Économie et Finance

Transports en commun : La gauche marocaine s’insurge contre le choix du privé !

le 17 juillet 2019


Dans un rapport publié en ce début de semaine à la suite d’une conférence de presse donnée dans ses locaux à Casablanca, la Fédération de la Gauche Démocratique revient sur les autobus de la capitale économique. Il en ressort ainsi que depuis la signature du contrat de gestion déléguée en novembre 2004, les casablancais souffrent et si rien n’est fait, ils continueront de souffrir de la mauvaise qualité de ce service public fondamental. On rapporte également que la société délégatrice privée, M’dina Bus, a bénéficié durant ces 15 dernières années de subventions et fonds publics de plus de 700 MDH sans pour autant fournir le minimum requis en termes de qualité et de sécurité. Durant toute la période du contrat, le délégataire s’est ainsi limité à importer des bus d’occasion dont une partie importante appartenait à l’un de ses actionnaires (RATP). Ce délégataire a ainsi exploité ces autobus sans le moindre souci de qualité, normes ou standards en la matière. Par ailleurs, les tarifs ont plus que doublé durant cette période alors que la société transporte chaque jour plus d’un million de passagers dans des conditions dégradées et d’insécurité totale…

L’autorité délégante (les 18 communes composant le Grand Casablanca) et les différentes générations d’élus communaux qui l’ont composée ont été aux abonnés absents durant ces 15 années. Pire, le conseil de la ville a complètement failli dans sa mission d’autorité délégante en ne réalisant pas ses obligations contractuelles (exclusivité du transport promis et non réalisée, concurrence déloyale des taxis blancs dans le périmètre urbain, gestion des chantiers sur les voies publiques, de couloirs de bus, etc.). Pour ne rien arranger, le processus de sortie du contrat de gestion déléguée actuel a été piloté par le Conseil de la Ville avec un amateurisme manifeste.

Aujourd’hui et à 3 mois de la fin du contrat de M’dina Bus, le remplaçant n’est toujours pas connu et les bus ne sont pas commandés (plusieurs appels d’offres ont été annulés ou reportés). Enfin, un rapport d’audit de la situation, commandé par le Ministère de l’intérieur et réalisé par KPMG, fait état d’un préjudice au profit de la société délégatrice de près de 4 milliards de dirhams. M’dina Bus a porté l’affaire auprès de la justice, et si le jugement se confirme, ce sera au contribuable casablancais de payer ces 4 MMDH car les élus n’auront pas fait leur travail. La situation actuelle est explosive à plusieurs titres : manque total de visibilité à 3 mois du terme du contrat de gestion déléguée avec M’dina Bus et donc risque sur la continuité du service de transport en commun par autobus à l’issue du contrat actuel ; risque sur le devenir 4000 salariés de M’dina Bus, dont on se demande si les droits seront protégés (indemnités, retraites, sécurité sociale, etc…) ; risque de retard sur l’acquisition des 700 nouveaux bus, objets d’un appel d’offres reporté à maintes reprises (le délai minimum de livraison de 44 semaines pour 350 nouveaux bus) ; risque quant à l’absence de concurrence loyale et transparente dans le choix du délégataire. Pour rappel, peu de soumissionnaires ont répondu à l’actuel appel d’offre et leur nombre sera plus restreint après la phase de présélection ce qui laisse supposer un déséquilibre des pouvoirs de négociation entre la ville et le futur délégataire.

En somme, la FGD s’insurge contre cette situation et déplore la passivité coupable des parties prenantes responsables de la situation actuelle, se positionne clairement pour un retour immédiat de la gestion du transport public urbain de la ville de Casablanca à une régie publique. De nombreuses villes dans le monde, notamment Tunis, Madrid, Berlin, Paris, Nice et Rome ont opté pour le choix d’une régie publique, dit-on à la FGD.

H.Z