Politique

Y-a-t-il corruption sans corrupteur ?

le 21 janvier 2015


Depuis quelques semaines et en particulier depuis la publication sur les réseaux sociaux d’une vidéo d’un citoyen espagnol confronté à la corruption d’un agent de police dans le grand Sud marocain, l’opinion publique nationale commente sans modération ce phénomène pourtant bien connu sur nos routes.

Les internautes, mais aussi la presse plus ou moins responsable, relèvent avec indignation cette situation peu honorable pour les autorités et condamnent fermement l’attitude de certains corps de l’Etat, qui seraient donc corrompus. N’ayant aucun chiffre officiel ou même officieux pour nous permettre d’en quantifier l’ampleur, il ne reste donc que la dénonciation de principe.

Pourtant, s’il est avéré que la corruption est un fléau, les Marocains semblent oublier que les corrupteurs, ce sont eux. Les autorités ont pris acte de ce nouvelle tendance « citoyenne » et la rumeur court selon laquelle toute personne tentant de corrompre un agent de police ou de gendarmerie serait emmenée au poste, afin d’éviter tous les abus, mais surtout la multiplication des vidéos incriminantes.

À ce sujet, force est de constater que nous faisons face à une réelle dérive de la part de  certains de nos concitoyens, comme en témoigne le cas d’un couple arrêté parce que la passagère tentait de filmer un policier que  le conducteur voulait corrompre.

Les Marocains font d’ailleurs circuler l’information de manière informelle via les services de messagerie ou les réseaux sociaux pour sensibiliser les uns et les autres sur le risque de « graisser la patte » à un agent.

Il est louable et positif que les citoyens se mutent petit à petit en combattants de la corruption et dénoncent les abus à travers les réseaux sociaux. D’ailleurs, aux Etats-Unis, des unités citoyennes, les « Cops Watchers », filment les interventions des policiers. Mais, cela ne peut pas se faire sans une exemplarité du comportement du citoyen. On oublie trop facilement que le policier n’est corruptible (quand il l’est) qu’à l’occasion d’une infraction au Code de la route.

Si nous n’avions rien à nous reprocher, il serait très difficile, voire impossible à certains représentants des forces de l’ordre d’exiger ou d’accepter une contrepartie matérielle. Nous jouons au chat et à la souris certes, mais il suffit de monter en voiture pour constater que nous vivons dans une jungle automobile où la seule loi appliquée, n’est pas le Code de la route, mais celle du plus fort ou du plus malin.

Qui n’a pas vécu un cas d’embouteillages accentué par l’incivilité d’un ou de plusieurs conducteurs ? A combien d’accidents de la route sommes-nous confrontés au quotidien ? Combien de cas de triple files devant les écoles, les boulangeries, d’utilisation de la bande d’arrêt d’urgence sur les autoroutes au moindre blocage ? Le Code de la route est-il difficile à appliquer ou est-ce que systématiquement lorsque nous nous faisons arrêter pour une infraction, notre premier réflexe est de tenter de nous « arranger » avec le policier, prétextant une urgence vitale ou en jurant sur la vie de nos proches ? Y-a-t-il corruption sans corrupteur ?

Nos concitoyens aspirent à un Etat de droit et c’est la preuve que les mentalités changent dans le bon sens vers une reddition des comptes et des responsabilités. Mais, nous avons une responsabilité encore plus grande et un devoir citoyen qui consiste à commencer par nous discipliner et à faire preuve de civisme pour circonscrire ce type d’abus. Nous ne pouvons continuer à dénoncer un système qui nous profite directement et que nous alimentons au quotidien.

En somme, balayons devant notre porte, avant d’arroser celle du voisin…

Zouhair YATA