Le siège de la Banque centrale européenne, le 25 janvier 2018 à Francfort © AFP/Archives Daniel ROLAND

Économie et Finance

Face à la récession de l’économie mondiale, la marge de manœuvre réduite des banques centrales

le 31 août 2019


Les signaux inquiétants de risques de récession de l’économie mondiale, qui deviennent de plus en plus persistants, laissent de marbre les gouverneurs de banques centrales qui voient leur marge de manœuvre se rétrécir sur fond d’escalade dans la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine et de croissance des tensions géopolitiques.

Les inquiétudes sont apparues le 14 août, lorsque la courbe des taux des emprunts aux États-Unis s’est brièvement inversée. Ainsi, le taux d’intérêt pour les prêts à 10 ans est passé en dessous du taux d’intérêt pour les prêts à deux ans.

Ceci a été interprété comme signe annonciateur d’une récession dans les mois qui suivent, car il montre que les investisseurs n’ont plus confiance dans l’avenir : ils cherchent la sécurité en souscrivant des bons du trésor à long terme, ce qui fait baisser le taux de rendement.

Pour ne rien arranger, la guerre commerciale entre les plus grandes économies mondiales s’est encore intensifiée le 23 août, la Chine ayant annoncé son intention de prélever des droits de douane à titre de représailles sur 75 milliards de dollars américains de marchandises supplémentaires.

Le président Donald Trump a rapidement riposté avec des tarifs douaniers de 25% à 30% à partir du 1er octobre, sur 250 milliards de dollars de marchandises chinoises.

L’incertitude grandissante à propos de la politique commerciale s’ajoute à une liste croissante de tensions géopolitiques, notamment les manifestations à Hong Kong, la menace de la Grande-Bretagne de sortir de l’Union européenne le 31 octobre, une crise politique en Italie qui pourrait ébranler l’euro, des conflits entre le Japon et la Corée du Sud et la crise au Cachemire.

C’est dans cette conjoncture morose que s’est tenu le weekend dernier le symposium économique de Jackson Hole, dans le Wyomong, un rendez-vous annuel qui réunit les responsables de la Réserve fédérale et les gouverneurs des banques centrales pour discuter de la politique monétaire.

En effet, avec des coûts d’emprunt déjà bas, la Réserve fédérale et d’autres banques centrales ont moins de marge de manœuvre pour réduire les taux et stimuler la croissance.

Le ton a été donné d’emblée par le président de la Réserve fédérale (Fed), Jerome Powell, qui a maintenu la possibilité de réductions futures des taux d’intérêt, tout en soulignant que la banque centrale était limitée dans sa capacité à contrecarrer les politiques commerciales du président Donald Trump, qui alimentent les incertitudes et font peser des risques sur les perspectives économiques.

« Si la politique monétaire est un outil puissant qui soutient les dépenses de consommation, les investissements des entreprises et la confiance du public, elle ne peut pas fournir de règles bien établies pour le commerce international », a-t-il expliqué.

M. Powell, qui a été sévèrement critiqué par Donald Trump pour sa politique monétaire, a répliqué au président américain en pointant du doigt l’incertitude générée par sa guerre commerciale avec Pékin.

L’appréhension pour cette situation inédite a été réitérée par d’autres banquiers centraux qui ont clairement indiqué que la politique peu prévisible du président Trump était la plus grande des menaces qui pèsent sur l’économie mondiale.

« Je n’ai jamais vu le monde aussi synchronisé et aussi globalement effrayé par quelque chose qui ne s’était pas déjà passé au début », a déclaré le directeur de la banque centrale de Nouvelle-Zélande, Adrian Orr, cité par le Wall Street Journal.

Pour Mark Carney, gouverneur de la Banque d’Angleterre, l’ampleur de la guerre commerciale faisait déjà trembler les investissements mondiaux dans les secteurs de l’industrie et des affaires.

« Nous vivons une série de chocs politiques majeurs », a, pour sa part, déclaré le gouverneur de la Reserve Bank d’Australie, Philip Lowe, lors de la séance de clôture du symposium, ajoutant que « ces chocs politiques se transforment en chocs économiques ».

Quant au président de la Fed de Dallas, Robert Kaplan, il a averti que les outils des banques centrales ne sont pas bien adaptés pour s’attaquer aux causes politiques du ralentissement économique. « La politique monétaire ne créait probablement pas le ralentissement et elle ne pourrait probablement pas, à elle seule, arrêter ce ralentissement s’il devait s’intensifier », a-t-il relevé.

La Fed a abaissé son taux directeur le mois dernier à une fourchette comprise entre 2% et 2,25%. La réduction d’un quart de point de pourcentage est la première depuis plus de dix ans. L’une des préoccupations est qu’après des décennies de relance monétaire, des taux plus bas puissent soutenir les prix des actifs mais ne dissiperont pas l’incertitude qui freine les investissements.

Les inquiétudes suscitées par le rôle de plus en plus imprévisible de Washington dans la finance internationale ont également alimenté les discussions sur le statut du dollar en tant que monnaie de réserve mondiale après les pressions croissantes de Trump visant à abaisser sa valeur pour stimuler les exportations, un sujet jusque-là tabou chez les décideurs monétaires.

A cet égard, de nombreux responsables de banques centrales ont été laissés sans voix face à l’attaque grandissante de M. Trump contre M. Powell, que le président avait choisi pour servir un mandat de quatre ans commençant l’année dernière. Déçu par le fait que M. Powell n’ait pas annoncé de mesures énergiques lors de son discours d’ouverture du symposium, M. Trump a laissé entendre sur Twitter que le chef de la Fed était un ennemi de l’État.

Mais il semble que les dirigeants du G7, réunis à 8000 km plus loin, à Biarritz, en France, ont bien entendu le dilemme des dirigeants monétaires, le président Trump ayant annoncé une reprise des négociations commerciales avec la Chine « très prochainement ».

Et l’espoir de l’accalmie s’est renforcé après l’annonce par les deux puissances jeudi de la reprise des discussions, chose qui a été bien accueillie par les places financières, à leur tête Wall Street dont l’indice vedette, Dow Jones a grimpé de plus de 0,4% vendredi.

LNT avec MAP