Économie et Finance

CGEM : Pour un fauteuil et un tabouret…

le 18 avril 2018


Alea jacta est ! La CGEM a fait connaître, en fin de semaine dernière, quels étaient les binômes agréés pour la course aux postes de président et vice-président de la confédération patronale, une élection prévue pour le 22 mai prochain.

Quatre candidats sont donc en lice pour ces deux postes hautement stratégiques de représentation et de défense du monde de l’entreprise.

Il y a le tandem Salaheddine Mezouar et Fayçal Mékouar auquel sera confronté celui constitué de M. Hakim Marrakchi et Mme Assia Benhida.

Plusieurs observations méritent d’être faites concernant chacune de ces équipes.

Le premier tandem, Mezouar-Mékouar, a probablement surpris plus d’un lors de l’annonce de sa constitution. En effet, M. Mezouar a eu, dans une vie antérieure à ses responsabilités gouvernementales, (qui commencèrent en 2004 pour prendre fin en avril 2017), des activités de patron d’entreprise. il été notamment le Directeur général de Settavex, une unité industrielle textile hispano-marocaine à Settat, tout en assumant la présidence de l’Association marocaine de l’Industrie Textile (AMITH) et la présidence de la Fédération de l’industrie textile et du cuir au sein de la CGEM.

Mais, force est de reconnaître que ses liens avec le monde entrepreneurial s’étaient fortement distendus au cours des quinze dernières années.

Au point où sa qualité de « patron », lui permettant donc de briguer la présidence du patronat, lui a été reconnue grâce à sa cooptation, fin 2017, au sein d’une entreprise d’un proche, M. Omar Benjelloun qui opère, avec CTC, dans l’importation de produits et de machines pour l’industrie textile.

Par ailleurs, son passé récent de premier responsable du Rassemblement National des Indépendants, RNI, poste qu’il a assumé de 2010 à octobre 2016 et dont il est toujours membre du Bureau Politique, a suscité des réactions mitigées au sein du patronat où certains craignent des opérations d’Inzal des partis politiques sur la CGEM.

Ce que pourrait confirmer à contrario la candidature refusée d’un proche de l’Istiqlal, M. Khalid Dahami, par la confédération patronale.

Pour son colistier, M. Fayçal Mékouar, qui dirige l’un des plus grands cabinet d’audit et d’expertise comptable du pays, nulle réticence ou prévention de ses pairs du patronat, le candidat à la vice-présidence ayant un long passé d’activiste et de défenseur de la PME au sein de la CGEM.

A l’opposé de ce binôme, celui de M. Hakim Marrakchi et Mme Benhida, paraît être plus naturellement issu des rangs de la confédération, même s’il est évidemment moins flamboyant au premier abord.

Mais l’un et l’une sont incontestablement « ould et bent dar », de même que des opérateurs économiques reconnus et appréciés comme tels.

M. Hakim Marrakchi est un industriel qui opère dans la fabrication de produits alimentaires et tout particulièrement de la pâte à mâcher, (chewing gum).
Tout ce qui occupe la bouche et les mâchoires, (voire l’esprit), de millions de personnes au Maroc, en Afrique, en Europe, aux États-Unis, au Brésil, etc., provient majoritairement des machines de M. Marrakchi, dans une usine des plus modernes.

L’industriel fait partie des cercles dirigeants du patronat depuis plus de dix ans et a assumé un rôle important durant les deux mandats de l’actuelle présidente, en tant que « ministre des AE » de la confédération.

Sa co-équipière, Mme Benhida Ayouch, est connue pour son expertise dans le conseil et la formation, qu’elle met depuis plus de vingt ans au service des entreprises, mais aussi pour son engagement au sein des instances de la CGEM.

Elle bénéficie d’un atout irrécusable, celui de vouloir perpétuer l’implication de la Femme dans la gouvernance de la confédération, reprenant ainsi, le flambeau que Mme Miriem Bensalah Chaqroun a si hautement porté durant deux mandats successifs.

Autre avantage du tandem Marrakchi-Benhida, le fait qu’ils représentent le coeur et le corps mêmes du système productif national, l’industrie et les services, et qu’à ce titre, ils connaissent à la perfection les problématiques et les enjeux qui interpellent aujourd’hui les patrons marocains.

Enfin, dernière observation sur cette élection qui promet d’être très disputée, l’absence de candidat ouvertement « makhzénien ».

Les quatre personnalités en lice sont, assurément, « personae gratae » auprès des plus hauts cercles, mais pour ce coup-ci, on a le sentiment, corroboré par quelques indiscrétions qu’il serait non éthique de reproduire ici, que pour cette course à la présidence de la CGEM, « les jeux sont ouverts » et ni conseil, ni consigne, ni soutien n’auraient été donnés ou promis…

Alors, que les meilleurs gagnent !

Fahd YATA