We4She 2026 : au-delà de la sensibilisation, un appel à des mesures concrètes pour l’égalité économique

Par AL
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La troisième édition de la Grande Conférence We4She, organisée mercredi 20 mai à Casablanca autour du thème « De la sensibilisation à la loi : franchir le cap pour l’égalité économique », a réuni responsables institutionnels, dirigeants d’entreprises et experts autour des enjeux liés à la place des femmes dans l’économie marocaine.

En ouverture de la rencontre, les modératrices, Radia Chmanti Houari, CEO du cabinet Bright&Partners, et l’avocate Kamilia Benali, ont rappelé le décalage entre le niveau de formation des femmes marocaines et leur présence sur le marché du travail, le taux d’emploi féminin étant estimé à près de 19 %. We4She, qui indique accompagner plus de 100 entreprises signataires de sa charte de la diversité du genre, entend désormais renforcer son plaidoyer en faveur d’une meilleure représentation des femmes dans les instances de gouvernance et d’une évolution du cadre réglementaire.

Plusieurs indicateurs ont également été mis en avant pour illustrer l’ampleur du défi. Les femmes représentent environ 20 % de la population active, soit l’un des niveaux les plus faibles de la région MENA. Il a par ailleurs été rappelé que, malgré une présence majoritaire des femmes dans les écoles, lycées et universités, le Maroc demeure faiblement classé dans les indices internationaux liés à l’égalité de genre.

Intervenant à cette occasion, Meriem Nossairi, Directrice générale d’ONU Femmes Maroc, a souligné que les freins restent avant tout « structurels et systémiques ». Elle a évoqué le poids des normes sociales, les charges domestiques et familiales assumées majoritairement par les femmes, ainsi que les questions liées à la sécurité et aux conditions de travail.

Selon elle, l’absence de dispositifs adaptés pour concilier vie professionnelle et responsabilités familiales contribue au décrochage des femmes après la maternité. Elle a également insisté sur l’importance de renforcer les mécanismes de protection contre les violences et d’intégrer davantage la question de l’économie du soin dans les politiques publiques.

« Une urgence économique » pour le Maroc

Participant au panel, Jamel Belahrach, CEO de DEO Conseil et ancien vice-président de la CGEM, a adopté un ton plus direct, estimant que le sujet ne relève plus uniquement de l’égalité mais aussi d’un enjeu économique national.

Selon lui, le Maroc « ne pourra pas atteindre les niveaux de croissance auxquels il aspire » en laissant de côté une grande partie de son capital humain. Il a notamment pointé le manque d’« incarnation » du sujet au sein des entreprises et des sphères politiques, ainsi que les limites du cadre réglementaire actuel.

M. Belahrach a également insisté sur la nécessité de faire évoluer la culture managériale et les modes d’organisation du travail, notamment en matière de flexibilité et de temps partiel, estimant que le changement devait être porté autant par les hommes que par les femmes.

En conclusion, Jamel Belahrach a appelé à considérer la question de l’inclusion économique des femmes comme « une urgence » pour le Maroc, estimant que le pays devait « se réinventer » pour réussir sa transformation économique et sociale.

L’exemple de CIH Bank mis en avant

Le témoignage de Houda Chafil, directrice générale adjointe de CIH Bank, a illustré l’approche mise en place par certaines entreprises pour intégrer davantage la diversité dans leur gouvernance.

Elle a expliqué que la démarche de la banque reposait d’abord sur une conviction stratégique liée à la performance et à l’évolution des attentes des collaborateurs et des clients. Parmi les initiatives citées figurent la création d’une crèche d’entreprise inaugurée en 2022, des programmes de formation et d’accompagnement au leadership féminin, ainsi que la mise en place d’une gouvernance dédiée aux enjeux de durabilité et de diversité.

Pour Mme Chafil, les femmes représentent aujourd’hui 48 % des effectifs de la banque, 38 % des managers et 33 % des administrateurs.

L’expérience française autour des quotas

La conférence a également donné la parole à Marie-Pierre Rixain, députée française et auteure de la « loi Rixain », venue partager l’expérience française en matière de quotas dans les instances dirigeantes.

Elle a rappelé que la loi Copé-Zimmermann, adoptée en 2011 pour féminiser les conseils d’administration, avait permis à la France d’atteindre près de 46 % de femmes dans ces instances. Toutefois, le « ruissellement » attendu vers les postes exécutifs ne s’est pas produit naturellement, ce qui a conduit à l’adoption de la loi Rixain en 2021.

Cette dernière impose progressivement des quotas dans les comités exécutifs et de direction des grandes entreprises, avec des objectifs de 30 % puis 40 % de femmes, accompagnés de mécanismes de transparence et de sanctions financières en cas de non-respect.

Marie-Pierre Rixain a estimé que les quotas constituaient avant tout « un accélérateur », tout en soulignant leur impact sur la visibilité des femmes dans les sphères économiques et sur leur reconnaissance comme « sujets économiques à part entière ».

Dans ce sens Meriem Nossairi a rappelé que la loi marocaine 19-20 avait permis une progression de la représentation féminine dans les conseils d’administration des sociétés cotées, passée de 21 % à 29 % en quelques années.

Elle a toutefois jugé le dispositif encore limité, en raison de son périmètre restreint et de l’absence d’obligations de reporting ou de sanctions.

En marge de cette conférence, un mémorandum d’entente a été signé entre We4She et ONU Femmes. Conclu entre Soumaya Benjelloun et Meriem Nossairi, cet accord ouvre la voie à une collaboration renforcée autour de plusieurs axes, notamment l’inclusion économique des femmes, l’accompagnement des entreprises et la diffusion de bonnes pratiques en matière de diversité de genre.

L’événement a également été marqué par la remise du prix « Entreprise championne de la diversité de genre 2026 » à Polydesign Systems, saluée pour ses avancées en matière de mixité, avec 60 % de femmes ingénieures et 43 % de femmes cadres dirigeantes.

Asmaa Loudni

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