en crédit à moyen terme par un report des échéances de crédit, ou en un crédit pour le financement du fonds de roulement. Sous cette forme, cette aide constitue pour les PMEs un endettement supplémentaire.

Or, la sortie de crise pour les PMEs en particulier, consiste en même temps à redémarrer leur activité et rattraper difficilement celle des mois perdus, et de trouver des solutions de paiements de leurs échéances mises en suspens depuis 4 mois.

C’est ce cap qu’il faut aider les entreprises à dépasser pour éviter leur faillite et la perte d’emplois qui s’en suivrait.

Concrètement, comment une entreprise pourrait faire face à ses échéances fiscales mise en suspens depuis mars alors qu’elle n’a pas de trésorerie, puisqu’elle n’a pas encore relancé son activité ?

Comment pourra-t-elle payer début juillet la TVA, l’IR et les charges de la CNSS des 4 deniers mois tout en recommençant à prendre en charge la totalité de ses salaires et de ses autres charges courantes ?

La seule solution qui s’offre à elle est de s’endetter encore et encore ! Alors même que les banques refusent d’accorder aux PME des crédits de trésorerie pour payer les impôts arguant que celles-ci doivent en demander le report , qui se traduirait par un crédit envers l’Etat.

La PME n’a donc que la solution de cumuler des dettes pour sortir de la crise.

Malheureusement, le Ministre des Finances, M. Benchaaboun, vient de préciser au Conseil de la CGEM, qu’il n’y a aucune raison pour que les déclarations fiscales ne soient pas faites.

Selon lui, «il faut distinguer entre le report des déclarations et des paiements», en laissant l’ouverture d’un examen de la situation des entreprises en difficulté au cas par cas pour que le règlement s’effectue de manière plus adaptée».

Il reste à savoir si cette ouverture pourra aboutir à un abondement par l’Etat des impôts dus sur les trois mois d’arrêt d’activité des PMEs.

S’adressant à la CGEM, M. Benchaaboun, tenait compte du fait que les membres de cette confédération, sont essentiellement des grandes entreprises qui réalisent un chiffre d’affaires moyen supérieur à 500 millions de dirhams et qui attendent le plan de relance de l’économie en gestation…

Afifa Dassouli