MM. Abdellatif Ouahbi, secrétaire général du Parti Authenticité et Modernité, Nizar Baraka, secrétaire général du Parti de l’Istiqlal, et Nabil Benabdallah, secrétaire général du Parti du Progrès et du Socialisme

Politique

Vie Politique : Un trio improbable, mais…

le 27 juillet 2020


Un proverbe anglais dit « never say never » et il se trouve qu’il s’applique parfaitement à la conjoncture politique actuelle dans notre pays.

En effet, il y a quelques jours, on a pu assister à la sortie publique d’un « trio » jusque-là sans doute jugé hautement improbable, et qui s’est matérialisée par une conférence de presse commune de MM. Abdellatif Ouahbi, secrétaire général du Parti Authenticité et Modernité, Nizar Baraka, secrétaire général du Parti de l’Istiqlal, et Nabil Benabdallah, secrétaire général du Parti du Progrès et du Socialisme afin de présenter un mémorandum commun sur le déroulement des prochaines échéances électorales.

Si les « retrouvailles » entre le PI et le PPS semblent normales et conformes à l’histoire du mouvement national patriotique et progressiste de ces trente dernières années, avec notamment la constitution de la Koutla démocratique en mai 1992, qui associait également aux deux premiers l’USFP, l’OADP et l’UNFP, l’arrimage du PAM au char PI-PPS est apparemment plus étonnant, voire iconoclaste !

Il n’y a pas si longtemps, en effet, la principale formation de l’opposition parlementaire, fondée par M. Fouad Ali Al Himma en août 2008, faisait l’objet d’attaques virulentes de la part de l’Istiqlal et du PPS.

Le parti de feu Allal Fassi, notamment sous la férule de Hamid Chabat, avait fait du Parti au Tracteur son principal adversaire, alors que celui longtemps dirigé par feu Ali Yata, reprenait sans finesse les accusations et la phraséologie de son allié principal, le PJD, lorsque celui-ci évoluait sous l’autorité du tribun Abdelilah Benkirane.

Ces moments et cette époque sont bien révolus et la terminologie qui consacrait les hippopotames et les « djinns » en tant qu’acteurs masqués de la vie politique nationale paraît désormais bien lointaine…

Et personne, au demeurant, ne devrait sans plaindre !

De même que l’on considérera comme positive la démarche qui a abouti à la fin de l’ostracisme qui frappait le PAM, lequel, désormais, et sous l’autorité de Me Abdellatif Ouahbi, trouve ainsi une place « normale » sur l’échiquier politique national.

Pour le meilleur

Car s’il convient de saluer la présentation d’un mémorandum tripartite sur les élections de 2021, adressé au Ministère de l’Intérieur, grand ordonnateurs des consultations votives, c’est parce que ce document, (voir l’article https://lnt.ma/gouvernement-lopposition-appelle-a-revoir-la-loi-sur-les-partis-politiques/ ), constitue objectivement une contribution importante et intéressante dans l’objectif de réconcilier les citoyens marocains avec les processus électoraux, sachant que depuis une décennie au moins, leur désaffection et leur non-participation aux consultations électorales allaient grandissantes, mettant en péril le cours démocratique et représentatif dans notre pays.

MM. Baraka, Ouahbi et Benabdallah ont donc fait œuvre utile et constructive, en montrant, aux autorités de tutelle, mais également à l’opinion publique, que des formations politiques souvent antagonistes dans le passé, pouvaient taire leurs divergences et leurs différends pour assurer un objectif commun, la réussite de l’année électorale 2021.

Il appartiendra donc à chaque citoyen de juger en conscience la valeur et la qualité de ces diverses propositions, mais on ne saurait omettre qu’elles paraissent objectivement attractives et de nature à éviter la reconduction des erreurs du passé dans le champ des élections.

Enfin, sur la durabilité et la pérennité de cette « alliance », somme toute originale et inattendue, on évitera soigneusement de lui accorder une appréciation autre que conjoncturelle parce qu’établie sur des bases de pure opportunité politique (au sens positif) et non en vue d’un accord stratégique sur le long terme.

Néanmoins, et quoi en qu’en diront certains, il s’agit d’une avancée indéniable dans la nécessaire revalorisation du discours et des pratiques politiques et partisanes et, en ce sens, le PPS, le PI et le PAM ont fait œuvre de précurseurs !

Fahd YATA