Venezuela : le « Big Stick » de Teddy Trump
Une grille de mots croisés générée à partir de cet articles.
Cette nouvelle année ne commencera donc pas comme d’habitude sur les bonnes résolutions, les reflux gastriques des orgies alimentaires de fin d’année et l’abstinence. Et, au-delà du football qui nous divertit ici-bas, l’attention mondiale est focalisée sur ce que beaucoup de commentaires qualifient d’intervention surprise et inattendue des États-Unis au Venezuela avec la capture du Président Maduro.
Dans un monde radicalement polarisé du plus simple commentateur lambda sur les réseaux sociaux, aux politiques et aux nations, l’événement fait grand bruit et s’alimente de réactions qui mélangent la forme et le fond à souhait.
La personnalité du Président américain Donald Trump étant éminemment médiatique, dans un cirque dans lequel il se plait à être le Monsieur Loyal, fixe l’attention de tous, génère des memes et des pamphlets, favorisant par la même le sentiment de puissance que l’opération américaine voulait véhiculer. Le caractère expéditif de la capture de Maduro en quelques heures s’inscrit ainsi parfaitement dans l’instantanéité des médias sociaux où va se confondre couche sur couche, le sort du peuple vénézuélien, la main mise américaine sur les plus grandes réserves mondiales de pétrole, et la tenue Nike du Président déchu en « top trend » sur les moteurs de recherche.
Dans ce brouhaha où chacun trouve de quoi consommer en fonction de son degré d’implication intellectuelle, on nous explique aussi et surtout, que l’Amérique de Trump crée un précédent inédit, qui risque de donner des ailes aux dictateurs et régimes autoritaires de par le monde et qui nécessiterait un sursaut des derniers « gardiens de la galaxie démocratique ».
Pourtant, rien n’est moins vrai et pour plusieurs raisons. D’abord, les États-Unis ont une longue et dense histoire d’interventionnisme sur tout le continent américain qu’ils considèrent comme leur chasse gardée depuis la doctrine Monroe qui date de 1823, soit à peine quelque cinquante ans après la proclamation de leur indépendance. Depuis, c’est l’hégémonie régionale qui est visée par l’Oncle Sam et avec la politique du « Big Stick » de Theodore Roosevelt, président républicain faut-il le préciser, pas une décennie n’est passée sans que Washington agisse pour défendre, sécuriser ou affirmer sa domination sur le continent, de Cuba à Haiti en passant par la République dominicaine, le Panama, le Nicaragua…
La guerre froide a été aussi prolifique pour les États-Unis qui face à la fièvre révolutionnaire alimentée et financée par Moscou a vu l’installation et le soutien de régimes autoritaires alignés idéologiquement au Chili, en Argentine, en Uruguay au Paraguay, en Bolivie ou encore au Brésil après le coup d’État de 1964.
L’opération Condor est tristement célèbre pour avoir été une politique systématique et transnationale d’élimination des opposants de gauche avec l’appui logistique du renseignement américain. Faut-il rappeler également le scandale des Contras dans les années 80 ? En réalité, cela fait belle lurette que les intérêts des USA priment sur toute autre considération en Amérique latine et dans ce contexte le pétrole du Venezuela est évidemment dans le collimateur américain, ce n’est pas Instagram qui doit nous le révéler. De même, l’extraction chirurgicale du Président Maduro est consistante avec les méthodes américaines popularisées par les séries « Narcos » sur Netflix.
Et, par ailleurs, c’est peut-être cynique de le rappeler, mais Vladimir Poutine n’a pas attendu que Trump agisse au Vénézuéla pour s’atteler à sécuriser son jardin russe avec une agressivité qui a déjà fait des milliers de victimes civiles et militaires. Si les Européens n’en avaient pas encore conscience, tant mieux si l’épisode vénézuélien leur ouvre enfin un peu plus les yeux.
Parce qu’en définitive, rien de nouveau au soleil, les grandes puissances dont les États-Unis sont l’archétype, enrobent toujours leurs actions de bonnes intentions lorsqu’il s’agit de défendre leurs intérêts stratégiques et ceux-ci sont systématiquement antinomiques avec le droit, qu’il soit des peuples ou international. La guerre à Gaza nous le prouve depuis des mois, voire des années, mais nos algorithmes n’aiment pas ce qui n’est pas récent.
Zouhair Yata
