Réunion par visioconférence, du Conseil de Gouvernement sous la présidence du Chef du Gouvernement, M. Saad Dine El Othmani. Source : MAP

Politique

Donnez-nous des réponses claires et convaincantes, M. El Othmani !

le 9 juin 2020


Dire que l’opinion publique attend pour ce mercredi, avec impatience, l’allocution du chef du gouvernement, M. Saad Eddine El Othmani, relève sans nul doute de l’euphémisme, tant la soif d’informations claires et décisives est grande chez tous nos concitoyens.

Prolongation ou non du confinement, déconfinement partiel, régional ou total, retour des Marocains bloqués à l’étranger, réouverture des frontières, lancement de l’opération Marhaba 2020, telles sont quelques-uns et non exhaustifs donc des questionnements pressants qui taraudent tous les Marocains et Marocaines.

Et aujourd’hui, alors que fusent les rumeurs, les unes plus farfelues que les autres, il est plus que nécessaire que les pouvoirs publics comprennent que le temps où l’on a pu « balader » l’opinion publique est révolu !

Et ce qui est impérieux de comprendre, pour tous nos responsables publics, c’est que les citoyens ont désormais une capacité d’écoute et de compréhension limitée après plusieurs semaines de black-out.

En effet, les mesures diligentes qui ont été mises en œuvre, aux plans économique, financier, social même, comptent désormais beaucoup moins que des annonces qui permettront de penser que le plus dur est derrière nous et que la vie, avec le respect certes des précautions sanitaires d’usage, va reprendre son cours ante COVID-19.

La situation économique globale le réclame impérieusement, tandis qu’au plan social, afin d’arrêter les dégâts majeurs causés aux foyers démunis, à ceux qui vivent de l’informel, mais aussi de rétablir un tant soit peu le pouvoir d’achat de tous les autres, il devient urgent de remettre en ordre les liens sociaux et les habitudes de tous et de chacun.

Alors, certes, on nous dira que la prudence devra rester de mise, que les tests continueront, surtout en milieu entrepreneurial, mais on ne saurait étendre plus avant une période qui a tant coûté à notre pays et sa population !

Cette recommandation, qui vaut ce que valent les jugements des journalistes, ces « touche-à-tout, s’inspire néanmoins de l’observation des politiques adoptées par nos plus proches voisins et notamment les États du Sud européen.

La France, l’Italie et l’Espagne, notamment, ont décidé de revenir à une certaine normalité qui s’illustre notamment par la réouverture de leurs frontières européennes et l’annonce que cette mesure sera également effective pour l’espace extra-européen au tout début du mois de juillet prochain.

Pourquoi n’en serait-il pas de même pour le Royaume, alors que notre pays est très souvent considéré comme le prolongement géographique du Vieux Continent ?

Car, même si l’on constate que quelques dizaines ne nouveaux cas sont décelés chaque jour dans notre pays, il est pourtant clair que le pic de la pandémie a été dépassé et que les données sanitaires globales sont positives avec des taux de guérison élevés et la stagnation du nombre de décès.

Or, dans ce contexte, il est patent que le Maroc a urgemment besoin de se réinsérer dans le vaste champ des échanges mondiaux, qu’ils soient économiques, commerciaux, financiers, mais aussi humains.

Faire l’impasse, par exemple, sur la saison touristique alimentée par des pays traditionnellement émetteurs serait fortement préjudiciable même s’il est vrai que l’on n’atteindra pas le même volume d’arrivées et de séjours que celui enregistré en 2019.

Cantonner la Royal Air Maroc dans la seule tâche de rapatriement des dizaines de milliers de Marocains à l’étranger serait également largement insuffisant pour lui permettre de limiter la casse, alors que des compagnies concurrentes annoncent la reprise progressive de leurs dessertes aériennes.

Cela, alors que de plus en plus de spécialistes, chez nous et ailleurs, relèvent la saisonnalité de ce maudit virus.

Voilà pourquoi, parmi les mesures fortement attendues, celle de la réouverture des frontières se présente comme l’une parmi les plus urgentes, même si les pouvoirs publics devraient sans doute prendre le temps d’une annonce qui ne prendrait pas effet immédiatement.

En un mot comme en mille donc, ce qui est attendu de M. El Othmani, ce sont des réponses convaincantes à toutes ces interrogations légitimes et non de vagues promesses ou des propos de circonstance habillés d’une épaisse langue de bois.

L’opinion publique saura attendre quelque peu encore à condition que les pouvoirs publics respectent son intelligence et sa soif de certitudes.

Ni plus, ni moins…

Fahd YATA