Politique

2019, une année bof !

le 24 décembre 2019


2019 s’en va, mais qui la regrettera ? Il est, certes, de tradition d’établir le bilan d’une année qui s’achève, mais pour 2019, l’exercice est vite fait.
La colonne Passif est beaucoup plus longue que celle dévolue à l’Actif, ce que personne ne contestera.

Hormis des discours royaux sévères et annonciateurs de réformes, une politique faite de succès incontestables pour notre question nationale sacrée, le reste n’est guère affriolant, avec une économie atone, des tensions sociales latentes, des revendications pressantes non satisfaites, alors que la corruption et les autres maux qui l’accompagnent, est toujours omniprésente, faute d’une volonté claire des pouvoirs publics de la combattre à partir d’exemples forts et dissuasifs.

Mais, diront certains, égrener, telle une litanie, toutes les insuffisances, lacunes et dysfonctionnements n’est guère productif s’il n’existe pas une véritable volonté de changement.
Celle-ci, certes, est réelle au plus haut niveau de l’État, mais, comme dit l’adage, une main seule ne saurait applaudir.

Alors que l’on s’engage dans la recherche d’un nouveau modèle de développement, sous l’égide d’une commission ad hoc, il s’agit de s’interroger sur l’élément humain, c’est-à-dire ceux qui, au sein de l’appareil de l’État, au niveau des instances parlementaires, de la classe politique et même dans les déclinaisons régionales, seront chargés de le mettre en œuvre.
Avons-nous aujourd’hui les ressources humaines capables d’implémenter ce nouveau modèle qui, assure-t-on, sera notamment fait de réformes hardies et courageuses ?

L’incroyable force d’inertie qui caractérise une bonne partie des structures du pays sera-t-elle capable de se transformer en un élan fondateur d’une nouvelle ère, faite d’avancées sociales, de progrès et de croissance économique génératrice de richesses qui seront mieux et plus équitablement réparties ?

2019 et les années qui l’ont précédée ont largement montré que l’élément humain est largement responsable des failles et lacunes aux effets sociaux dévastateurs.
L’affaire d’Al Hoceima, « Madinat al Mounawara” est encore fraîche dans toutes les mémoires pour le rappeler. Et ce n’est pas le seul exemple d’une incurie dont certains des responsables ont été sinon punis, du moins remerciés…

On a donc la pénible impression que la volonté d’avancer, telle qu’officiellement et hautement proclamée, bute et butera encore sur la qualité des ressources humaines.
Rappelons-nous, il y a plusieurs décennies, l’ardeur des partis communistes, et notamment soviétique et chinois, à proclamer la naissance d’un « homme nouveau » !

Devant l’impossibilité de réaliser une telle gageure, l’URSS et son PCUS ont disparu, tandis que la Chine Populaire et son PCC revenaient au capitalisme d’État, pudiquement appelé « économie socialiste de marché »…

Alors, certes, il ne s’agit pas de mener une révolution illusoire pour changer les mentalités et les comportements, mais plutôt d’accompagner cette quête d’un nouveau modèle de développement d’une vaste entreprise de régénération et de rajeunissement des instances décisionnelles, des institutions, des partis et autres syndicats.

Parce que, trop souvent, lorsqu’il s’agit de promouvoir de nouvelles compétences, de nommer de nouveaux responsables, on assiste à une opération de chaises musicales qui ne laisse que trop peu de place à la jeunesse, (trentenaire ou quarantenaire).

Notre pays, notre diaspora, sont pourtant riches de compétences, mais, nul doute que ceux qui sont en charge du « rajeunissement du parc », rechignent à la tâche, alors que le copinage, le réseautage, le piston et les intérêts croisés ou communs dominent trop souvent cette quête !

Alors, s’il s’agit de « donner un peu de temps au temps », de préparer la mise en route d’un nouveau modèle de développement, tandis que les insuffisances sont largement connues grâce aux rapports de la Cour des Comptes ou du Conseil Économique, Social et Environnemental, que s’organise dans l’intermède une véritable course aux compétences, et, pourquoi pas, sous la responsabilité d’une équipe de « chasseurs de têtes » dynamique et débarrassée d’influences néfastes.

L’exemple magnifique du Policy Center for the South, savamment drivé par Karim El Aynaoui et soutenu quelque peu par l’OCP, a largement prouvé que l’entreprise n’était pas impossible.

Et, à cette condition, 2020 sera peut-être l’année d’une véritable transition. C’est tout le mal que l’on se souhaite…

Fahd YATA