La Bourse de New York, le 14 août 2019 © AFP Johannes EISELE

Économie et Finance

Bourses, les leçons d’un lundi noir

le 11 mars 2020


L’adage que les marchés financiers font la pluie et le beau temps, se justifie-il quand on constate que, du jour au lendemain, ils sont capables de décrocher en chœur de 8 à 10% et les reprendre le jour suivant ?

C’est pourtant le cas de toutes les bourses occidentales, asiatiques et même de la modeste petite bourse casablancaise qui ont repris ce mardi, la presque totalité de leurs pertes de la veille.

Pourtant, le lundi avait été qualifié de « noir » en référence au lundi 28 octobre 1929, jour funeste à la Bourse de New York marquant le départ de la Grande Crise de 1929, à laquelle on ne cesse de se comparer même si bien d’autres ont suivi.

Au point où le lundi 9 mars restera comme la pire journée pour les marchés financiers mondiaux depuis la crise de 2008.

Il s’agit d’une dépression boursière mondiale et qui s’explique par les mêmes causes.

La première reste certainement le krach pétrolier avec une chute de plus de 30% du prix du baril qui a donné le signal que la crise économique s’installait avec l’épidémie du COVID 19.

La demande de pétrole étant étroitement liée à l’activité économique, la faiblesse de cette dernière s’est traduite spontanément sur les marchés des matières premières par une correction du cours de l’or noir.

Sauf que lundi dernier, la crise pétrolière exprimait surtout le conflit russo-saoudien sur la régulation de la production mondiale pour s’adapter à la crise actuelle afin de maintenir justement le cours en question.

Donc, le coût du baril tombé à 30 dollars ne traduisait pas le couple offre et demande, mais une crise politique entre les plus gros producteurs mondiaux.

Preuve en est que lendemain, les cours du pétrole se sont bien redressés, entrainant la progression des indices  boursiers dans leur sillage, comme à Wall Street où le Dow Jones  a pris +3,40% et +3,42% pour le Nasdaq dès l’ouverture de la bourse américaine mardi.  Une hausse qui est cependant loin de faire oublier la brutale chute de plus de 8 % enregistrée la veille pour les places boursières européennes, même si elles également ont repris mardi leurs pertes de la veille.

Idem pour la bourse de Casablanca où, à son modeste niveau, les indices ont repris les 7% perdus la veille.

Ce que l’on n’oubliera pas cependant c’est que lundi 9 mars 2020, les Bourses ont clôturé en baisse dans une fourchette allant de 8 % à 11 %, des niveaux qu’elles n’avaient plus connus depuis les pires moments de la crise financière de 2008 !

Les analystes n’ont d’ailleurs pas manqué de remarquer l’exubérance des marchés qui ont connu des niveaux d’indice très élevés depuis la crise de 2008 et qu’une correction non seulement était inéluctable mais aujourd’hui appréciable.

L’autre constat qui ne manque pas d’inquiéter, vient du fait que l’attaque boursière de lundi denier a touché tout particulièrement le secteur bancaire, rappelant sa précarité en période de crise et le traumatisme encore vivant de la faillite de Lehman Brothers.

Cette tempête boursière au demeurant très passagère puisqu’elle n’aura duré qu’un jour, démontre cependant que sur les marchés financiers, les fortes corrections de cours sont souvent rapidement amorties par tous les investisseurs qui s’empressent de profiter des opportunités de cours attractifs qu’elles offrent.

Et que, surtout, le Krach pétrolier n’en est pas un, puisque le rebond a d’abord touché les cours du pétrole qui sont reparti à la hausse avec un baril de brut américain WTI à 33,93 dollars comme le baril de Brent de la Mer du Nord à 37,30 dollars, gagnant plus de 10 %.

Toutefois, le coronavirus n’en est pas moins à l’origine de la crise boursière de lundi dernier, les places financières, dans leur colère, ont montré une très forte attente des implications des États face à ce drame sanitaire qui n’épargne aucun continent, ni pays.

Elles sont dans l’attente des programmes des États pour répondre à la double crise sanitaire et économique.

Une des positions les plus influentes pour les marchés est celle de Donald Trump qui vient  d’annoncer que pour soutenir l’activité économique contre l’impact de l’épidémie de coronavirus, il allait prendre des mesures « majeures » sous forme de réductions de charges sociales et d’impôts notamment.

Comme d’ailleurs c’est le cas, entre autres, de la France où le Ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Lemaire, s’est déjà engagé à des compensations en faveur de certains secteurs et entreprises.

Enfin, les investisseurs attendent la réaction de la BCE jeudi prochain, après la baisse de taux de 50 points de base décidée par la FED la semaine dernière, pour des soutiens aux économies européennes en général et celles des pays les plus touchés comme l’Italie en particulier.

 Au Maroc, dont l’économie ne manquera pas d’être impactée par la crise européenne conséquente à celle du Coronavirus, on espérera que la Banque centrale sera certainement aussi réactive si nécessité s’en faisait sentir …

Afifa Dassouli