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WPC de Marrakech : La ‘‘Route de la Soie’’, entre alarmistes et réalistes

le 14 octobre 2019


La ville de Marrakech, et c’est pour la 4ème fois (2009 – 2010 – 2017), a abrité le week end dernier la 12ème édition du World Policy Conference. Au menu, une série de thématiques en rapport avec l’actualité géopolitique mondiale la plus pressente.

La guerre commerciale sino-américaine, une parmi tant d’autres, a été au centre de la séance d’ouverture de cette édition prévue du 12 au 14 octobre.
En effet, si la montée en puissance de la Chine inquiète certains, pour ne pas dire beaucoup, d’autres se veulent rassurant. Trop même.

Dans son intervention, le président de la WPC, Thierry de Montbrial, ouvre le bal : ‘‘ On parle de géo-économie pour qualifier une situation où des États, à commencer par les Etats Unis, utilisent de plus en plus méthodiquement les leviers non militaires de la puissance économique pour atteindre leurs objectifs politiques.

Pareille approche, naguère encore peu convaincante comme le rappelle l’histoire des sanctions économiques internationales, a beaucoup gagné en efficacité du fait de la révolution des technologies de l’information et de la communication’’.

Et d’ajouter que ‘‘ C’est également par la géo-économie que, sans mettre en question ses grandes ambitions militaires, la Chine étend son influence partout sur la planète. Avec de réels succès. Mais à la différence des Etats Unis, elle agit ainsi au nom du développement ou de la réduction de la pauvreté, et en se déclarant en faveur du multipartisme’’.

Pour sa part, Edouard Philippe, Premier ministre français, souligne que la mondialisation doit aussi contribuer à la stabilité du monde : ‘‘C’est pourquoi, nous nous engagerons en faveur de la réforme de l’OMC, à un moment où certains remettent en cause le multilatéralisme.

Nous sommes en faveur d’un commerce libre et ouvert qui est un facteur très puissant de paix. Pour qu’il continue à l’être, ce commerce doit devenir plus loyal et obéir à un principe de réciprocité. On le sait ici sur le pourtour méditerranéen, depuis au moins la Rome antique : le droit est le meilleur allié de l’échange’’.

Dans la même veine, le Premier ministre ivoirien Amadou Gon Coulibaly estime qu’indépendamment de la qualité des politiques économiques mises en œuvre sur l’ensemble du continent pour consolider son développement économique et social, l’Afrique fait face à une nouvelle menace qui risque de freiner son essor économique :

‘‘Il s’agit de la montée du protectionnisme suscité par les différentes guerres commerciales qui pourraient engendrer des problématiques majeures pour le continent africain, à savoir: La baisse des exportations africaines en raison du renforcement des normes de qualité et de sécurité de nombreux produits.

Le ralentissement de l’industrialisation africaine dû à la forte concurrence de produits manufacturés. La chute des Investissements Étrangers sur le continent en raison des difficultés nouvelles rencontrées par les principaux investisseurs’’.

Même son de cloche chez Olivier Blanchard, ancien économiste en Chef au FMI, pour qui le protectionnisme impacte lourdement les investissements.

Arkebe Oqubay est ministre conseiller spécial du Premier ministre d’Éthiopie. D’après lui, le monde vit aujourd’hui au rythme d’une crise sino-centrique.

Mais, il faut être réaliste, explique-t-il : ‘‘La Chine représente un important potentiel de développement pour les pays d’Afrique, car il faut penser à tous ces pays en voie de développement et dans de pareils cas, il ne faut pas être alarmiste, mais plutôt réaliste’’.

Dans le même ordre d’idées, Salaheddine Mezouar, aujourd’hui ex-président de la CGEM, tient à préciser que dans un monde marqué par un grave désordre multipolaire, la présence d’une force telle que la Chine, est un réel espoir et avec qui il faut composer :

‘‘Pour l’Afrique, la Chine a permis un regain de souveraineté d’une part, et des opportunités d’échanges et d’emplois d’une autre part’’.

Et d’indiquer que si l’UE est le partenaire traditionnel de l’Afrique, cela n’empêche d’observer que ce partenaire manque aujourd’hui de visibilité, de repères et se contente de suivre le mouvement de ses intérêts :

‘‘Un constat qui nous impacte négativement, particulièrement à un moment où le Maghreb vit au rythme de mutations structurelles porteuses d’espoir et que l’UE est invitée à prendre en considération’’.

D’ailleurs, lors de cette séance d’ouverture de la 12ème édition de la WPC, les participants ont été unanimes à souligner que la montée en puissance de la Chine est une réalité à prendre au sérieux, même si sa croissance économique ralentit à cause de la guerre commerciale, mais aussi pour des raisons internes.

‘‘Les Chinois ont beau jeu d’accuser les Anglo-Américains d’être à la manœuvre, et peut-être n’ont-ils pas complètement tort. De même le Kremlin n’a-t-il jamais eu complètement tort s’agissant du rôle des États-Unis en Ukraine depuis les années 1990’’, dit-on ici à Marrakech en notant toutefois que la théorie du complot n’explique jamais tout.

Hassan Zaatit