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CEA : Peut-il y avoir une intégration africaine sans intégration maghrébine ?

le 11 novembre 2019


L’intégration maghrébine constitue un jalon essentiel du processus d’intégration continentale qui présente d’énormes opportunités en termes de croissance et d’emploi, a indiqué, lundi à Rabat, la directrice du Bureau pour l’Afrique du Nord de la Commission économique pour l’Afrique (CEA), Lilia Hachem Naas.

S’exprimant à l’ouverture d’un séminaire régional sur l’impact potentiel de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA) sur les économies maghrébines, Mme Hachem Naas a relevé que l’intégration maghrébine offre la possibilité de mieux tirer profit des atouts économiques et géostratégiques dont dispose la sous-région, au carrefour entre l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient.

« L’étude de la CEA (2017) portant sur l’industrialisation grâce au commerce en Afrique du Nord montre que la mise en place de mesures de facilitation des échanges, en plus de la ZLECA, aurait un impact particulièrement positif sur le commerce intra-régional », a t-elle souligné, notant que l’augmentation des échanges commerciaux intra-nord-africains de produits industriels manufacturés, est évaluée autour de 70%.

Elle a affirmé à ce propos qu’une intégration maghrébine renforcée dans ses différentes dimensions (mobilité des facteurs, coordination des politiques sectorielles, harmonisation des cadres normatifs, programmes et projets conjoints), renforcerait les pouvoirs de négociation des Etats de la région, et permettrait le développement du commerce et des investissements, la réalisation d’économies d’échelle par l’accroissement de la taille des marchés, une allocation plus efficace des ressources par le renforcement de la concurrence et une meilleure prévisibilité des politiques publiques par leur ancrage dans une perspective régionale.

La ZLECA, a t-elle dit, constitue un processus central pour réaliser les sept aspirations de l’Agenda 2063 et la vision africaine de développement pour les cinq prochaines décennies, soulignant que ce séminaire se propose donc de donner un large écho à l’ensemble des efforts qui visent une accélération de l’intégration et augmenter le commerce entre les pays d’Afrique du Nord d’une part mais aussi et surtout entre l’Afrique du Nord et le reste du continent.

Pour sa part, le secrétaire général de l’Union du Maghreb Arabe (UMA), Taïeb Baccouche, a mis en avant l’impact positif majeur de la ZLECA sur les économiques maghrébines, notant que celle-ci permettra de générer des emplois et contribuera ainsi à la croissance économique en Afrique.

Il a, dans ce sens, estimé que les avantages de la mise en application de l’accord portant création de la ZLECA sont très nombreux, faisant observer que celui-ci constituera « une source de richesse » pour l’ensemble des pays africains notamment au niveaux économique et social.

De son côté, Michaela Dodini, de la délégation de l’Union Européenne au Maroc, a relevé que l’intégration régionale et continentale est le fondement même sur lequel l’Union européenne a été construite. « L’UE est donc particulièrement bien placée, bien évidemment si cela est d’intérêt, pour partager avec l’Afrique son expertise et les meilleures pratiques en matière d’intégration économique continentale » a t-elle ajouté.

A travers son programme panafricain, l’UE a consacré 62,5 millions d’euros au soutien de la ZLECA sur la période 2014-20, a fait savoir Mme Dodini, notant qu’un soutien additionnel vient de l’aide européenne au commerce en Afrique, et à travers le Plan d’investissement extérieur de l’UE pour l’Afrique et le voisinage.

« Les accords commerciaux que la majorité des pays africains et l’UE ont conclu par le passé ont également eu un impact positif sur la dynamique de l’intégration économique en Afrique. Ces accords ont en effet permis de renforcer l’expertise de nos partenaires africains en matière de politique commerciale, et de mettre en place des outils qui sont aussi pertinents dans le cadre de la ZLECA », a t-elle poursuivi.

Elle a, à cet égard, précisé que l’objectif commun, tant de l’Union européenne que de l’Union africaine, est de promouvoir le commerce et les investissements en Afrique, en tant que vecteurs de croissance et de création d’emplois.

Organisée conjointement par la Commission économique pour l’Afrique (CEA) et l’Union du Maghreb Arabe (UMA), cette rencontre vise à promouvoir l’intégration économique africaine au niveau régional et continental par une meilleure implication des acteurs clés d’Afrique du Nord, et à encourager les économies maghrébines à renforcer leur positionnement dans le processus de construction du marché unique africain.

Ce séminaire régional de deux jours offre l’occasion aux représentants des pays membres de l’UMA (Algérie, Libye, Maroc, Mauritanie et Tunisie), négociateurs en chef de la ZLECA, représentants du secteur financier et du secteur privé, experts et observateurs de partager leurs analyses sur la ZLECA, leur compréhension des défis et des opportunités qu’elle renferme et ses implications pour le développement économique et la croissance. Ils procéderont par ailleurs à un examen approfondi de leurs politiques d’intégration régionale et continentale en vue de faciliter la formulation de nouvelles stratégies plus intégrées et mieux coordonnées.

Entrée formellement en vigueur le 30 mai 2019, la ZLECA vise à réduire les barrières tarifaires et non-tarifaires au commerce, à encourager l’ouverture des marchés et la facilitation du commerce, et à harmoniser les règles de commerce à travers le continent africain. Du point de vue du nombre de pays participants, la ZLECA constitue la plus grande zone de libre-échange au monde depuis la création de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), couvrant un marché potentiel de 1,2 milliard de consommateurs pour un produit intérieur brut (PIB) cumulé de plus de 2.500 milliards de dollars.

LNT avec MAP