Société

Mamoun Ghallab/Zéro Zbel Expérience : Œuvrer à l’éducation des jeunes

le 15 novembre 2016


Mamoun Ghallab est l’un des jeunes Marocains incarnant le changement dans le domaine de l’environnement. Ancien consultant en stratégie environnementale à Paris entre 2009 et 2011, et manager au sein de la division développement durable d’OCP entre 2011 et 2015, il a fondé « MakeSense », une firme de consulting spécialisée dans le développement durable. Il est également le fondateur de « Zéro Zbel Expérience », une OGN marocaine oeuvrant dans le domaine de l’écologie.

La Nouvelle Tribune :
A quand remonte votre prise de conscience pour le développement durable ? Quel en a été l’élément déclencheur ou structurant ?

Mamoun Ghallab :

Depuis tout petit on m’a appris à ne pas gaspiller l’eau, l’électricité, la nourriture… C’était en réalité plus lié à certaines valeurs traditionnelles marocaines qu’à une volonté de m’éduquer à l’écologie. De plus, je suis un amoureux de l’océan et j’ai toujours été révolté de voir nos plages souillées par les déchets. Je pense que ce sont là les premiers éléments qui m’ont mené à m’intéresser à l’écologie. Les voyages, les lectures et les hasards de la vie ont fini de faire naître une vraie passion pour la protection de l’environnement, et c’est par passion que j’ai choisi de travailler dans le domaine du développement durable depuis 7 ans maintenant.

Pour ce qui est de Zéro Zbel, le déclic est venu en 2013. J’ai voulu essayer de vivre plus en accord avec mes valeurs écologiques et j’ai décidé de me lancer un défi : je me suis donné 6 mois pour trouver tous les moyens possibles de vivre un mode de vie zéro déchet. J’ai réussi à réduire mes déchets de 96%.

Même si l’expérience portait sur ma vie quotidienne, j’ai créé un blog pour expliquer ma démarche et partager les solutions que j’ai trouvées. Le blog zerozbel.wordpress.com a été ma première prise de position publique en faveur de l’environnement, et ma première action de sensibilisation.

MAMOUN GHALLAB1

Quel est votre parcours depuis ? Comment se matérialise votre engagement ?

Depuis, j’ai eu le plaisir de me rendre compte que je n’étais pas le seul à me soucier de la protection de notre environnement au Maroc. J’ai rencontré de belles personnes engagées et motivées avec qui nous avons d’abord mené plusieurs actions de sensibilisation spontanées, puis nous avons créé l’Association Zéro Zbel.

Les fondateurs sont Soukaina Aziz El Idrissi, Kenza Benamour et moi-même. Nous souhaitions donner plus d’ampleur à nos actions : lever des fonds, mobiliser plus de gens et engager des projets plus grands pour avoir plus d’impact.

Depuis le début, mon engagement repose principalement sur le fait de montrer l’exemple, en appliquant à ma vie quotidienne toutes les bonnes pratiques que je prône. Au sein de l’association Zéro Zbel, notre engagement se base aussi sur la philosophie de l’Open-source : nous voulons que tout un chacun ait accès à un savoir et à des informations fiables et compréhensibles sur les enjeux environnementaux actuels. Nous voulons que chacun prenne conscience qu’il a un réel pouvoir de changement.

À quelles initiatives êtes-vous sensible au niveau national ou international ?

Au niveau national, l’association Bahri et Surfrider Foundation Maroc sont des associations dont je respecte énormément l’engagement. Elles travaillent beaucoup à l’éducation des plus jeunes, avec un grand sens de la pédagogie.

Nous avons aussi de nombreux jeunes entrepreneurs qui innovent et développent des produits qui ont une forte valeur ajoutée environnementale.

Qu’espérez-vous de la tenue d’un forum mondial comme la COP22 au Maroc ?

Pour moi il y a trois COP22 :

– La COP technique, dont l’enjeu est d’opérationnaliser les décisions prises lors de la COP21.
– La COP diplomatique, à travers laquelle le Maroc cherche à montrer qu’il est un pays stable et donc un partenaire économique et géostratégique fiable.
– Et celle qui me tien le plus à cœur, la COP citoyenne, qui sera un moment clé pour éveiller les consciences des Marocains concernant les enjeux environnementaux auxquels notre pays doit faire face.

C’est pour cette « troisième COP22 » que l’association Zero Zbel développe un programme d’actions visant à partager avec le plus grand nombre notre expertise environnementale :

– D’abord à travers la production d’un kit de sensibilisation au changement climatique, composé de 3 vidéos en darija.
– Puis à travers une série d’ateliers de renforcement de capacité de jeunes membres d’autres associations, pour qu’ils soient en mesure de sensibiliser autour d’eux.
– Enfin, en parallèle de la COP22, Zéro Zbel organise un festival de l’écologie à Marrakech, au cœur de la Médina : « Climate Open Zone » sera dédié à donner la parole aux jeunes, pour sensibiliser d’autres jeunes.

Toutes ces actions sont soutenues par nos partenaires : la Fondation Heinrich Böll, la Fondation Ajial pour les Droits de l’Homme et l’Ambassade des Etats-Unis.

MAMOUN GHALLAB(2)

Où en est d’après vous l’opinion publique marocaine en termes d’adhésion et de prise de conscience des enjeux du développement durable ? Quelles seraient vos recommandations pour accentuer ce phénomène ?

Il y a beaucoup à faire, mais je suis encore optimiste. Les Marocains ont l’avantage d’avoir encore dans notre mémoire collective certains gestes traditionnels qui sont cohérents avec les nouvelles exigences de protection de l’environnement. Il suffit de réveiller et revaloriser cette partie de notre culture et nous pourrons gagner plusieurs années dans le processus d’éducation environnementale.

Je pense aussi que les entreprises marocaines et les législateurs ont un fort rôle à jouer pour inciter à la mise à disposition des citoyens de produits plus respectueux de l’environnement. L’éducation est aussi un élément clé ! Vivement un vrai programme d’éducation citoyenne dans les écoles.

Entretien réalisé par Zouhair Yata