Économie et Finance

Spécial Eté: La gestion de la crise sanitaire par le gouvernement, ce qu’on en retient

le 29 juillet 2020


Spécial été 2020 – Sommaire

 

 

La crise sanitaire relative à la Covid-19 a marqué le retour de l’État dans la gestion et l’organisation de la vie économique et sociale. Souvent critiqué, l’Etat a durant cette pandémie, regagné la confiance des Marocains et leur sympathie, et ce grâce aux différentes mesures prises sur les plans économique, sociale et sanitaire, pour lutter contre la propagation du nouveau Corona virus.
Dès l’annonce de l’état d’urgence sanitaire, il y a eu une mobilisation de l’ensemble des agents d’autorité du Maroc mais aussi celle de l’armée et de la police, pour sensibiliser les citoyens et faire respecter le confinement.
Mégaphones à la main, policiers, caïds et moqadems sillonnaient les rues du Royaume pour prévenir et sensibiliser la population à l’importance de rester chez soi et respecter les consignes de sécurité.
Dans ces circonstances exceptionnelles, les Marocains ont ainsi découvert un autre visage des agents de l’autorité, et ont salué le travail qu’ils ont accompli durant la période du confirment. Applaudis depuis les fenêtres et balcons, et remerciés sur les réseaux sociaux, les forces de l’ordre ont été très soutenues par les citoyens durant cette pandémie.
Cependant, les mesures de confinement strict prises dans le cadre de l’état d’urgence, ont mis à mal l’économie marocaine qui s’est retrouvée partiellement à l’arrêt, entrainant une hausse du chômage, un recul de la demande et un risque de faillite de certaines TPME.
Là encore, l’Etat intervient et prend les choses en main pour soutenir le pouvoir d’achat des marocains, à travers la mise ne place, d’un Comité de Veille Economique (CVE) afin d’anticiper les répercussions économiques directes et indirectes de la crise sanitaire sur l’économie nationale.
Ainsi, environ 800.000 salariés affiliés à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) ont bénéficié d’une indemnité forfaitaire mensuelle nette de 2.000 DH, de la période allant du 15 mars au 30 juin 2020, en plus des allocations familiales, et des prestations de l’AMO.
Il a également été question de soutenir les chefs de ménages disposant d’une carte du RAMED à travers une indemnisation allant de 800 à 1200 dirhams, en fonction du nombre des personnes par ménage. Pareil pour les familles opérant dans le secteur informel et qui ne bénéficient pas du régime « RAMED ».
Le CVE a également pris un ensemble de mesures en faveur des entreprises touchées par cette pandémie, notamment les TPME, les PME et les professions libérales : report du remboursement des échéances des crédits bancaires et celles liées aux crédits leasings jusqu’au 30 juin, activation d’une ligne supplémentaire de crédit par la CCG au profit des entreprises dont la trésorerie s’est détériorée en raison de la baisse de son activité, suspension des contrôles fiscaux et des ATD jusqu’au 30 juin 2020, etc.

Une communication «presque» parfaite

Longtemps boudées et critiquées par les Marocains, les chaines nationales ont enregistré des audiences records durant le confinement, en particulier les JT et les émissions en rapport avec la Covid-19. Un effet, à cause de la multiplication des fake news sur les réseaux sociaux dès le début de la crise sanitaire, il y a eu un engouement pour les médias publics, qui, en ces temps difficiles, ont été une valeur sûre pour les citoyens.
Les fausses rumeurs véhiculées sur le virus mais également sur le nombre de cas au Maroc, au tout début de la pandémie, ont poussé le gouvernement à être réactif et communiquer quotidiennement sur le suivi de la situation sanitaire dans Royaume et à mettre à jour de manière bijournalière le site internet du ministère de la santé.
Le citoyen, qui avait besoin de déceler le vrai du faux dans des moments de peurs et d’angoisses générale, était ainsi informé en continu, sur les différents médias, sur la situation sanitaire dans le monde et au Maroc, mais aussi sensibilisé à travers des spots publicitaires dans les trois langues aux gestes barrières.
Le gouvernement n’a pas hésité à partager sa décision avec les Marocains par rapport à l’adoption du protocole de traitement à base de chloroquine. Il a également communiqué sur son maintien, après les débats suscités dans plusieurs pays autour de l’utilisation de ce traitement pour soigner les personnes atteintes de la Covid-19.
C’est ainsi que la majorité des Marocains a exprimé sa satisfaction à propos de la communication gouvernementale pendant cette crise.
Cependant, la réactivité et la transparence du gouvernement enregistrées au début de la pandémie se sont transformées, ces dernières semaines, en une successions de bourdes et maladresses en matière de communication.
La dernière en date étant l’annonce du reconfinement partiel de la ville Tanger, puis total. Une décision communiquée officiellement le 13 juillet pour finalement être annulée quelques heures plus tard par les autorités locales, laissant les Marocains perplexes.
Il y a également les sorties hasardeuses du Chef du gouvernement Saad Eddine El Othmani, dont on retient « l’interview» diffusée sur Al Aoula, que les Marocains attendaient avec impatience notamment pour avoir des informations sur le début du déconfinement, et qui finalement s’est soldée par des réponses évasives sans aucune annonce concrète.
Le prolongement de la deuxième phase de confinement a été communiqué à la dernière minute. Quant au déconfinement, il s’est fait dans les rues sans vraiment être annoncé officiellement.
Entre El Othmani qui avait annoncé la prolongation du confinement au 10 juin et le ministère de l’Industrie et du Commerce qui a appelé à la réouverture des cafés et restaurants le 29 mai, les citoyens ne savaient plus comment réagir!
Si la communication a bien été déployée par le gouvernement au début de cette épidémie mettant en confiance les Marocains, cette confiance a été ébranlée au fil du temps avec la baisse en efficacité de cette communication.

Le digital : le point positif de cette crise

Le digital est le secteur qui sort gagnant de cette crise que vit le monde. Celui-ci a montré toute son importance et son efficacité durant le confinement.
En effet, une forte augmentation de l’activité digitale a été constaté dans les pays confinés, avec une progression de plus de 7% du nombre d’internautes dans le monde au premier semestre 2020.
Le Maroc ne déroge pas à la règle, avec un trafic data multiplié par 2,6 au 11 mai 2020 par rapport à la même période de l’année dernière.
La menace du coronavirus sur la population a poussé le gouvernement à prendre les mesures nécessaires dans les administrations publiques, les collectivités territoriales, les institutions et entreprises publiques, etc., et à mettre en oeuvre les services numériques afin d’assurer la continuité des services publics.
C’est dans ce sens qu’ont été suspendus les cours présentiels et lancés les cours en ligne, qu’on a limité l’afflux de personnes aux administrations, lancé les procès à distance, etc.
Ainsi la plateforme TelmidTICE pour l’enseignement à distance a enregistré plus de 600.000 utilisateurs quotidiennement. Près de 3.600 affaires ont été traitées dans le cadre de procès à distance lors de la première semaine du lancement de ce service. Plus de 630 ministères, collectivités locales et EEP ont adhéré au bureau d’ordre digital au 31 mai 2020…
Par mesure de prévention contre la transmission du coronavirus, la commune de Tétouan a décidé l’arrêt définitif de l’utilisation du support papier et le passage à la numérisation de ses services et prestations au profit des usagers, par mesure de prévention contre la transmission du nouveau coronavirus.
La commune de Casablanca a également lancé un «bureau d’ordre digital», en vue de limiter les déplacements des citoyens et gérer électroniquement les flux des courriers entrants et sortants.
C’est en réponse à la circulaire adressée par le ministre de l’Economie, des Finances et de la Réforme de l’administration, Mohamed Benchaâboun, aux ministres et délégués pour l’adoption de solutions numériques pour l’échange de données au niveau des administrations publiques, que celles-ci ont dû adopter rapidement des solutions numériques. Ainsi, l’Agence de Développement du Digital (ADD) en collaboration avec les services en charge de la réforme de l’administration a contribué au développement et à l’adoption d’un ensemble de services numériques.
C’est dire que cette crise sanitaire a contribué à l’accélération de la transformation digitale au Maroc, surtout au niveau des services publics. Ces derniers ont fait en quelques semaines, ce que les citoyens attendaient depuis des années. Pourvu que ça dure.

A. Loudni