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International

De la situation en Algérie et de ses conséquences au Maroc…

le 10 mars 2019


Le 21 février dernier, le portail www.lnt.ma publiait un article au titre quelque peu prémonitoire « 1,2,3, où va l’Algérie ? », repris le jeudi suivant à la Une de l’hebdomadaire La Nouvelle Tribune, qui s’interrogeait sur les conséquences des premières manifestations populaires dans ce pays voisin récusant l’idée d’un cinquième mandat électif du Président Bouteflika.

Depuis, comme chacun sait, les protestations ont pris de l’ampleur et se sont quasiment étendues à l’ensemble du pays et de ses grandes agglomérations urbaines.

La jeunesse, les femmes, les professions libérales et, de plus en plus, certains soutiens institutionnels et traditionnels du régime ont manifesté leur refus d’une nouvelle candidature d’un homme, Abdelaziz Bouteflika, pratiquement réduit à l’état grabataire, muet et immobile, et qui est resté hospitalisé pendant trois semaines dans un hôpital de Genève, soustrait à la vue du monde et surtout de ses concitoyens.

« Boutef, t’es foutu, le peuple est dans la rue »

La question qui se pose à ce stade et qui taraude nombre d’analystes, mais aussi la plupart des grandes capitales des États et leurs appareils diplomatiques, (voire sécuritaires), est de savoir si ces mouvements populaires de contestation du régime algérien actuel pourront déboucher sur un changement institutionnel, le retrait de cette « candidature-marionnette » et l’ouverture d’une nouvelle ère en Algérie où d’importantes fractions de la population récusent « Le SYSTÈME ».

Personne à ce jour ne dispose de la réponse, certes, mais il paraît évident que ce phénomène de masse est en voie d’amener des évolutions internes majeures en Algérie.

Si, à l’heure actuelle, le président Bouteflika (ou plutôt ceux qui agissent en son nom) ne semble guère disposé à renoncer à cette cinquième mandature, la haute hiérarchie militaire, qui détient en réalité le pouvoir (depuis 1962 en fait !), pourrait décider de « changer de cheval » afin de préserver le calme et la pérennité de ses prérogatives, avantages et prébendes, avant que l’Algérie ne bascule dans un chaos porteur d’un changement de régime.

Une hypothèse qui semble avoir la préférence de plusieurs capitales qui redoutent les effets collatéraux et la contagion d’une implosion générale en Algérie et que les citoyens de ce pays rejettent en assurant à qui veut les entendre que « l’Algérie n’est pas la Syrie ». Certes !

Mais, en tout état de cause, l’avenir paraît bien incertain à ce stade de l’évolution de la conjoncture intérieure algérienne.

Le régime du président Bouteflika est d’ores et déjà affaibli car la contestation ne porte désormais plus seulement sur le refus de sa candidature, mais surtout sur l’ensemble d’un système qui a mis en coupe réglée ce pays depuis des décennies à l’avantage exclusif de la nomenklatura politico-militaire et des milieux affairistes qui gravitent autour d’elle.

Et il sera vraisemblablement difficile de calmer cette grande vague de mécontentement populaire par le seul artifice d’un éloignement et d’un renoncement de Bouteflika !

Ceci paraît d’autant plus évident qu’aujourd’hui, très rares sont les personnalités qui, en Algérie, peuvent se targuer de popularité ou de légitimité, ce qui d’ailleurs rend la tâche très difficile à ceux qui, dans l’ombre, cherchent « l’oiseau rare » susceptible de succéder à « Boutef ».

Et, pour clore le tout, l’opposition politique est atomisée, divisée, incapable jusqu’à présent de parler d’une seule voix, avec la composante kabyle forte, mais isolée, l’extrême gauche marginalisée, la nébuleuse islamiste puissante, mais désunie, tandis que les partis croupions, (FLN, etc.), sont depuis fort longtemps discrédités par leur alignement sur le Pouvoir.

Bien évidemment, cette situation délétère est suivie avec une extrême attention dans notre pays… Et personne ne souhaite vraiment que l’Algérie voisine ne sombre dans les affres d’une nouvelle guerre civile ou de l’instabilité permanente.

Chacun, chez nous, a pu voir les effets de la déstabilisation en Libye par exemple et cela serait encore plus grave si l’Algérie venait à tomber dans le chaos du fait de sa « centralité géographique » et sa configuration territoriale qui lui confère des frontières avec nombre de pays.

L’Algérie et nous…

Mais, il n’en demeure pas moins que ce mouvement de masse algérien nous interpelle directement en raison des graves problématiques bilatérales qui sont pendantes entre Rabat et Alger depuis fort longtemps.

Le régime algérien actuel est, en effet, le responsable de la contestation qui sévit depuis 1975, au moins, mise en œuvre contre notre unité nationale et notre intégrité territoriale par un ramassis de mercenaires stipendiés et « logés » à Tindouf.

Chacun comprend bien que le polisario n’aurait pu, sans le soutien multiforme du régime algérien, poursuivre dans sa vaine chimère et l’Histoire compte de nombreux exemples de ces « mouvements révolutionnaires » tombés dans l’oubli après le retrait du soutien de leurs maîtres et manipulateurs.

On se rappellera ainsi l’épisode du leader du PKK Abdullah Öcalan, livré à la Turquie quelques mois après son expulsion de Syrie par le régime d’Al Assad, la chute de Massoud Barzani, chef de la fraction kurde irakienne lorsque le Shah d’Iran lui retira son soutien.

Que dire encore de l’éphémère Front de Libération du Dhofar qui essaya de renverser par les armes le Sultan Qabous d’Oman, le RENAMO au Mozambique, le FLEC et l’UNITA en Angola, ou encore le Front du Libération du Congo qui mena pour ses maîtres angolais les deux guerres du Shaba à la fin de la décennie 70 du siècle dernier…

Pour nous Marocains, il est clair que les séparatistes du polisario connaîtront le même destin que leurs congénères cités plus haut et que cette issue, inéluctable, pourrait être proche si la situation actuelle en Algérie devait s’aggraver.

Bien évidemment, la diplomatie marocaine reste très discrète sur de telles questions et Rabat proclame dans les faits sa non-ingérence dans la vie politique de l’Algérie, tout comme la France, d’ailleurs…

Mais, si le représentant personnel du Secrétaire général de l’ONU, l’Allemand Helmut Köhler, s’emploie activement à organiser une nouvelle session quadripartite pour la fin mars à Genève, avec l’accord du Royaume, c’est peut-être parce qu’à Rabat, on pressent que les séparatistes de Tindouf sont fragilisés par la conjoncture algérienne alors que le Pouvoir dans ce pays a désormais des préoccupations plus graves et plus pressantes à affronter…

Le momentum d’une évolution majeure sur la question de la contestation de la marocanité de la Saquiat Al Hamra et du Wadi Eddahab serait-il proche ? Peut-être…

Mais, en tout état de  cause, changement de régime ou non, évolution démocratique et pacifique, (ce que nous souhaitons bien sincèrement au peuple algérien frère), mise en place d’un successeur « désigné » de Bouteflika ou perpétuation du système actuel, il est clair que l’Algérie voisine s’achemine vers des temps nouveaux, sans doute difficiles, qui devront imposer à ceux qui détiendront le pouvoir (et quels qu’ils seront) de revoir leurs priorités et satisfaire, peu ou prou, les revendications des masses populaires algériennes.

Dans ce contexte, « le soutien inaliénable et de principe » du régime algérien au polisario pourrait sinon disparaître, du moins diminuer en intensité et passer au second plan pour l’Algérie.

Ce qui ne serait pas pour nous déplaire !!!

Enfin, on ne saurait clore ces interrogations et constats sans saluer la magnifique maturité de la Rue algérienne qui, avec une compréhension élevée des enjeux et de ses revendications, manifeste avec détermination et un sens aigu de ses responsabilités, parfois même avec humour et joie, sans discriminations sexistes, pour un véritable changement démocratique en Algérie.

Notre soutien lui est acquis.

Fahd YATA