Conférence de presse sur l'opérationnalisation des Hautes Orientations royales contenues dans le discours du Trône.

Économie et Finance

Benchaâboun : 20 MMDH mobilisés par l’Etat permettront d’injecter 120 MMDH dans l’économie nationale

le 4 août 2020


Le ministre de l’Economie et des Finances, Mohamed Benchaâboun, a reçu la presse ce mardi 4 août 2020 au matin, pour aborder une thématique très attendue, à savoir « l’opérationnalisation des Hautes Orientations royales contenues dans le discours du Trône ».

Le ministre a partagé son intervention autour de trois points, à savoir le fonds de 120 MMDH destiné à la relance, l’opérationnalisation de la protection sociale, notamment avec la généralisation de l’AMO, et la mise à niveau des établissements publics et de leur gestion.

Un « pacte pour la relance »

M. Benchaâboun a ainsi annoncé la mise en place d’un pacte pour la relance économique et l’emploi qui comprend des mesures transverses tout en tenant compte des spécificités sectorielles.
Ce pacte, sera le fruit « d’une ambition commune et partagée par l’ensemble des parties prenantes ». Il a, dans ce sens, expliqué que les mesures sectorielles spécifiques, concernant en particulier les secteurs les plus touchés par la crise, feront l’objet de contrats et de conventions qui seront signés avec les fédérations concernées (Contrat-programme 2020–2022 relatif à la relance du secteur touristique en phase post-covid-19).

En ce qui concerne les 120 MMDH qui ont fait couler beaucoup d’encre depuis le discours royal, M. Benchaâboun a précisé qu’ils seront répartis entre les crédits garantis par l’Etat (75 MMDH) et le Fonds d’investissement stratégique (45 MMDH). Côté garanties, elles seront au profit de tous les segments d’entreprises, dont les EEP les plus touchés, et la CCG, qui se verra transformée en SA sous la supervision directe de BAM, sera chargée de gérer ce système de garantie. 5 MMDH seront tirés du fonds spécial Covid-19, pour couvrir les risques de défaut. Pour les 45 MMDH, 30 viendront des institutionnels nationaux et internationaux, et 15 MMDH seront financés par l’Etat, comme l’a expliqué le ministre : « Nous avons adopté une LFR, et y avons prévu des mesures pour la relance, sans les définir […] On peut déployer les 15 MMDH dans ce cadre ». Ces 15 MMDH sont donc déjà budgétisés dans la LFR-2020. Ce fonds interviendra directement, à travers le financement des projets d’investissement, en faisant appel au PPP, et indirectement avec le renforcement des capitaux des entreprises aux fins de leur développement. Il a, à cet égard, souligné qu’il sera procédé à la création d’un Compte d’Affectation Spéciale dédié intitulé « Fonds d’Investissement Stratégique ». Ce décret sera présenté pour approbation au prochain Conseil de gouvernement, a indiqué le ministre, ajoutant que ce fonds aura une mission d’appui aux activités de production, d’accompagnement et de financement des grands projets d’investissement public-privé. Ainsi, selon le MEF, 20 MMDH mobilisés par l’Etat permettront d’injecter près de 120 MMDH dans l’économie nationale.

Généralisation de la protection sociale

Le volet social présenté par M. Benchaâboun n’est pas moins ambitieux que le projet de relance économique, vu qu’il prévoit : la généralisation de l’Assurance Maladie Obligatoire, des Allocations Familiales pour tous les ménages, une retraite pour la population active non couverte, et une Indemnité de Perte d’Emploi généralisée.

Ce large projet étant, a expliqué le ministre, « une réforme sociétale de grande envergure qui interpelle des mutations profondes de la gestion et de la gouvernance du système de protection sociale au Maroc, elle consacre une couverture sociale universelle ». De par sa taille colossale, et les myriades de mesures préalables qu’elle nécessite (refonte du cadre législatif et règlementaire, mise à niveau des structures hospitalière et de l’organisation de la filière de soins, réforme des systèmes et programmes sociaux en place, notamment à travers l’opérationnalisation du Registre Social Unique (RSU), réforme de la gouvernance des systèmes de protection sociale, et réforme fiscale relative à l’instauration de la contribution professionnelle unique), cette réforme sera partagée en deux étapes majeures. La première, de 2021 à 2023, verra le déploiement de l’AMO et des allocations familiales généralisées, et la deuxième, en 2024-2025, verra la généralisation de la retraite et des indemnités pour perte d’emploi.

En comparaison avec les différents programmes sociaux actuels, le gap à financer pour cette couverture universelle sera de 10 à 15 MMDH/an, selon le ministre, qui précise que ces « montants devront être déboursés en régime de croisière », et que le calcul de l’impact sur 2021 n’a pas encore été fait.

EEP, tout à revoir, ou presque

La troisième partie du programme présenté par M. Benchaâboun concernait le redimensionnement et la restructuration du secteur des EEP. Le ministre a expliqué que l’analyse a montré des insuffisances, dont la multiplication des EEP, notamment à caractère non marchand, avec parfois des chevauchements des attributions entre EEP ou avec les ministères ; la forte dépendance des EEP envers le BGE (budget général de l’Etat), avec 36 MMDH de subventions prévues en 2020 ; des besoins croissants des EEP marchands en termes d’appuis étatiques en fonds propres ou/et garanties, une absence de synergie/taille critique permettant une croissance extrême ; ou encore la nécessité de liquider plus de 70 entités qui trainent depuis plus de 10 ans faute de volontarisme, notamment de tutelles techniques.

La réforme tournera donc autour de l’homogénéisation, le redimensionnement et la restructuration. Pour les EEP non marchands et sociaux, il s’agira de réintégrer auprès des ministères concernés certaines missions, du regroupement de certains EEP, et de la liquidation/dissolution des EEP dont la mission n’est plus avérée. Pour les EEP marchands et financiers, le but sera de renforcer la pérennité du modèle (réduction de la dépendance envers le BGE, meilleure contribution au BGE, valorisation du patrimoine…), créer des groupes/holdings sectoriels homogènes répondant à plusieurs impératifs, créer une agence dédiée à la gestion stratégique des parti de l’Etat et à suivre la performance des EEP ( renforcer le rôle de l’Etat actionnaire, promouvoir la bonne gouvernance, assurer la gestion stratégique…).

Par exemple, M. Benchaâboun a lancé la possibilité du regroupement pour l’agriculture de l’ONCL et ses filiales, ou encore, du côté des infrastructures, le regroupement d’ADM, ONCF, SNTL, AMDL.

Un retour à la normale étalé sur plusieurs années

Interrogé sur le rétablissement de l’économie nationale suite aux conséquences de la crise sanitaire, M. Benchaâboun a expliqué que l’économique marocaine devrait retrouver niveau de 2019 en 2022, avec en 2021, un rebond mécanique de la croissance autour de 6,4%. Bien sûr, l’opérationnalisation des instructions royales va avoir un impact sur l’activité économique et la croissance. Le ratio endettement/PIB, qui va passer de 65 à 75% cette année, verra son rétablissement étalé sur 4 à 5 ans : 4 ans pour stabiliser, pour amorcer la décrue à partir de la 5ème année.

Enfin, le ministre a indiqué qu’il était partant pour financer la relance (au moins une partie) en s’appuyant sur les marchés des capitaux, et a ajouté que l’AMMC préparait des propositions à ce niveau.

Selim Benabdelkhalek