Économie et Finance

CGEM, Mezouar, du mea culpa au plaidoyer pro domo…

le 24 janvier 2019


Tout le gotha de la presse écrite et électronique nationale était au rendez-vous donné par Salaheddine Mezouar, Président de la CGEM, mercredi matin, dans un palace casablancais.
On peut même dire que très rares ont été jusque-là les occasions ou rencontres qui avaient réuni dans un même lieu autant de patrons(nes) de presse et autres rédacteurs (trices) en chef !
Pour un premier « petit-déj » avec ces faiseurs d’opinion, on peut donc dire que M. Mezouar a fait salle comble, ce qui, faut-il le souligner, exprime parfaitement l’intérêt que les journalistes accordent à une vénérable confédération patronale qui a très souvent fait les Unes ces dernières semaines…

A bon entendeur…

Entouré de sa garde rapprochée, le vice-président général Faiçal Mekouar, MM. Hdid, Mellouk et Agoumi notamment, le président élu et en exercice de la CGEM s’est livré, durant plus de deux heures, à l’exercice difficile de la communication directe, qu’il a voulu aussi franc qu’exhaustif.

Au point où l’on a pu se demander si M. Salaheddine Mezouar n’a pas été marxiste-léniniste dans une vie antérieure tant l’autocritique à laquelle il s’est livré a été complète et détaillée !
Mais le patron des patrons, qui a reconnu d’emblée un réel déficit de communication tout au long des premiers mois de sa présidence, et qui a répété plusieurs fois cet aveu, voulait manifestement faire plusieurs mises au point et s’expliquer sur des épisodes récents de la vie de l’organisation qu’il préside, et qui ont fait les choux gras de la presse.

Il a également profité de cette occasion pour mettre les points sur les « i » et même sur les « j », tout en distillant quelques piques et critiques à ceux qui, selon ses propos, n’auraient toujours pas accepté son élection à la tête de la confédération, acquise, dixit l’intéressé, avec plus de 80% des voix !

De sa longue intervention, soutenue par des fiches manuscrites, ce qui indique qu’il avait minutieusement préparé cette rencontre, on retiendra essentiellement la volonté affirmée de M. Mezouar d’introduire règles, principes, transparence et respect des procédures dans tous les actes, actions et comportements de la CGEM et de ses membres, quels qu’ils soient.
Revenant sur l’épisode de l’élargissement du Conseil d’administration de l’organisation, le président a expliqué les motivations qui étaient siennes, celles d’un souci de représentativité, de rajeunissement et d’implication de tous.

Sans omettre de reconnaître que si les statuts n’avaient pas été respectés dans sa démarche initiale, une commission statutaire avait rétabli une norme qui, jusque-là, n’avait jamais été appliquée par ses prédécesseurs !

C’est dans la même veine qu’il a abordé l’épisode particulièrement commenté de «l’élection » d’un représentant de la confédération au poste de vice-président de la Chambre des Conseillers.
Pour Salaheddine Mezouar, qui a exprimé publiquement toute la considération qu’il portait à l’ancienne vice-présidente, Mme Neïla Tazi, son éviction d’un tel poste a été légitimée, selon lui, par l’adoption de règles démocratiques de désignation d’un candidat au sein du groupe des parlementaires CGEM. Et de révéler au passage que dans le passé, alors qu’il n’était pas aux commandes, il n’avait pas été partisan d’une présence des patrons, par excellence représentant du monde économique, au Parlement où sévissent les partis politiques et leurs pratiques…
Idem pour «l’affaire Rahhou», qu’il a chargé de louanges avant d’estimer qu’il revenait à M. Rahhou et à lui seul de donner des explications sur les raisons de sa démission.

De ces observations remarques et critiques à peine voilées contre ses « ennemis de l’intérieur » qui préfèrent passer par la presse que de l’affronter courageusement devant les instances internes de la CGEM, on relèvera également les longues justifications qu’il a fournies sur les déplacements à l’étranger du président d’une organisation devenue l’expression même de la diplomatie économique du Royaume, au point où une « CGEM internationale », à l’image de ce qui se fait au MEDEF français, sera prochainement mise sur pied.

Veni, vidi, vici

La seconde partie du propos de M. Salaheddine Mezouar a été dédiée à la présentation des objectifs actuels et futurs du patronat national avec des annonces qui ne sont pas passées inaperçues comme l’affirmation du rôle premier joué par l’instance qu’il préside lors des discussions préliminaires à la présentation du PLF 2019, où, plutôt que d’arracher des « mesurettes», M. Mezouar et ses pairs ont préféré presser l’État de procéder à l’apurement des arriérés de paiements, de rembourser les crédits de TVA dûs aux entreprises ou encore éloigner le Maroc de la « liste grise » sur laquelle il figurait par décision d’une directive européenne.

De même, la CGEM aurait joué un grand rôle pour conforter la progressivité de la TVA avec le passage du taux de 20% à celui de 17%, etc.

Abordant la question du dialogue social, le patron des patrons a annoncé sa volonté de « doubler » le dialogue tripartite, (syndicats, patronat, gouvernement,), en privilégiant le dialogue bilatéral avec les syndicats, notamment sur la flexibilité de l’emploi, l’instauration de mécanismes réguliers de hausse du SMIG, lequel serait indexé sur le taux annuel d’inflation, etc.
M. Mezouar, qui a appelé à la tenue d’assises sur l’informel, a soutenu également la décision de report d’application de l’ICE et de la facturation électronique, réclamant une démarche d’explication et de communication à l’endroit des réfractaires.

Il a annoncé que la CGEM se préparait activement aux Assises de la Fiscalité prévues pour le début mai 2019, précisant que les patrons ne se satisferaient pas en cette occasion de promesses ou de recommandations, mais de mesures concrètes et immédiatement opératoires.

In fine, le président de la CGEM, qui n’a pas manqué de répondre aux questions de l’assistance, a voulu montrer sa détermination à l’érection d’une nouvelle CGEM, plus transparente, plus réactive, respectueuse des règles de fonctionnement démocratique, ouverte aux débats et à la confrontation d’idées, mais sans donner l’impression pour autant qu’il « tendrait l’autre joue » si de nouvelles «interférences médiatiques » devaient à l’avenir tenter de fragiliser sa mandature et de promettre que le déficit de communication, largement reconnu et assumé par lui, serait désormais comblé…

Salaheddine Mezouar se «voulant dans l’action », on attendra donc que ses intentions se concrétisent pour se faire …une religion !

Fahd YATA