VAN DER HASSELT / AFP

Politique

France-islamophobie : Pour un morceau de tissu !

le 14 novembre 2019


« L’affaire du foulard », la marche contre l’islamophobie organisée dimanche dernier à Paris, les prises de position de différentes forces politiques françaises et personnalités de la société civile, les « recommandations » du Président Macron sur les signes de radicalisation, nous interpellent fortement, en tant que Marocains, Musulmans, citoyens épris de liberté, mais aussi admirateurs de la France des Lumières et de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen qui ont érigé la grande tradition de gardienne des libertés que la République française a portée depuis des décennies.

Or aujourd’hui, de l’autre côté du Mare Nostrum, on ressent la pénible impression que ces valeurs et principes, si importants, sont ignorés, minimisés, foulés au pied, au profit des vociférations racistes et identitaires, telles les éructations d’un Éric Zemmour, les déclarations xénophobes de Marine Le Pen et de ses affidés, le populisme de bas étage des derniers représentants de la Droite effritée, l’embarras des troupes présidentielles, l’absence de cette Gauche fille de Jean Jaurès et de Léon Blum, du Front Populaire…

Cette dérive est accentuée parce qu’en face, à côté du dernier carré d’un PCF démuni, se bousculent les groupuscules gauchistes adeptes du trotskysme, des personnalités de la France insoumise emmenées par un Mélenchon qui fait feu de tout bois, marchant complaisamment avec tout ce que la société française compte d’organisations communautaristes islamiques brandissant le port du foulard comme l’étendard de la liberté !

Quelques évidences

Par contre, on remarquera que l’intelligentsia, nombreuse et étoffée, d’origine maghrébine et africaine, parfaitement intégrée au sein de la société française, ne s’est pas associée à cette « marche des extrêmes », gardant un silence prudent, sinon désapprobateur.

Alors que penser et dire de tout cela ?

La première évidence, qu’il faut absolument rappeler, c’est qu’en France, la liberté religieuse est justement garantie par la laïcité républicaine, de même que sont autorisés les signes religieux dans l’espace public.

L’affaire du foulard n’aurait donc dû jamais exister si les autorités politiques, la presse et tous ceux qui se sont exprimés en cette occasion, avaient tenu compte de cette réalité !

La seconde évidence, c’est que l’Islam est la seconde religion en France et qu’elle compte plusieurs millions d’adeptes, dans leur écrasante majorité aussi bons pratiquants que bons citoyens, fiers de leur islamité et dans le même temps de leur nationalité française.

La troisième évidence, c’est que les attentats barbares, (Charlie Hebdo, Bataclan, Préfecture de Police, etc.), revendiqués par des terroristes affiliés à Daech, ont mis au-devant de la scène une religion, l’Islam, tout aussi pacifique, bienveillante et tolérante que le Christianisme et le Judaïsme.

D’ailleurs, les trois religions du Livre portent, malheureusement, en elles-mêmes, des groupes extrémistes, intolérants, violents.

Mais seul l’Islam est stigmatisé, soit par ignorance, notamment dans la presse hexagonale, soit par volonté délibérée comme le font des racistes tels Zemmour, Le Pen, rejoints parfois par des philosophes comme Finkielkraut.

La quatrième évidence, c’est que le foulard n’est en rien, originellement, un signe d’attachement à l’Islam et ses prescriptions.

Si le port de ce signe ostentatoirement religieux, s’est développé en France, comme au Maroc d’ailleurs, c’est sous l’influence de lectures salafistes et wahhabites qui ont prospéré un peu partout dans le monde depuis la fin des années soixante-dix du siècle dernier.

La cinquième évidence, qui est en tout point un marqueur social, veut que les foulards prospèrent plus dans les cités de banlieue que dans les quartiers huppés.

Car les femmes qui le revêtent, sont le plus souvent en quête d’identité depuis leur expatriation, privées par les gouvernements qui se sont succédé en France depuis les cinquante dernières années, de toute possibilité effective d’assimilation, rejetées avec leurs maris et leurs enfants dans les ghettos des cités.

Le foulard est donc, beaucoup plus qu’un signe religieux référant à l’Islam, l’expression d’appartenance à une strate sociale plus qu’à une communauté.

Le foulard n’est pas le drapeau de l’Islam, c’est celui des défavorisés, des déclassés, des rejetés, habilement récupérés par les organisations communautaires le plus souvent affiliées à la confrérie des Frères Musulmans !

Et ceux qui, en France, ne comprennent pas cela, refusent de le voir, tout en ayant la culture adéquate et les connaissances pour faire la part des choses, font ainsi, objectivement, le jeu de l’extrême-droite française aux très fortes ambitions électorales.

Ils font également l’affaire de tous ces milieux interlopes où grenouillent et s’activent les serviteurs zélés de l’islamisme radical qu’ils contribuent ainsi à renforcer sous le prétexte de la stigmatisation !

Fahd YATA