M. Aziz Akhannouch

Politique

Maroc-Union européenne : Love me or leave me…

le 7 février 2017


Et voilà qu’une nouvelle crise s’installe dans les relations entre le Royaume du Maroc et l’Union européenne.

Il est vrai qu’elles n’ont jamais été assimilables au cours d’un long fleuve tranquille, mais, à en juger par la sévérité et la fermeté du très récent « recadrage » du ministère de l’Agriculture et de la Pêche maritime adressé à la Commission de Bruxelles, la coupe a fini par déborder.

A l’origine, les déclarations d’un commissaire européen, M. Miguel Arias Canete, en charge de l’l’Environnement au sein de la Commission, et qui répondait à des questions orales de parlementaires qui constituent le lobby zélé des séparatistes et de leurs maîtres algériens.

Et M. Canete de leur dire qu’à son sens, l’Arrêt de la Cour de Justice européenne, qui exclut le Sahara occidental marocain du cadre de l’Accord agricole Maroc-UE, pourrait également s’appliquer aux accords conclus en marge de la COP22 et portant sur la production et la distribution d’énergie solaire.

En effet, lors de cet événement planétaire tenu à Marrakech en novembre dernier, le Portugal, l’Espagne, la France et l’Italie avaient conclu un mémorandum d’entente avec notre pays dans la perspective d’une coopération étroite en matière d’énergies renouvelables, dont une partie pourrait être produite dans nos provinces du Sud.

Le polisario et l’Algérie, déjà fortement déstabilisés par le retour triomphal du Maroc à l’UA, exercent donc avec diligence leurs pressions sur l’UE, le dernier terrain où ils peuvent encore espérer quelques résultats grâce aux lobbies qu’ils actionnent à Bruxelles..

Mais, au lendemain même des propos du commissaire européen, le département de M. Aziz Akhannouch, aujourd’hui l’incontestable homme fort du gouvernement marocain, a rendu public un communiqué aux termes non équivoques, qui mettent fortement en garde l’UE et notamment sa Commission, la sommant de définir une fois pour toute sa ligne de conduite à la lumière de cet arrêt de la CJUE.

Basta !

Pour le Maroc, tel qu’exprimé par M. Akhannouch, l’heure des tergiversations et des faux-fuyants est terminée. Il a donc fermement pressé la Commission, tout particulièrement, de « dire sa religion » en matière de poursuite des relations maroco-communautaires et de préciser qu’elle était son interprétation des termes de cet arrêt.

Il est vrai qu’un mois et demi après cette décision de la Cour européenne de Justice, un flou total caractérise la position officielle des apparatchiks bruxellois, et des positions contradictoires se sont exprimées à ce sujet en plusieurs occasions.

Rabat veut savoir, hic et nunc, ce qu’il en ressort afin d’adopter une ligne de conduite qui serait dictée par les intérêts supérieurs du Royaume.

Et le ministère de l’Agriculture, endossant pour l’occasion l’habit et les prérogatives du département des Affaires étrangères, d’énoncer que le Royaume pourrait être amené à reconsidérer toute sa politique de coopération et de partenariat avec l’Union européenne, dégageant au passage les alternatives qui pourraient s’offrir avec la Russie, les Amériques, l’Asie, au détriment de l’Europe.

Mais aussi et surtout, d’assortir cette perspective d’une mise en garde claire, celle qui amènerait le Royaume à s’interdire de stopper les flux migratoires subsahariens vers l’Europe…

La chose est clairement entendue pour Rabat donc.

Oui à la coopération tous azimuts, oui à la lutte commune contre le terrorisme, oui à la politique de restriction des migrants clandestins rêvant de l’Eldorado européen, mais à la condition, que l’Union européenne mesure pleinement la hauteur des efforts accomplis par le Maroc, dans tous ces domaines stratégiques et ultra sensibles.

On en conclura donc que la patience marocaine a atteint ses limites et que Bruxelles, siège d’un exécutif européen largement diminué par les suites du Brexit et les conséquences prévisibles à court terme de la montée des populismes d’extrême-droite en Europe, a désormais le dos au mur. Veut-on au sein de la Commission persister dans une position trouble, indécise, poltronne et opportuniste ? Veut-on, une fois pour toutes, comprendre que le partenariat COMPLET avec le Maroc est d’essence stratégique et vital pour la sécurité et la stabilité du Vieux continent ?

Dans l’affirmative, la Commission devra rapidement définir sa ligne sur la pérennité des accords multi-sectoriels conclus avec le Royaume.

Dans la négative, le Maroc ira voir ailleurs et chacun se rappellera que pour les Marocains, l’unité nationale et l’intégrité territoriale ne sont pas négociables, à la différence des tomates ou des sardines !

Fahd YATA