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[Analyse] L’agriculture rurale intensive est morte ! Vive l’agriculture urbaine innovante ! (partie 1)

le 7 septembre 2016


L’agriculture contemporaine, intensive et chimique, constitue la principale manière de produire les denrées alimentaires distribuées et vendues dans le monde.

Ses effets néfastes sur l’environnement et la santé humaine (agriculteurs et consommateurs) menacent le fragile équilibre de notre planète et donc notre propre survie en tant qu’espèce !

Le monde rural, longtemps plébiscité pour sa qualité de vie et son environnement sain, est devenu, en fait, un véritable producteur de poison !

Heureusement, de nouvelles manières de produire des aliments plus sains en respectant l’environnement commencent à émerger et à s’imposer en remettant en cause l’agriculture telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui.

L’agriculture urbaine, technologique et innovante, présente énormément d’avantages et semble être une solution très intéressante pour un changement de paradigme dans notre manière de considérer la production de denrées alimentaires à l’échelle de la planète.

Comment est née l’agriculture urbaine ? quels sont ses avantages et ses inconvénients par rapport à l’agriculture rurale ? Cette nouvelle forme d’agriculture peut-elle résoudre les grands défis alimentaires qui nous attendent à l’horizon 2050 ?

(Première partie )


Les effets catastrophiques de l’agriculture rurale intensive

Durant ma formation universitaire en agronomie à l’Université Laval au Canada, l’un des cours qui m’avait le plus marqué s’intitulait «Agriculture Écologique».

En 1998 déjà, ce cours démontrait avec une rare clarté comment l’agriculture rurale intensive était néfaste pour l’environnement et pour les humains !

Destruction des forêts et des habitats naturels, appauvrissement des sols, pollution des nappes phréatiques, apparition de nouveaux problèmes de santé humaine à cause des pesticides utilisés à outrance, diminution de la biodiversité, la liste des dégats est malheureusement très longue).

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Exemple de champ d’agriculture intensive.

Pourtant, cette agriculture a prospéré pendant des dizaines d’années sans que l’on puisse y faire grand-chose car il fallait bien, nous disait-on, nourrir tous les humains de la planète !

Paradoxalement, plusieurs pays africains, qui étaient auparavant en autosuffisance alimentaire grâce à une agriculture paysanne créative et diversifiée (aux techniques ancestrales éprouvées et adaptées) se sont retrouvés économiquement dépendants des cours spéculatifs mondiaux du café, coton, et autres palmiers à huile après être passés aux monocultures à grande échelle.

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La Somalie a perdu sa sécurité alimentaire en passant à la monoculture…

Cette fausse croyance qu’il fallait nécessairement produire de manière intensive et en monoculture était en fait entretenue par certains grands groupes industriels et pharmaceutiques très puissants (Monsanto and Co) qui avaient des intérêts colossaux à vendre partout dans le monde leurs produits (graines OGM et pesticides qui vont avec).

Plusieurs études ont pourtant démontré que la pratique d’une agriculture écologique respectueuse de l’environnement pouvait être aussi productive que l’agriculture conventionnelle.

Nous ne sommes donc pas obligés de détruire les terres et d’empoisonner des milliards d’humains pour nourrir toute la planète !

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Pesticide = poison mortel

L’agriculture rurale biologique est-elle la solution ?

Les bienfaits d’une agriculture biologique plus respectueuse de l’environnement et n’utilisant pas de pesticides pour combattre les différents nuisibles des cultures sont certains : amélioration de la santé des sols qui retrouvent toute la matière organique dont ils ont besoin pour nourrir naturellement les plantes, meilleurs fruits et légumes pour la santé, préservation de la biodiversité, etc

Le bio devient une priorité de santé nationale dans de nombreux pays développés.

De nombreux pays ont pris conscience des dangers de l’agriculture intensive et ont commencé à légiférer pour encourager les agriculteurs à changer leurs méthodes de production et à revenir vers une agriculture saine et durable. Le Danemark a même annoncé son intention de devenir le premier pays au monde à transformer toute son agriculture en biologique !

« Bien manger c’est le début du bonheur » : Les danois semblent vouloir appliquer ce proverbe à la lettre !

Cette conscientisation des populations a pu se faire grâce au travail de différentes associations militantes qui ont su, en plus de leur travail de terrain auprès des agriculteurs et des autorités publiques, utiliser judicieusement les réseaux sociaux et les autres canaux de communication pour sensibiliser aussi les consommateurs.

Pourtant l’agriculture biologique ou raisonnée ne pourra, à elle seule, résoudre tous les problèmes inhérents à l’agriculture rurale !

D’ici 2050, la population mondiale aura atteint au minimum 9 milliards d’habitants (dont 80% qui habiteront en ville) et la plupart des terres arables auront disparu (80% d’entre elles sont déjà en exploitation).

A propos de la surpopulation
La surpopulation menace l’équilibre de la planète si l’on ne change pas nos méthodes de consommation et de production de denrées alimentaires.

Même en anticipant certaines évolutions technologiques et scientifiques pour améliorer les rendements, l’agriculture rurale, qu’elle soit conventionnelle ou biologique, n’arrivera pas à nourrir toute la population mondiale sans provoquer de nombreux dégâts irréversibles pour la planète (déforestation, désertification, circuits de distribution gourmands en énergies fossiles qui contribuent au réchauffement climatique, etc.)

Le-réchauffement-climatique

L’agriculture de demain : au cœur des villes !

Puisque les surfaces cultivables ne sont pas extensibles, comment faire alors pour produire la nourriture nécessaire à une population mondiale toujours croissante ?

De nombreux architectes, urbanistes, designers, ingénieurs agronomes et sociologues du monde entier allient leurs compétences et savoir-faire pour tenter de répondre de manière concrète à cette question essentielle.

L’une des propositions les plus sérieuses aujourd’hui serait d’amener les exploitations agricoles directement dans les villes !

En plus des conférences, l’École d’été sur l’agriculture urbaine organise des visites comme celle du toit du Santropol. 
Exemple d’agriculture urbaine sur le toit d’un immeuble à Montréal.

Cette solution peut, à première vue, sembler irréalisable puisque nous savons très bien qu’il est impossible d’installer de vastes champs en pleine ville (pas de place et prix au m2 trop cher)

Pourtant en y regardant de plus près, cela est tout à fait réalisable et même souhaitable !

Nous savons bien que l’homme ne peut se sentir vraiment bien sans un contact permanent avec la nature. Or ce dernier se trouve principalement dans les villes qui sont souvent « déconnectées » de la nature et « envahies par le béton et le ciment ».

Tokyo est une mer de béton qui s'étend à perte de vue. Crédits : Antoine Dubois

Introduire l’agriculture en ville c’est aussi un certain retour aux sources puisque, depuis des centaines de milliers d’années, l’agriculture a été le principal mode de vie de l’homme !

Plusieurs programmes de formation à l’agriculture urbaine ont été initiés un peu partout dans le monde pour inciter les populations à cultiver des potagers sur les toits des immeubles ou dans des espaces verts communs partagés.

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L’école d’été sur l’agriculture urbaine à Montréal est pionnière dans le domaine.

Malheureusement, les citadins ne peuvent pas tous se transformer en agriculteurs urbains. Il fallait donc trouver une manière efficace de produire des denrées alimentaires en quantité suffisante et qui soit à la fois adaptée aux contraintes de la ville tout en tenant compte des conditions de croissance des cultures et des animaux…


Dans la deuxième partie de mon analyse, nous verrons comment les fermes verticales, concept futuriste déjà déployé dans plusieurs pays avant-gardistes, peuvent apporter une vraie réponse aux problématiques citées précédemment.

                                                                                                                                                         Suite : Partie 2

Omar Amrani.

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