Économie et Finance

CGEM, ça pédale dans la choucroute !

le 7 janvier 2019


Décidément, la CGEM n’est plus ce qu’elle était !

On en veut pour preuve le dernier « scandale » qui vient de l’éclabousser quelques semaines à peine après l’éviction très machiste et peu compréhensible, (rationnellement parlant), de Mme Neïla Tazi de son poste de vice-présidente de la Chambre des Conseillers.

Cette fois-ci, c’est M. Ahmed Rahhou, personnalité du monde économique, pilier par ailleurs du Conseil économique, social et environnemental, véritable prince de la finance, banquier émérite, connu pour sa pondération et sa sagesse, qui a démissionné, avec discrétion et élégance, de son poste de vice-président de la confédération patronale, où il était en charge de la compétitivité des entreprises et de l’environnement des affaires.

Cette démission, qui n’a été que tardivement connue, met assurément l’équipe dirigeante actuelle dans le plus grand embarras, tant elle donne l’impression d’un lâchage du président actuel, Salaheddine Mezouar, par des grosses pointures dont la présence avait largement contribué à asseoir la légitimité et la position de l’ancien ministre des AE parachuté à la présidence du patronat.

Ahmed Rahhou avait, par sa position de vice-président en charge d’un domaine crucial pour l’entreprise et sa pérennité, fortement crédibilisé Salaheddine Mezouar, car sa présence accréditait la thèse que la nouvelle présidence continuerait dans la voie empruntée par les équipes précédentes, avec des hommes-clé à la tête des principales commissions.

Même s’il est connu que M. Mezouar n’était pas, au moment où il briguait la présidence du patronat, le candidat préféré de Mme Miriem Bensalah-Chaqroun, la présence de patrons comme Ahmed Rahhou ou encore Bachir Rachdi donnait une certaine épaisseur à un homme qui avait passé les quatorze dernières années de sa vie dans les arcanes de la haute administration publique.

Mais las !

Dès son entrée en fonction, la machine a connu des ratés qui ont permis de comprendre que le consensus patronal était aussi ténu que fragile…

Cela a commencé par la cooptation des administrateurs au lendemain de l’élection de l’actuel président, lequel, visiblement, a voulu tout à la fois, « remercier » ceux qui l’avaient soutenu dans sa campagne et s’assurer d’une majorité confortable dans cette instance dirigeante où plusieurs membres de droit du Conseil ne faisaient pas partie de ses féaux.

Le résultat de cette démarche clientéliste, jusque-là beaucoup plus pratiquée dans les partis politiques qu’au sein des organisations patronales, a été lamentable pour la CGEM et son image, qui, de ce fait et comme l’armée mexicaine au temps de Zapata, comptait plus de généraux que de soldats !

Plusieurs des « barons légitimes » de la confédération, tel M. Bachir Rachdi, en charge justement de la commission Éthique et Transparence, avaient alors rué dans les brancards et exigé le strict respect des statuts.

Une réaction qui avait obligé M. Mezouar à rectifier le tir en privant ses « protégés » du Conseil d’Administration de tout droit de vote, les rendant ainsi aussi inutiles que marqués au sceau rédhibitoire du « piston présidentiel » !

L’affaire Neïla Tazi, débarquée de son poste de vice-présidente de la seconde Chambre du Parlement par un quarteron (littéralement) de Conseillers étiquetés CGEM, a été le second signe d’une dérive jusque-là jamais connue à la confédération où les patrons avaient toujours su garder discrétion et fair play dans la conduite de leurs affaires internes.

Avec M. Mezouar, l’organisation patronale entrait par la grande porte dans les colonnes de la presse écrite et des portails électroniques sensationnalistes, ajoutant ainsi à l’arc de ces messieurs-dames, une corde qui leur avait toujours manqué…

Aujourd’hui, alors que M. Bachir Rachdi a été exfiltré de la CGEM pour s’occuper, sur nomination royale, de l’instance en charge de la lutte contre la corruption, et que M. Rahhou a tiré sa révérence, visiblement en désaccord avec les orientations et options du président Mezouar, on éprouve le sentiment bien net que la Confédération vient de perdre de grands pans de sa crédibilité tandis que les ragots, les interprétations abusives et les déclarations sous couvert d’anonymat fusent de partout.

Nul ne contredira le fait que cette situation place le président actuel dans une position des plus inconfortables, M. Rahhou étant considéré comme l’une des figures emblématiques du patronat et un pilier très solide de l’action de la CGEM.

Celle-ci, d’ailleurs, a manqué totalement son opération de justification et d’explication de ce départ, du fait de la cacophonie instaurée par des déclarations non autorisées de certains de ses dirigeants et non des moindres.

Avancer que le départ de M. Rahhou était programmé dès la prise de fonction de M. Mezouar est l’un de ces ratés de com’, car personne ne saurait croire que l’actuel PDG de CIH Bank aurait pu accepter un poste de vice-président pour quelques semaines seulement !

A moins de penser que la confédération patronale est devenue une cour d’école où se forment et se défont les amitiés et les alliances au gré des récréations…

La CGEM, qui fait plus parler d’elle désormais pour les scandales qu’elle génère, que pour un combat indispensable de soutien des entreprises, et notamment les PME, n’a à son actif présent qu’une « université d’été » et l’expression de sa satisfaction de la Loi de Finances 2019, outre les voyages à l’étranger d’un ancien ministre des AE.

Un départ visiblement aussi laborieux que maladroit pour M. Mezouar qui devra faire différemment s’il veut faire cesser les critiques justifiées qui lui sont adressées ici et là.

Ainsi va le monde !

Fahd YATA