Le Chef du Gouvernement, Saâd Eddine El Othmani. Source : MAP

Politique

Aïd El Adha, y a-t-il un pilote dans l’avion ?

le 27 juillet 2020


La viande du mouton de l’Aïd El Adha sera particulièrement fade cette année après la décision des autorités publiques de mettre en quarantaine huit des plus grandes villes du pays depuis dimanche dernier à minuit, rendant ainsi impossible la célébration de cette fête pour des millions de personnes !

Fade certainement, mais pouvait-il en être autrement alors que les chiffres des nouvelles infections à la Covid-19 explosent littéralement depuis quelques jours en plusieurs régions du pays, induisant le dépassement de la barre des 20 000 cas et que la majeure partie d’entre eux provient de clusters industriels ?

Les citoyens seront certes déçus, frustrés, en colère même, notamment ceux qui planifiaient de célébrer l’Aïd dans leurs villes ou villages d’origine ou encore ceux qui, écoutant les « sirènes » vantant les offres promotionnelles pour la relance du tourisme interne, avaient fait des réservations dans des unités hôtelières lesquelles, également, se retrouvent ainsi « le bec dans l’eau » ?

Mais ce n’est pas tant l’opportunité de la décision qui suscite l’ire légitime de nos concitoyens que le momentum choisi pour l’annonce de cette mesure radicale.

En effet, elle est sous-tendue par deux hypothèses contradictoires.

Si cette interdiction de circuler entre les villes a été prise en raison de la montée des infections, on s’interrogera sur l’existence d’une réelle politique de communication du gouvernement (chefferie, ministère de l’Intérieur, ministère de la Santé), car l’annonce en a été faite de façon abrupte, par le biais d’un communiqué aussi sec qu’avare en explications un dimanche soir !!!

Les Marocaines et les Marocains méritent-ils un tel traitement ?

La seconde hypothèse, machiavélique sans doute, mais corroborée par l’absence d’adresses convaincantes au public, énonce qu’il s’agit là d’une décision mûrement réfléchie, volontairement annoncée à quelques jours seulement de l’Aïd afin de permettre les transactions « moutonnières »entre vendeurs ruraux et acheteurs urbains, pour, à la fois, drainer des flux financiers vers les campagnes et restreindre en même temps toute menace d’extension du nouveau coronavirus à l’échelle nationale.

Car, dans la pratique, il n’y aura quasiment pas de célébration normale de la fête pour tous ceux qui prévoyaient de quitter Casablanca, Fès, Tanger ou Marrakech, (entre autres) !

Voilà pourquoi nombre de citoyens crient à l’arnaque parce que durant plusieurs semaines, on les a abreuvés de conseils et informations officiels sur les modalités spéciales prises pour l’Aïd, avant de les ramener en arrière subitement…

Quand on s’intéresse aux politiques de communication de pays voisins, outre Détroit certes, on constate que la première préoccupation de leurs dirigeants gouvernementaux est de tenir correctement et amplement informées leurs opinions publiques respectives en fournissant explications et justifications destinées à expliquer leurs décisions.

En ce sens, les chaînes de télévision, les radios, la presse écrite et électronique sont mises à contributions, tel Premier ministre se soumettant (de bonne grâce ou non) aux questions des journalistes, tel responsable de la Santé publique faisant le tour des plateaux TV pour s’adresser aux citoyens.

Rien de tout cela chez nous, alors que désormais l’on n’a droit qu’à des communiqués insipides égrenant les derniers chiffres des méfaits de la Covis-19 dans notre pays.

Au point où la très officieuse MAP a pris la décision, il y a plusieurs jours, d’interrompre la publication de ces communiqués aussi plats que l’électrocardiogramme d’une personne décédée…

Alors, même si le mal est fait, même si huit grandes villes sont bouclées, (jusqu’à quand ?), même si l’Aïd El Adha sera tronquée et au goût amer, il faudra prendre la mesure, chez les responsables publics, des effets à court, moyen et long terme, de leur politique de Com’ si désastreuse.

Nul doute que les Marocains ne l’oublieront pas de sitôt et qu’une nouvelle et épaisse couche de désaffection populaire envers le gouvernement aura été ainsi appliquée par ces responsables !

Fahd YATA