Société

Gestion des parcs nationaux, les critiques sévères de la Cour des Comptes

le 22 juillet 2020


Les actions de création et de gestion des parcs nationaux connaissent « diverses insuffisances » entravant l’atteinte des objectifs pour lesquels ils ont été créés, affirme mardi la Cour des comptes dans un communiqué relatif à la publication du rapport d’évaluation de la gestion des parcs nationaux.

En termes de superficies préservées, les superficies couvertes en tant qu’aires protégées au Maroc sont loin d’atteindre les objectifs du plan stratégique pour la diversité biologique 2011-2020 pour la planète, adopté par les Parties à la Convention sur la diversité biologique (CDB) en octobre 2010 à Aichi au Japon, qui visent à porter, à l’horizon de cette année 2020, les superficies des aires protégées terrestres et marines respectivement à 17% et 10% des superficies des pays, explique la Cour des comptes. Sur le plan juridique, les parcs nationaux ont connu un processus législatif « lent et incomplet », relève le communiqué, notant que le premier texte sur les aires protégées remonte à 1934 avec le Dahir relatif aux parcs nationaux. Ce texte n’a été amendé qu’en 2010, par la loi n°22-07 relative aux aires protégées, mais le décret d’application y afférent n’a pas encore vu le jour, entravant ainsi la mise en application effective de cette loi. 7, déplore la Cour.

Sur le plan de la gestion des infractions environnementales commises au sein des parcs et des aires protégées d’une manière générale, l’intervention des agents verbalisateurs demeure limitée, constate la même source. Elle ajoute que le statut foncier des terrains abritant les parcs « constitue aussi un frein aux actions de conservation au sein de la majorité des parcs nationaux ». La Cour note que selon la loi n°22-07, les droits de propriété portant sur des terrains contenus dans des parcs nationaux ou des aires protégées doivent être exercés sans que l’état et l’aspect extérieur de ces terrains puissent être modifiés. Par conséquent, les aspects naturels des parcs sont « négativement impactés entrainant des changements irréversibles », prévient la Cour, citant l’exemple du parc national d’Ifrane, « où l’orientation des agriculteurs propriétaires de terrains au sein du parc à une agriculture moderne a été constatée » (creusage de puits, goutte à goutte, arboriculture, etc.) altérant l’aspect naturel du parc.

Sur le plan de la gestion opérationnelle des parcs nationaux, les plans d’aménagement et de gestion, qui constituent les outils sur lesquels se base la gestion des parcs, « souffrent de retards dans leur élaboration et leur mise à jour », d’autant plus que ces plans, lorsqu’ils sont élaborés, demeurent sous-exploités, et ne sont pas déclinés en plans d’action annuels accompagnés des indicateurs de mesures des résultats, poursuit le communiqué.

En termes de structures de gestion et de processus de pilotage, les parcs nationaux ne sont pas tous gérés par des directions dédiées et les directions qui existent ne disposent pas d’attributions décisionnelles, relève la même source. La Cour des comptes indique que la valorisation des parcs nationaux, qui est de nature à améliorer l’attractivité des sites et développer le tourisme écologique, est confrontée à une « gestion limitée » en matière des accessibilités, à une sous exploitation des écomusées qui sont peu attractifs et ne valorisant pas les richesses des parcs concernés, ainsi qu’aux limites au niveau de la signalétique. « Aucun des parcs nationaux n’est inscrit comme patrimoine mondial au niveau de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) afin d’être valorisé au niveau international », signale le communiqué.

Le Maroc dispose de 11 parcs nationaux couvrant une superficie globale de 2,84 millions d’hectares ha. Il s’agit des parcs de Toubkal, de Tazekka (Taza), de Sous Massa, d’Iriki (Zagora/ Tata), de Talassemtane (Chefchaouen), d’Al Hoceima, d’Ifrane, du Haut Atlas Oriental (Midelt), de Khenifiss (Tarfaya), de Khénifra et de celui de Dakhla.

Les écosystèmes au Maroc comptent 600 espèces d’animaux menacées, ainsi que 1 700 espèces de plantes sur 7 000 identifiées, selon le diagnostic de la stratégie nationale de développement durable de 2014. Tout en soulignant les efforts déployés en matière de préservation de la biodiversité au Maroc, la Cour des comptes indique avoir émis un certain nombre de recommandations dans l’objectif de remédier aux insuffisances relevées.

LNT avec MAP