Trump affirme que l’Iran veut « négocier » alors que la contestation s’intensifie et que le bilan humain s’alourdit
Le président américain Donald Trump a affirmé dimanche que l’Iran souhaitait « négocier » avec Washington, alors que la République islamique est confrontée à un vaste mouvement de contestation marqué par un alourdissement rapide du bilan humain. À bord de l’avion présidentiel Air Force One, le chef de l’exécutif américain a indiqué qu’une rencontre avec des responsables iraniens était « en cours de préparation », tout en laissant planer la possibilité d’options militaires.
Donald Trump a estimé que les autorités iraniennes étaient en train de dépasser la « ligne rouge » qu’il avait fixée en matière de répression des manifestations, évoquant l’augmentation du nombre de morts parmi les protestataires. Il a précisé que l’armée américaine étudiait des « options très fortes », sans en détailler la nature.
Selon l’ONG Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège, au moins 192 manifestants ont été tués depuis le début du mouvement. L’organisation avertit toutefois que ce chiffre pourrait être bien plus élevé, dénonçant un « massacre » et un « crime majeur contre le peuple iranien ». L’IHR fait également état de plus de 2.600 arrestations à travers le pays.
La contestation a débuté le 28 décembre à Téhéran, à l’initiative de commerçants dénonçant la cherté de la vie. Elle s’est rapidement étendue à d’autres villes, devenant l’un des plus grands défis politiques pour la République islamique depuis sa proclamation en 1979. En réaction, les autorités ont imposé une coupure quasi totale d’internet, toujours en vigueur plus de 72 heures après sa mise en place, selon l’ONG Netblocks.
Peu après ses déclarations sur une éventuelle négociation, Donald Trump a indiqué que Téhéran avait pris contact la veille pour discuter, ajoutant qu’une rencontre était en préparation. Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a toutefois averti que l’Iran riposterait à toute frappe américaine en ciblant des sites militaires et les voies de transport maritime des États-Unis.
Dans un message publié sur les réseaux sociaux, Reza Pahlavi, fils de l’ancien chah et figure de l’opposition en exil, a exhorté les forces armées et de sécurité iraniennes à « se tenir aux côtés du peuple ». Cette prise de position intervient alors que les autorités iraniennes ont décrété trois jours de deuil national pour les « martyrs de la résistance », terme utilisé notamment pour désigner les membres des forces de sécurité tués lors des affrontements.
Le président iranien Massoud Pezeshkian a, pour sa part, appelé la population à participer à une « marche de résistance » à l’échelle nationale, afin de dénoncer ce qu’il qualifie de violences commises par des « criminels terroristes urbains ». La télévision d’État a diffusé des images de bâtiments incendiés, dont une mosquée, ainsi que des funérailles de membres des forces de l’ordre.
Sur le terrain, les autorités tentent de montrer un retour progressif au calme. Le gouverneur de Téhéran a affirmé que le nombre de manifestations était en baisse et la télévision publique a diffusé des images de circulation fluide dans la capitale. Toutefois, de nombreuses vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, parfois via des connexions satellitaires, montrent encore d’importants rassemblements dans plusieurs villes, dont Téhéran et Machhad.
Des images authentifiées montrent également des dizaines de corps enveloppés dans des sacs devant une morgue de la capitale, ainsi que des proches à la recherche de personnes disparues. Le Centre pour les droits de l’homme en Iran (CHRI) a indiqué que les hôpitaux étaient saturés par l’afflux de blessés et que les réserves de sang s’amenuisaient.
À Téhéran, un journaliste de l’AFP a décrit une vie quotidienne presque paralysée, marquée par la fermeture de nombreux commerces et la rareté des déplacements. En parallèle, des manifestations de solidarité ont rassemblé des milliers de personnes dans plusieurs capitales européennes, notamment à Paris, Londres et Vienne, tandis qu’à Istanbul, la police a empêché des manifestants de s’approcher du consulat iranien.
LNT avec AFP
