Un prototype de drone aquatique combinant spectrométrie, capteurs environnementaux et intelligence artificielle sera testé dans un barrage du nord du Royaume. Objectif : détecter les proliférations de microalgues toxiques avant qu’elles ne soient visibles, et éviter la fermeture de retenues alimentant en eau potable des millions d’habitants.
Le projet, porté par Capgemini, associe l’Université Mohammed V de Rabat pour l’expertise scientifique et l’Agence du bassin hydraulique du Loukkos pour l’expérience opérationnelle en gestion des ressources en eau. L’équipe interdisciplinaire est dirigée par Nawfal Majdoub, Senior Quality Manager, et Anas Ait Iflach, ingénieur en gestion de projets.
Une détection avant l’apparition visible
La technologie repose sur la spectrométrie, retenue comme la méthode la plus efficace après comparaison de plusieurs approches, couplée à des capteurs environnementaux et à un système d’alerte à distance.
L’apport de l’intelligence artificielle se situe en amont : des modèles prédictifs, alimentés par l’imagerie satellitaire, doivent permettre d’anticiper les zones à haut risque de prolifération avant même que le phénomène ne devienne détectable à l’œil nu. C’est ce décalage temporel qui conditionne l’efficacité de toute intervention.
Un enjeu sanitaire de premier plan
Les proliférations de microalgues nocives produisent des toxines, désoxygènent l’eau et menacent à la fois les écosystèmes aquatiques et l’approvisionnement en eau potable. Lorsqu’un barrage est contaminé, sa mise à l’arrêt perturbe l’alimentation de populations entières, avec des conséquences immédiates.
Le sujet prend un relief particulier dans un pays où la ressource reste structurellement sous tension, malgré le rebond de la dernière saison hydrique. Les réserves atteignaient 11,8 milliards de mètres cubes en février 2026, après sept années de sécheresse, mais le stress hydrique de fond n’a pas disparu.
Une phase de laboratoire en cours
Les essais se déroulent actuellement en laboratoire, à partir d’échantillons d’eau prélevés au fil des saisons afin de couvrir la variabilité des conditions. Le prototype doit ensuite être testé sur un barrage du nord du Maroc, dont la localisation précise n’a pas été communiquée. Aucun calendrier de déploiement sur le terrain n’est arrêté à ce stade.
Des applications au-delà des barrages
Les porteurs du projet envisagent une extension du dispositif aux lacs, un déploiement international dans d’autres régions confrontées à la rareté de l’eau, et une adaptation de la technologie à la détection d’autres polluants, notamment les hydrocarbures.
Une trajectoire qui illustre un mouvement plus large : l’application de l’intelligence artificielle à la gestion des ressources naturelles, segment où le Maroc dispose à la fois d’un besoin pressant et d’un vivier d’ingénieurs formés localement.
LNT