Culture

TEDxCasa2015 : Une soirée en TED à TED

le 1 avril 2015


Des rires aux larmes, et de la plus mélancolique des tristesses à la joie la plus vive… un TEDx ne se regarde pas, il se vit, et le public qui a eu la chance (les places s’étant arrachées) d’assister à la 5ème édition du TEDx Casablanca, jeudi 26 mars 2015, peut en témoigner. A travers la salle, les spectateurs avaient tous les yeux humides et le sourire aux lèvres, l’émotion à fleur de peau, et échangeaient les regards de ceux qui savent qu’ils ont vécu un moment unique.

Avant de revenir sur cette soirée mémorable, rappelons en quoi consiste le concept de TED (Technology, Entertainment and Design). Initié il y a 30 ans aux Etats-Unis, les présentations TED invitent des speakers, qui peuvent être des gens brillants ou ordinaires, mais qui ont une idée, une expérience, un parcours de vie à partager. De son côté, le public s’engage à les écouter, avec toujours une grande ouverture d’esprit. Le concept a rapidement été étendu à tous les domaines, et a été élargi par la création des TEDx, qui reprennent le concept de TED mais qui sont organisés à travers le monde par les communautés locales.

Une 5ème édition qui voit les choses en grand

Voilà 5 ans que la ville de Casablanca organise son TEDx. Comme pour beaucoup de projet, l’équipe TEDx Casablanca, avec à sa tête John Toutain, Soraya Joundy, et Adil Fakir, fidèle maître de cérémonie, a commencé petit, devant une cinquantaine de personnes. Que de chemin parcouru depuis ! L’édition 2015, qui a déménagé pour l’occasion au Théâtre des Arts Vivants de Casablanca, s’est déroulée devant plus de 500 personnes, dans la magnifique salle du théâtre, un écrin à la hauteur de l’événement. Evolution technologique oblige, la soirée était filmée et diffusée en direct sur le site de La Nouvelle Tribune, lnt.ma, partenaire du TEDx Casablanca depuis les premières éditions.

L’organisation même de la soirée était pensée de façon moderne, dans un esprit de partage. Enregistrement des invités sur tablettes, dîner 100% écologique, sans déchet, à se distribuer entre 4 convives, animations mêlant art et technologie… tout a été conçu pour mettre les participants dans l’esprit TED.

Des speakers pour tous les goûts

Une autre grande réussite de cette édition du TEDx Casablanca a été la diversité des intervenants choisis. Quelque soient les centres d’intérêts des spectateurs, et leurs sensibilités, ils ont été captivés par les différents « talks » de la soirée.

Les Marocains ont souvent pour fâcheuse habitude de sous-estimer leurs compatriotes. C’est pourquoi il est bon de parfois rappeler que certains Marocains ont, ou sont en train, de changer le monde. Mouhsine Serrar, par exemple, un natif d’Oujda, qui a quitté sa carrière de designer à San Francisco pour s’attaquer au problème de la faim dans le monde, rien que ça ! Partant du constat que plus de la moitié de la population dans le monde ne dispose pas de moyens convenables pour cuire ses aliments, il a lancé Prakti, une start-up qui conçoit des fours qui utilisent peu de combustibles, et n’émettent pas de fumée ! Une véritable révolution pour les populations vivant en Inde, au Bangladesh, ou encore dans certaines parties de l’Afrique. De son côté, Rachid Yazami a pu toucher grâce à ses recherches encore plus de personnes… En effet, il fait partie du groupe de chercheurs qui a inventé la pile au Lithium, avancée technologique majeure de la fin du 20ème siècle. Sous ses aires de modeste professeur, se cache un esprit brillant, dont le fruit des recherches équipe 7 milliards de téléphones portables de par le monde, mais également le robot Opportunity qui parcourt le sol de Mars !

D’autres intervenants oeuvrent à faire changer leur pays, plus simplement. Aziza Chaouni, architecte native de Fès, s’emploie à rendre la médina de sa ville plus vivable à travers un projet très ambitieux de restauration de la rivière qui la traverse. Amine Mouktamil dédie son projet de vie à l’introduction des sports extrêmes au Maroc, pour en faire un vecteur de partage qui dépasse l’âge ou le niveau social. Hajar Moussanif, elle, a eu l’idée de transformer nos compagnons de tous les jours, nos téléphones portables, en source de bonheur, à travers la conception audacieuse d’un programme qui analyse l’humeur de l’utilisateur et réagit en conséquence. De son côté, Farid Bensaïd a créé Mazaya, une association qui s’emploie à sauver les enfants de la rue par la musique. Des initiatives qu’on aimerait voir plus souvent !

Des moments chargés d’émotion

Sur un plan plus artistique et humain, comment ne pas être touché par le parcours d’Anass Yakine, qui a raconté son incroyable périple à pieds à travers le Maroc, et qui a partagé les enseignements de son périple de façon si poétique ? Comment ne pas admirer Yasmine Berraoui, qui a su surmonter sa trisomie et réussir son bac avec mention ? N’oublions pas non plus Tata Milouda, qui est partie de rien, et qui s’est reconstruite avec son cahier et son stylo, elle la Marocaine illettrée qui est devenue slameuse en langue française.

Le public a également été enchanté par les calligraphies de lumière de Karim Jabbari, qui est même allé jusqu’à créer une œuvre d’art en communion avec les spectateurs. La soirée s’est achevée sur un mini-concert donné par les enfants de Mazaya, qui ont joué la Marche Triomphale de Aida de Verdi, un choix qui sied particulièrement à ce qui fut une grande réussite. Vivement l’année prochaine !

Selim Benabdelkhalek 

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