SM le Roi préside l'ouverture de la 1-ère session de la 4ème année législative de la 10-ème législature

Économie et Finance

Après le discours royal du 11 octobre, les banques et le système financier en première ligne !

le 14 octobre 2019


Le discours de SM le Roi Mohamed VI devant les deux chambres parlementaires la semaine dernière, a été, une fois n’est pas coutume, financier !

En effet, face à la crise économique qui perdure dans notre pays, le financement de l’économie prend toute son importance, car, comme le dit l’expression « c’est le nerf de la guerre ». Et en effet, ainsi que l’a dit SM le Roi dans son discours d’ouverture de la session parlementaire :

« Nul besoin de rappeler que le dynamisme économique passe par le développement des transactions bancaires.
A cet égard, Je tiens à saluer les résultats obtenus au cours des deux dernières décennies, qui ont vu tripler le taux de bancarisation de la population marocaine.
Dans ces conditions, en mettant à profit les technologies nouvelles et les innovations financières, il convient que les banques redoublent d’efforts pour élargir la proportion des Marocains qui recourent aux prestations bancaires et aux dispositifs de financement. Les deux parties pourront ainsi en tirer avantage dans une logique d’équilibre et d’équité, qui profite in fine au processus de développement ».

Or, comme chacun sait, le financement d’une économie s’opère soit par le système bancaire, soit par le marché des capitaux.

Dans son discours, le Souverain s’est adressé aux banques les incitant à élargir leurs cibles de crédits de plus en plus aux jeunes, aux auto-entrepreneurs, aux petites et moyennes entreprises, au secteur informel également.

Encore plus pour les acteurs économiques atypiques !

Sur cette question, deux faits s’imposent, le premier concerne la nouvelle forme juridique unipersonnelle qui se développe et le second les TPME qui s’imposent comme des acteurs économiques prédominants dans notre économie.

Les banques se sont déjà tournées vers ces créneaux depuis quelques années, encouragées par Bank Al Maghrib, soutenues depuis 5 ans par un fonds de soutien et par la garantie développée par la Caisse Centrale de Garantie.

Aujourd’hui plus que jamais les trois banques à capitaux nationaux, Attijariwafa bank, Banque Populaire et BMCE Bank of Africa se tournent vers le financement de cette catégorie d’opérateurs économiques, faute au demeurant de demandes de crédits des grands groupes et tout particulièrement de crédits d’investissements.
Et ce, après que plusieurs grandes entreprises les aient plantées de dizaines de milliards de dirhams.

Comme le précise le Roi dans son discours, le système bancaire marocain est certainement solide, résilient et bénéficie d’une supervision bancaire aux normes internationales les plus récentes, celles de Bâle III :

« Le Maroc, Dieu soit loué, dispose d’un secteur bancaire alliant robustesse, dynamisme et professionnalisme ; autant d’atouts qui lui permettent de soutenir la résilience et le développement de l’économie nationale.
Par ailleurs, le système financier marocain fait l’objet d’un contrôle rigoureux de la part d’institutions nationales indépendantes, hautement qualifiées.
Aussi la crédibilité du secteur bancaire, la confiance dont il jouit s’en trouvent-elles renforcées, à l’échelle nationale comme à l’extérieur ».

Et, de fait, les banques ont provisionné et digéré les crises de divers secteurs comme celles de l’immobilier de la sidérurgie et bien d’autres, preuve de leur solidité.

Pour toutes ces raisons, le secteur bancaire doit naturellement continuer comme l’y invite Sa Majesté à financer l’économie dans toute sa profondeur en faisant profiter les opérateurs de la baisse structurelle des taux d’intérêt.

« Aussi exhortons-Nous le secteur bancaire national à un engagement plus ferme, à une implication positive plus vigoureuse dans la dynamique de développement que connaît notre pays.
Cet effort doit porter spécifiquement sur le financement de l’investissement, l’appui aux activités productives, pourvoyeuses d’emplois et génératrices de revenus.
A cet égard, outre l’engagement des banques auprès des grandes entreprises en termes d’appui et de financement, Nous les incitons à s’acquitter de la mission prépondérante qui leur échoit en matière de développement.
Pour cela, elles doivent notamment simplifier et faciliter les procédures d’accès au crédit, s’ouvrir davantage aux auto-entrepreneurs, financer les petites et moyennes entreprises. 

Le système financier à la rescousse !

Mais, en faisant référence aux trois autorités de marché que sont BAM pour le secteur bancaire, l’AMMC pour le marché des capitaux et l’ACAPS pour celui des institutionnels, compagnies d’assurances et autres caisses de retraite, qu’il qualifie « d’indépendantes et hautement qualifiées », le Souverain incite en fait tout le système financier à s’impliquer dans la dynamisation du financement de l’économie.

Ainsi, la Bourse des Valeurs est tout particulièrement concernée par son rôle de financement en direct de l’économie. D’ailleurs, dans son nouveau règlement intérieur, de nouveaux efforts sont faits pour la rendre effectivement attractive.

Tout particulièrement un marché dédié aux PME vient d’être crée, structuré en différents compartiments pour cibler différentes catégories de PME en leur proposant plusieurs produits de financement par le capital et la dette.

De même, il existe également d’autres produits de financement des entreprises comme le capital risque dédié à celles qui mènent des projets à haute valeur ajoutée et qui ont besoin de capitaux dès leur lancement.

De plus, une défiscalisation accompagne nombre des ces possibilités de financement de l’économie toutes conçues, encadrées et supervisées.

Toutefois et malheureusement, peu d’entre elles sont utilisées, les entreprises n’y ont recours que trop rarement !

En effet, si les banques ne financent pas assez certaines entreprises, elles ne les orientent pas pour autant vers le marché des capitaux !

C’est à ce niveau que le bât blesse car il n’y a pas de synergies entre les différents financements aussi riches et variés soient-il.

Les banques traitent leurs crédits d’un point strictement bancaire quand le marché financier attend vainement que les entreprises s’adressent à lui.

On a souvent reproché aux banques de ne pas orienter les entreprises vers le marché des capitaux, sachant que celle-ci sont d’abord leurs clientes.

De fait, la Bourse n’attire pas les entreprises, grandes, moyennes ou petites, les introductions en bourse sont rares et quand elles interviennent, elles se font par cession de capital pour valorisation des sociétés et non par augmentation de capital pour financer leurs investissements. Sans omettre de rappeler que les valorisations en question sont souvent très élevées, laissant peu de place à l’efficience des cours.

De même, le capital-risque ne se développe pas au rythme des besoins de notre économie,
Interrogés sur les raisons de l’insuffisance du financement économique malgré leur large palette, les banquiers et autres responsables sur le marché des capitaux, invoquent une seule et unique raison, la manque de transparence financière des acteurs économiques.

La défaillance financière concerne toutes les entreprises, quelle que soit leur taille.
Les différences en termes de défaillance dépendent le plus souvent de la nature juridique et de la qualité du management.

En effet, pour les grandes entreprises, le manque de transparence est dû principalement à la lourdeur de la fiscalité qui pèse sur elles.

Les chiffres le confirment, 1% des sociétés contribue à hauteur de 80% pour les impôts économiques comme l’IR, l’IS et la TVA.

Cette situation, proprement injuste, encourage la non-transparence financière, au détriment de la fiscalité, car l’opacité est un moyen d’y échapper.

Les moyennes entreprises, ajoutent à cet argument leur nature juridique, car une société de personnes est, de fait, moins transparente qu’une SA, une SARL ou en commandite, de par les exigences de la loi qui les régit.

Enfin la PME manque de transparence par défaut de moyens en management, en ressources humaines et financières. C’est le chat qui se mord la queue parce que la transparence financière faciliterait grandement le financement des entreprises, mais les contraindrait à payer plus d’impôts !

En conclusion, Sa Majesté le Roi a donné aux banques des directives précises et claires pour financer encore davantage l’économie, les incitant à recourir à l’ingénierie financière, une science exacte très riche qui peut apporter des solutions variées au financement des acteurs économiques, même des plus petits.

Mais tout cela ne pourra se faire sans transparence financière. C’est pourquoi la réforme fiscale, dont la Loi cadre en est encore au niveau du Secrétariat général du Gouvernement, est très attendue par tous les opérateurs économiques….

Afifa Dassouli