Crédits photo : Ahmed Boussarhane/LNT

Politique

Maroc, mais qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez nous ?

le 28 mai 2019


En vérité, cette interrogation taraude l’esprit de nombre de Marocaines et Marocains, notamment ceux de la tranche d’âge des trente-soixante ans, parce qu’ils ont assez de recul pour faire des comparaisons avec des époques antérieures.

En effet, vivre au quotidien dans une grande métropole comme Casablanca, mais aussi à Rabat, à Marrakech, à Fès ou à Tanger, est devenu une véritable galère, un cauchemar, parce que les minima de la conduite des affaires municipales, de la gestion et la maîtrise des projets programmés et de l’organisation des affaires de la cité ne sont absolument pas respectés.

Ainsi, chaque annonce de lancement de travaux d’aménagements urbains, d’infrastructures routières, d’ouvrages d’art ou même de réfection d’espaces publics résonne comme la promesse de désagréments terribles qui dureront des mois et même des années !

Ainsi les Casablancais, à peine soulagés par l’ouverture à la circulation du pont de Sidi Maarouf, qu’ils ont pu contempler fermé à la circulation pendant des semaines sans aucune explication officielle, retombent dans la galère avec les travaux de la trémie sous le carrefour du Boulevard Ghandi et de la Route d’El Jadida.

On annonce un an et plus de chantier pour ce projet, mais les usagers n’y croient guère, échaudés par les exemples, proprement scandaleux, des travaux sur l’Avenue des FAR, de ceux proches de la Gare Casa-Port, de la Corniche, du parc de la Ligue arabe, sans omettre le magnifique théâtre qui dresse sa solitude au-dessus d’un environnement non abouti !

Que penser aussi des tranchées que la Lydec s’occupe à creuser le long des rues et des avenues, en défonçant l’asphalte et les trottoirs, laissant les riverains devant de larges bandes de terre battue à peine tassée ?

Ces quelques exemples laissent pourtant de côté l’état lamentable de saleté et de délabrement de la quasi-totalité des quartiers casablancais, l’incroyable vétusté des autobus urbains, machines brinquebalantes qui dégagent d’épaisses volutes de fumée noire, la désorganisation du ramassage des ordures ou la présence permanente et bruyante des « ferrachas » qui, la nuit venue, laissent derrière eux des montagnes d’immondices.

Ce quotidien-là est pour les citoyens un enfer, à la précision près que, parfois, leur incivisme contribue à installer.

Cette situation de catastrophe permanente tient à l’absence de réponse à trois questions clé.

 

Qui fait quoi, qui ordonne quoi et qui contrôle qui ?

On a, en effet, le très pénible sentiment que la responsabilité est constamment éludée lorsqu’il s’agit de la gestion des affaires municipales et urbaines.

Les exemples cités plus haut sont ceux de Casablanca, mais les mêmes causes produisant les mêmes effets, toutes les grandes villes du Royaume sont dans une galère identique.

Tout se passe comme si personne n’était responsable de rien ou de quiconque.

Le Royaume est doté de structures étoffées pour l’Administration territoriale, les villes et communes disposent de conseils élus, les budgets sont votés et distribués, mais en dehors de cela, rien ne marche vraiment.

La preuve la plus éloquente en est lorsqu’une visite royale est annoncée dans telle ou telle ville.

Alors les essaims d’employés municipaux se mettent en action, les responsables locaux montrent leurs binettes sur le terrain, les drapeaux sont plantés haut, les boulevards et rues sont balayés, les agents de police sont présents et actifs à tous les feux rouges et points noirs de la circulation.

Et dès que le Souverain est reparti, l’ordre immuable de l’immobilisme, du laxisme, du laisser-aller reprend pleinement ses droits !

Certes, des têtes tombent souvent en ces occasions et tous craignent le courroux royal, mais, il est rare de voir les successeurs des évincés faire beaucoup mieux et plus que leurs prédécesseurs.

De plus, lorsqu’il s’agit d’élus locaux, aux compétences managériales et administratives très approximatives, leur incurie est préservée par la durée de leur mandat électif.

Que l’on ne s’étonne donc pas si la grande majorité des citoyens de ce pays n’accordent ni confiance, ni crédit à la classe politique qui nous envoie des bras cassés lors de chaque élection.

Que l’on ne proteste pas lorsque le Marocain lambda exprime toute sa défiance envers les corps et divisions administratives.

Seul le Roi Mohammed VI jouit du respect, de l’affection et de l’admiration de ses sujets-citoyens qui, de surcroît, connaissent parfaitement les effets de l’adage qui dit qu’une main seule ne peut applaudir.

Le mal est profond et les Marocaines et Marocains veulent que cela change.

Faudra-t-il pour cela plus de sévérité, plus d’autorité, plus de compétences puisées chez les technocrates ?

Sans doute…

Fahd YATA