Politique

Ayouch-Zefzafi, dialogue par-delà les barreaux…

le 31 août 2017


Selon plusieurs organes de la presse nationale, électronique ou écrite, le publiciste bien connu Noureddine Ayouch aurait eu des entretiens à la prison de Oukacha avec Nasser Zefzafi, leader du Hirak, et ses codétenus.
Ce premier round, confirmé par M. Ayouch lui-même, devrait être suivi d’un second, dans les jours à venir.

On ne s’étonnera pas de cette démarche de Noureddine Ayouch, l’une des personnalités les plus en vue de la société civile marocaine, connu pour ses prises de positions et ses engagements dans le champ des libertés publiques, de la démocratie, de l’usage du dialectal ou encore pour l’égalité dans l’approche genre.

On sait également que le patron de l’Agence Shem’s est proche de certains cercles dirigeants du Royaume, ce dont il ne s’en cache d’ailleurs pas.

Mais, à dire franchement, ce « dialogue par-delà les barreaux » n’est pas sans induire quelques questionnements, non sur le bien-fondé de la démarche, ce qui n’interpelle que Noureddine Ayouch lui-même, mais sur le fond et les implications de ces « discussions » entre un citoyen libre de ses mouvements, et un second, en détention depuis la fin du mois de mai, sur lequel pèsent des accusations graves, et soumis à une procédure judiciaire.

En effet, cette rencontre laisse d’abord supposer que l’homme public qu’est Noureddine Ayouch a, au minimum, reçu l’approbation préalable des autorités de ce pays pour entreprendre ce cycle de contacts avec la figure emblématique des manifestations d’Al Hoceima. Mais à quel titre ?

Tout autre citoyen, en dehors de la parenté proche de Zefzafi ou de ses avocats, n’aurait sans doute pas la possibilité de discuter dans l’enceinte d’un établissement pénitentiaire avec un détenu aussi médiatisé que le leader du Hirak.

On en vient donc à se demander quel est le mandat de M. Ayouch et quels sont les objectifs qu’il poursuit.

Par ailleurs, l’idée même de rencontres multiples implique qu’il y a entre ces deux hommes une forme de négociation, laquelle, bien évidemment, se déroule en dehors des cadres officiels, mais avec, au moins, l’obligation pour M. Ayouch, d’en informer ceux qui lui ont permis cette « médiation ».

Enfin, parce que les liens entre Noureddine Ayouch et certaines personnalités proches du « premier cercle » sont connus, on en vient à croire que le Pouvoir chercherait une issue autre que la voie de la justice pour régler définitivement « l’affaire d’Al Hoceima ».

Il est vrai qu’un prochain procès, qui ne manquerait pas de connaître un fort retentissement, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, avec la présence d’une couverture médiatique internationale, ne serait peut-être pas la meilleure solution pour tous ceux qui ont travaillé au retour à la normalité à Al Hoceima et ses environs.

Tout ceci, in fine, serait donc positif si la mission de M. Ayouch était couronnée de succès, mais laisserait quand même un sentiment d’inconfort chez tous les partisans du respect des cadres institutionnels, des procédures en cours, de la primauté de l’état de Droit…

Pour d’autres, plus souples et soucieux de réalisme politique, M. Ayouch userait de son charisme, de son statut et de ses amitiés, pour dénouer une crise qui pourrait fort bien repartir à la faveur d’une relance favorisée par les « clameurs des prétoires ».

En tout état de cause, discuter, chercher une issue positive, réduire la tension, éviter de transformer Zefzafi en héros ou en martyr, ne serait que profitable à notre pays et à ses institutions.
Alors, good luck, Mister Ayouch !

Fahd YATA