Economie

TOURISME, le Maroc doit rester dans la course !

par Fahd Yata | le 2 juin 2020


Chaque jour qui nous approche de la date officielle du déconfinement, le 10 juin prochain, apporte son lot de bonnes nouvelles.

En effet, la prolongation des mesures de confinement jusqu’à cette date a très visiblement porté ses fruits puisque les statistiques relatives à la circulation du Covid-19 indiquent clairement un recul de la transmission du virus au sein de la population, la hausse du taux de guérison ainsi que la stagnation du nombre de décès.

Il faut dire que la politique de systématisation des tests et la rapidité de la réaction des autorités lors de la découverte de clusters sont pour beaucoup dans ces résultats.

Il est donc grand temps de penser concrètement à l’après-Covid, et de mettre en place les conditions d’une reprise, notamment dans des secteurs d’activités stratégiques.

Ceci parce que le pays ne saurait se « payer le luxe » d’une aggravation de la crise économique et sociale que le frappe durement aujourd’hui.

Dans ce contexte, il importe absolument de prendre en compte les appels au secours de certains opérateurs sous peine d’un naufrage généralisé de pans entiers de notre économie.

Ce constat est pleinement opératoire pour le Tourisme dans son acception la plus large.

Ainsi, la CNT vient d’émettre une mise en garde contre l’absence de visibilité qui affecte grandement toute l’industrie touristique nationale, laissée jusqu’à présent dans une incertitude lourde de conséquences.

Il est sans doute inutile de rappeler l’importance de ce secteur qui ne concerne pas seulement l’hôtellerie, mais également les transporteurs, (petits et grands), la compagnie aérienne nationale, les bazaristes, les artisans, les cafetiers et restaurateurs, etc.

Au total, sans nul doute, ce sont des centaines de milliers de familles qui sont menacées de tomber dans la pauvreté faute de réaction anticipative des pouvoirs publics.

Voilà pourquoi, dès à présent, il importe de donner des indications officielles sur les mesures qui seront prises pour sauver ce secteur dans son ensemble.

Et, à ce titre, il importe de prendre en considération plusieurs évidences.

La première veut qu’il ne sera pas suffisant de compter sur le seul tourisme intérieur pour assurer sinon une relance forte mais, du moins, éviter le naufrage de ce secteur.

Ce tourisme intérieur, aux caractéristiques bien précises, ne saurait générer à lui seul le redémarrage des activités, du fait notamment de l’inadéquation du pouvoir d’achat intérieur et des charges d’exploitation des grandes unités hôtelières du pays.

Mais surtout, en cette affaire, c’est le positionnement du Royaume en tant que destination préférée des marchés émetteurs européens, qui risque d’être durablement affecté si le Maroc restait à la traîne dans la formidable partie de captation des touristes qui se joue déjà à l’échelle du pourtour méditerranéen.

Des destinations comme la Croatie, la Grèce, la Tunisie, l’Italie notamment, ont déjà pris de l’avance, tandis que de redoutables concurrents, telle l’Espagne, ont annoncé l’ouverture de leurs frontières aux touristes dès le 1er juillet prochain ainsi que le rétablissement de leurs liaisons aériennes.

Serons-nous les derniers à leur emboîter le pas, au risque de perdre toutes nos capacités d’accueil ?

Pourtant, il est plus évident que le Royaume dispose d’atouts très forts pour regagner une position de choix, qui devrait être incontournable dans l’offre touristique « méditerranéenne ».

Il y a, tout d’abord, ses acquis d’attractivité que le Coronavirus n’a pas réduit.

Il y a, également, la possibilité de communiquer amplement sur la façon dont le Royaume a géré la pandémie, avec des résultats qui ont fait l’admiration de la presse internationale et des faiseurs d’opinion un peu partout dans le monde.

Il y a, enfin, la pertinence des mesures préventives qui, même durant le prochain déconfinement, resteront appliquées, comme le font déjà, d’ailleurs, nos principaux concurrents.

Voilà pourquoi il importe, dès à présent, d’émettre les signaux indispensables en direction des marchés émetteurs pour marquer le retour du Royaume sur le terrain des destinations de choix.

Portés par des campagnes de communication urbi et orbi, il s’agirait notamment d’annoncer pour une date rapprochée, la réouverture du ciel national, le ré-décollage de Royal Air Maroc vers des destinations relativement sûres comme l’Europe et le Moyen-Orient, en laissant pour l’instant les dessertes vers les Amériques.

Il faudrait également annoncer la fin des restrictions d’entrée dans notre pays en sollicitant de tous les arrivants la présentation d’un « passeport sanitaire » attestant que le voyageur n’est pas porteur, asymptomatique ou avéré, du Covid et, bien sûr, la poursuite des mesures préventives à l’arrivée comme la prise de la température aux postes frontières.

Ces propositions pourraient, d’ailleurs, être appliquées à nos compatriotes bloqués à l’étranger, ce qui soulagerait grandement le travail du ministère des AE qui est chargé du rapatriement de ces dizaines de milliers de personnes contraintes à des séjours prolongés hors de leur pays.

Comme des crises antérieures ayant affecté le tourisme l’ont amplement prouvé, le retour à des situations positives est difficile à réaliser et réduit en cendres pour plusieurs années consécutives les acquis dont se targuait le Royaume dans ce champ d’activités.

Alors, de grâce, ne commettons pas l’erreur de croire que les touristes européens ne choisiront pas des destinations alternatives.

Il faut faire le maximum, hic et nunc, pour rester dans la course !

Fahd YATA